Plan cubes

Catherine, jeu un peu dingue, attendu depuis des lustres, l’histoire d’une (petite) déception.

« Dans le monde trépidant d’aujourd’hui, les toilettes sont parfois l’unique endroit où l’on peut vraiment se retrouver seul » … oui, pourquoi pas. Cette illustre citation issue du manuel est un peu à l’image du jeu : rigolote, alambiquée mais un micro-poil anecdotique, dans le fond. Je suis déçu, les enfants. Le fait est que ce jeu est sorti il y a un an au Japon, que sa sortie américaine date de l’été dernier et qu’il a à peine deux semaines de vie dans nos contrées. Un an de maturation et de teasing sauvage – d’ailleurs, ce jeu est aussi l’histoire d’une promotion déceptive pour pas mal de gens. Atlus, des gens mariés à un concept – avoir une vie ordinaire le jour, combattre des trucs la nuit – a basé sa promo japonaise sur les seins de son personnage éponyme. A ce stade, on ne peut s’attendre qu’à un jeu de fesses – et c’est de l’autre coté du spectre que se trouve ce soft, c’est en fait un puzzle game. Romantique. Wow, c’est là qu’on se rends compte que les combinaisons de Game Dev Story ne sont pas si farfelues!

Je suis très peu familiarisé avec les jeux Atlus. J’ai juste un bon souvenir de Trauma Center, de sa difficulté un poil punitive, de ses petits moments de bravoure, de l’adrénaline qu’il procurait. Beaucoup d’entre vous connaissent la saga Persona, des RPG à l’ancienne – Catherine est le « nouveau » jeu de cette boîte dont la réputation n’est plus à faire. Un an de retours, c’est très long, et je me vois me projeter écrire ce post huit mois en arrière comme si c’était hier. Problème : c’est pas mal, mais pas à la hauteur qu’une telle masse de fantasmes accumulés peut entraîner. Tout d’abord, laissez moi vous expliquer en quoi consiste ce jeu très hybride… et très japonais. Février, mois du rose et de l’amour, toujours…

Le truc, c’est que Catherine fascine les foules avec sa propension non pas à bouleverser les codes du genre… mais à les créer. Honnêtement, je serais incapable de citer des jeux vidéos se basant sur les difficultés que peuvent apporter une relation à long terme, le topos habituel étant la création de cette dernière. Là, dans un jeu réservé aux adultes mais ne dépassant pas le niveau « Teens » (Interdit aux moins de 15 ans) il est question de Vincent Brooks, jeune adulescent de… 32 ans – hé oui – mec un peu paumé, au boulot pas génial mais stable, à la vie pas géniale mais stable, notre héros et avenir à tous quoi. Enfin – il a tout de même la chance de sortir avec Katherine – oui, avec un K – fille un peu pète-sec mais tout aussi stable que l’ensemble. Problème ; cela fait une demi décennie que les deux sont en couple et les petits soucis vont bientôt arriver pour la partie mâle du duo : la bella Katherina tchic tchic commence à sévèrement montrer des envies d’engagement. Des petits signes, des mots glissés en faveur du mariage… et un polichinelle surprise dans le tiroir? Vincent est mis au pied du mur et l’état des lieux empire quand débarque Catherine – jeune péripatétiprostipute assez canon, dix ans en moins, qui lui saute dessus et à la propension assez incroyable de se téléporter dans son pieu chaque matin. Dilemme : Catherine, c’est un jeu qui va vous forcer à faire un choix progressif, celui de la stabilité et de l’amûûûûr inconditionnel contre le chaos et les jolis nénés de son homonyme à la coiffure improbable (mais tellement symbolique)

N’allez pas croire non plus que c’est un visual novel vendu pour 70 Euros – en fait, il est vrai, une grosse partie du jeu se fait en mode « pop corn », en se larvant devant des cinématiques animées ou utilisant le moteur du jeu. Beaucoup de cinématiques. Je me suis surpris à rester sans toucher à la manette devant bien plus d’une demi heure à un certain stade, ce qui m’a procuré un sentiment mixé entre fascination et exaspération – oui, Catherine est l’histoire d’un triangle amoureux. Enfin, plus précisément, c’est un show télé présenté par une grande bagasse d’un mètre quatre-vingt (dont la coupe afro fait le même diamètre) mais l’idée est là… et le pitch principal du jeu, c’est qu’il se divise en deux séquences. Le jour, vous picolez et vous whinez avec vos amis, et la nuit, vous poussez des blocs en caleçon pour échapper à un cul géant. Hein, pardon?

Je m’explique. Il se trouve que Vincent a aussi été maudit, ce qui le force à subir des cauchemars chaque nuit – des rêves horrifiques qui le feront mourir en vrai si il se goure dans ses propres errances immatérielles : gravir des murs dans des environnements Dantesques. C’est le cas de la majorité des hommes de ce patelin qui, visiblement, décèdent tous au lever du jour… et c’est là qu’on peut dire que Catherine est un jeu vraiment particulier, et c’est très bien. Beaucoup d’idées, un scénario trompeur dans le bon sens, énormément de symbolisme judéo chrétien… mais développons un peu. Ces fameux cauchemars, c’est gravir des blocs ayant pour propriété de tenir en place dans le vide si il sont au moins reliés à un autre par une arête. Vous, vous devez monter jusqu’à l’objectif et faire usage d’un sang froid à tout rompre pour ainsi braver les problèmes d’espace, de manque d’espace, de place… et ces fameux blocs sont déclinables à l’infini : piégés, glissants, polymorphes, etc. Ce concept est addictif comme jamais et m’a rappelle Pokémon Puzzle League, pour la simple et bonne raison qu’il donne lieu à un certain nombre de techniques, de raisonnements à avoir, de modes de pensée d’urgence à adopter. Ca s’écroule au fur et à mesure et seul votre instinct de survie peut vous tirer de là. La première partie sera un amas de morts inutile et la deuxième sera totalement « Bitch Please »! Certains militent même pour avoir ce jeu dans une grande compétition de jeux de combat, et ce n’est qu’en y jouant que j’ai pu comprendre ce raisonnement. Après, et c’est la caractéristique numéro 1 qui émane du jeu, ces séquences sont dures. Pas dures/infernales mais quelque part entre le frustrant et le niveau qui nous fait recommencer immédiatement en serrant les dents – on se ballade un peu et subitement, dans le dernier tiers, on rentre plus dans une logique de « casse tête » où des cas particuliers nécessitent un mode de pensée bien précis. Bref, si vous ne le faites pas en Easy, il va falloir subir quelques frustrations… mais pas de souci, les vies ne sont qu’une chimère (elles sont littéralement distribuées) et on peut sauvegarder entre chaque sous-niveau. Entre chaque stage, des moutons (c’est aussi votre cas mais vous êtes le seul à vous voir en humain) et un confessionnal où vous répondez à une question concernant votre propre vie sentimentale, résultats des joueurs précédents à l’appui. Je parlais d’imagerie religieuse tout à l’heure, le jeu met le doigt dessus à fond sans jamais le souligner, c’est assez formidable.

Le jour? Vous picolez au Stray Sheep (tiens tiens tiens) avec vos copains, vous passez votre temps, vous répondez aux sms des deux nanas de votre vie, vous allez aux chiottes regarder honteusement les photos aguichantes que vous réclamez, ce genre de choses. Le temps passe que si vous ne parlez qu’aux autres clients qu’il va falloir encourager sur une base quotidienne sous peine de les voir faire les gros titres le lendemain… juste un amas de petits choix, de petits dialogues qui vous font faire connaissance avec des gens ayant leur propres soucis, etc avant de retourner dans un autre cauchemar et de faire la queue où des moutons marchent vers le prochain niveau comme moi je marchais vers le grand bain quand j’étais en primaire. Ca peut sembler cyclique, voire redondant, c’est parce que ça l’est et ce n’est pas vraiment une mauvaise chose.

Cyclique, Catherine l’est, sans aucun doute (toutes les femmes le sont d’ailleurs hahapff) mais on a hâte de voir la prochaine étape, le prochain puzzle, le prochain SMS qu’on va recevoir pour y envoyer une réponse aux choix multiples bien trouvés. Ces choix feront balancer une petite jauge de karma, une flèche qui balancera vers le bleu ou le rouge derrière un effet sonore délicieusement flippant, une jauge qui, à terme, vous donnera l’un des 8 endings possibles du jeu. Seulement voilà, le jeu est très très peu substantiel. Il est rempli de petits détails : des anecdotes sur les alcools dont vous finissez le verre, un jeu d’arcade vous permettant de vous entraîner à la logique des cauchemars, deux trois modes de jeux autour de cette variation, dont un deux jours… bah oui, mais tout se base sur ce gameplay, du coup ça reste mince même si toutes les idées exploitables sont là. Difficile de reprocher un truc qui tient plus de la fatalité que de la paresse MAIS je m’attendais à un véritable développement de triangle amoureux! C’est ce qu’on a, oui, mais je pensais à une logique plus « chaque action a ses conséquences » qui ne varient que via certaines lignes de dialogues qu’on ne voit de toute manière pas la deuxième fois puisqu’on est difficilement prêt à gratuitement se mater la même ère glaciaire de cinématiques.

Non, Catherine aura toujours le même déroulement, les embranchements n’existent que dans sa finalité, l’histoire est toujours tissée d’avance avant de subitement s’embarquer dans un ending sensé refléter votre propre manière de pensée. Ce jeu aime bien briser le quatrième mur et il va le faire d’une manière encore jamais vue, mais pour piger de quoi je parle il faudra finir le dernier niveau du mode Babel et ça, les enfants, il sera peut être plus facile de voir ça sur Tv Tropes.

Le quatrième mur, justement, c’est l’un des argument de vente du jeu : on me l’a beaucoup présenté comme un miroir cathartique, un reflet de notre propre vie sentimentale, un jeu à vivre quand tu as seen some shit. La mienne n’est pas super étoffée sans être inexistante mais je me suis retrouvé dans quelques situations, comme tout le monde… mais tu vois, cher ami, ignore bien le spoiler qui arrivera dans quelques lignes et ne commence qu’à la prochaine phrase en gras, il y a un méga non sens dans ce genre de raisonnement. L’adultère dans le jeu vidéo, c’est une chose, mettre le joueur en face de son propre vécu et de ses propres vices via un personnage-horoscope qui nous dira tous quelque chose, c’en est une autre, mais bon sang de bon soir comment veux-tu me faire croire (surligner) QUE JE PUISSE M’IDENTIFIER A L’HISTOIRE D’UN MEC QUI SORT DANS SA TETE AVEC UNE SUCCUBE? CA N’A AUCUN SENS TROLOLO ON VIRE DANS LA SCIENCE FICTION PAYE TON REALISME LACRYMAL. ENFIN JE N’AI PEUT ÊTRE PAS ASSEZ D’EXPÉRIENCE HEIN.

Enfin, rien de bien grave mais je me devais de souligner ce petit bug. Je ne crois pas que Catherine soit réellement le jeu d’une relation, il est évident qu’il s’agit davantage d’un univers gravitant autour d’un gameplay bien spécifique. Après, je pourrais parler de la vision un peu couillue des genres dans ce jeu, mais les personnages sont tellement… montrés sous un mauvais jour! Katherine est une kastratrice alpha, Catherine une maboule prête à t’arracher les jugulaires et Vincent n’est qu’une plante vivante, totalement dénuée de bon sens, dont la seule fonction vitale se résume à la transpiration. Je suis désolé mais ça fait très dessin animé comme gender politics là. Bien sûr, je ne râle pas sur ce que le jeu est mais bien sur l’image que j’avais du jeu, ce sont deux concepts bien différents. L’histoire est toute bête mais je n’y trouve pas une grande profondeur et pas plus de réalisme. Oui, il y a beaucoup d’éléments réalistes et crédibles dans cette histoire mais ça reste quand même assez loin d’un épisode lambda de Six Feet Under. Pour moi, ça reste un bel emballage, une coque luxueuse mais pas franchement plus.

Bon, le jeu a quand même plein de qualités, je tilte sur UN gros point noir qui m’a sauté aux yeux. Le jeu à cette formidable propension à poser une ambiance : visuellement, c’est top, ajoutez à l’imagerie constante du soft cette ambiance horrifique assez malsaine, cette difficulté encore plus exacerbée lors des boss (dont un cul géant, c’était pas une blague) qui te font savourer chaque bloc gravi comme autant d’images de la blonde trouvés sur Gelbooru. Il est important de souligner que la bande son est constitués de morceaux classiques remixées par Shoji Meguro, tous franchement cools et accrocheurs, normal, c’est du classique. Le souci du détail y est très fort, le concept assez épatant, le challenge présent et l’histoire inédite, il est certainement très bien comme jeu mais raaah.

Notez bien qu’on peut facilement se cosplayer en Vincent puisque l’édition collector américaine contient une réplique de son caleçon et l’européenne, son T-Shirt. Quelle bande de petits malins!

En bref, Catherine est un jeu assez cool, complètement adulte, traitant de sujets originaux et franchement bienvenus dans le jeu vidéo, il possède même une cohérence d’ensemble assez épatante un gameplay plus que bien foutu mais je peux pas m’empêcher de le voir comme un « super jeu XBLA » qui aurait pu être vendu au double du prix maximum, dans les trente euros. Et au delà du point de vue d’un mec qui s’est payé l’édition collector avec les goodies sympathiques, je peux pas m’empêcher de penser que c’est un mini-gâchis. Deux en un, comme les Nutella Snack & Drink, qu’on ne trouve plus de nos jours. Un gâchis. Mais jouez-y, c’est une jeu fascinant et je me garde le droit d’être schizophrène dans mes avis.

Sinon, Yannick Zicot est mort, et ça, si vous me permettez l’expression, c’est un peu naze.

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Mario Maso 4×06

Au menu du jour : un joueur solitaire! Après une belle suite d’invités de marque, le timing (qui n’est pas vraiment en ma faveur, comme souvent) ne correspondait pas vraiment aux sauteries à plusieurs. Toi, oui, toi, le mec qui a un pseudo en trois lettres et qui est le prochain sur la liste, viens! Viiiiens ~

Bon, c’est aujourd’hui qu’on commence ce fameux « Unfinished Business » – je suis tellement tombé en pâmoison devant le level design de ce premier niveau que j’ai oublié de réellement le dépasser! Dommage. Chez monsieur Traquenard, vous êtes prié d’expliquer illico certains trucs, et de sous-entendre un début d’indice pour continuer à progresser parce que là ça patine sévère, d’où un épisode un poil plus court que d’habitude… j’espère pour vous qu’il passera vite, car même si il a l’incroyable propriété de ne citer personne, j’en oublie de faire autre chose que de commenter bêtement la Rom! Un épisode tout con, tout neutre, rien de spécial, si vous aimez la formule, tant mieux… et profitez-en, car je suis assez explicite sur l’avenir de la série. Enjoy!


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Comme dans du beurre

(Non, je n’ai pas échangé les titres avec le post précédent)

Attention, article insight. J’ai dû commencer une quinzaine d’articles avec pour accroche quelque chose du genre « Les Japonais me font peur » ou « Les Japonais sont des gens effrayants. » Je dois avouer que j’ai du commencer une autre dizaine d’articles par « J’ai du commencer une quinzaine d’articles » mais toujours est-il que le Japon n’est pas un grand fantasme en ce qui me concerne… C’est même celui de peu de gens, même parmi les plus fiers otakus : les autochtones font un peu peur. Ils parlent une langue incompréhensible, ne se touchent jamais (se tenir la main, c’est déjà faire du sexe en public) et cultivent un formalisme un peu flippant. Tenez, le week-ender dernier, il m’est arrivé un ensemble de trucs rigolos, et on peut en tirer pas mal de conclusions simples. Mon acheminement va être un peu diffus pour arriver à mon sujet « principal » mais je vais vous réclamer un peu de clémence pour cette fois.

Bref, le journalisme total, c’est mon dada, ma vocation, mon fils ma bataille. Probablement mon futur métier. Quelque part entre une chance sur deux et une sur trois, sans compter les fluctuations du marché et les bus qui peuvent vous passer dessus sans prévenir. C’est idiot, puisque la voie royale pour intégrer ce corps de métier réputé impénétrable, c’est d’intégrer une grande école au préalable, donc d’avoir un beau dossier, auquel j’aurais pu ajouter une expérience pro et une recommandation pro à une pauvre semaine de différence, mais ça ne fait rien, j’irais quand même aux cours sans avoir été reçu, ils finiront pas s’y habituer. Ce que je veux dire, c’est que j’ai eu la chance d’effectuer ma première pige et qu’il y a pas mal de trucs à en tirer, ne serait-ce qu’après deux jours de boulot, rien de plus.

Ma mission était d’aller interviewer le groupe Buono!, aller à leurs concerts du lendemain et en tirer deux posts qui seront bientôt – je croise les doigts parce que ça coince niveau papotis papotas avec le soleil levant – publiés sur Journal du Japon. Deux grosses choses. C’est une grosse pige, mais c’est évidemment bénévole. Je tue pour de l’expérience à ce stade alors ne vous enfermez pas vous même dans la précarité parce que vous auriez pris mon cas comme étant universel – pour un étudiant, faire un vrai texte peut rapporter pas mal fonctionner à la tâche comporte nombre d’inconvénient. Enfin, je vous reparlerais de ça quand je saurais vraiment de quoi je parle.

Par contre, je ne sais pas si une idole qui tient et JOUE d’un instrument sur scène est seulement concevable

Deuxièmement, je ne connais rien de Buono. Enfin, jusqu’à cet instant, le monde des idols m’était complètement inconnu et je n’avais aucune fichtre idée de la popularité de ces trois filles… comme je me suis amusé à le répéter partout, balancez un groupe comme Oasis quelque part en Corée, tout le monde s’en fichera, sauf la niche de 40 fans qui attendaient ça depuis la nuit des temps. Pour votre gouverne, c’est un groupe issu de deux autres formations, mobilisé pour un travail précis (les openings de Shugo Chara) qu’on a gardé ; visiblement, ça plaisait et ça continue à plaire. Je dois vous avouer que mes préjugés sur ce type de musique étaient assez forts : je vois ça comme des matriochkas qu’on exploite jusqu’à la mort – enfin, plus précisément, jusqu’au porno – ne servant à débiter qu’une musique archi industrielle et mécanique. Ca rentre quand même en contradiction avec l’enthousiasme des fans, jamais là par hasard. Vous pourrez me dire « ouais mais hé LMFAO et Justin Bieber ont des millions de fans » mais n’oubliez pas que la tranche d’âge n’est pas la même. Buono!, c’est des fans adolescents, de jeunes adultes, des adultes et quelques enfants perdus. En gros, le mystère était entier et je ne suis pas vraiment sûr d’être débarrassé de ces clichés après coup. La musique en tant que tel, j’y reviendrais, mais l’intégralité du service de presse donne l’impression de surprotéger trois idoles (là, j’emploie le terme plus religieux, qui s’oppose au profane) intouchables et sans vies privées. Que dire que dire?

Notre entrevue se passe donc dans les locaux de Nolife. Diantre, Nolife. Je met cette rédaction sur un piédestal et y poser les pieds était rigolo, entre le Seb qui bosse sans rien dire, le Alex qui joue sur la borne d’arcade, la Suzuka qui te regarde d’un air interrogateur mais que tu snobes royalement parce que tu relis tes notes, le Cyril qui te fraye un chemin dans les tooooout petits locaux pendant que tu penses très fort à tout ces moments où Compil te faisait peur, plein de bonnes choses. Les filles sont envoyées en shooting, une heure et demie se passe, le temps de papoter avec untel et untel de tout et de rien, de fantasmer sur la petite salle presse où trônent machine à gaufres, pot géant de Nutella, capsules expressos et tout le tremblement. Voilà l’heure… d’échanger les cartes et c’est là que mon paragraphe sur le formalisme sert à quelque chose. L’échange de carte au japon, c’est un rituel. Tu n’as pas ton nom sur un bout de papier? Tu n’es rien. Il y a une manière de donner, de la recevoir, de la contempler comme si on venait de te confier la clé de la mallette nucléaire, etc. De toute manières, à force de se formaliser sur les préliminaires japonais, ce n’est jamais arrivé et nous nous sommes contentés de faire ça entre gens dépêchés pour l’occasion. Bref, avant de découvrir la musique des idoles, l’objectif était de ne pas déclencher un conflit diplomatique sino-français. Objectif rempli de mon coté, je les ai même épatées avec mon honto ni arigato coincoin, le superlatif du merci, petite astuce qu’on m’a très sagement glissé.

Airi, Momoko, Miyabi, dans un style pas super beau

Comment ça se passe? Après les gars de Coyote, les filles se relaxent (comprenez : elles glandent pour le fun) et nous les recevons, toutes les trois, hyper propres sur elles dans leurs tailleurs roses respectifs, quelques badges façon Beatles joliment épinglés. Je crois que je venais de comprendre ce que l’autre voulait dire en chantant « poupée de cire, poupée de son » – on a l’impression de voir trois automates à la peau la plus lisse jamais vue répondre aux questions en faisant de grands « haaaan » « hiiiiiii » et autres injonctions rigolotes. L’interprète est une crème, chacun une question, on revient au premier, tout se passe bien, comment ça il faut écourter les choses après seulement un quart d’heure, rendez moi mon interview, elle se passait tellement bien… claquages de mains, débriefing et en avant vers de nouvelles aventures. Moralité : les stars n’ont pas beaucoup de temps pour vous. Enfin, si, leur staff daigne peut être vous accorder la moitié d’une demi heure initialement impartie, mais que voulez-vous, une heure de shooting et une demi heure de glande, c’est dur quoi. Buono, au naturel, ce sont trois filles tout à fait charmantes qui répondent des trucs jamais idiots, rarement avec un ton du même acabit. Oh, bien sûr, on repère qu’elles sont un peu programmées. Par exemple, quand Airi-bot dit à qui veut l’entendre que sa musique distribue de la bonne humeur et de l’énergie, ou que Momoko-bot arrive à nous sortir modestement qu’elle est la fille la plus mignonne du Japon, il faut bien rire extérieurement et froncer des sourcils intérieurement – essayez chez vous, c’est pas évident – mais il y a de quoi établir un certain compromis entre communication et décontraction. Les idoles n’ont pas trop l’air d’être des poupées lâchées au service de la mafia, de la musique d’ascenseur et du pognon au détriment de leur propre avenir. Enfin, si, peut être un peu. Je ne sais pas, je suis confus. N’hésitez pas à partager votre expérience si vous êtes idole de J-Pop.

Ca ne fait rien, gardons le moral

Car après cette première expérience rigolo venait le concert, à la Machine du moulin Rouge, salle huppée, rose, à l’ancienne, avec bar, balcons et escaliers où on peut tenter de se frayer un chemin parmi la horde de fans. Ouaip, ça confirmait que les fans existaient bel et bien et qu’ils étaient nombreux au rendez-vous. Un fan de J-Pop en concert, ça fait quoi? Ca ne pogote pas, ça ne danse pas, ça fait une espèce de mouvement sur pogo-stick statique en baladant son truc fluorescent… pas très rock and roll tout ça, mais au moins, il est certain qu’il se dégage du public une très grande sincérité, une réelle envie d’être là. Tant mieux. Les filles, elles, apparaissent sur scène pile à l’heure après un petit show vidéo mettant l’emphase sur le coté « grande première du concert ». Un show extrêmement calibré : très court, un peu moins d’une heure et demie, sachant qu’il y a eu une trèèèès longue intervention du staff qui n’a jamais servi à rien, qui ne faisait pas le show, qui passait (et perdait) le temps, dommage. Une chanson, deux autres, un peu de « Bonjour Paris Desuuuuu ~ » et voilà, on se retrouve déjà à réclamer un rappel qui ne viendras jamais. Il s’agit de distinguer deux trucs bien différents dans ce genre de concert : la musique et les artistes ne font pas bon ménage. Comprenez que les trois filles dansent seules sur scène, le micro à la main – pas le moindre instrument, elles chantent sur une piste à part… non pas que ce soit moins bien mais il est plus facile de véhiculer de l’énergie une gratte dans les mains.

Si les filles définissent elles-même leur musique en tant que « musique de soutien », sensée redonner du Peps aux étudiants désœuvrés et autres amateurs de power rock très (très) (trèèès) gentil, quid de la musique en live? Le problème est énorme : ça s’oublie très vite. Non pas que ce soit réellement formaté – Buono brasse quelques genres, on a même frôlé les ambiances technoïdes le temps d’une intro – mais le groupe véhicule tellement les valeurs du sucre, des licornes et de l’amour que l’ensemble manque de profondeur. C’est de la pop, énergique certes, creuse, certainement. Pas mal de morceaux seraient parfaits dans tels ou tels jeux vidéo mais trois lolitas sur scène n’arrivent pas nécessairement à en faire quelque chose de passionant. Le problème vient surtout des filles : extrêmement statiques, leurs mouvements sont très saccadés, presque fatigués, je me suis demandé à une ou deux reprises si je n’avais pas des mamies en face de moi, embêtant quand même. L’interaction avec le public est vraiment faible, les effets de scène inexistants, elles sont juste là pour balancer la sauce le temps d’une heure… et si c’est bon techniquement (le larsen est là pour ne rappeler que ce n’est pas du playback) la musique ne rentre pas dans le domaine de l’immémoriel. La pop japonaise, c’est une tout autre vue de l’esprit : ce sont plus des mélodies que des riffs, plus des voix calées les unes sur les autres que des harmonies (inexistantes) plus l’énergie des fans que l’énergie des vedettes. Là encore, j’avais vraiment l’impression qu’on donnait ce que le public réclamait, pas ce que le groupe pouvait créer. J’en ai donc profiter pour m’installer quelque part, prendre des notes et manger une délicieuse viennoise au chocolat.

Après, je suis un peu injuste, les filles savaient quand même faire un minimum de don de soi. Dommage que l’approche aie été un peu littérale, puisque le temps des quatre dernières chansons, on les voit se changer et adopter des poses un poil aguicheuses… hé, calmons nous, elles ne sont pas toutes légales et ça reste contradictoire avec l’image qu’elle essaient de se donner d’elle même – inaccessible, de passage-éclair. Tiens, je suis du même avis que la plupart des gens qui hurlaient son prénom, j’ai un petit mini-faible pour Miyabi mais bien parce que c’était la plus pro des trois. Sinon, ce n’était pas aujourd’hui que mes à-priori sur le genre allaient être chamboulés. Peut être que c’est un genre à textes si ça se trouve, je ne le saurais jamais. Elles sont retournées dans leur pays, peut être qu’elles sont exploitées, peut être qu’elles sont vouées à faire du porno et à jouer les miss Japon pendant quinze ans, ce n’est pas mon problème, mais musicalement, ce n’était pas vraiment ça. Si il y a des fans pour elles, tant mieux.

En conclusion, on peut dire que la J-Pop n’est pas mon truc et ne le sera probablement jamais. Merci à Thomas pour m’avoir rencardé et m’avoir permis de mettre le premier doigt dans l’engrenage, et merci à Céline d’avoir fait appel à moi. Scrutez mon flux Twitter pour les deux posts correspondants!

Cette fois encore, je participe à Respawn en live sur Radio01.net, ce samedi soir à 21h. Avec Azmar et… Amo. Ca risque d’être intéressant… et je parlerais Real Tv ricaines dans le café Synops du Samedi suivant. Le Samedi d’après, je serais à Londres, Trololo.

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HHHNNNNNNGGGG !

Katawa Shoujo est le plus grand phénomène adultérin de l’Internet en ce début d’année.
C’est un sujet parfait pour le jour de la Saint Valentin, j’imagine.

Si Katawa Shoujo ne vous dit rien de rien, je vous invite à lire cette tartine de mon cru au préalable. J’y explique ce que c’est, l’origine du bazar et son premier acte… pour vous la faire courte, Katawa Shoujo est un visual novel, sorte de roman romantique à choix multiples dont le but est, à court terme, de choper la nana de votre choix parmi un panel déterminé. Notez que l’ensemble à la particularité de se dérouler dans une école pour élèves handicapés et que ce même ensemble est issu d’un travail collectif… de 4chan. Ouaip ouaip ouaip. En prenant quelques raccourcis, on peut dire que la lie de l’internet a excellé sur quelque chose. Dans mon premier post, je parlais alors du premier acte, gratuit et traduit en français… la version définitive et complète est sortie le 4 Janvier dernier. Croyez-moi, celle là, je l’attendais avec une très sincère surexcitation!

L’acte 1 avait valeur d’introduction, de très grosse démo technique où on « lockait » déjà son choix de fille après une succession de choix narratifs. Au delà du postulat extrêmement original et barré que peut avoir un tel projet, il faut rappeler que l’ensemble possède une certaine littérarité (on est quand même assez loin d’un « light novel », ce roman japonais au titre évocateur) des personnages attachants, un emballage tout ce qu’il y a de plus correct et un foutu univers qu’on a envie d’intégrer. C’est honnêtement le truc le plus brillant que j’ai vu dans ma courte carrière d’otaku pour un projet amateur et, ne connaissant que deux visual novels (le deuxième étant Hinamizawa qui ne possède pas de choix à faire, juste une très longue histoire à dérouler) je recommanderais toujours celui là le moment venu.

DONC. Nous nous retrouvons enfin avec la version complète après une foultitude de mois à attendre que la fine équipe de 4LS nous ponde le jeu, tout aussi gratuit. Attention, il faut un bon niveau d’anglais, comme souvent avec moi, j’en suis désolé. Il serait vraiment préférable que vous n’ayez pas à décrypter ce qui vous lisiez et que votre cerveau soit en mode « compréhension automatique » – bref, un minimum de niveau est requis mais ça ne nécessite toutefois pas un vocabulaire très étoffé. Enfin sorti, complétant un très beau paratexte : un imageboard, un très bon blog, un certain nombre de mèmes… grand respect. Dans son entièreté, le « jeu » est donc une route principale – celle que vous connaissez déjà, donc – suivie de 5 routes différentes, toutes écrites par un auteur dédié. Même si on va toujours jusqu’à 4 actes, considérez que chaque route est plus ou moins de la même longueur que la trame introductive, comptez donc entre 3 et 5 heures pour chaque personnage.

Vous l’aurez compris, à partir de là se déroule la théorie des cordes la plus dingue qui puisse être conçue dans la fiction : concrètement, vous allez incarner un gigolo qui va coucher avec la moitié de la classe. Oui, ce n’est pas nécessairement évident mais chaque scénario comporte des scènes de sexe. Attendues avec attention, il va sans dire – n’allez pas croire qu’elles sont amenées façon porno des années 80, elles sont intégrées à la romance progressive qui s’installe chaque fois, avec quelques variations, bien sûr. Si vous n’êtes pas là pour ça (bande de fous) elles se désactivent… mais ces scènes comportent la même caractéristique que l’intégralité du visual novel : elles sont très inégales, mais toutes réalistes, maladroites, impossible de ne pas se souvenir de ses propres premières fois. Comprenez qu’on dirait qu’elles s’inscrivent à un certain… cahier des charges. Elles sont toutes différentes. Je parle en notion de… spontanéité, de timing, de degré et même de positions. Il n’était peut être pas super nécessaire de préciser qu’une des filles se met à saigner, bon. Vous aurez tous entendu la phrase « Il n’y a pas deux couples semblables » une fois, force est de constater qu’il y a cinq configurations possibles, les sentiments ne sont pas toujours les mêmes, la scène fatidique n’est pas nécessairement prévisible, les cinq filles ont un background plus ou moins bien exploité…

… et ce sentiment étrange va forcément s’opérer : passé la première route de la fille que vous préféreriez, vous allez avoir l’impression de la tromper avec une autre, probablement même de retourner dans une dimension où la première existe à peine… et ça va arriver quatre fois de suite. Je crois que si quelqu’un s’implique un peu trop émotionnellement dans ce genre de truc, il est voué à se tirer une balle! Si je devais émettre une critique flash de l’intégralité du texte, je dirais qu’il fait bien plus qu’émettre une simple extension à l’acte introductif. Il établit des liens cachés (parfois un peu sortis de nulle part) entre les personnages, il en introduit pas mal d’autres – et là aussi on a l’impression d’être la cible d’un cahier des charges, surtout quand on voit un TRAP. Un Trap Shota. Mais oui, c’est aussi subtil que la Meganneko, le reverse trap et autres mécanismes simples du genre – il est clair qu’il ne faut pas se prendre la tête en lisant tout ça. Identification, il y aura forcément, c’est comme lire un horoscope, mais beaucoup d’éléments y sont téléphonés, rédigés par des débutants doués, mais des débutants avant tout. En tout cas, les enjeux sont rarement les mêmes ; par exemple, tout le monde n’as pas le même talent de prospective sur le futur des personnages. C’est une question de point de vue, j’imagine que déterminer des auteurs pour chaque route a été un processus long et douloureux, mais on ne peut pas s’empêcher de penser que certains choix comme discutables. Ho, c’est aussi ce qui caractérise le raisonnement d’Hisao de temps en temps mais il faudrait graver toutes ces incohérences sur un mur qui deviendrait le deuxième truc visible depuis l’espace. Donc…

Quelques mots sur les routes individuelles que, dans un plot twist amusant, j’ai classé par « préférences » et par ordre de manoeuvre mais il s’avère que c’est aussi l’ordre… de perversité des nanas, de la plus light à la plus tordue.

SPOILERS. 

Hanako – Burn, baby burn

Hanako a la moitié du corps sévèrement brulé et subit un trauma et une angoisse aigüe qui rentrent dans le domaine du compréhensible. Le truc le plus méchant que j’ai pu lire sur ce personnage est une phrase du genre « c’est normal qu’elle soit rôtie, elle a une broche dans les fesses » … c’est vraiment très très méchant. Et diabolique. Hanako était mon choix numéro n°1 car pour tout vous dire, je suis très fan de ce genre de personnage, celui qu’on peut qualifier de « Woobie » selon le formidable vocabulaire issue de TvTropes – vous même vous le savez, le type de perso qu’on à envie de caliner à tout prix. Hanako était pour moi la « route canon » et je dois admettre qu’elle est plutôt sympa… la route. Sans surprise, tout le scénario autour d’Hanako se résume à cette gestion de trauma, l’apprivoiser pas à pas sans pour autant être étouffant. Pour l’anecdote, j’ai commencé par avoir la Neutral Ending, mais il en existe aussi une « mauvaise », comme pour chaque fille! Je suis sûrs que vous serez déçus d’apprendre que c’est la nana la moins sexuée du jeu – je vais sauver votre journée : c’est la seule fille dont on voit les parties intimes. Après cette phrase qui provoque chez moi un mélange de honte et de fierté, il ne reste plus grand chose à dire : je m’identifiais pas mal à tout ça. En termes de scénario, la voie vers les jambes d’Hanako passe par quelques petits lieux et scènes rigolotes (quelqu’un picole dans l’histoire et c’est réellement mignon, sinon amusant) et on y trouve pas de surprises bouleversantes. Ce même trauma est assez « léger », convenu, rien à signaler, vous aviez déjà tout compris. Je suppose qu’on y donne ce que veux voir l’internaute en quête de douceur et de tendresse : un petit pas à la fois, un moment de vulnérabilité et that’s a bingo. La « zone de l’amitié » est la grande problématique de cette fille et Hisao mériterais deux trois tartes pour comprendre ce qu’il ressent vraiment (en plus d’avoir une manière un peu étrange de conforter autrui) et l’histoire d’Hanako est celle qui ressemble le plus à une étape de tour de France : gravir des lignes et des lignes de textes pour avoir une récompense finale et attendrissante ; c’est avec elle que les choses se débloquent le plus tardivement. Bien bien bien. Dommage que le background de la fille, élément central, ne soit pas plus développé,encore… on ne sait pas grand chose d’elle et la fin de son histoire est un poil précipitée. On ne va pas lui souhaiter un passé plus funky mais il y avait moyen de faire plus torturé ou recherché, j’imagine. Je conclurais par ce mot : Biaphine.

Lilly – Mary Sue

Les pores de Lilly ne dégagent pas de la sueur, mais de la PERFECTION. 

Lilly est aveugle, et Victor Hugo s’est réincarné dans son auteur. Le rapport entre le personnage et son scénario est facile à établir : la fille est une grande blonde archi maniérée, glacée et sophistiquée, très cliché dans l’attitude de la Japonaise prête à dire amen à tout. Bien sûr, Japonaise, elle n’est pas vraiment – ses origines Ecossaises sont quelque peu égrénées dans cette route. Voilà le deal : il semblerait que cette route soit nettement la plus passionnée. Il en va de même pour le rapport entre les deux protagonistes comme du procédé d’écriture : je pense pas me louper en disant que c’est le plus gros texte des cinq, et tout y est exagéré à mourir. De deux choses l’une : soit vous trouvez ça complètement incohérent, surréaliste, cliché et rose bonbon (certaines illustrations statiques hésitent pas à envoyer du lourd dans l’imagerie Pocahontas) soit vous y trouverez votre compte et la meilleure corde du lot. C’est cliché mais adorable car on a ici l’amour le plus flamboyant qui soit – les choses vont assez vite de ce coté. Quand les élèments deviennent plus physiques entre eux, on trouve une jolie diversité de situations (dont une succession de scènes cultes – je posterais bien un CG en particulier mais la décence m’en empêche, je ne voudrais pas torpiller mon propre couple) et il est rassurant de voir que la fille la plus formaliste est celle qui exprime le plus ses sentiments. Alors qu’est-ce qui fait que la route de Lilly est « supérieure »? Akira. Plus sérieusement, c’est aussi la seule qui exploite réellement ce qui constitue la base du récit – Hisao à un coeur fragile et c’est là qu’il est le plus malmené – et je dois avouer que le récit s’embarque rapidement dans de gros enjeux bien suintants de romantisme aveugle (ha ha ha) auxquels j’ai totalement adhéré. Il n’est pas improbable que j’aie lâché une petite larmichette mais je ne m’en souviens plus, ça doit être une histoire de déni. En tout cas, c’est Les Feux de L’Amour à son paroxysme : vous risquez soit d’adorer, soit de ne pas aimer du tout… mais comment ne pas aimer Lilly, cette incarnation angélique, ce bonheur de tout les instants? Comment ne pas apprécier cette façon adorable qu’elle a de regarder dans la mauvaise direction à chaque fois qu’elle vous parle? Sa soeur, qui surclasse toute l’humanité? Bad end?  

 Rin – Ground control to Major Tom?

Rin est née sans bras. C’est la fille la plus difficile à avoir dans la trame principale, il faut habilement se faufiler entre toutes les autres et ne pas se planter pour se retrouver avec cette machine verbeuse. Quand elle parle, personne ne comprends Rin, et il n’est pas improbable qu’elle ne se comprenne pas elle même, du coup je me suis senti un peu incestueux car j’avais l’impression de sortir avec moi même! Voyez-vous, Rin est une artiste et il y a là un potentiel assez remarquable pour en faire quelque chose de bien. Ce n’est que mon avis et j’ai du mal à avoir un vrai recul mais soit la route de Rin est la mieux écrite des cinq, soit c’est la plus cohérente. C’est avec elle que les choses commencent à ne plus évoluer en pilote automatique, il n’est pas surprenant de constater qu’un gros je-t’aime-moi-non-plus s’installe entre Hisao et sa Vénus de Milo – un peu de touche pipi et une première grande exposition plus tard, une certaine distance se fait sentir. La distance et l’art, les deux grands fils rouges du bouzin, dans l’histoire d’une relation un peu plus mesurée. Comprendre la nana, la voir se lancer dans d’interminables logorrhées nonsensiques va bientôt faire partie de votre quotidien. Au moins, on découvre de nouveaux horizons ; on a l’occasion de se lancer dans le club local d’art – puis de le quitter – et de faire connaissance avec cet espèce de pervers de prof d’art qui vous parle en étant littéralement en chaleur. Là aussi, le cheminement vers l’entrejambe de Rin est l’accomplissement d’un nombre un peu exagéré de questions aux conséquences rarement prévisibles. Là encore, avoir la « bonne fin » ne s’obtient qu’en prenant une décision à la logique un poil discutable, et encore, il faudra arriver jusque là puisqu’il n’est pas difficile de se retrouver dans la « neutral ending » qu’on ne voit pas vraiment venir au vu de sa longueur. Là encore, avoir toutes les scènes va être un gros acheminement de tentatives et d’échecs, mais mener tout ça « à terme » ne présente aucune difficulté, l’histoire n’est ni particulièrement passionnante ni réellement chiante, juste relativement cohérente et bien trouvée.

Un peu froide la mère Rin, un peu lente au démarrage et pas toujours très engageante mais je connais bien ce genre de personnes et je trouve qu’il y a pas mal de choses intéressante sur ce pan là. Honnêtement, les choses auraient pu être un peu plus extrêmes, ce pan « Auto destruction » aurait pu aller franchement plus loin… mais il y a quelque chose et ça se termine plutôt bien.

Emi – What what

Cette engeance perverse. Médusa s’est infiltrée dans le casting de Katawa Shoujo. 

Emi a subi un accident de voiture qui lui a tarifé ses deux jambes. Surprise! La loli du groupe est… probablement la plus âgée. L’équilibre du monde n’a pas fini d’être bouleversé sur planète Jogging car celle qui incarnerait au mieux les valeurs de la gentillesse, de la bonne humeur et de l’innocence est en fait une grosse perverse polymorphe! C’est l’un des spoilers les plus difficile à éviter et je vais me faire un plaisir de le verbaliser immédiatement, sans préavis : Emi le prend dans les fesses. C’est dit. Nous avons atteint le summum d’amour courtois.

On vous dira toujours la même chose après avoir fini cette route là « Elle n’était pas terrible ». Effectivement, la route d’Emi n’est pas terrible. C’est une fille accro au sprint, intimement liée à l’infirmier de l’école, il faut pratiquement faire une crise cardiaque pour se locker avec elle. Hisao va devenir un espèce de drogué aux tours de terrain et je ne déconne pas, il va se rendre sur le stade, y revenir toutes les deux heures, ressentir un manque si il n’y a pas posé les fesses dans les trois derniers tours de montre et va même s’y rendre en plein nuit pour s’y endormir – vous allez vous faire embrigader par cette mauvaise graine. Elle n’est déjà pas très grande, courte sur moignons, cultive le machiavélisme à base d’yeux de cocker… alors que dire? Sa route est basée sur une fantastique mystification de scénario : à la manière d’Hanako, son « accident initial » cache aussi anguille sous roche, mais le jeu à un traitement un poil étrange par rapport à ça. On a l’impression qu’il y a une sorte de « révélation finale » que tout le monde a deviné il y a déjà trois ères glacières de cela! Hisao fait semblant de ne pas comprendre et… dès qu’on est mis au pied du mur, ce n’est pas traité comme étant une surprise. J’imagine que c’est une question d’acceptation, mais ce n’est pas nous qui devons faire un deuil, mais les personnages… bref!

On dit que cette route n’est pas terrible et c’est vrai. Je vais faire péter le mot prétentieux : elle manque d’intertextualité. Les autres personnages ne semblent plus exister. On manque de liens, de révélations sur l’ensemble. Il y a bien un petit quelque chose sur Kenji mais c’est bien plus poussé chez Shizune – tout l’univers d’Hisao est centré sur la même fille qu’il ne voit pas nécessairement 24/7 et dont la psychologie ne nécessite pas une réflexion très poussée. Ca manque de variété, de renouveau… la route d’Emi est trop Emicentrée… et bon dieu, il y a cette fameuse scène de sexe qui semble tellement bizarre pour tout le monde, on sent presque l’auteur s’excuser de s’être lancé dans un truc pareil. Enfin, là aussi, j’imagine que ce serait la même chose dans la vraie vie. C’est embêtant de constater que chez Emi, ce sont les autres personnages qui brillent particulièrement : l’auteur aura eu la présence d’esprit de faire intervenir Rin au meilleur moment.

Shizune von Kharma (et Misha)

Shlac!

Shizune est sourde-muette. Tant mieux, j’ai envie de dire, car si elle ouvrait la bouche, elle serait Haruhi Suzumiya et personne ne voudrait d’un truc pareil. Il est évident que Shizune est une dominatrice et cela va même corroborer au premier rapport qu’elle aura avec Hisao, un grand moment de « haha oui quand même ». Misha, c’est son interprète en langage des signes, une grande bajasse fofolle incapable de ne pas hurler.

Très difficile d’être enthousiaste quand on lance cette dernière route : il m’est personnellement très difficile d’aimer ce personnage et peu de choses vont infirmer cette sensation dans un premier temps. C’est d’abord la moins compliquée – un unique choix va déterminer l’issue du bazar, mais il est ô combien tentateur et facile à appréhender – et la plus chiante, honnêtement. Se lancer avec les deux uniques membres du conseil des étudiants, c’est s’engager à se taper des tartines et des tartines sur des entrefaits à base de constructions en bois, de stands à organiser, de festivals à préparer. C’est passionnant comme la mort et démarre enfin une réelle histoire entre les deux – enfin… la relation avec Shizune est de très loin la plus froide et distante du jeu. Ils vont à peine se toucher deux ou trois fois, ne pas parler de ce genre de choses, à peine il lui demande si elle veut être sa copine, les deux se comportent comme un couple vieux de 30 ans. Enviable, n’est-ce pas.

Après une phase qui fait ressembler cette route à une routine administrative de début de semestre, quelques petites aventures familiales (où on découvre le seul personnage qui est réellement négatif, bravo)  on se lance enfin dans un truc qu’il était nécessaire d’exploiter : un peu de triangulaire. Je me cache quelque part dans cette route, sauras-tu me retrouver? La relation entre Hisao, Misha et Shizune va prendre une tournure intéressante qui peut éventuellement vous surprendre. Je me suis senti bousculé dans mes attentes et c’est évidemment une très bonne chose. Vous seriez surpris de savoir quel est le personnage du jeu qui affiche le plus de profondeur – après, le terme est très vite trouvé, je suis assez tolérant sur ce domaine, le moindre perso contrarié m’apparaît instantanément divin – mais c’est vraiment une route à deux vitesses qui est un poil gâchée par cette première partie n’ayant aucun intérêt. Mince, les scènes de H sont les moins bien imbriquées au reste, tout le coté « académique » du langage des signe est zappé comme c’est pas permis et l’ensemble est creux, creux. Sur une copie, ça donnerait une note pas catastrophique mais pas flatteuse, du genre 7 ou 8 sur 20.

Akira : Ange du ciel

N’a toujours pas sa route à elle. Belle blonde, poitrine « modeste », classy, yeux rouges, je pourrais dire qu’elle est « Tailor-made » et remporter la palme du grand prix Bouvard 2012 mais je me contenterais de dire que c’EST DE LA PURE PARESSE. SCREW YOU, LES AUTEURS. ELLE ETAIT POUR MOI. JE SUIS SUPER DECU. Akira, ma déclaration d’amour 2012 sur Internet t’es dédiée. <3

Bref. Il n’empêche que c’est incontournable, et même si ce sont davantage les routes de Lilly et Rin qui sont au dessus du lot pour deux raisons bien différentes, l’ensemble est d’une qualité surprenante, à picorer de temps en temps. On pourrait même longuement disserter sur le coté auto-parodique du genre et les nombreuses déconstructions qui y sont disséminées. Ha, et n’oubliez pas de rejouer une scène de H en activant le filtre dans le menu. Bien joué, et merci!

Lecture complémentaire essentielle : le très long et très cartésien pavasse d’Helia sur le sujet. Hélia, je te reprocherais peut être d’avoir un point de vue un peu cru sur la « logique de relation » mais cet argument sur le mimétisme d’Hisao est tout à fait épatant.

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Ce moment étrange où

Grand moment de détresse sensorielle quand TF1 a diffusé, hier soir, l’épisode de Grey’s Anatomy où cette grosse dondon de Callie se prends un arbre dans le bout du groin ; pourtant, elle savait probablement que détacher sa ceinture dans une série, c’est automatiquement provoquer un accident. Résultat, tout un épisode sur son délire neurologique où elle voit les gens chanter… et c’est non seulement gênant pour les scénaristes qui se tapent le micro-fantasme le moins bien amené du moment – les voir entonner How To Save A Life n’avait rien d’émouvant, juste super maladroit – et… c’est tout simpelement déjà fait. Bien mieux fait.

C’est le moment de lancer une thématique qui fait déjà chouiner les trois-quart de l’Internet (mais ça, je peux le comprendre, j’ai moi même déjà chouiné très fort) – nous sommes en Février et je me permet de lancer une petite thématique rose et insupportable de bonheur simple : quoi de mieux que l’Hôpital du Sacré Coeur pour entamer un arc sur la Saint Valentin? Coeur? Amour? C’est bon, je peux m’en aller maintenant?

Scrubs est donc une série où, dans le même strict procédé scénaristique, un patient est amené à l’hôpital au centre de l’action, a un petaucaske neurologique et voit tout le monde danser et chanter, ce qui donne un de ces fameux épisodes muscaux-figure-de-style. En l’occurrence, il y avait une justification un poil plus logique derrière, jamais l’épisode ne se prenait vraiment au sérieux et les chansons étaient originales en plus d’être drôles. … la série reprends sur M6 le Vendredi soir à des horaires honteux et je me suis rendu compte que je n’ai jamais parlé frontalement de cette super série qui vient à peine de se terminer. Si Scrubs ne vous dit rien, sachez que c’est une série qui n’existait pour personne en France avant 2004 et des poussières – alors qu’elle cumulait déjà trois saisons. Une série hospitalière, encore? Oui et non. D’abord, elle s’inscrit effectivement dans cet espèce de cycle du genre, elle occupait un créneau bien connu, quelque part entre Urgences et l’autre série un peu coupable de maladresses, là… mais en mixant le lieu avec un paramètre semblant un peu incompatible, un peu comme si vous auriez fait un jeu de Romance avec des Pirates sur Game Dev Story… une SITCOM! Avec l’approche « années 2000″ du genre, amorcée par Malcolm qui abordait un peu les mêmes mécanismes à la même période. Pas de canapé, pas de rires pré-enregistrées, seule l’unité de lieu prévaut sur le reste. C’est toujours nécessaire quand il est difficile de soutirer autre chose que « How I Met Your Mother » aux fans de comédies qui ignorent Curb Your Enthusiasm et autres Arrested Development. Il paraît peu probable que Scrubs ne vous dise rien mais si je peux vous encourager à y jeter un coup d’œil, ce serait bien bien bien bien bien.

La série a une histoire un peu… compliquée envers ses producteurs et ses fans. Durant de 2001 à 2010 (neuf saisons) elle vit sa vie de format comique – vingt fois vint minutes fois X années – elle fait ses premières armes, convainc son public et suit son cours pendant de nombreuses années. Viennent les emmerdes, les pourparlers entre grosses légumes et du balbutiement exécutif – on écrit un Series Finale (un épisode ultime) pour la série qui… se voit reconduite pour une année de plus. Ca fait désordre. Le scénario se reproduit encore l’année d’après. A ce stade là, c’est un gros bazar. La série se termine sur un scénario un peu alternatif avec un casting complètement changé. On arrive à un point qui se situe quelque part entre ma chambre et les ruelles de Naples. Même si les fans ont su pardonner le fait que Scrubs soit comme un appareil électroménager qu’on allume et éteint à loisir, cette dernière saison est simplement reniée par l’intégralité de l’Internet! On ignore tout ça, on diffuse de temps en temps entre Nip Tuck et de la call tv et paf, une fanbase française prends forme pour n’importe quelle bonne série.

Scrubs n’a pas plus de scénario que n’importe quelle sitcom : l’action se déroule dans un hôpital lambda dans un lieu inconnu des Etats-Unis – des patients arrivent, ont souvent des symptômes étranges annonçant toutes ces maladies télévisuellement transmissibles et, série comique oblige, tout ça est pris de manière délirante et, la plupart du temps, légère. Le grand mufti de l’humour de Scrubs, c’est John Dorian, alias JD – et JD, c’est Zach Braff. Zach Braff, c’est Garden State et New Slang des Shins, c’est aussi un rôle dans Arrested Development, mais c’est surtout Alexis Tomassian dont la voix mêne l’un des rares trucs que beaucoup de monde vous recommandera en VF avant tout. John Dorian incarne le héros typique de sitcom moderne : mec à l’apparence ultra-sympathique, un peu (voir carrément) connard quand il le faut, il préside la planète JD – ce mec est l’un des personnages les plus dans la lune qu’il est possible d’écrire ; la moitié de l’humour de la série se base dans ses « petits moments », ses rêveries, ses fantasmes, de petites pastilles débiles qu’il est impossible de ne pas adorer. Évidemment, il n’est pas le seul perso à évoluer devant la caméra. Si ce premier entame le tout premier épisode comme interne débutant au Sacré-Coeur, on y découvre Turk, son meilleur pote (le mec le plus noir et fier de l’être de sa génération – il carbure aux clichés) – Carla, la copine de ce dernier… mais aussi Eliott, la bonne copine totalement névrotique de JD et copine de lit régulière, leur romance est évidemment un point central de la série. Pas facile de sortir avec une nana connue pour avoir des fétiches barrés, dont celui du fameux voleur de pommes mexicain – après, il y a cette batterie de personnages plus ou moins secondaires, comme le fabuleux docteur Cox, mentor-tsundere connu pour ses interminables tirades et son caractère de cochon ; mais aussi Bob (deuxième prénom : Belzébuth) Kelso, le méchant chef de service, le tout puissant balayeur au nom inconnu, etc. Plein de gens extrêmement mémorables qui quittent rarement le champ d’action.

Comment ça marche? Comme souvent, des petites storylines (toujours dictées par les monologues intérieurs de John Dorian – le réalisateur dit que chaque épisode est comme une page de journal intime mais faut pas trop se formaliser sur ça parce que ça ne se voit pas une seconde) sont égrenées sur un épisode qui se superposent à des intrigues de fond. Des arcs apparaissent de temps en temps, un nombre indéfinissable de runnings-gags apparaissent, les personnages évoluent, très peu disparaissent… la routine. Une bonne routine – Scrubs possède deux qualités qui font d’elle une série AAA. Une bonne écriture…

… et de bons personnages. C’est trop rare pour être signalé. Souvent, la sitcom est davantage drôle que réellement écrite pour émouvoir où se soucier des têtes de pipe qui s’agitent dans l’écran – Scrubs trouve, d’un bout à l’autre, un équilibre fin – ses personnages sont appréciables. Même les pathétiques, même les connards, même ceux qui sont faits pour être détestés – sans me lancer sur une diatribe sur la cohérence des persos (tous n’évoluent pas dans le bon sens – JD, en bon perso principal, ne se bonifie pas tant que ça avec le temps) il est évident que ces gens sont tous très exagérés à leur manière mais humains. Il existe probablement des séries comiques avec un casting plus sclérosé mais la barre est quand même très haute, pour le coup. Heureusement, pour une longue série qui a vu défiler une centaine de visage différents dans sa toile de fond! Un « cercle principal », ses interactions, plein de nouvelles têtes qui s’en iront bientôt, et voilà. D’autre part, il est assez difficile d’expliquer en quoi l’écriture de Scrubs est relativement novatrice mais voilà ma tentative.

Il est très rare que la série essaie d’être drôle, elle n’a jamais à vraiment passer par cette étape. L’humour dans ce contexte, c’est rarement autre chose que de l’absurde bien mené ou un bête talent d’écriture, des petites phrases qui volent et qui font mouche ou une multitude de scènes juste cultes… qui se reposent sur une plus grosse multitude de scènes juste bien trouvées. Vous vous souvenez du « Je me seeens tellement bien ce matiiiiin~ »? C’est un exemple comme un autre, parmi une vingtaine dans un épisode donné. En gros, c’est surtout une question de rythme, rapide sans être épileptique, juste efficace et sans trucs inutiles (souvent, une intrigue partant d’une grosse connerie part de quelque chose plus réfléchie) avec plein d’effets sonores rigolos, de bonnes musiques qui se déclenchent au bon moment – le fameux effet clip qu’on retrouve plus ou moins maladroitement dans ces séries, c’est par exemple dans Scrubs que tout le monde a entendu How To Save A Life pour la première fois, la boucle est bouclée – et tutti quanti dans cet esprit de « bon emballage ». Pas excellent, juste bon et efficace, c’est tout ce qu’il faut. On passe pas son temps devant avec un sourire aux lèvres, on rit, parfois même bien plus. L’imagination de JD est une source intarissable de débilités à se faire dessus et le tout est souligné par certaines répliques, cultes as f-.

… et la série passe facilement de l’autre coté du spectre. On a facilement la larme à l’oeil devant tout ça et la source de tragédie est facile à trouver dans un hôpital – certains patients sont plus attachants que d’autres et sachez qu’on va tout faire pour vous tromper si vous vous amusez au jeu des pronostics. Il s’avère juste que les moments émouvants sont plus nombreux qu’on pourrait s’y attendre de prime abord et qu’ils sont toujours bien amenés, pas maladroits, juste logiques et acceptables. Le contraste est rare : aussi hilarant que grave sur certains moments, sans tomber dans la schizophrénie crasse… on pourrait dire qu’elle aborde des thèmes très adultes et blah blah blah mais je doute que Scrubs soit fondamentalement une série pour têtes blondes. Ne serait-ce qu’en puissance scénaristique et en littérarité, les auteurs nous ont plus d’une fois montré qu’ils savaient garder une carte pendant très longtemps pour nous la ressortir au moment optimal. Je ne sais pas si c’est du talent ou de l’opportunisme, mais dans tout les cas, ça marche.

En plus, c’est une série qui a ses période de vide (sur la longueur, ça s’explique) mais qui n’était pas « condamnée » dès un certain point – la dernière saison, la huit donc hein, est universellement qualifiée de plus mature. Un changement de chaîne façon Futurama n’a en rien affecté l’esprit – parce que oui, on peut réellement parler de ça – de la série qui a gardé un niveau assez top tout du long, avec un ratio d’épisode « normaux » acceptables pour accepter des figures de style de temps en temps, que ce soit changements de focales, bizarreries stylistiques ou… comédies musicales. On dit souvent de Scrubs que c’est une série « visuelle » et c’est pas bien dur à expliquer. On se rend compte que les épisodes sont très peu « hachés », souvent composée de gros plans séquences, de gags visuels et autres petits raccourcis sympas. Je me permet d’insister, si vous ne connaissez pas Scrubs, je ne vais pas vous mettre le couteau sous la gorge pour que vous téléchargiez un torrent intégral mais c’est à tout les coups un gros plaisir hebdomadaire que de se réfugier devant deux trois passages dans la vie du Sacré Coeur. L’écriture derrière est indéniable, les personnages sont en acier trempé et on y trouve toujours de la bonne ziq, à commencer par « Superman », le fameux petit truc au banjo qu’on entends dix secondes par épisodes. Ouais, si il y a bien un truc qui manque à cette série, c’est surement un bon générique.

Bon, je me lance quand même : au delà de cette tonne de détails géniaux impossible à lister dans cette série, il y a quand même un traitement relativement astucieux de divers romances vécues entre les personnages. Ca me semble être le strict minimum mais identification du spectateur probable, etc, réalisme des situations, coin coin. Originale, vraiment, et tellement bien équilibrée entre comédie (de fond) et drame (tangible) – globalement, c’est quand même mieux que l’autre série là, qui est tout aussi bien.

Enfin, Sarah Chalke.

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