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C’est drôle parce que c’est vrai

Bon.

Avec le mystérieux monsieur A, on le disait sur Synopslive dans une chronique qui devrait être mise en ligne je sais pas quand : les meilleurs animes sont impossibles à pitcher. Il y a des tas et de tas de péquins qui seraient intéressés par tous ces scénarios originaux et improbables, mais faudrait juste attendre qu’ils découvrent vaguement cette culture et qu’ils tombent sur tel ou tel truc, après trois ou quatre ans de matages au hasard. Bref, imposer ses goûts, c’est pas correct, mais en parler, c’est pas toujours simple. Alors mon cochon, Joshiraku, je sais pas trop comment faire. Ce n’est pas du tout une série à mettre entre les mains du profane et pourtant, le subtil lobby du sus-nommé A dans son récent pamphlet de société a payé. Vous vous souvenez de cet épisode du Prof Désespoir où l’Amiral Perry débarquait, où les personnages parlaient en yaourt et qu’il y avait deux lignes de sous-titre (dont une racontait n’importe quoi) juste pour le fun ? On y est pas mais on s’en approche. L’anime du jour cultive ce fétiche de l’inaccessible gratuit. Le masocore de l’animation.

La première chose à dire serait peut être « C’est par l’auteur de Professeur Désespoir » a.k.a. Kohji Kumeta. Vous connaissez pas ? Pas de bol, c’est encore plus impitchable mais c’est l’une de mes séries jap préférées, hyperculturelle, super drôle, assez intelligente, sûrement rédigée par un génie dépressif. Bon, les deux animes viennent de deux mangas du même auteur. Les deux séries se ressemblent pas mal, les génériques géniaux en moins. Kuhmeta doit être marié à un concept – pour le moment, les deux séries que je connais du monsieur fonctionnent plus ou moins de la même façon, ils ont donc les mêmes qualités et les défauts, tout en restant inventif. Le truc c’est que la comparaison ne fait pas trop honneur à Joshiraku. Bref faute d’intro potable, essayons déjà d’en parler.

Oker

Oker

Joshiraku est un anime très, trèèèèès japonais. Il raconte les tribulations de cinq comédiennes de Rakugo.  Le rakugo est une forme de « théâtre littéraire » où une seule personne se présente à un auditoire et se met à réciter une histoire à chute, chute qui trouve son sel dans une blagounette incompréhensible ou un jeu de mot langagier. Le Joshiraku français serait quelque part au café de Flore, quoi. BREF ! Cet anime se la joue K-On culturel et avec des mains mieux proportionnées : ça reste cinq nanas aux cheveux et caractères multicolores. La routine MAIS ! Il y a une très solide unité de lieu. On ne sort pas de la loge, en fait. On la parcourt sous tous les angles, déformations animesques mises à part. Le rakugo en question n’est que très rarement discuté ou ne sert qu’à introduire d’autres saynètes. De toute façons, nous ne sommes pas vraiment capables de comprendre les tenants et les aboutissants de ce métier – et ça rejoint l’affection toute particulière que j’ai pour les gens qui traduisent détective Conan – et le suc de l’anime ne se passe qu’en coulisses. En a donc Force Rouge, la « leader », en tout cas celle qu’on voit parler plus souvent, Force Jaune, Force Rose (qui aime pas qu’on la prenne pour une loli) Force Bleu et Force Super Bleu. Cette dernière incarne souvent la caution humour noir du show, de par son coté… son coté… « ominous », je trouve même pas d’équivalent en français, bref. Un équilibrage un peu cliché d’épices tsundere/leader/kuudere/gamine/moi-surmoi-ça/sidekick comique. Et comme aime nous rappeler les inserts, « cet anime est là pour rappeler à quel point les filles sont mignonnes », à peu de choses près.

Ça marche assez bien d’ailleurs, truc étonnant pour un casting à priori adulte (dans un anime hein, me regardez pas comme ça). Toujours bizarrement proportionné mais adulte. Les cinq ont toutes une personnalité bien tranchée et on ne souhaite pas vraiment en apprendre sur elles. On dirait cinq pantins désarticulés qu’on aime voir faire des crash-test en boucle, ça ne va pas plus loin. Bref, pas beaucoup de caractérisation. Enfin, je suis injuste, il y a quand même pas mal de storylines assez subtiles qui sont établies dès le début. Des petits gimmicks comiques qui reviennent de temps en temps (l’une d’entre elles est super chanceuse, une autre vire toujours dans le glauque, Marii a cette fâcheuse tendance à montrer ses fesses)… tout ce qu’on doit savoir, ce que les persos sont des filles au profil hors du commun et super über verbeux.

C’est quoi un épisode de Joshiraku ? Accrochez vous parce que c’est pas simple et super simpliste à la fois. La toute première scène est assez parlante dans son genre : elle s’amuse à détruire le quatrième mur à la truelle. Avec un plaisir malsain. Le casting parle du piratage, dit que le manga va pas marcher et que la série animée va être regardée par des pirates et des bandits. Une nana parle d’animation en passant soudainement en 70 images par secondes, ce genre de petit show-off rigolo quoi. C’est seulement après cette mise en bouche comique qu’on entre dans le vif du sujet, ou du non-sujet.

:(

🙁

C’est à ce stade qu’on voit la patte de l’auteur en commun avec SZS. Exactement comme la série sus-nommée, un épisode est divisé en trois parties, indépendantes, qu’on pourrait mater dans n’importe quel ordre. Le postulat est toujours le même : dans la loge du « théâtre », l’une d’entre elles revient de sa performance et les cinq nanas partent sur un petit délire. Elles dissertent dessus à vitesse flash et enchaînent sur d’autres sujets, en rebondissant partout, toujours avec un démentiel sens de l’articulation. C’est méga intense, ça cite une foultitude de faits de sociétés japonais, ça parle de tout et de rien, ça fait une sorte de « maïeutique » culturelle. C’est insensé, on dirait un delirium tremens collectif. Pourtant, c’est drôle, souvent très drôle même, c’est une forme d’humour toute particulière. Déjà parce que c’est même pas Shaft aux commandes (studio habitué aux démarches oulipiennes) et tout de même accompagné de plein de petites pépites visuelles, mais aussi parce qu’on aime se prendre au jeu et se faire balader de sujets en sujets, toujours pour conclure sur une morale souvent cynique ou pas franchement positive. Pas d’histoire, le seul scénario c’est la culture pop ou l’actualité : l’anime est pas avare en références et c’est pas comme si elles nous étaient envoyées à la figure, il faut les cueillir, les trouver, faire le petit freeze frame qui va bien et mourir de rire. Elles sont parfois plus avocats-friendly ou pleinement censurées par un effet sonore toujours bien débile. Même de ce coté là c’est le bordel donc.

Le milieu de l’épisode, en revanche, se fera toujours en milieu urbain.Tokyoïte donc. L’occasion de les voir dans d’autre fringues ! Sortie des coulisses, elles sont moins verbeuses et font presque une sorte de visite guidée pour le spectateur, anecdotes et gentilles galéjades à l’appui. J’imagine que ces séquences sont inédites en anime car vraiment en marge du reste. C’est sympatoche, ça fait une pause mentale pour le spectateur mais c’est parfois un peu chiant. Ça contribue à rendre l’ensemble incompréhensible et c’est un poil dommage. J’ai peut être pas vu les meilleurs… mais ça fait retomber le bouzin dans un tranche de vie banal, là où le reste fait tout pour être inaccessible. Ça peut parler à plusieurs publics, donc.

Bref il y a un petit épice « interchangeable » dans Joshiraku, tant et si bien que j’ai la conviction de pouvoir en parler bien qu’en ayant vu six des treize épisodes. C’est comme un vlog en plus intelligent, ou un one-man show accéléré trois fois. Imaginez que je commence à partir dans une litanie du genre : « J’aime pas le Coca. Mais quand j’en bois, je ferme les yeux. Exactement comme pour l’orgasme ! Est-ce un rapport proportionnellement inversé ou suis-je juste stroboscophile ? » puis je me mettrais à débiner à vitesse mach 2 des scandales people liés au Coca, avant de passer à un autre sujet sans aucun rapport. Vous aimez les préservatifs aromatisés ? Ha, damn, tout s’explique en fait.
Et là, allégorie de niveau 2, l’intérêt du show est bien sûr de constater que le vrai spectacle n’est pas sur scène mais dans la loge. Mettre cinq nanas kawaii au niveau de langue optimal dans neuf mètres carrés et les voir discuter de surtout n’importe quoi a un effet comique sidérant. C’est exactement comme mater du théâtre absurde, en plus rapide et plus pop. Faut dire qu’il y a une véritable osmose entre les cinq personnages, tous très bien équilibrés (moins à titre individuel haha) et un humour qui ose taper dans le limite. Ça a valu quelques coups de chaleur à l’anime, je crois. Le degré d’humour est à l’image du reste, bondissant, parfois très loin et osé. C’est pas grave, l’impact est d’autant plus gros quand ça arrive. Je peux pas trop parler de ces diverses situations sans spoiler des ressorts comiques mais la dinguerie ambiante de ces screens est assez parlante. J’aime bien cette facilité déconcertante à faire des blagues sur les tétons puis à taper dans le morbide en moins de deux minutes.

Je suis un peu injuste avec les personnages, bien sûr qu’elles n’ont pas besoin d’histoire ou de passé. Elles sont suffisamment schtarbées comme ça – et pour un anime aussi « littéraire », le travail de doublage est essentiel. Il est vraiment coulant et réussi, pour le coup. Voir la petite Kukuru – même le prénom est mignon – en avoir marre d’être prise pour une gamine et parler comme une damnée est une expérience à faire. Au début, j’aimais bien Tetora, par automatisme trouble. La réponse est venue d’elle même : elle a une moule éloquente, comme votre serviteur. Oui, ces nanas sont effectivement mignonnes Ce coté gentiment caricatural trouve toujours un écho comique maîtrisé. Du « rapide fire comedy » ++. Culturel et imprévisible. Anecdotique et à mater en même temps. Très constant, du coup, même si on va parfois aller pisser au milieu.

C’est un anime assez rigolo qui ne se regarde pas d’un œil. Il faut vraiment se concentrer, tout suivre, prendre le temps de capter toutes ces ouliperies, contraintes et blagues visuelles cachées quand on essaie juste pas de suivre ce qu’il se passe, que ce soit les dialogues purs où la tonne d’informations qu’on nous envoie à la mitraillette. Bref, un petit objet de pop culture qui se fourre dans tant de niches superposées qu’il en devient un peu absurde – tout en tant absurde de genre et d’exécution. C’EST JAPONAIS QUOI. Je recommande, c’est l’un des rares animes depuis longtemps dont j’ai enchaîné les épisodes, c’est un bon signe. Quand aux génériques, ils n’ont pas le génie de SZS mais sont suffisamment entraînants pour être discutés. L’opening ne fait pas adulte pour un sou et ne présage pas trop de ce qui va suivre. ‘Fin bref, c’est indescriptible. On te placarde des scènes de vie à la plage façon Martine et tu as juste une tartine de dialogues bien doublés. Tu fais un peu semblant de comprendre la moitié mais tu sais bien que ce que tu mates est bon, dans le fond. Plus que bon, même. Je vais fissa mater la fin et m’intéresser aux mangas, K. Kuhmeta est définitivement un auteur à surveiller. Joshiraku est un concentré de bonne culture pop, valorisante et lettrée. (Sceau de qualité à cet endroit dans le futur, faut voir)

Puis, pour le coup, c’est un anime qui encourage le téléchargement légal puisqu’il va falloir un sacrée team de diplômés pour traduire toutes ces vannes de langue sans perdre au change.

Hey ! La semaine prochaine c’est la Japan Expo. J’y serais pour y faire quelques articles pour le Journal du Japon. J’ai les prods de Paëlla Magique et des Final Fantasy à venir de bookés, on pourra sûrement faire des trucs chouettes. N’oubliez pas les consignes habituelles et amusez vous : il y aura plein de choses à faire ! Des choses emblématiques ! Acheter le méga pack Soul Eater proposé par Kurokawa ! Acheter Katawa Shoujo en français pour 25 balles parce que ! Regarder l’AMV Déjà Vu, qui est drôôôôôle ! C’est comme deux copains sur un plan drague ! C’est si drôle que ça ! ALLEZ VIENS !

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Les magical girls se cachent pour mourir

Wahou euh alors pour mon dernier post, je me retrouve dans une posture compliquée. Je viens de boucler Mahou Shoujo Madoka Magika (de tête hein, disons Madoka) et je ne sais absolument pas quoi penser de cette série. Pour tout vous dire, en matant le dernier épisode, j’étais en train de retenir une larme mais je me demandais si je n’allais pas finir mes jours en prison – ce serait bien con à ce stade, quand même – et j’étais un peu en colère contre moi même, en me disant « Putain mais qu’est-ce que tu regardes??! » … tout en sachant que ce que j’étais en train de terminer était incontestablement bon. Après avoir regardé ça en m’en fichant vaguement pendant dix épisodes, la fin me faisait clairement savoir que j’étais impliqué émotionnellement dans le truc. Enfin, cet anime titillait ma fibre nostalgique : il n’est pas si difficile d’y trouver des similitudes avec… Digimon Tamers. Soyons méthodiques, je vais passer d’un hémisphère à l’autre pour expliquer mon ressenti avec cette petite série qui a déjà fait son effet dans l’otakusphère, lors de sa diffusion en plein hiver 2011. Spoilers légers. Je parle de mécanismes qu’on est pas sensé trouver dans cet anime, sans évoquer de noms ou de tropes.

Le postulat

Si on part du principe que la culture anime est une culture de niche, Madoka Magica serait l’équivalent animé du breakcore ou de la blaxpoitation. Toujours est-il que dans les Saints Cercles des Amateurs Obstinés d’Animation ont souligné beaucoup de qualités chez cette production. Très bien, pourquoi pas, mais n’étant pas particulièrement passionné de ce coté là je me suis laissé le temps de faire ça le moment venu. Ce moment, c’était ce mois-ci. L’élément déclencheur est tout aussi obscur – vous vous souvenez peut être de Sayonara Zetsubou Sensei. L’un de ses génériques cultivait un style très particulier, graphiquement parlant, cet esprit montage et collage. Ça m’avait marqué – presque trois ans en amont, eurgh – et il s’avère que Paëlla Magique est presque construit autour de ce style qui, j’imagine, a dù plaire. Après tout, c’est le même studio (Shaft) et le même réal (Shinbo) et ce duo est connu pour ses production particulièrement barrées! Si l’origine de cet anime n’est pas celle telle quelle, elle doit forcément s’en rapprocher, il y a un rapport esthétique.

Deuxième point : l’évocation d’une Magical Girl est forcément parlante pour chacun d’entre nous! Même sans jamais avoir réellement regardé un épisode de Card Captor Sakura, on devine que le genre est lié à cet ensemble de topos – une gamine passe du statut normal à celui de magique, elle sauve l’humanité et, séquence complètement indispensable, se transforme en héroïne en enfilant une tenue archi baroque, tout en frous frous. Cette transformation doit toujours suggérer un peu de nudité. Même mon futur référent de Mémoire (grosse pointure de la théorie littéraire, maître de conférence et tout le tremblement) a réussi à évoquer le personnage en fin de cours, me laissant un peu mourir de rire intérieurement. Quoi qu’on puisse en dire, c’est un genre et Madoka est là pour amorcer une déconstruction. Ok, jusque là, rien de bien compliqué.

Haaaaa je suis tellement en manque de Dinosaurus

Je vous livre un peu le synopsis et vous comprendrez pourquoi j’ai numéroté mes abattis : Madoka est une lycéenne qui vit dans une maison abusément grande, qui étudie dans un établissement abusément spacieux et qui possède une tête abusément ovale. D’ailleurs, c’est un univers assez féminin… mais bref, Madoka mène une vie presque normale QUAND TOUT A COUP, un espèce d’alien nommé Kyubei, un chinchilla géant et immaculé débarque dans sa vie, pourchassé par une brunette fougueuse. Fin du premier épisode. Il s’avère que ce machin télépathe est en fait une nouvelle incarnation du pacte Faustien – il échange un souhait contre le métier de Magical Girl. Hey, ça à l’air tout benef’! … mais pourquoi faire ça? Hé bien, des sorcières menacent l’équilibre cosmique de l’univers, le bazar habituel. Madoka et quelques une de ses amies vont donc se retrouver embrigadées dans un univers merveilleux aux enjeux biens réels. Les mécaniques du « pacte » vont s’étoffer, révéler pas mal de trucs, ouvrir des pistes, mettre le doigt sur des quenelles et permettre pas mal de jolies séquences. Effectivement, pourquoi mon préambule sur « l’esthétisme » Shinbo? Simple, à chaque fois que Madoka va assister ses copines magiques pour brûler de la sorcière, elles se retrouvent toutes dans un environnement imagé et totalement construit autour de « divagations », de grandes matrices illustrées par ce style précis. Le casting est donc le suivant : Madoka, sa copine, protagoniste 1,2,3 et deux/trois personnages secondaires importants. Le tout poursuit son bonhomme de chemin jusqu’à une grosse explosion de procédés de fiction connus. Ok, débarrassons-nous immédiatement du coté « nazi » de ma critique.

Pourquoi ça m’a un peu énervé de mater ça

DIEU QUE JE ME SUIS FORCE AU DEBUT. J’y reviendrais mais ce n’est pas un anime qui retiendra longtemps l’attention d’un mec qui se fiche un peu de cette culture, non seulement parce qu’avant de la déconstruire, il faut bien l’établir un peu – logique – mais surtout parce que c’est un anime qui sort ses cartes maîtresses très tardivement. Ce n’est pas un mal en soi mais pour Bibi c’est six épisodes à se demander quoi faire, à faire des lettres de motivation en même temps. Cette intrigue veut te faire croire qu’elle a déjà été vue des milliards de fois. Oui et non. Au pire, et c’est déjà moyen, on peut lui reprocher d’utiliser des procédés vus dans d’autres bons animes – difficile de ne pas penser à Hinamizawa, par exemple. C’est surtout cette hyper récurrence des lycées, des écolières et de cet acheminement-du-fantastique à la Caroll qui est un peu irritante (j’ai un fétiche pour les univers fantastiques… qui ne le sont pas, puisque ces marques de fantastique font partie du pain quotidien – Poudlard, Shibusen, etc) mais ce n’est qu’une impression. De la même manière, une sorte de répétitivité s’installe gentiment dans la première moitié de l’anime. Sorcière-de-l’épisode, un univers graphique, un peu de développement ici et là pour emballer. Cette routine est telle que la mort d’un perso va sembler sans aucun impact, sur le scénario comme sur le téléspectateur (mais attention aux raccourcis car on peut trouver un tas de justifications derrière ce fait) en gros, l’anime met quelques épisodes à réellement devenir intéressant.

Puis il y a Kyubei. Sensé être un personnage-clé, véhiculé sur les Internets comme étant un démon/pédo/engeance de Satan, ce n’est qu’un être complètement dénué de sentiments humains, donc faisant seulement son boulot sans empathie, puisqu’il n’est pas fait pour comprendre ce concept. Aïe, sans ce trait méphistophélique, la référence tombe un peu à la flotte. Qu’à cela ne tienne, il reste diabolique dans son attitude mécanique… ou peut être parce qu’il ne peut pas physiquement bouger un trait de visage, que sais-je.

Ah oui et heu et j’avais vaguement peur de mater un truc sale parfois. Les séquences de lolis qui se font des câlins à poil, ça m’a toujours fait froncer des sourcils et une séquence hyper émouvante m’a fait sentir un terrrrrrrible conflit émotionnel. Je sais bien que ça fait partie de l’imagerie des magicals girls (et des animes en général, toujours dans Hinamizawa) mais eurgh quand même. Pas la peine de faire un traité sur la sexualisation des personnages de fiction, bon. J’avais une nette impression de regarder un truc qui visait un public en dessous de ma « tranche » d’âge. Ce n’est pas une question de maturité, mais on peut aussi véhiculer l’allégorie de Madoka avec autre chose que des foutues lycéennes plates. D’ailleurs, c’est comme si le casting faisait exprès d’aligner les stéréotypes – chevelures multicolores, palettes de caractères clichés. Oui, là aussi, déconstruction à venir – mais ce n’est pas nouveau non plus.

Plus embêtant : ces fameuses séquences « Tout dans le plumage » – ne sont pas poussées par quoi que ce soit d’autre. Pas de réel évènement diégétique la plupart du temps, du coup, elle ne servent pas à grand chose et on a juste l’impression que l’anime se la pète un peu. C’est un phénomène qui ne dure pas mais je l’ai ressenti tel quel là et là. Pas mal de flou scénaristique. Quitte à établir des codes, les expliciter est toujours plus sympa.

Enfin : JEANNE D’ARC ET ANNE FRANK ÉTAIENT DES MAGICALS GIRLS. VOUS AVEZ PERDU LE JEU. REPRENEZ DONC UN PEU DE DROGUE

(Oui mon ami, je pinaille pour rien, il fait humide MAIS)

Pourquoi c’est quand même vachement bien

Hééééé ben parce que c’est quand même vraiment bien écrit. D’une part parce que ça amène un concept aussi con que les magical girls vers une espèce de vue de l’esprit sur les élues, etc. Oui, Buffy et une armée d’autres séries l’ont déjà fait mais c’est bien amené. En vrai et ici réside un point crucial de cet anime : c’est carrément sombre. Pas la moindre trace de comédie, de gag, le vrai drama commence, demande ses victimes et aligne pas mal de séquences qui, ENFIN, t’impliquent dans tout ça. On doit donc se débrouiller avec ce contraste : ces gamines qui font joujou sont confrontées à de réels dangers – et le procédé de « Magicalisation » cache en fait pas mal de perversité. De l’intertextualité, toujours, mais de la bonne – cet anime est bon quand il montre ses personnage en train de perdre la maîtrise de leur propre terrain. En bref : Madoka adopte une posture d’anime un peu plan plan pour mieux la bouleverser. Risqué, quoi. Réservé aux vétérans, à ceux qui voient venir le truc ou aux patients. Anime diesel.

Le tout début et la toute fin se font écho, point bonus ultime. Les défauts énoncés ci-dessus peuvent se retrouver ici : si le début est flambyesque, la fin cartonne un peu tout ce qui bouge… L’anime se repose sur un procédé qui « fait » « quelque chose » à « un personnage » (et c’était spoilé par à peu près tout le monde depuis longtemps, eurgh) et c’est bien fait, bien exécuté. C’est une question de rythme : la fin est tellement dantesque que tout ce qui précède a vraiment l’air de « faire semblant »! On est loin du premier épisode où j’étais en train de facepalmer parce qu’une chanson nunuche se déclenchait sortie de nulle part – et ben même pas. En bref, certains trucs trouvent une explication nécessaire, la fin est émouvante – attention aux petits détails – et justifie pas mal de lourdeurs antérieures. Ce serait pousser le vice mais l’anime se hisse littéralement à un plus haut niveau d’existence, hahahaha. Au final, cette histoire magique était un simple mécanisme pour aller lentement à une histoire plus complexe pensée à l’avance. Même cette construction des personnages, sensée être basique et sans profondeurs, cache pas mal de trucs. Je ne dirais pas que c’est glauque (il faut avoir manqué tout un pan de sous culture ciné pour dire ça) mais c’est dérangeant. Pas pervers, juste perturbant là où on ne pensait pas que ça allait l’être.

Sentiment mixé mais cette sensation à la fois scandalisée/gentillement émerveillée prouve que, quelque part, le boulot d’un scénariste est fait… et tant pis pour les frous-frous, le monde ne s’en porte pas plus mal. A voir.

On se laisse ici. La Sagadaÿtaÿ de cette année est toute simple – elle va seulement dérouler ma « discothèque idéale » et égrener mes impression sur quelques styles et groupes que j’affectionne, un album à la fois. Si je n’ai pas assez d’exemples « satisfaisants », je mettrais un ou deux mèmes dans le tas, pour faire comme d’hab… mais ce ne sera pas de la grande littérature, évidemment, tout ça est fait en avance.

On se retrouve en Septembre pour une cinquième saison de posts interminables.

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Lapin compris

Pour toi qui est venu sur cette page avec l’espoir d’apprendre un truc, en voici une épatante qui va probablement te décoller les ovaires : mes connaissances Zack Snyderesques sont plates et re-plates! J’aimerais avoir un certain respect pour cet homme, c’est un beau gosse, il partage une vague ressemblance avec Peter Krause et il a réalisé un récent film d’animation qui était faussement pérave! Je n’ai vu de l’Armée des morts que la (flippante) bande annonce, 300 est un film trop mémétique et spoilé pour être sérieusement
visible de nos jours et je ne sais pas trop comment j’ai fait pour éviter de m’endormir devant Watchmen qui m’a laissé froid, froid et glacial, Cold As Ice. Inutile de dire – et c’est bien pour ça que je m’en charge – qu’on retrouve chez le bonhomme une certaine palette de gimmicks maniérés… non pas un style, mais bien une palette de gimmicks maniérés. Ca tombe très bien, je suis allé voir Sucker Punch sans jamais reconnaître rien de tous ça et c’est seulement cinq bonnes secondes avant l’apparition des crédits que j’ai commencé à me dire : « Ah, mais attendez… »

http://img856.imageshack.us/img856/3837/affichesuckerpunch.jpg Oui, ce premier Avril était l’une de ces rares journées à être sympa d’un bout à l’autre et Sucker Punch y a contribué à sa manière. Je suis allé voir ce film totalement à l’aveuglette, dans l’un de ces nombreux moments « IL EST TEMPS DE VOIR… UN FILM » un peu aléatoires et c’est lui qui proposait l’horaire le plus proche! Grosso modo, le nom me disait quelque chose mais je n’avais pas même l’affiche en tête et strictement aucun aspect du scénario en mémoire. Confiance totale et aveugle… à rien de concret, hasard total. Je vais
spoiler un peu cet article : même si il est évident que Sucker Punch est un film terriblement… moyen, je peux pas m’empêcher d’avoir un avis plutot enthousiaste sur la chose. Il impose un certain balancement : il n’est pas bon, il n’essaie pas d’être bon, de renouveler quoi que ce soit, d’inventer ou d’être réellement surprenant mais il sait divertir, d’une manière rarement subtile. Ce film hurle sa volonté d’avoir une page Tv Tropes bien remplie tant il use et abuse de tout ces petits mécanismes de fiction récemment fétichisés, MAIS il contient une scène où (respiration) une bande de bombasses se démènent dans un univers deuxième guerre mondiale contre des nazis robots steampunk à bord d’un mécha où est dessiné une tête de lapin, le tout derrière une bonne reprise de White Rabbit. Sur le papier, ça à l’air à la fois complètement absurde, dément et franchement crétin et c’est parce que ça l’est! Alerte Spoilers! 

Sucker Punch a la faculté démentielle d’envoyer caguer son spectateur : le temps passe plutôt vite et on se demande toutes les vingt minutes si l’exposition du scénario est terminée, qu’on puisse faire avec et éventuellement avancer un peu les choses. Ne pas comprendre cette phrase comme si le film était une intro d’une heure et demi mais bien flou dans son traitement, speed et sans prendre le temps d’expliquer quoi que ce soit, c’est un univers complètement auto-géré qui ne ressemble pas à grand chose, ne se définit pas
simplement temporellement (on peut spéculer des années 20 à 70 sans trop chipoter) et ne prends pas la peine de nous introduire ses perso qui arrivent en bondissant dans le cabaret diégétique. Séquence d’intro archi stylisée où une fille X subit un triste sort familial à la Dickens et se retrouve subitement à l’asile d’aliénés du coin. Dingue mais pas folle, une subtile suite de plans fixes nous montre qu’elle compte directement se faire la malle, enjeu d’autant plus important qu’une échéance qui sent mauvais fait son apparition – lobotomie a prévoir. C’est curieux, jusqu’à présent j’envisageais cette opération à la sauce « gore », en passant par le haut du crâne à la tronçonneuse, tout ça – mais un schéma aguicheur nous montre que c’est en fait un clou bien angulé dans le pif, ce qui, vous en conviendrez, sonne bien pire. Notre personnage X découvre donc son nouvel environnement maboule et féminin, fait connaissance avec les personnages passivement nazis
qui constituent le personnel de l’asile et ZWOUSH sans transition aucune, X devient « Baby Doll » et est magiquement entourée de quatre autres filles aux noms classes mais qui font quand même un peu porneuses et tout ce petit monde se prépare donc à monter sur scène pour voir notre Baby Doll danser. La musique se met en place et REZWOUSH nous sommes cette fois dans un environnement typé façon vieux film de samouraï… où X fait l’élève, prête à apprendre quelque chose du Paï Meï local quand soudainement des NINJAS PIRATES ROBOTS ZOMBIES déboulent et vlim vlam vloum tout le monde se met dessus, de retour dans la « dimension cabaret » et on reprends pour quelques allers-retours.

 Ce n’était pas clair et syntaxiquement atroce dans un gros paragraphe mal aéré, ca risque d’être percu tel que si vous découvrez la bande. De toute façon, ce n’est pas fait pour être complètement explicite mais le film vous prends tellement par la main dans son traitement du plot twist qu’il est tout simplement probable que ce n’en soit pas un : il n’y a aucun piège, pas de réelles imbrications de réalités à la Inception (une illustre personne a directement comparé ce film à cet autre film, ce qui m’a fait un peu tilter mais je n’ai rien dit parce que je suis un super gars) puisque tout ça c’est dans sa têêêêêête de foldiiiiiiiingue. Toutes les clés sont données dès le début et je re-doute que ce soit sensé être une surprise : X fuit donc la réalité et parachève son plan d’évasion via une sorte de dimension… cabaresque, où dans ce même fantasme l’exécution du plan d’évasion prends une tourtune un peu rébarbative, à savoir choper le Mac Guffin toujours bien gardé… mais comment faire? Et ben, Franck avait raison dans sa sentence culte : Il faut danser. En dansant, tout s’arranger. Tu as envie d’un camembert à trois heures du matin, hop! Tu danses devant ton frigo et le camembert apparaît.

Oui, attendez. Dans cette métaphore filée où les nanas-catcheuses sont retenues prisonnières et plus ou moins vendues, Baby Doll danse tellement bien que ça rends l’intégralité de l’univers gaga au point qu’on puisse lui faire les poches sans qu’il ne se rende compte de rien. C’est dingue mais c’est justifié, ce n’est pas
concret!
Le revers est double puisqu’on ne verra jamais ça MAIS à la place et pour chaque Mac Guffin à choper, métaphorisation (sic, sic, sic) totale dans une séquence n’ayant RIEN à voir, à tout les niveaux.

http://img194.imageshack.us/img194/3198/suckerpunchtrailer2.jpg Choper un plan dans des tranchées. Récupérer des joyaux magiques dans un donjon, dragon à la clé. Récupérer un couteau dans le train allant vers une ville futuriste. Pas de linéarité, pas de cohérence, Yathzee nous sortirai son impérial « LA CONSTANCE C’EST SYMPA » – parce qu’effectivement, cette intrigue de collecte est une énoooooorme excuse pour nous sortir cinq séquences aux styles très différents. Enfin, style, là aussi c’est un mot si dangeureux et imprécis pour être employé – disons que Snyder fait mumuse et se fait sa petite collection de fantasmes. Ca marche parfois bien, parfois ça fait un peu plouf mais c’est toujours la même chose, se battre contre les mêmes zombies casqués, au ralenti, en prenant des poses, en
donnant des coups de sabre dans tout les sens dans des pures scènes d’action sans tentative de finesse. C’est assez joussif mais bizarrement vain : le film ne fait pas semblant, vraiment pas. Il case trois références à la seconde, joue avec les genres sans les déconstruire ni s’en moquer, il offre juste deux trois petites interrogation sur votre perception de la réalité. Bon ça reste très mineur voir un peu neuneu tant le speech d’intro et de fin est risible dans son sérieux maiiiiiis il y a une certaine maîtrise, simple et efficace derrière tout ça. De deux choses l’une : soit Sucker Punch est un film un peu prétentieux mais sympa et très référentiel, soit il est un peu concon et un peu limite qualitativement. Je fais confiance aux gens à qui ont donne des
milliards pour nourrir l’industrie du cinéma – je vais opter pour la maladroite première option. Au moins, pas d’all stars, juste un sosie de Duffy et quelques bimbos que vous aurez forcément vu dans telle ou telle pub/série américaine.

Reprenons donc – Sucker Punch adopte une construction qu’il faut comprendre, puis accepter. Tout ça ne dure pas longtemps mais je ne serais pas étonné que des gens restent dans l’expectative tout le film, sans rien avoir pigé. De là à dire qu’ils sont bêêêtes, absolument pas, disons qu’il faut avoir cet « état d’esprit » très bordélique que Snyder avait visiblement puisque ça reste un assez gros bazar, linéaire, mais foutraque quand même. Allons-y pour LE défaut majeur du film : c’est au final assez trompeur, le film entourloupe
pas mal les choses. L’intrigue est archi-mince, son temps de récit est bien plus laaaarge que son contenu fictionnel (la diégèse donc, si vous vous demandiez) et ce film est comme une boîte à secrets … vide. Il est livré clé en main! Dans le fantasme, on attends le « High Roller » qui n’est visiblement pas apprécié, le parallèle est donc fait pour tout le monde en plus d’être appuyé par divers fils d’Ariane qui sauteront aux yeux des plus inattentifs. Tout ça pour quoi? Une belle bad end des familles pour qu’on comprenne que la véritable héroïne de l’histoire n’est pas X mais Y (dans un casting si XX, c’est étrange) tout ça tout ça et en avant vers de prochaines aventures dans ce monde indéfini. Tout ça pour ça? D’un coté, je râle envers cet air chaud mais le
film n’a pas… réellement besoin de support. Dites le moi si je dis une connerie mais il n’y a pas de support préalable au film et ça se voit tant le truc fait melting pot assumé de genres, gimmicks, réflexes… on sait tout à l’avance et on en prends juste bien les yeux et bien les oreilles en attendant que ça passe dans les narines.

 De quoi faire pêter l’alerte bonne B.O. – tellement approprié et convenu sur un film qui s’apparente à une suite de clips. Pas de compos originales mais une dizaines de reprises de tubes ultras efficaces, toujours bizarrement axés sur … vous n’allez pas le croire : l’hallucination. White Rabbit, Tomorrow Never Knows,
Sweet Dreams, autant de musiques poussées à fond les baffles qui accompagnent autant de moments tellement indescriptibles d’irrelevance (siiiiic) mais qui restent terriblement en tête, au cas où vous les découvriez, ce qui signifierait d’une part que vous êtes à la bourre mais aussi que vous êtes de sacré veinards puisque les moutures de Torrini, Bjork et Emily Browning sont tous aussi bonnes à leur manière. C’est probablement le point impossible à démonter du film, quoi qu’on puisse en dire, ils ont mis de la bonne zic’ derrière, point. Même si c’est « pour faire genre« ! TOUT CE FILM « FAIT GENRE »! Il fait mumuse avec les genres, ces personnages sont tous du même genre, il y a un genre de plot twist, il est genre sympa/moyen, tu as genre envie de le revoir mais tu l’achèteras probablement pas en DVD. Je recommande quand même parce que j’ai passé un bon moment, ne vous prenez pas trop la tête en allant au cinéma, c’est loin d’être… le genre de la maison.

sucker_punch7.jpg

 … j’aurais aimé finir sur post sur cette vanne à se rouler les fesses de rire sur la carpette mais tant qu’à taper dans le Blanc et le virginal, j’aimerais revenir un peu sur Assassin’s Creed Brotherhood, que je décrivait vaguement sans grand enthousiasme derrière mais là je suis contraint d’admettre ma mauvaise foi, ACB est bien plus qu’un jeu « bien mais pas top ». Son début est juste peu enthousiasmant et il ne prends de toute façon du sens que sur la longueur – mis à part son multi toujours aussi mystérieux et désertique, je me suis vraiment passionné à massacrer les Borgias, rénover Rome et parcourir les entrailles de Rome en vue d’amasser
toujours plus de pognon. Le jeu possède une fin inhabituellement surprenante, fait évoluer quelques bons personnages (en plus d’avoir l’air d’être très au courant de ceux qui le sont moins hin hin) et se paye le luxe d’être facile et plutôt court, comprenez qu’il s’arrête avant d’être répétitif. Ca ne me fera pas jouer aux deux premiers par pure curiosité mais j’ai trouvé plein de petits trucs satisfaisants dans Brotherhood, résoudre ces petites énigmes et se rendre compte que le jeu pose d’intelligence et d’histoire de fond est toujours… quelque chose de positif. Là aussi, je recommande et c’est du gé façile. Qu’on se le schtroumpfe!

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Numéro complémentaire

« Petit, tu es doué, très doué, mais tant que je serais dans le métier, tu ne seras jamais que le second. »

Ce post est imprégné par l’âme de Patrick MacGoohan, sa tête et sa propension à collectionner les plans rapprochés plus ou moins avantageux sur son énoooorme front!

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 Janvier Nostalgie, et je peux dire sans prendre de risques que niveau télévision je serais strictement incapable d’aller encore plus en arrière, nous parlons ici d’une série de 1967, de LA série qui fait ce qui est bon aujourd’hui. « Un peu comme tout ce qui a été fait pendant cette dizaine » diront les fans de présents de vérité générale – mais finalement, c’est l’esprit. Deuxième fun fact : ce post amorce ce qui pourrait être le running gag de l’année, si je me force un tout petit peu et que je fais preuve de bonne volonté : les séries ANGLAISES! Rien de mieux pour commencer cet arc que le Prisonnier! La base de la base, le graal des séries qui ont pour seule vocation de nous prendre la tête jusqu’à implosion crânienne!
Et cette série avait une certaine aura, probablement déjà dans le contexte mais à chaque gros mindfuck télévisuel chacun y va de sa petite comparaison. « Hé, le Prisonnier l’a déjà fait » etc etc. Il fut donc largement temps de mater ce qui semble être cette petite pépite intemporelle et CAALORSVOILATYPAS qu’Arte, toujours dans sa démentielle programmation estivale, diffusait les épisodes deux par deux le samedi soir ce qui a donné de longues et grandes soirées rigolotes au coin du feu. Après vous vous demanderez, bandes de petits perspicaces que vous êtes : « Mais diantre pourquoi attends tu Janvier pour en faire un post » hé bien hé hé c’est parce que j’avais raté les deux derniers diffusés le samedi soir de Rock En Seine, journée donc loupée de façon imprévue et j’étais chez mon copilote pour programmer la journée du lendemain bref une anecdote qui vous tiendras en haleine jusqu’à la prochaine extase. Du coup, ça s’est vu que je kiffais la chose et ces bonnes soirées mystiques et le coffret est tombé pour Noël! … Probablement acheté à la Fnac! Pour des milliards! Alors qu’Internet est tellement plus clément! Bref!

 Pas de surprise : c’est vraiment bien… et rétro sans vraiment l’être. J’aime bien tout ce qui pue les veilles confitures (un jour je vous parlerais de mon amour un peu sorti de nulle part pour Colombo) mais ce pur produit culturel ayant survécu à la quasi-intégralité de ses acteurs se regarde toujours aussi bien et fonctionne
exactement comme les bonnes séries d’aujourd’hui. Le scénario est archi connu, revisité et parodié par tout le monde ce qui est assez paradoxal puisque seul le générique expose un véritable scénario : un type conduit sa bagnole derrière une musique virile, démissionne d’un poste haut placé mais inconnu, rentre chez lui, se fait gazer la tronche et se réveille dans un village un peu maboule. Son identité : le numéro 6! « Nous voulons des renseignements / Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre » etc etc chaque parole de cette intro à acteurs variable est aujourd’hui un peu culte et c’était déjà le cas quand nos parents en parlaient dans leurs chemises Lacostes de jeune hipsters adulant les vinyles comme nouvelle technologie. Ca c’est la base, après chaque épisode parmi les 17 est une petite histoire en elle même, un mini-film d’espionnages d’une cinquantaine de minutes. L’histoire de fond est latente sans jamais être vraiment expliquée : où est le Village, comment fonctionne-t-il, pourquoi est on « geôlier » ou « prisonnier »… et le fameux « QUI EST LE NUMERO 1 » qui fait un poil daté comme problématique – il ne faut pas s’attendre à grand chose. Dans l’absolu, la série fonctionne par groupes d’épisodes :

 – Dans la première moitié, numéro 6 ne pige rien à la situation et va surtout essayer de s’échapper en élaborant des stratégies de plus en plus dingues. Bateaux, hélicoptères, amis providentiels… Il va toujours réussir à un poil de tweed près mais va toujours se faire rattraper par ses fameux « ravisseurs » et ces fichues ovaires volantes qui sont sensées constituer l’ultime menace. Damn, une fois il est carrément rentré chez lui!

– La deuxième moitié de la série relêve davantage de son combat contre le système : il va essayer de faire imploser le truc de l’intérieur. Ce combat s’illustre par une série de figures de styles, d’épisodes aux scénarios très loufoques et improbables où les scénaristes s’amusent et posent toutes les bases de la science fiction
anglo-saxonne plus récente : échange de corps, soudain Western, conte pour enfants, conspiration…

– Les deux derniers épisodes sont un arc à part entière et constitueront probablement l’un des plus grands Mindfucks filmés où tout le monde à l’air très investi dans la non-compréhension de la non-intrigue. Ca n’a absolument rien de négatif et c’est franchement mémorable!

 Tout ça est agrémentés d’un certain nom de gimmicks : verbaux (le fameux « Bonjour chez vous! ») à chaque fin d’épisode on voit ce plan terrifiant où la tête de MacGoohan se précipite sur des barreaux, brr…. et dans un ordre d’idée plus capital, des petits objets comme ce fameux vélo au nom improbable, logo n’apparaissant nulle part dans la série – la fameuse bagnole de numéro 6 ou bien le Numéro 2 lui même, ce fameux « méchant éphémère » dont les plans n’ont de cesse à foirer lamentablement prends une incarnation différente à presque tout les épisodes. Dans le contexte, c’était des guest-star, comme aujourd’hui… et ce soin à ne prendre que des tronches impossibles était déjà présent.

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 Qu’est ce qui fait que cette série a très bien vieilli? Ne serait-ce que formellement, la qualité d’image est excellente, tout le monde a un jeu d’acteur premier degré comme on les aime, la Bande Son est trèèèès représentative de l’époque et l’extrême rareté de son… utilisation lui donne beaucoup plus d’effet. Non, chaque épisode est toujours très immersif à sa manière, même si les choses sont toujours assez lentes, cérébrales, beaucoup de dialogues… allez, si, UN gunfight à la toute fin avec des jolis pétards d’époque. Et
vlan le gros mot clé : époque. On a largement l’impression que tout était caricaturé volontairement pour qu’on puisse se faire la réflexion avec le recul d’aujourd’hui ou de demain : voir cette esthétique très kitsh de ce lieu de tournage au pays de Galles, ces gens aux habits colorés, cette ambiance James Bond des débuts où tout se fait dans des caves métallisées ou une tripotées de minions font mumuse avec des boutons et autres appareillages très coûteux, une belle capsule temporelle quoi. Dans cette nonchalance du jeu, ce doublage très posé et cette ambiance lente, parfois un peu maladroite, on reconnaît l’époque mais ça tiens à peu de choses parce que tout fonctionne selon les réflexes d’aujourd’hui. J’ai envie de vous dire – en fait, c’est
l’inverse.
Cet art du pas-de-réponse, ce traitement dans la narration, ces fils conducteurs… toutes les bases sont là.

Justement, en termes de degré, il faut vraiment s’attendre à ne pas comprendre grand chose. C’est l’un des buts avoués de la série et on la mate pour ne pas y comprendre grand chose. Tout ça est bien sûr une métaphore sur l’individualité, l’identité, le système et ce genre de banalités que je garderais pour une copie d’examen mais pour une fois je vais pas trop chercher à analyser ce qui doit l’être. C’est juste très prenant, ça peut se mater par tableaux individuels… et pour certains tableaux. C’est là qu’apparaît une certaine admiration que j’ai envers ce type de format : les cadres, les personnages et les diverses unités d’un épisode varient toujours, sans contraintes… et ça reste prenant. Même dans une salle noire de 30 mêtres carrés où se déroule tout un épisode qu’on croirait tourné avec deux ou trois mille balles. Il y a comme un art de l’absurde… maîtrisé à l’extrême ou chaque réplique est pensée pour être plus dingue que la précédente. C’est « ancien » et c’est donc plus… fait pour être intelligent (bon ok c’est un peu gratuit et réducteur mais vous m’aurez compris)
et à aucun moment on n’a l’impression d’être pris pour un téléspectateur con, bien au contraire. Ce sentiment est d’une rareté démentielle de nos jours et ça fait un bien fou… puis Le Prisonnier à une tendance démentielle à nous montrer que les trucs chiants d’aujourd’hui ne l’ont pas toujours été. Ici, il n’y a strictement aucun développement de personnages, tout est déjà posé… et ça prends tout son sens. C’est adapté, le genre veut ça, on sait déjà pratiquement tout, donc rien. Tout ce qu’on veut voir c’est de nouvelles têtes, de comportements un peu clichés et des tas de froncement de sourcils qui veulent dire « Hé, admire mon mindgame! » Le Prisonnier, c’est ça. Une treizaine d’heure à ne pas comprendre grand chose mais à kiffer
cette incompréhension parce que tout est fait avec brio, classe absolue et grande variété d’écriture et des situations (y’a même un épisode où Numéro 6 est… quelqu’un d’autre. MacGoohan devait être à la messe) 


Pourquoi-PADRAISON.jpgPas grand chose à dire finalement! C’est surtout quelque chose qui est fait pour être découvert spontanément parce que chaque épisode est unique et explore pas mal de choses, individuellement, là j’évite juste une longue description qui n’avancerait à rien. Ca se picore, ça se mate pour l’avoir maté et pour comprendre le haut du panier actuel. Si vous déplorez l’absence d’une nouvelle saison de Lost, ça peut être un bon palliatif… et là pour le coup vous serez quasiment obligés de vous procurer tout ça légalement et rien à
voir avec le remake de
2009, intéressant lui aussi à sa façon dans sa manière de traiter les choses. Même postulat de base mais... traitement deux mille neuf. C’est pas vieux, profitez en plutot pour faire les choses dans l’ordre parce que cette série à aussi sa fanbase, ces intérprétations fumeuses et on est encore là à en parler. Si c’est pas de l’objet culte en anciens francs ça ma bonne dame!

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Fridge logic

  Hop là j’ai discrètement fait deux trois changements de design. Des petits bugs, des trous ici et là que j’aurais du corriger depuis longtemps, vous aurez aussi remarqué les petits changements habituels mais cette fois tout tombe en même temps, c’est formidable. Je vais essayer de continuer à modifier d’autres petits trucs de temps à autre, vous en pensez quoi?

Aujourd’hui c’est grande thématique limbes et perception de la réalité. Sortez les ingrédients suivants : carte bancaire, manette 360 et cinéma Imax. Mettez votre toque et allez sur le Xbox Live/le PSN télécharger la démo de Limbo, c’est franchement excellent. Maiiiiiiiis… un très gros critère influe pas mal sur l’achat de ce petit diamant brut, autant savoir où on met les pieds.

De temps en temps, les plateformes mettent en valeur un petit jeu de … plateforme (hé oui) indépendant, créé par une équipe de génies blottis dans une cabane au fin fond d’un pays froid. Pensez à Braid, petit machin très cérébral qui jouait sur les paradoxes temporels… fin Juillet dernier, c’est au tour de Limbo (comme les limbes, pas la danse bonne pour les abdos) de sortir et la comparaison entre les deux softs est assez légitime. Moi je préfère en parler via Heart Of Darkness, peut être que vous vous souvenez de ce jeu PC. Ce jeu à douze ans mais dans le même contexte Limbo aurait peut être pu sortir en format Playstation, de la même manière. Heart of Darkness c’était un jeu de plate forme en 2D où vous controllez un gosse à la recherche de son chien dans un monde démoniaque si peu amical, basiquement chaque pas faux pas était synonyme de mort immédiate et il fallait refaire et rerefaire tout les tableaux
pour piger les puzzles, éviter les monstres, raisonner convenablement. C’était très beau, très bien fichu, franchement difficile mais peut être un peu court…

Limbo c’est un peu ça mais version 2010. Un êtat d’esprit tout à fait différent et le jeu se télécharge via Internet… mais sur console, concept encore un peu impensable à l’époque. Le scénario? Il est très très light – disons que le petit bonhomme souffrant de conjonctivite cherche sa soeur dans un monde tout aussi hostile. Si dans Heart Of Darkness tout n’était qu’un rêêêêve, dans Limbo en revanche… surprise, mais si vous connaissez bien votre mythologie vous avez une idée de la « situation de base » – et c’est donc fatalement un peu glauque.

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 C’est un peu le gimmick du jeu – la différence de degré entre un plateformer mignon 2D qu’on attends toujours (comme Rayman l’a été) et la gravité qui transpire à grosses gouttes dans Limbo. Il me semble que le jeu est estampillé +18 car il comporte un certain nombre de situations qui peuvent vraiment mettre mal à l’aise! De base, tout vous faire la peau – vous allez mourir, remourir, mourir quinze fois de suite comme dans les meilleures séquences d’Umineko, et le fait que le personnage principal soit un clone du petit Nicolas n’y change pas grand chose. Ca broie, ça brule, ça se noie, ça craque… souvent, la première mort procure un petit frisson d’effroi car l’excellente balance sonore du jeu fait qu’on ne retombe pas dans les mêmes pièges, par pur effet Pavlov! Le jeu propose une option pour censurer certains paramètres, ce que je suppose être les effusions de sang et certaines animations de décor un tout petit peu déprimantes. Vous vous souvenez de l’effet Don Bluth? « On peut faire tout subir à un gosse du moment qu’il y a un happy end » ce jeu applique littéralement et étrangle ce concept à la fois, il faut y jouer pour le croire… On ne dirait pas mais ce jeu fait un peu peur. Une séquence en début de partie est pas méga évidente à appréhender si vous aimez pas certaines… bestioles… les Danois du studio Playdead (hin hin) savent jouer avec ce qui nous fait hérisser les poils de la nuque et nous on aime subir ça. Pas mal!

Je suis très fan des jeux à ambiance et Limbo ne se base pratiquement que sur ça. TOUT est minimaliste dans le processus, pas par excès de flemme mais bien par choix esthétique! De base, dans les commandes, il suffit d’aller à gauche, à droite, de sauter et de faire les habituelles actions basiques (pousser, tirer, activer) avec un troisième bouton. C’est tout! Tu catapulterais le jeu au dix-neuvième siècle en plein roman de Balzac, le premier gus venu serait intrigué, prendrait la manette en main et irait le plus loin possible. Au moins ce serait plus captivant que les éternelles descriptions des romans mais je m’égare – disons qu’il n’y a pas d’ornements, le menu principal est là, on lance le jeu, un bonhomme se réveille dans la forêt et le but du jeu va être d’aller de ce point A à un point B, comme un très grand niveau d’Heart Of Darkness justement (et je me demande si un gus à réussi à capturer toute la « map » de Limbo, je serais curieux de voir la distance que ça fait) à l’image, c’est des nuances de gris et un très habile jeu de focalisation. La caméra zoome et dézoome, sauf à la fin du jeu où une vision d’ensemble et parfois conseillée… le tout sur une espèce de petit grain façon « vieilles images » extrêmement bien travaillé. Bref c’est du rétro mais à la sauce moderne, léché jusqu’au bout des ongles. A l’oreille, il ne se passe pas grand chose. Du vide très pesant, le vent, divers effets sonores… et pas de musique à proprement parler. C’est pas évident à décrire, il y en a mais ce sont des pêches qui accentuent certaines grosses énigmes du jeu, parfois dans esprit très dissonant… si vous aimez les bruits étrangement angéliques quand vous fuyez des canons automatiques, vous allez être servis. C’est tout en demi mesure, on s’habitue au silence, on se laisse bercer par les effets sonores très mécaniques, c’est incroyablement planant. Le jeu est très fluide, la variété des environnements n’est pas folle mais on se surprends à être dans un contexte complètement différent sans avoir vu passer de transition… c’est très Ovidien, tout coule de source, on passe de la forêt à une ambiance plus urbaine, c’est un peu bouclé. Je pense que j’ai exprimé au mieux mon ressenti sur le sujet, Limbo se vit très intensément.

Gros MAIS cependant. Le jeu accuse du très embêtant syndrome Portal : il faudra entre trois et quatre heures pour le terminer la première fois, une heure pile pour le finir en fonçant sans mourir une seule fois (ce qu’on finit par faire puisque le dernier succès impose un run total en moins de cinq morts) ce ne serait pas si embêtant si le jeu coûtait 1200 MP, soit quinze euros… je pourrais vous recommander d’aller voir un walkthrought sur Youtube mais le plaisir de la découverte perdrait tout son intérêt. Dans un tout autre ordre d’idée, le jeu n’hésite pas à être sadique quand il est carrément pas intuitif. C’est inévitable, dans ce genre de jeu vous allez rester bloqué et ça SERA frustrant – mais le peu d’explications oblige certains expériences pas toujours justifiées. Il est même possible que vous trouviez une solution plus tordue que la sortie classique mais au moins cela vous débloquera un « oeuf » caché, Gés à l’appui. Il faudra s’attendre à un certain nombre de frustrations, et quand bien même ce qui est demandé est bien compris, l’exécution de la chose n’est pas nécessairement évidente (je pense à une séquence bien précise de « manipulation » qui risque de prendre du temps) donc l’esprit « trial and errors » est tout à fait authentique sans être vraiment chiant. Le truc est globalement plutot facile, les checkpoints sont vraiment bien placés… pas grand chose à reprocher à Limbo finalement. Je pense pas que le jeu soit vraiment péteux ni vraiment ambitieux non plus. On peut pas lui coller cette étiquette de simplicité bien foutue mais ce sens de l’esthétisme et de l’ambiance qu’on retrouve dans World Of Goo, aussi avec les petits clichés inhérents au genre (le coté gravité aléatoire, notamment) Honnêtement, c’est cher payé mais je suis persuadé que ça vaut le coup. Ca se fait presque en une fois, on y reviendras pas nécessairement après mais le montrer à quelqu’un d’autre en une traite est une autre possibilité. Faites vous une idée sans trop rentrer dans le vif du sujet, c’est cher payé mais un achat qui procurera un bon moment certain.

Sinon, vous avez vu Inception? Probablement, le gimmick de l’été c’était texto « Inception ça bute » lu et relu partout le long du mois de Juillet. J’ai ENFIN pu voir le truc ce mois d’Aout et effectivement, à la différence de Kick Ass où là j’étais furieusement mitigé ça faisait longtemps qu’un film ne m’avait pas retourné la tête comme ça, m’avait procuré un tel enthousiasme à la vision des crédits de fin. Soyons honnêtes, une fin de ce type c’est ce qu’on craignait dès le début – on fait son petit Genre Savvy et ça arrive… d’une façon tellement originale : le twist, c’est qu’on sait pas si il y en a un ou pas. Je peux pas m’empêcher de croire que c’est vraiment intelligent.

D’habitude les blockbusters de l’été peuvent allier qualité et sortie d’été, toujours en paradoxe avec les merdouilles qui cachetonnent. The Dark Knight était un bon film ET un blockbuster, là Inception va un degré au dessus et nous prends même pas pour des cons, bien au contraire. Han regardez, j’ai même fait un petit schéma!
Inception.pngHeureusement que le film nous prends un peu par la main mais quel talent dans l’exécution les enfants. Autant prendre de l’avance et sortir les trucs un peu chiants du film : trop de gunfights – encore, toujours, tout le temps. La séquence -3 est énormément alourdie par ça, c’est bien sûr justifié dans le contexte mais autant de balles qui touchent magiquement leur cible, d’autant plus que le team badass n’est elle même jamais touchée (enfin… pas exactement tout le monde) et c’est là que le concept de rêve reste vachement flou. Pas mal de gens reprochent aux rêves eux mêmes de ne pas être assez « fous » mais honnêtement, comment représenter ça cinématographiquement? Même Jan Kounen serait pas assez fendu pour retranscrire ce genre de concept impossible. Là aussi, explication dans le contexte : le sédatif accélère le cortex ce qui rends tout plus réaliste et cartésien. Mmmh moui… d’autre part, cette impression de « malaise du réel » est très bien fichue : on repère bien la quenelle dans la première scène. Des trucs ne collent pas, les plans ne sont pas raccords, des éléments bouges, les transitions sont absentes, une tonne de trucs qui te font implicitement sentir mal à l’aise. Le problème c’est que ce syndrome se retrouve dans ce qui est sensé être la réalité : juste après que Cobb tourne sa toupie dans les vécés (et elle tombe, aporie donc) la scène sur le toi est TRES SUSPECT. Eames sort de nulle part, la photo du dossier change à chaque plan… et dans le canon c’est la plus haute sphère de réel. Problème…

Deuxième souci : la scène d’intro est donc intimement liée à la fin. Je ne comprends pas pourquoi les deux séquences sont reliées – la première est donc un cash test au niveau -2 sur Saito sans aucun rapport avec l’Inception. Retour du gimmick de l’homme qui attends de mourir seul, cette fois dans les limbes – deux éléments tout à fait différents. Alors pourquoi? Ca étayé la théorie de la « toupie qui tombe pas » voire celle de la « aucune importance » puisque si tout ça doit être pris un niveau au dessus, les règles de la réalité et du non-réel n’ont plus aucune valeure! Si tout le film est un rêve en soi, pourquoi se coltiner la notion du réel en elle même, vous voyez ce que je veux dire? Un beau bordel, et diantre quelle surprise d’y voir Ellen Page – la voir se réveiller cinq fois de suite serait un plaisir sans nom sans le bruit bien chiant des spectateurs derrières qui mâchent leurs cheveux…

Pas mal de questions inhérentes donc. On sait pas si c’est pas plutôt Cobb lui même la victime de l’inception (ce qui impliquerait une vaste machination mais soyons très philanthropes) ou si Mal était dans le vrai (à propos, qu’est ce que je saque pas cette assimilation de la France à Edith Piaf. Ca me rassure dans le sens où Cottilard n’a du coup aucune valeur stricto sensu diégétique dans le film, son passage le plus concret est un flashback ahah. Mais bon sang, dans le reste, ce truc est démentiellement maîtrisé. Des éléments peuvent sembler flous mais au final tout trouve du sens à un moment ou à un autre – Fisher qui sort des chiffres au hasard juste pour qu’ils prennent de l’importance sans qu’ils aient de sens, c’est brillant. Le persuader que son parrain veut le faire chanter pour faire semblant d’explorer son inconscient afin d’amorcer un autre mécanisme d’autopersuation, c’est encore plus brillant mais putain qu’est ce qu’il faut prendre des notes mentales. Les grosses interrogations restantes c’est les histoires d’aller retour – il suffit de mourir pour monter d’un niveau, check. En cas de sédatf, limbes, et on est pas conscient de pas être dans la réalité d’où éternel souci, check. Du coup pourquoi le couple suicidaire Mal/Cobb est représenté jeune? C’est une histoire de projection et de souvenir ou… et le prétexte d’entrée au niveau -4 m’a toujours semblé méga flou : on entre dans le subconscient de Cobb pour y sauver Saito et Fisher mais qu’est ce qu’ils y foutent? Pourquoi les limbes serait « LE » niveau de Cobb et pourquoi cet espace serait général, partagé? Pourquoi un ascenseur tomberait sans pesanteur? Enfin, la question la plus rigolol du lot et laissé à interprétation : Si tu es assez peu doué pour mourir dans les limbes, l’univers explose? Encore une histoire purement théorique qui n’aura aucune réponse résolument cohérente mais on est tellement porté par l’action à l’écran…

Petit souci mineur, je ne recommande pas de le revoir en VF. Honnêtement je ne pigeais rien dès qu’un mec avait un accent, le son était pas génialement fichu…

C’est peut être un peu dommage que DiCaprio décolle pas des rôles de naufrages en tout genre (et le trauma de la femme morte revient donc depuis Shutter Island, un film sur l’autre donc, dommage) mais le mec a comme d’habitude flairé le scénario bien intelligent, rempli d’acteurs badass et de tableaux franchement improbables. C’est typiquement en voyant ce genre de film que je me demande ce que sera le même type de cinéma dans 20 ou 30 ans, des concepts probablement impensables aujourd’hui seront peut être mis à l’écran, où autre chose, tout est possible. Franchement, ça me fait toujours tergiverser ce truc… qu’est ce que je peux aimer me faire retourner le cerveau par la fiction américaine.

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