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Folie à deux

Aujourd’hui, la rédaction de l’Usine à Problèmes, toujours plus soucieuse de toucher ses lecteurs avec ses sujets frais et concernants, a décidé d’évoquer quelque chose d’indispensable. La Syrie ? La Centrafrique ? Le tiers du territoire mondiale ou c’est un bordel sans nom ? Le couple présidentiel ? (Qui est devenu l’ex-couple le temps de finir ce brouillon ?) Pas du tout, j’aimerais vous parler de l’incroyable histoire de The Room, l’un des films les plus péraves qui soient.

Je ne saurais pas vous en faire un résumé précis ou une analyse divertisso-universitaire (comme pourrait le faire l’excellent Crossed, qui s’arrête bientôt) mais je vais au moins essayer de vous donner envie de vous pencher dessus. Ce machin est un objet fascinant, son histoire est fascinante – quoiqu’un peu triste – et comme toutes les bonnes histoires, son personnage principal est un alien complet. Alors, The Room, késsadire ? C’est le premier film qu’on a décidé de regarder en 2014. Nous étions relativement sobres, aucun gramme de bière dans l’organisme – un vrai tour de force pour nous – et je décide de concilier mes cercles d’amis en nous mettant devant ce long-métrage d’une heure trente, histoire de briser définitivement la glace.

The Room, c’est un film incroyablement mauvais. C’est probablement un cas d’école dans plusieurs formations de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un film. Il faut le voir pour le croire et on pourra se demander « mais c’est pas du second degré ? » – hé bien non, pas du tout, il y a un pur premier degré derrière, ce qui le rend beaucoup plus charmant, un objet qu’on regarde avec des yeux condescendants mais incroyablement amusés. Le genre de film à avoir, dix ans plus tard, son culte local, un objet de projections nocturnes, comme le Rocky Horror Picture Show, un cult classic. Hé ouais, tout dans The Room est culte – et était voué à le devenir. Sans ce statut, il serait resté à vie comme ce cercle de films uniquement ancrés dans la culture ricaine, des films nichés comme Napoleon Dynamite, A Chrismas Story, Caddyshack etc etc. En plus, c’est pas comme s’il était sensé avoir un nombre international de copies, Los Angeles étant son lieu original – et unique – de sortie. Regardez comme sa pub est rassurante !

En revanche, ce film est devenu un poil plus accessible hors des USA après la review du Nostalgia Critic, c’était en juillet 2010, déjà. C’est une excellente vidéo mais, comme précisé en bout de course, il faut pas que ça vous empêche de mater le truc en entier (même s’il faut trouver un torrent du fond fond de l’internet… ou acheter le blu-ray !) – le lendemain, la review est supprimée, sur demande du réal qui a invoqué je ne sais quelle raison nébuleuse. Effet Streisand oblige, le machin devient deux fois plus fascinant. Bien sûr, ce n’est pas l’élément déclencheur de la hype aux US mais elle y a fortement contribué. On appelle ça le « Colbert Bump », là bas, quand un média très suivi fait sortir un élément de sa niche.

The Room, c’est Tommy Wiseau. Ce regard méga torve sur le panneau de tout à l’heure, c’est lui. Martien de San Francisco. Il ment sur son âge, dit avoir vingt ans de moins (et devient la deuxième personne après Mixbeat à faire un truc pareil) aurait des origines de la Nouvelle Orléans, renie à fond ses racines francophones, ne sait pas vraiment s’exprimer en anglais, se comporte comme le pire des awkards sociaux. Son histoire est impossible à sourcer, il aurait travaillé un temps à Strasbourg avant de s’installer outre-Atlantique. Physiquement, on dirait un mélange entre Tarzan et Moundir, le gus a un passé aussi mystérieux qu’une attitude de pervers narcissique. Mais Tommy Wiseau a une vision, un projet, il va adapter sa pièce en film – et réunir tout une équipe, pour monter l’un des plus fabuleux ratages de l’histoire du cinéma. On ne sait comment, il arrive à mettre six millions sur la table (pas un budget AAA mais une somme qu’on ne sort pas de nulle part) et va très laborieusement tourner son film, résultat final absolument pas à la hauteur du budget. Le monsieur a des réflexes improbables : tourner son film avec deux caméras différentes, dont une HD – caméra qu’il a achetée, truc que personne ne fait, les plus grands studios se contentent bien sûr de les louer.

Mark est très occuppé ok stp

Le résultat ressemble à ce que diffusait M6 après Culture Pub, il fut un temps. Wiseau écrit, réalise, produit, incarne le personnage principal, il est la moitié des crédits à lui tout seul. Dans The Room, c’est Johnny, un mec aussi nébuleux que l’original mais, à en croire ses proches, il est comparable à Jésus. Un type formidable, intègre, qui fait beaucoup d’argent dans un métier inconnu etc etc. Il est fiancé à Lisa, une nana mi femme mi harpie qui fait semblant de courtiser Johnny pendant qu’elle se tape le meilleur pote du premier, Mark, qui succombe à ses avances sans jamais comprendre ce qu’il se passe. Deux choses : ce transfert de personnalités dans le script est déjà super bizarre, et Lisa ne met pas vraiment en valeur le genre féminin – c’est une vraie connasse manipulatrice. Il y a même un petit sous-texte qui se libère sur sa personnalité quand on voit à quoi ressemble sa maman (avoir un cancer du sein c’est si peu de choses, ça fait presque sens dans le contexte) bref. La genders politics de Tommy Wiseau n’est pas simple à cerner quand on voit comme il traite ses acteurs et ses personnages.
Peu d’entre eux sont crédibles, d’ailleurs. Jamais introduits, aucun background, mention spéciale à Denny, l’ado un peu attardé qui « passait toujours par là ». Il y a même une scène ou deux persos sortent de nulle part pour avoir du « sexe pourri » chez Johnny et Lisa. Oui, alors, le « sexe pourri » est un truc récurrent de The Room, où J et L font des préliminaires de trois jours pour procéder à une pénétration par le nombril sur de la musique pérave, c’est très étrange, ça revient trois ou quatre fois au total avec d’autres personnages. Plein de choses ne font pas de sens dans ce truc, il manque des explications, c’est techniquement très risible et plan-plan, il y a plein d’éléments gratuits et inexpliqués, bref, seul un visionnage ou un commentaire linéaire lui feront honneur. Wiseau est, à lui tout seul, un objet de fascination. Sa diction et son anglais pourri, son surdoublage raté, son jeu d’acteur, le début de scénario qui cherche juste à nous prouver qu’il est mort pour nos péchés. Au milieu, une storyline de drogue et d’argent sale sort de nulle part et n’est jamais expliquée, c’est génial. Sur l’intégralité du mythe, cet article de Gentlegeek est aussi drôle qu’excellent.
D’ailleurs, c’est quoi, la fameuse « pièce » ? Je sais pas. Ça doit se passer entre les trois sets qui font tout le film – la pièce du salon où on discute de la psychopathologie de Lisa, la chambre du sexe pourri ou le toit – dont le décor est construit au lieu de, je sais pas, filmer sur un toit. Whateveurre ok.

Et c’est tout. Si Le Loup de Wall Street nous fourgue les trois mêmes scènes en boucle pendant trois heures, The Room vous sort littéralement les trois mêmes scènes en boucle. C’est absurde. C’est rempli de trucs absurdes. Il y a des cuillères encadrées, des gens qui jouent à la balle en costume sans aucune raison, un final ridicule (et christique, ce qui n’est pas une surprise à ce stade) et une kilotonnes de dialogues crétins. Cette vaste entreprise d’égo s’est transformée en un film si naze qu’il en devient sympa à regarder. Pour le plaisir des cuts pourris, des transitions improbables, des « stock shots » du Golden Gate pour bien comprendre qu’on est à San Francisco… Un tas d’anecdote sont disponibles sur Tv Tropes.

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« Je peux te rouler un patin ? »

Voilà, il FAUT regarder ce film. Pour les niveaux d’absurdité qu’il dégage. Toutes les répliques de Wiseau sont devenues mémétiques. Automatiquement, on se demande « pourquoi » ? Est le produit d’une quelconque mouvance sectaire aux financements occultes ? Un delirium tremens collectif ? C’est malheureusement la « vision » d’un gonze très capricieux que tout le monde a suivi et supporté, en sachant que le résultat final allait être une cata.

Une livre, écrit par Greg Sestero (l’incroyable Mark) raconte tout ça. Aucune idée de la qualité derrière mais sa page Tv Tropes – plein d’extraits sont sur ce Tumblr et le livre existe en Kindle – tease la chose comme il faut. On y apprend que Tommy Wiseau et Greg cultivent une amitié bizarre depuis toujours. Bizarre, car il y est confirmé que le Tommy est effectivement un connard aux habitudes lunaires et que le film est l’aboutissement d’un laborieux processus amateur. Ce gars n’a aucune expérience, ne sait pas comment faire un tournage, se comporte comme un connard avec tout le monde et est le seul mec foncièrement désagréable du lot. Il n’est d’ailleurs pas toujours tendre avec les fans et critiques et est sûrement le genre de gars à se programmer des google alerts sur son film. Bref, c’est l’œuvre de sa vie, ce n’est pas très flatteur pour cette dernière, mais on ne peut pas mourir sans avoir vu The Room. Une histoire déglingos et bien plus drôle que celle du violongay ou du dingue qui n’aime pas les récents RER à étages.

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Sagadaÿtaÿ⁴ #10: The Room

YOU ARE TEARING ME APART INTERNET
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Ce post est dédié a mes quelques lecteurs nanarophiles, qui auront d’emblée reconnu le mème du jour – et si ce n’est pas le cas, ils ne peuvent tout
simplement pas légitimement réclamer ce statut… comme ça, tout le monde s’y retrouve.

Avant toute chose, je vous conseille nettement de mater cette vidéo de Galoo. C’est une version sous-titrée en français de la vidéo Nostalgia Critic d’un film nommé – The Room – alias « la pièce » ou la chambre. La pertinence du titre m’échappe un peu mais, de retour en Juillet 2010, date à laquelle la vidéo originale est postée, le film ne me dit rien et je n’ai pas la bonne volonté de regardé ce qui peut passer pour un bête film un peu raté des années 90.

Perdu! The Room est un film qui ne dépasse pas 2003, il a été tourné, réalisé, écrit par Tommy Wiseau, un huluberlu aux origines très incertaines (on lui prête avoir vécu à la Nouvelle Orléans avec son vague accent français) qui a néanmoins passé une majeure partie de sa vie à récolter et sauver ces fonds pour concrétiser ce qui fait très « projet d’une vie ». Un truc relativement intimiste pour ce film qui va devenir l’une des cibles préférées du web, cette année là (han-han han-han) … seulement voilà, je n’ai donc pas regardé cette vidéo critique et je ne me serais probablement pas rendu compte du « phénomène » si le Nostalgia Critic ne s’était pas fendu d’une deuxième vidéo plus tard, intitulée le « Tommy Wiseau Show ».
Intriguant – on comprends rapidement que le one-man band du film en question s’est empressé de faire valoir ses « droits » et a fait retirer presto la critique (qui conseillait honnêtement de voir
le film pour une raison pas méga flatteuse mais qui en fait la promotion, néanmoins) ce qui a donc valu à notre cher Doug Walker, de manière exceptionnelle, de se payer ouvertement la tête de quelqu’un. La vidéo originale a été re-mise en ligne quelques mois après mais qui de film en lui même et de sa critique? Ben, pour paraphraser le lien ci-dessus…

Ce n’est pas comme s’il y avait un problème dans ce film, ce film est un problème. On dirait qu’il a été très intelligement pensé particule par particule pour ressembler à une parodie de série Z mais il n’en est rien, tout a été sorti et pensé par un esprit extrêmement sérieux dans sa démarche. Ne serait-ce que l’image datée tout droit sortie de l’époque Beethoven (le chien, je précise) et l’affiche qui, en plus de faire peur, fait aussi dans le style Wordart ce qui n’est pas incompatible – les acteurs jouent comme des patates, le scénario est à caguer par terre puis à se rouler dedans et nombre de lignes du script font mourir de lol grand nombre d’Internets. Ca ne s’est pas limité à ça puisqu’à sa sortie (très locale, donc) – le film a généré autour de lui un culte célébrant une telle nanardise. Un peu comme le Rocky Horror Picture show même si on joue évidemment pas dans la même catégorie : des gens organisaient des séances de nuit, s’habillaient comme leurs persos favoris et balancaient des objets « iconiques » en pleine séance comme par exemple… des cuillères.

Tout ça est bien beau mais cela ne concerne pas encore Internet, qui n’a découvert le bazar que bien après, la vidéo du Nostalgia Critic accélérant sérieusement les choses. Ce n’est pas Doug Walker qui a fait découvrir le film au monde – un excellentissime jeu Flash ayant fait son apparition six mois avant, par exemple – mais la toile a compris le potentiel mémétique de ce film… et de ses personnages. Que ce soit la pimbêche aux dialogues-disque-rayé, le gamin creepy dont les origines sont inconnues le fameux duo comique « doggy et la fleuriste » ce sont surtout le héros (interpété par Tommy Wiseau donc) et ses inflexions pourries/phrases débiles/jeu d’acteur atroce qui font mouche. On peut se repasser une bonne partie de ces ratages avec cette soundoard, par exemple.

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Cela fait donc dix huit mois et quelques que sur Internet, 4chan, Reddit, Twitter ou même n’importe où In Real Life, tout le monde s’amuse à caser des mimiques de notre ami Johnny. Son hilarant gimmick du « Haï » pour saluer tout le monde, le « Anywaw, how’s you’re sex life » sorti de nulle part voire bien plus loin et autres « ha ha ha ha ha ». Un modèle de nonchalance dans l’un des films les plus soigneusement ratés qu’il existe… mais vous connaissez le Tropes : c’est du so bad it’s good. Ca vaut effectivement le coup d’oeil et vous aussi, vous pourrez mixer votre culture même avec de l’anglais bizarre… et peut être faire le film à votre gloire. Vraiment! Il faut le voir pour le croire… et ça explique les deux trois références que j’ai pu faire cette année.

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