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Je ferais tout par journalisme (mais je ne ferais pas ça)

« Pouvez vous nous expliquer en quoi les Etats-Unis sont le plus grand pays du monde? »

Nous sommes dans l’amphithéâtre d’une école de journalisme, près de New-York, NY – dont l’entrée n’est pas aussi ténue et nazie que les équivalents français, vu le niveau de la question qui vient d’être posée – et Will McAvoy, journaliste ayant à peu près tout fait et tout accompli dans sa vie, a un peu du mal à donner suite à ce giga parterre d’étudiants. Il réponds un peu à coté, évite le sujet. Pourtant, républicain convaincu et activiste, la réponse devrait être fournie clé en main. Quand il arrive enfin à ouvrir la bouche pour dire autre chose que ce que ses voisins viennent de sortir, il pète un câble et sort une tirade démentielle où il explique en quoi le pays a perdu de sa majesté d’antan, en insultant l’étudiante qui a posé cette question au passage. Les gens commencent à filmer, la scène dure à peu près cinq minutes (le temps d’une chronique lambda en radio, après quoi le monologue devient difficile à gérer) et les retombées vont être pénibles pour quelqu’un qui va remettre en cause le modèle d’infotainment sur lequel il a basé sa carrière. Will McAvoy a eu la révélation de sa vie parce qu’une nana, quelque part dans le public, tenait un petit carton « Ils (les USA) ne le sont pas – mais ils peuvent le redevenir ».

Cette scène, franchement bien foutue et parfaite en termes d’introduction, est la toute première chose qu’on voit en lançant The Newsroom, d’Aaron Sorkin. Le nom du réal derrière est important, comme dans la plupart des séries HBO d’ailleurs, c’est le (grand) homme derrière The West Wing, alias A La Maison Blanche. Ça alors, cette toute première scène ressemble très étrangement à la toute première scène de Studio 60, du même Aaron Sorkin. En tout cas, c’est un nom commun de la fiction ricaine, et il le mérite tout à fait. D’ailleurs, Alan Poul produit la plupart si ce n’est l’intégralité des épisodes. Tiens, un des scénaristes/réals de Six Feet Under. Sorkin, lui, est connu pour son écriture – pas en tant que macroécriture mais plutôt dans une acception « bons dialogues ». On reconnaît une « scène Sorkin » quand des personnages font une tirade en traversant un couloir ou dans un ascenseur. Quoi qu’il qu’il en soit, c’est un mec ayant une aura, un passé et dont le nom polarise fans et haters depuis plus de dix ans. Il faut coupler ça à la chaîne Home Box Office dont je recommande vraiment fort les séries (y’a pas mieux, disons le clairement) une chaîne du câble américain qui a connu un fabuleux essor qualitatif avec l’an 2000 en pivot. The Wire, SFU, Game Of Thrones, tout ça est produit et diffusé par cette chaîne. Elle possède une réputation vraiment justifiée de chaîne qui aime bien jouer un peu sur les limites et diffuser du sexe, de la drogue et du rock n roll à une heure de grande époque, dans un pays où dire un « Fuck » vous bipe et vous floute la bouche. L’un n’empêche pas l’autre, et HBO représente le fin du fin de la fiction sérielle ricaine. Pourquoi préciser tout ça? Les critiques très mixées des séries. C’est justifié et vous allez vite comprendre les tenants.

La cravate du souague

Jim est trop bon pour toute cette misogynie alors il pardonne

Revenons sur la substantifique moelle. The Newsroom est, comme son nom l’indique, une série dont le théâtre est l’antichambre du plateau télé d’une chaîne fictionnelle du câble américain. On retrouve justement ce coté très théâtre et statique d’un décor façon The Office. Une saison de dix épisodes et de prime fraîcheur, diffusée l’été dernier. Une chose est sûre, c’est qu’elle « ne fait pas HBO « justement – et c’est rare, mais là c’est dans le mauvais sens du terme. Les premiers signes ne trompent pas : le générique – avouons-le, tout pérave – est un peu effrayant. Dans toute une saison, pas la moindre scène 12+, pas de sexe explicite, implicite ou même rapporté. On parle vaguement d’un pétard à un moment et non pas un mais deux space cakes sont évoqués. C’est donc plus sain qu’un épisode de Totally Spies, c’est presque gênant. Enfin, le show met une grosse emphase sur les relations que les personnages peuvent avoir. C’est pourquoi j’aime bien promouvoir cette série autour de moi avec un « Grey’s Anatomy des journalistes », tout en sachant qu’on ne voit pas le moindre bout de chair et que les deux séries traitent leurs sujets respectifs de manière bien différentes.

C’est donc une chouette combinaisons de paramètres. Le réal, la chaîne qui diffuse, et le sujet m’ont fasciné pour des raisons évidentes – je suis à deux doigts de commencer mon premier stage dans une grande rédaction, mais si je namedroppe le nom précis une malédiction vaudou va faire imploser ma convention, disons que c’est un quotidien qui cite Beaumarchais – mais The Newsroom est une série que je conseille certes mais qui n’est pas exempt de défauts et pose un standard de qualité solide mais bizarrement hésitant pour une série HBO.

 Revenons sur le scénario. Ce monologue de base n’est qu’une manière de s’introduire dans cette rédaction : Will revient après quelques jours de repos forcé et constate qu’il va devoir changer l’intégralité de son équipe, donc de contenu éditorial. A partir de là, on suit la progression idéologique de News Night, ce late show tout aussi fictif, mais aussi celle de sa figure principale et de la chaîne en général. Plot twist à mi-chemin du pilote : nous sommes début 2010 et les ennuis vont bientôt débarquer pour Deepwater Horizon. Certains évènements marquant de l’actu vont in fine dicter la Newsroom, qui va être confrontée à tel ou tel conflit d’intérêts. Y’a-t-il une storyline de fond? Oui et non. Autant vous le dire, il n’y a pas de plot twist final et le tout reste assez épisodique – on hésite pas à envoyer les grosses ellipses pour le coup – on reste dans une logique plus ou moins thématique mais rassurez vous, Jeff Daniels ne fait pas de voix off pour nous dicter X ou Y maxime de quadra d’aujourd’hui.

High as fuck

On est donc plongés dans une ambiance à la CTU. Une salle de référence, des bureaux, beaucoup d’ordinateurs, plein de fourmis qui butinent H/24. Minimum de réalisme et d’immersion donc, je retrouve donc pas mal ce moment rituel où la rédaction papier s’agglutine autour de l’écran géant pour déterminer l’actu phare du jour – MAIS il y a cette tendance bizarre voire gênante de caser du drama amoureux à tout prix. Ce n’est pas une mauvaise chose, c’est même le moteur de la quasi totalité des séries mais en l’occurrence c’est tellement envoyé à la figure, hors propos, omniprésent. Parfois, ça embraie dans cette direction quand on ne le veut vraiment pas et on est là, planté par le plot, à se dire « Mais vaziiii lààààà ». Et encore, il pourrait y avoir un vaste réseau à la Grey’s. Non non, il n’y a qu’une intrigue amoureuse et demie de ce genre. Suggérée dès le pilote, pas génialement résolue à la fin. Un an et demi plus tard, rien n’a bougé. Le « plot tumor » dans toute sa splendeur. Vous savourez votre série edgy et ça vient s’incruster de temps en temps sans que ce soit voulu, c’est assez gênant. Bref, l’un des enjeux de la deuxième saison sera de doser un peu mieux tout ça. Je ne fais que supputer mais ça devait être absent de The West Wing, d’où un petit manque de nuances dans la palettes. Ce n’est pas comme si c’était foncièrement mauvais comme séquence, juste formidablement invasif. Heureusement, ça réserve quelques passages bien drolatiques sur la fin.

Heureusement qu’il y a plein d’autres trucs biens dans The Newsroom, à commencer par ses personnages. Enfin ouais n’exagérons rien, son personnage. Will McAvoy (Jeff Daniels, le mafieux ronchon* de Looper) – monstre d’égo – en termes de présence ou de manière purement freudienne – grosse manie des tirades et d’écorcher les noms. On a ici un mec complètement hors normes qui implose de charisme et d’idéaux, toujours. Républicain, aimant bien le rappeler, idéaliste et déçu de la tournure qu’à pris son environnement, il n’y a pas de réelle évolution pour lui mais rappelons que le tout commence in medias res. Il va passer la saison à se remettre en question, à gueuler et à se coltiner les menaces d’Internet. Oui, parfaitement. Un vrai bonhomme fascinant à suivre – et à la voix d’or.

Un tiers de seconde plus tard, il fait LA grimace

 D’ailleurs, la VF est sympatoche (avec le fameux doubleur de Robbin Williams dans le rôle titre) mais je ne saurais que trop conseiller le bazar en langue originale, comme souvent. Pour prendre un exemple simple, celle de Game Of Thrones est pas terrible du tout. Autour de lui, une batterie de nanas fortes : Maggie (une hystérique) Sloan (une hystérique) mais aussi son ex, Mackenzie (une hystérique) … hein, attendez. Oui, voilà, la gender politics de cette série est vraiment étrange. Y’a des double standards partout : ce moment où Sloan pète un boulon et plaque le pauvre Neal contre un mur sans aucune raison était très gênant. En termes de caractérisation, pas de chamboulement total. Y’a Maggie, la petite nouvelle un peu flippée interprétée par Alison Pill. Alison Pill oh oui ok elle avait une perruque rousse. Autour d’elle, un triangle amoureux s’installe. Dans le coin bleu, Don, le mauvais flic, le mec faussement méchant au grand coeur, vous voyez le genre. Dans le coin rouge, Jim, adorkable, ressemble beaucoup au Jim de The Office mais en bien plus docile. Deux bons persos qu’on aimerait suivre s’ils ne patinaient pas autant. Autour d’eux, une batterie de second rôles pas toujours intéressant. On se souvient du vieux boss excentrique (parce qu’il a un nœud papillon, clin d’oeil clin d’oeil) et d’un Dev Patel en producteur junior, geek et obsédé par le paranormal. Encore une fois, le manque évident – ou délibéré – de storylines va empêcher, parfois, ces gens de décoller. A l’image des mécaniques internes de la rédac, il y en a surtout pour Will et ses problèmes.

Mais mais mais à chaque yang son ying et à chaque moment gênant son penchant de bravoure. Souvenez vous, Aaron Sorkin? Les dialogues, exactement. C’est le suc, l’essence, tout ce qui peut faire The Newsroom. Dans la vie, on cherche ses mots, on bégaye, on buggue de temps en temps. Dans cette série, on débine du texte à Mach 5, on sort références sur références sur faits, on fait même souvent les petits malins pendant cinq minutes avant même de commencer à sortir le dialogue qui fera avancer le scénario. Je vous jure, amusez vous à déceler ces « pré-dialogues », c’est étonnant. Heureusement qu’il y a cette caution verbeuse qui je ne justifie pas le fait que TOUT LE MONDE HURLE DANS CETTE FOUTUE RÉDACTION IL SUFFIT. Ce moment où quelqu’un hurle et où un second rôle se tourne là tête avec l’air étonné? Il est omniprésent, faites-en un jeu à boire. Heureusement, on se sent intelligent en matant cette série. Est-ce de la poudroizieux, est-ce la pertinence des dialogues? Je ne suis pas sûr, mais c’est précisément ce qui m’a fait enchaîner les épisodes : je voulais plus de Will. Plus d’égo, plus de tirades, plus de métaphores sans aucun sens sur Don Quichotte. Puis il y a ces nombreuses scènes phares : un cours de putasserie télévisuelle, un faux débat télévisé, une panne de courant qui déclenche l’hystérie solitaire – c’est nouveau – un épisode super intéressant où des personnages sont coincés dans un avion sans pouvoir bosser sans une actualité majeure (d’où émane un patriotisme étrange mais là c’est culturel, je ne peux juste pas comprendre en tant que Français) un mic mac pas possible autour de Fukushima, l’interview glauque du porte parole de Rick Santorum. Toutes ces scènes sont vraiment bien foutues, pensées, montées, interprétées. C’est pour ces moments que vous devez avoir envie de mater cette série. Elle a des défauts. Quelques uns. Elle fout du Coldplay en fin d’épisode comme si c’était émouvant ou actuel. Sa peinture du genre féminin est super discutable. Cette unique storyline sur le Tea Party est un peu douloureuse. Mais ça n’en fait pas une mauvaise série, bien au contraire, il faut juste éviter de se focaliser sur ces choses-là. The Newsroom a été un petit kiff et je serais au rendez-vous avec impatience. Plus de journalisme, de marques de journalismes, d’actualité qui écrit le plot de la série, davantage sur le long termes. Les enjeux sont réussis, l’exécution ne l’est pas toujours. C’est suffisant, mais ça pourrait être excellent. Ça ne l’est pas encore. Est-ce une critique planquée des networks américains? C’est pas clair. La morale est mixée, parce qu’elle baigne dans un esprit aussi naïf qu’idéaliste. Des FAITS, pliz.

Ne montrez pas ça à Mar_Lard

* Oui oui, je reste persuadé qu’il existe des mafieux qui respirent la joie de vivre et qui s’en vont péter des jambes en chantant

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