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Sagadaÿtaÿ⁵ #12 : Freezepop

 Finissons-en avec un petit peu de synthpop! Freezepop est un groupe strictement inconnu en France et ils ne dépasseront jamais ce statut mais rassurez-vous pour eux, ils n’ont aucune difficulté à subsister. J’ai du passivement leur filer une dizaine d’Euros, pourquoi? Tout simplement parce que ce groupe de Boston est en très étroite collaboration avec le studio Harmonix et une vaste majorité de leurs pistes peuvent se trouver dans les jeux Amplitude, Frequency, Rock Band, etc. Chaque jeu Harmonix contient au moins son Science Genius Girl, son I Am Not Your Gameboy, etc etc. Du coup le groupe jouit quand même d’une très belle popularité parmi les gamers… et autant dire que cette musique est parfaitement pour nous! Sans conceptualiser le rock geek (qui appartient davantage à Weezer, They Might Be Giants and co.) c’est un genre rare qui se développe chez eux. J’aime bien cultiver une relation très tsundere avec ce groupe qui fait des productions très sporadiques, parfois fabuleuses, parfois un peu trop simples et minimalistes…Quoi qu’il en soit, FutureFutureFuture Perfectest l’album le plus emblématique pour situer ce genre et l’esprit de ce groupe composé de Justinne (Liz Enthusiasm) Gannache et de ses deux claviéristes – qu’est ce que la pop synthétique? Une utilisation massive de sons qui le sont tout autant. Le groupe est connu pour avoir passé ses débuts à composer sur un séquenceur Midi dont les mut mut s’approchent des sonorités produites par une Game Boy – ce style très caractéristiques de basses et de pêches qui ne pouvaient pas beaucoup se superposer, d’où un sentiment mixé entre minimalisme et rétro. Ce séquenceur est aujourd’hui pratiquement abandonné par le groupe…

… la meilleure façon de cerner l’esprit sucré et électro de cette musique là étant de lancer directement Less Talk More Rokk. Ce machin qui, à sa manière, provoque les mêmes sensations qu’un bon AC/DC s’axe autour d’une progression harmonique, une espèce d’exercice de gammes qui va démarrer archi lentement, s’accélérer encore et encore jusqu’à atteindre la vitesse de pointe et enfin démarrer le morceau. Ca sent le clavier bien synthétique à fond – et Jenny de débiter son chant très absent, presque nonchalant, sur l’euphorie des petits concerts. C’est ce qu’on leur reproche souvent – la naïveté et la qualité du chant. Euphorie est le mot parfait pour décrire ce machin. Pop Music Is Not A Crime utilise ce fameux clavier incriminé, on retrouve ces piaillements électroniques qui font de ce morceau un spectre très serré, on entend rarement plus de trois trucs à la fois. A deux minutes, le solo ressemble à s’y méprendre à une musique de jeu portable, justement. Le grand final est plus excitant : une ligne très aigüe qui part dans tout les sens et qui met en joîîîîîîe.

Ninja Of Love, en plus d’être un bon sous titre potentiel pour SKMT, s’axe beaucoup sur une superposition très discrète mais néanmoins discrète d’une demi douzaine de bruitages accumulés, le tout derrière une boîte à rythmes qui pourrait facilement remplir le rôle de deux véritables percussions. C’est foufou sans perdre de cohérence, c’est donc bien. Le bon coté de la techno, celui qui résulte d’un véritable travail harmonique.

Do You Like My Wang est rigolote car elle comporte une voix d’homme qui demande si on aime son Wang et si on veut le toucher. C’est d’autant plus rigolo car dans mon souvenir, « Wang » est un des innombrables synonimes « zizi » et il y a une autre piste nommée Do You Like Boys? plus loin. La première ressemble à Daft Punk à son meilleur avec son très long solo (aéro)dynamique. La voix devient de plus en plus androgyne, la batterie est follement disco. Bref, les interprétations sont nombreuses et ouvertes, le morceau, lui, est indubitablement cool. La deuxième voit le retour de la voix cristalline pour – attention vocabulaire Masterchef – sublimer la pop song électronique. Entre les deux, He Says He Says, particulièrement déstructurée et un poil dissonante… il y a même ce sens de la question-réponse des sexes qui ferait presque Eurodance mais hé, ne nous engageons pas dans ce terrain là.

Brainpower raconte une histoire sympathique ; l’érection (OUI) d’un groupe éponyme. Après une intro qui balance son aller-retour en basse, on amorce une chanson beaucoup plus guitaristique (sans pour autant savoir si ce sont de véritables cordes très saturées ou un autre clavier. En tout cas, il y a un passage fortement musclé qui fait défiler des notes à vitesse Van Halen!

Swimming Pool, morceau final, est parfait quand il s’agit d’installer une ambiance : le titre est parfaitement choisi. En entendant ce morceau, on voit un carré bleu, on voit les petits reflets de la lumière de nuit… et je ne déconne pas. Ce machin est aquatique. Effets délayés rétros, petite vitesse, chant très langoureux… hé, j’ai oublié Frontload. Très mécanique, binaire, un solo de fou à la fin. De toute manière, c’est un peu toujours la même chose, décliné selon l’inspiration du moment : c’est dynamique et parfait pour écouter dans le métro ou pour une activité physique. Cette utilisation de ces sonorités oubliées n’est jamais gratuite, toujours justifiée et dansante. Encore un groupe qui véhicule un peu de bonne humeur!

Avant de clôturer cette Sagadaytay parfaitement anecdotique mais qui, je l’espère, vous aura permis de vous trouver un nouveau groupe phare, je vous propose humblement un petit jeu qui va mobiliser votre attention. Sortez vos neurones, mobilisez votre sens cinocinétique, appuyez sur play et laissez vous guider. Attention! Il y a des pièges !!

On se retrouve très vite pour un vrai post, enfin.

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Sagadaÿtaÿ⁵ #11 : Blur

Si la vue ou l’évocation de Damon Albarn ne vous fait penser qu’à Gorillaz, vous êtes nés trop tôt, vous n’êtes pas assez curieux ou bien vous êtes juste capitonnés dans un Etat militaire et censeur parce que ce jeune homme a fait ses premières armes dans un mastodooooonte de Britpop nommé Blur. J’en parle un peu tardivement parce que le groupe est très fâché avec le concept de séparation officielle : avec sept galettes sorties depuis 21 ans et quelques lives mémorables à Hyde Park, ils viennent de sortir une ultime intégrale sobrement nommée « Blur 21 », une grosse box fort exhaustive contenant la disco, une tonne de faces B, de machins oubliés et de versions alternatives. Un fort bel objet qu’on m’a offert très généreusement, du coup, je picore ça à petites doses! Il paraît que Parklife est leur meilleur cru – troisième album – pourquoi pas, allons-y. Seize pistes dites donc! C’est parti pour une grande salade musicale, chaque morceau explorant divers trucs, mais n’oublions pas que c’est aussi une des sources du dance rock!

Hey, ça commence avec Girls & Boys, un tube bien connu. Une routine archi dansante, batterie disco, plein de claviers et de bruits criards derrière un riff de guitare relativement majeur mais dissonant, une simulation d’atterrissage et paf, efficacité maximale, tout dans les accents rythmiques, constante du quatuor. D’ailleurs, Blur, c’est parfois plus une succession de parties rapides et lentes que de couplets et de refrains – mais Tracy Jacks adopte les deux : ça sonne comme un petit compte alternant ballade et ponts très solennels. End Of Century n’est pas si différent, juste un poil plus court et reposé. Parklife est, osons le mot débile, rigolote. Une litanie parlée sans grande conviction, le titre répété venant de loin, une ambiance ska avec quelques cuivres et du piano – toujours derrière ce son signature de guitare, très clair, sec et aigu.

AYE AYE! Bank Holiday vient enfin rehausser un peu la dinguerie ambiante. C’est un peu le They’re Red Hot de Blur – une minute et demi archi rapide, tempo flash, rythmes piégeux et stop and go qui doit rendre ce machin particulièrement jouissif en live, parce qu’en l’état, c’est déjà bien punk et énergique. Badhead s’expose avec ses trompettes synthétiques, un rythme tout gentil et un clavier qui « tremole » comme s’il n’y avait pas de lendemain. Beaucoup d’arpèges, une ambiance de lover à jouer au coin du feu… très guitaristique et sympa. The Dept Collector ne cache même pas sa vocation polka, on change toute l’instru, pas de voix, un petit flutiau un poil médiéval, l’ensemble est cool et inhabituel. Oui, c’est toujours du Blur, pas du Jethro Tull! Puis un jour, quelqu’un a laisse un des membres toucher à un clavier au hasard, ça a donné l’intro très tubulaire de Far Out, mini chanson ne voulant pas nécessairement dire grand chose. To The End nous emmène dans des dimensions davantage axées Bossa Nova, petits coups de gratte en contre temps, batterie très lourde, une femme dit n’importe quoi en français en répondant à Albarn, on dirait une version moderne d’un Gainsbourg qui serait né à Londres – le foutraque de l’ensemble est déjà bien représentatif du Gorillaz à venir – pour repartir dans l’ambiance de foire, quelque part entre le pousse pièce et le tire à la carabine. C’est n’importe quoi mais c’est sympa et cohérent.

London Love et son synthé dégueu… et sa petite tournerie chromatique à la guitare, ses claps, son solo ne voulant absolument rien dire… mais le morceau devient de plus en plus cohérent au fil du temps, il est plus docile et carré sans pour autant perdre de sa saveur très aléatoire, surtout avec ce flux radio en fond sonore.

Je passe mon tour sur les deux morceaux suivants, comme d’hab, ils véhiculent la même chose que les machins précédents, ils ne sont pas inratables… mais Magic America a quelque chose de charmant avec son menu best off de pouets pouets et de coin coin, sans structure, sans réel souci rythmique mais avec l’ineffable « Laaaa La La La Laaaa », signature Damon Albarn. Encore une fois, dansant, ne véhiculant que du positif.

Jubilee reprends les fondamentaux de Blur pour les mixer avec Madness – idéal pour bouger ses fesses, un chant délirant, toujours des cuivres pour accentuer tout ça. This Is A Low est la véritable dernière chanson de l’album : c’est l’une des seuls à se comporter bien sagement avec sa progression classique, ses petits moments solos et ses syllabes exagérément longues.

Enfin, Lot 105 est un dernier petit instrumental bien barré en deux parties. Ca sonne comme du déjà vu mais la fin est un véritable petit bordel vocal. Finalement, une course de lévriers en couverture semblait cohérente : la tronche que tire le chien de gauche résume bien l’idée. Un vrai petit cirque enragé, foutraque et cultivant cette absence de cohérence. Ce n’est pas plus mal, finalement, si c’est bien exécuté… souvenez vous du Blur de Leisure – à l’époque, on trouvait ça bien trop brouillon!

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Sagadaÿtaÿ⁵ #10 : R.E.M.

R.E.M, juste R.E.M. Rapid Eye Movement pour les intimes et ceux qui voudraient se la péter. Impossible de se passer de ce groupe angélique qui s’est séparé à l’amiable en Novembre dernier. Rétrospectivement, je devais ressembler à une sicilienne en plein enterrement. R.E.M. c’est une pelletée d’albums que les esprits chagrins pourraient décrire comme décroissant, c’est un Michael Stipe dont la masse de cheveux est inversement proportionnelle à la clarté des paroles, c’est un autre pan indispensable de l’indie rock. Tout le monde connaît REM mais la franche majorité du-dit monde s’arrête à partir de Out Of Time, avec son mégaconnu Losing My Religion et son méga controversé Shiny Happy People. De deux choses l’une : j’aurais aimé choisir la facilité en sélectionnant le best off venant de sortir (Part Lies, Part Heart, Part Truth… double album bien cool et recoupant l’intégralité de leur carrière) et j’aurais peut être du prendre Automatic For The People, souvent considéré comme étant leur meilleur album – et sa pochette est parfaite. Le fait est que je ne le connais qu’à moitié et Deezer est actuellement en option. Du coup, ce sera Life’s Rich Pageant. Quatrième album, nous sommes en 1987. R.E.M. équilibre un peu plus son son et les lointains balbutiements de Stipe ont une place dans le mix final. Il n’a rien d’exceptionnel mais il a le mérite d’être constant.

Impossible de décrire un groupe qui a évolué pendant vingt ans et fait une douzaine d’albums aussi différents… qualitativement (ne leurs parlez pas de Up ou d’Around The Sun, ils savaient) mais cet album a une identité bien marquée, sans expérimentations spécifiques.

Begin The Begin, comme le suggère sa gratoune volontairement poussive en fond, démarre un peu au diesel. On est dans un rock classique dans le contexte, la vitesse idéale, un micro gramme de country en esprit, c’est la pochette qui veut ça, hop. N’empêche qu’à l’époque où R.E.M. faisait des concerts ( Smiley très triste ) c’était une de leurs tartes à la crème pour un premier morceau. Tout est classique, pas d’envolée lyrique particulière, ils restent sages. Ça expose de fort belle manière l’esprit du disque, et ça envoie quelques beaux bends à la fin. These Days est plus énergique : très énergique, batterie souple, variée mais surtout très sonore, les différentes voix se répondent comme s’il n’y avait pas de lendemain. Il y a pas mal de couches de guitares, dont des planquées. « On est jeunes, on ne s’en fout pas », tant mieux. Deux refrains, un petit passage vocal + percus. Fall On Me démarre comme une berceuse et s’annonce comme un truc bien plus lover comme ils savent le faire. Le refrain ne lâche pas cette superposition de voix très volontaire, très « on a peur de rien, si on le fait bien ce sera pas ridicule ». Cuyahoga n’emballe que sur son refrain : le reste est un peu gentil et répétitif. Heureusement, dès que la structure du machin change, on peut entendre un refrain à la mécanique bien Stipée. Le moindre dynamisme ou accord majeur est cependant interdit. Un peu de flutiau discret et hop, nous voilà dans les profondeurs Guatémaltèques.

Hyena montre que Bill Berry possède une ligne de batterie qui revient souvent, très semblable à These Days, la formule est cependant un poil transformée, tant dans la structure que dans l’esprit. Le tout est véloce, précis, nostalgique tout de même. Underneath The Bunker est archi spécial, un court instrumental (avec un peu de porte voix) qui déroule une fausse mélodie de surf rock assez dérangeante, ça se termine sur un triple pouet. Bien. Pour The Flower Of Guatemala, Stipe marmonne à peine mais débouche sur un solo très chaud et rassurant. I Believe reprends ce gimmick « Buffalo Bill » en incorporant… du banjo! Sans aucun rapport avec le reste du morceau! … de l’accordéon, horreur! Just A Touch est l’apogée de vitesse de la galette, mêmes litanies délirantes, cette fois avec un peu plus de piano (cet esprit sera pas mal approfondi dans l’album suivant, suivez mon regard as we know it) et ses breaks sont carrément rocks avec ces powerchords grattés rapidement en contre temps.

Swan Swan H reprends une dernière mélodie doucereuse et Superman est une reprise des Cliques, un vieux machin des années 60 ici chanté par Mike Mills (ils ont tous des noms à la Scott Pilgrim) dans une version franchement délicieuse, avec le clavier très naïf qui avait servi à « Stand », de l’album Green. Le break à 1’36 » est un petit régal bondissant et énergique, un aller retour entre Bill Berry et le reste du groupe, avant d’enfin entendre clairement Stipe pour son unique phrasé en avant. On conclut cette joyeuse fanfare en additionnant tout les éléments.

… et voilà, c’était une bonne introduction à la pop song façon R.E.M. Une chanson sur deux énergique, l’autre qui repose et prépare le terrain. Bientôt, ce sera Document et « The One I Love » puis « It’s The End Of The World As We Know It ». A vous Athens.

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Sagadaÿtaÿ⁵ #9 : Silversun Pickups

Fuck yeah dream pop. D’abord nommé « A Couple Of Couple » – puisque littéralement un duo d’amants – les Silversuns Pickups ont quelque peu changé leurs formation et ont sorti un premier EP, Pikul. Ont suivi deux albums formidables, Carnavas et Swoon. Ce groupe Angelenos est éternellement comparé aux Smashing Pumpkings pour de bonnes raisons : quand bien même ces derniers sont un peu plus rigoureux sur leurs enregistrements, ils y a pas mal de mouvances en commun. Le mot clé que je ne me lasse pas de sortir est son éthéré. Frontman : Brian Aubert et sa voix très androgyne – mot d’ordre : des guitares très saturées, un gros son, une batterie toujours très rapide et mécanique et une musique toujours très planante, mais franchement nostalgique et tristoune au pire, forte et puissante au mieux. Pas idéal pour les mariages, quoi. Ca ne les empêche pas de faire des morceaux ahurissants : dans les deux premier, je recommande fortement Well Thought Out Twinkles, Lazy Eye, Growing Old Is Getting Old, Panic Switch et son solo de guitare qui t’emmène loin dans la stratosphère. Une musique glaciale, assurément. Neck Of The Woods est leur troisième album, il vient de sortir, comment tout ça évolue-t-il? Font-ils des morceaux toujours aussi longs?

Très belle pochette. Je ne sais pas ce qu’elle véhicule, peut être un contraste entre la tranquillité apparente du plumage et la nervosité du ramage.

Skin Graph commence super doucement et amorce ce gimmick étrange, comme si la guitare démarrait au diesel. L’habituelle batterie archi rigoureuse s’expose juste après, et oui, ils sont de retour, et pour l’instant, ils cultivent le même style! Il suffit d’attendre le refrain pour s’en rendre compte – une amorce assez silencieuse pour mieux préparer une chorus doucement hurlé ou tout se juxtapose parfaitement. Ca ne donne qu’une minute de vitesse pour cinq autres de douceur, mais quelle minute! La toute dernière est parfaite et annonce parfaitement le ton de cet album. C’est plus une alarme ou une alerte dissonante qu’un riff, d’où la jubilation.

Make Believe démarre tout aussi doucement, il s’annonce davantage comme un exercice vocal que d’un show-off instrumental… mais on retrouve l’exact même gimmick de la pause (même effets sonores et tout) que la précédente. Le moment rock alternatif bourru ne commence qu’à 3′ et quelques avec un solo archi sec et brut de décoffrage, tout en souplesse dans le poignet. Hop, on glisse le titre dans les paroles et on termine avec un petit pogo rapide qui laisse la place à une conclusion en miroir. Oh mon dieu, Bloody Mary est… SYNTHÉTIQUE! Une quasi-première chez les SP, impossible de ne pas penser aux Crystal Castles avec ce son et cette grille d’accords. L’ensemble s’épaissit de plus en plus, on retrouve cette habitude de fournir un spectre sonore extrêmement fat. Bam, on amorce doucement un changement de style. C’est un peu plus électronique, un peu plus avenant, on entend même la voix de Nickie, plus habituée aux harmonies qu’à de vraies paroles… ça devient plus dansant, plus énergique – vaguement plus « majeur », en bref.

L’intro de Busy Bees évoque à mort Carnavas et ce n’est pas ces toms qui se la pètent un peu qui vont nous faire penser le contraire. On peut trouver le titre un peu débile mais il devient judicieux quand son interprétation instrumentale arrive : des coups de gratte en contre-temps plus une débauche de rides, original. Comme d’hab, c’est une question de progression qui viendra avec du delay et du tremolo-picking (des notes grattées à vitesse flash façon Misirlou) encore une fois, la conclu est exactement comme l’intro. Here We Are (Chancer) démarre avec une boîte à rythme qui laisse un peu suspicieuse, quelques arpèges de lover, un peu de piano… il émane une certaine tranquillité de ce morceau, loin des refrains carrément criards de Swoon, que les auteurs jugeaient « carrément trop forts ». Mean Spirits est fascinante : le rendu du titre se fait en surprise dès les cinq premières secondes, un gros machin qui vient te taper dans le dos sans prévenir. Les esprits chagrins pourront dire que ce sont des tonalités de J-Rock, ils auront… plutôt raison. Là, ça marche, grâce à cette gratte acoustique sévère et à cet esprit décidément plus énergique que ce qui a précédé. Vraiment difficile de ne pas imaginer certains bouts en opening de X série. On termine avec cette « cavalcade » dissonante et délicieuse. Simmer est un mix de l’esprit des trois premiers albums. J’imagine qu’elle résume le groupe à elle seule! The Pit peut faire penser à … du School Of Seven Bells. Étrange. Ca n’empêche pas de plaquer ces éternels accords qui interrompent tout le reste, de faire du SP sérieux et spectral mais avec quelques claviers derrière. Tout ce manège continue encore dans deux autres pistes puis l’ensemble trouve sa conclusion avec Out Of Breath. Petite gratte qui ferait presque Dance Rock, chanteur un peu plus en mode « rock de stades », allers-retours entre les octaves appuyés par de gros coups de caisse claire. Hop, c’est fini, une heure pile, cohérent avec quelques éléments en plus. Toujours aussi planant. Un groupe qui ne demande pas trop d’investissement : trois albums solides.

D’la balle.

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Sagadaÿtaÿ⁵ #8 : Phoenix

Et voilà, Internet a, une fois de plus, tout cassé : mon post sur Radiohead est passé à la trappe et je me dois de sortir ma carte Joker; Ce qui prouve bien que ma paranoïa était justifiée. Ce n’est donc pas un album de Plan B que je vais vous écrémer mais bien Phoenix, du coup. N’imaginez pas, dans vos rêves les plus fous, que je sortirais des paroles en Français (je suis parolo-francophobe et je le vis très bien, ce n’est pas une forme d’intolérance encore stigmatisée) mais voilà un bien beau groupe de l’Hexagone… et pas n’importe où, de Versailles, ‘dames-messieurs! J’ai déjà papoté sur Wolfgang Amadeus ça et là ad nauseam et voilà l’occasion d’en faire un résumé définitif. Que ce soit pour la French Touch ou pour l’année 2009, cet album est franchement emblématique et c’est celui qui a enfin débloqué la popularité du groupe… sur ses propres terres! Il est toutefois vrai que les précédents manquaient d’un petit quelque chose, d’un je ne sais quoi qui distinguait moins bien toutes les productions précédentes. Alors, on sait faire autre chose que de la bonne techno? Go go Versaillo Gadget!

 Avec une date de sortie et un groupe pareil, on se doute bien qu’on ne va pas entendre du hard rock mais ce disque collecte des pistes pop fantastiquement bien foutues, précises, qui fourmillent de trouvailles et de détails pas toujours perceptibles. Ca commence avec le – très – connu Lisztomania. On se dirait presque hors de toute influence : chaque instrument sort une ligne très originale, rythmiquement hors des sentiers battus, un petit son pas saturé pour un sou et très agréable, à deux doigts du palm mute. Tournerie inhabituelle aux toms. Le chant est très aigu, navigue entre les octaves avec aisance, il n’y a pas le moindre accent, juste une micro-nonchalance agréable. Le refrain est une petite explosion de grattes, toujours au son clair, une envolée vers les aigus assez angélique. On recommence une fois, petit passage à part plus saturé et speed, le silence se fait et apparaissent des petits coup de claviers qui ressemblent à des bruits de vieux téléphones passés à l’autotune. Une formation classique et quelques claviers, pas mal d’imagination et un sens de la pop dansante, hop, c’est tubesque.

 … et 1901 est « pas mieux »! Tout aussi efficace et intelligent, aux paroles pas plus compréhensibles (à qui appartiennent ces deux dates?) le couplet reprends ces double-stops très aigus et le refrain est un foutu bonheur de couches, de lignes, de bruitages… ça tape fort sur les toms et le charley ouvert, ça invoque des bruits d’alarme de plus en plus puissants… et pendant le « Fold it, fold it », petit riff arpégé catchy comme pas deux, le batteur se fait plaisir (ce morceau est un bel exercice rempli de fun) et voilà. On entend toujours l’intro de ce morceau dans Masterchef, tendez l’oreille.

Fences a un démarrage bien plus mystérieux, chaud et aguicheur – un peu plus lent, cette fois mais tout aussi construit. On cultive un son un peu moins épais mais l’intérêt est toujours dans un sens impeccable du timing (vazi on va démarrer le chorus une demi mesure plus tôt why not) tout est délicieux dans ces ralentissements maîtrisés. Petits sons de harpe/mandoline (ou que sais-je, bambino) et chant impeccable.

 Love Like A Sunset est un diptyque – ce qui structure l’album et ça c’est ‘achement bien. La première partie est un long instrumental un peu bizarre et hors des sentiers jusque là battus – piano foufou, « alarmes » guitare délayée archi sourde, grosse construction épique et apparition d’une batterie très sonore et tranchée. Ce n’est pas particulièrement joyeux ou majeur comme ce qui précède mais ça retient nettement l’attention. La deuxième partie est bien plus douce et reposante, volontairement faite pour radoucir, comme pour récompenser l’écoute de l’autre moitié. Deux petites minutes qui pourraient annoncer la fin d’un, sinon LE meilleur EP de l’année. Ben non, c’est juste la face A du vinyle.

Lasso pourrait tout à fait être un vieux tube à la Chicago mais c’est aussi récent que le reste. Exposition tout en toms, petit solo de batterie… gentille structure classique et grosse basse bien présente, un petit esprit bluesy très subtil pour le dernier pont, la même voix se répondant toute seule, des progressions harmoniques, hop. Les quatre derniers morceaux sont un poil moins efficaces, il faut aller les chercher un peu plus. Rome cultive un esprit très stop and go avec ses notes répétées à l’infini – un morceau très basé répétitions, d’ailleurs… final technique sur un fort large spectre. On fait monter la sauce avant de la balancer, quoi. Countdown possède un esprit étrange, pressé, toujours sur le départ, comme à l’affut d’un refrain qui n’arrivera jamais, toujours en vélocité et en percus bizarres, ça lui confère un petit cachet.

 Rien de spécial pour Girlfriend (je vais faire redite) et Armistice est un morceau final best-off : variété technique, rythmique, tout ce qu’on retrouve sur le reste… en plus d’un certain nombre de bruitages et de heats que les fans de jeux reconnaîtront! Un peu de claveçin émulé et hop, fini. L’identité de cet album est claire : un savant jeu de couches et de timing.

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