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Omelette du fromage

Nous sommes le 8 janvier 2013. Il est 14 heures, je suis à peine debout, après tout, le réveillon c’était il y a une semaine seulement et il faut continuer à décuver. Le ouaib est en feu. La raison ? Ce Nintendo Direct. Iwata, toujours avec son accent anglais plus que perfectible, nous fait un historique très détaillé des précédentes générations de Pokémon. Il fait durer le truc, c’est Nintendo, notre attention est déjà captée. Il rappelle que la localisation nous a toujours séparé de six mois des précédentes versions japonaises. ET LA, MEGATON : Pokémon X et Y. 2013 n’est pas que l’année de Luigi, c’est aussi celle de la sixième génération de Pokémon. En 3D. En France in-game. Oh la la, beaucoup trop d’émotions à gérer, surtout que Noir et Blanc ne datent alors pas encore de deux ans, c’est un tout petit laps de temps, nous étions habitués au double.

Début 2011 donc, j’avais vraiment aimé Pokémon Noir et Blanc et je ne me relisait pas. Vu de l’extérieur, on peut se demander comment ces six jeux, fragments d’un empire qui fête ses quinze ans, peuvent se dissocier les uns des autres. Bien sûr que le gameplay ne changera jamais, qu’il y aura toujours huit champions, un maître, des Pokémons à choper et un voyage initiatique un peu bizarre ! Tout le monde sait en quoi consiste ce jeu, mais Noir/Blanc avait le mérite de dérouler un scénario un poil plus grave et mature, d’avoir un bestiaire bien foutu et de proposer une aventure globalement plus difficile. Cette fois, nous y sommes, nous avons pratiquement tous fini X ou Y et deux points de vue se mélangent dans ma tête.

C’est, sans aucun doute, l’épisode le plus abouti et le mieux fichu de la série. Pourtant, il lui manque un truc. Un petit machin qui lui donnerait du sex appeal en plus. Je vais essayer de développer et gardez à l’esprit que ce sont des griefs assez personnels puisque, au fond, ce sont surtout des signes que les AAA estampillés Nintendo font de meilleurs efforts pour s’adresser à tous, habitués comme petit nouveaux. Justement, X/Y articulent pas mal de concepts, publics, générations différentes. Voyons ça.

On incarne donc un énième ado de 10~13 ans qui démarre un parcours à travers la région de Kalos. Kalos, c’est « beau » en Grec, mais Kalos, c’est la peinture d’une France d’après la vision d’un Japonais qui a passé deux semaines à Paris ou à Baux-de-Provence. Il va falloir capturer des bestioles, les faire combattre etc etc. Personne ne nous explique vraiment le but du jeu, parce qu’on part du principe que – soit on connaît la franchise depuis notre naissance – soit on a maté « Pokémon : The Origins », petit anime récap pas fantastique de la première génération. Honnêtement… tout le monde rentre dans ces cases, donc pourquoi pas, après tout. Mais ? Que se passe-t-il ? Des gens gueulent des trucs à travers les fenêtres des rédactions spécialisées ! Ils disent « PAS DE CHANGEMENT FONDAMENTAAAAAL ! » Hey on l’a déjà dit, c’est pas une surprise, ça. Pokémon va pas soudainement se changer en jeu de golf. Y’a quand même plein de petites particularités.

Du Mystipr0n partout sur les Internets

J’ai donc pris X parce que le légendaire avait l’air cool, original, c’était un type « Fée » – vous savez, ce nouveau type sensé équilibrer ces foutus dragons qui nous volent notre travail, la couv’ est bleue, donc « froide », le Dracaufeu, banco. « Pokémon Y » sonne infiniment plus classe mais c’est comme ça. Fidèle à mes habitudes autistiques, j’ai encore une fois pris le starter d’eau, Grenousse. Son gameplay est un peu différent : on sort du carcan du tank bourrin pour passer à une petite chose fragile mais très rapide. Un ninja, quoi, l’analogie est pas difficile dans ces design aux inspirations médiévales.

La 3D, déjà. C’est un ajout attendu mais pas révolutionnaire. C’est pas une 3D de liberté totale hein, ça reste une vue de haut parfois précalculée, avec de nombreux passages où la caméra tourne autour du personnage, comme dans Noir et Blanc. Dans les faits, le jeu est toujours littéralement quadrillé, les premiers pas sont une horreur et la « 3D gravity » ne sert qu’à se faire casser la gueule au framerate. C’est nettement plus joli, les combats sont bien plus dynamiques et cools (qui d’entre vous a désactivé les animations, cette fois ?) et l’aventure est bien plus smooth. Le petit luxe étant bien sûr d’acheter des fringues à son avatar et de tourner des « vidéo dresseur » swaggi swaggantes. Un ajout vraiment apprécié mais qui devenait nécessaire sur une console qui s’appelle 3DS. Au moins, le rythme n’est pas complétement niqué façon Collosseum, la nation est sauvée.

Ensuite, il faut bien comprendre que tout est fait pour que le jeu soit plus facile. Plus précisément, on nous montre toujours la voie pour rendre le bouzin super simple. Regardez, Tv Tropes a listé tout ça, sous « Anti Frustration Measures« . Le Multi Exp rend le machin plus simple que la simplicité même. On peut l’éviter – et je n’ai jamais eu le réflexe de le désactiver – mais cette fois c’est toute la team qui prend de l’expérience, ce qui évite ce coté « cas par cas » qui m’avait vite fait constituer une vraie équipe dans (one more time) Noir et Blanc. Mes vieux démons sont revenus et j’ai littéralement surfé ma voie vers le Maître et son thème musical super cool. Tout est plus simple… et tout est plus technique : c’est une génération qui donne encore plus ouvertement des moyens de tweaker un peu ses bestioles, via ce mini jeu un peu crétin et pas du tout gaucher-friendly. D’ailleurs, le PokéVirus vous disait-il quelque chose il y a deux mois ? Non. Moi non plus. Toute l’humanité, je pense. J’en profite d’ailleurs pour me la péter : j’ai chopé mon premier shiny sur la première route. C’était un Flabébé. Hautement symbolique, vu le scénario. Yay !
Bref, on peut la jouer cool, on peut faire du métagame, le champ des possibles est vaste. L’aventure ne pose pas souci, comme la deuxième arène de (devinez quoi ?) Noir et Blanc. CE PUTAIN DE MIRADAR ET SON REGARD DE FOU. Haaaaa.

Alors justement, transition pour parler des nouvelles bestioles et de leurs design. Dans (poum poum poum) Noir et Blanc, on avait cent nouveaux spécimens, ronds, mignons, bien foutus et avec des noms idiots. Souvenez-vous, Nanméouïe ou Toutankafair, quand même. Là on est réduits à 75 mais toujours avec de chouettes designs, si on ignore un tendance étrange à donner vie à des frigos et des porte-clés. On a évité un Pokémon Camembert. La carte – Kalos donc – est tout aussi chouette, avec de beaux bâtiments, cafés, mais surtout des arènes au design fantastique. Il y a des efforts là où on les attendait et c’est chouette. Et oui, c’est la Fronsse, donc c’est hon hon baguette baguette, château de Versailles, menhirs, usine au nord et des noms de fou du genre Rélifac-Le-Haut. Damn ! Moi qui pensait m’évader en jouant à Pokémon. Notez que dans la version anglophone, les villes ont les mêmes nom Disneyland que d’habitude. Nous, on a droit à Trifouillis-Pontoise et Kernek Le Pointu. C’est chouette… non ? Y’a cinquante cafés mais plus de casinos. Des musées partout, on peut filer des pourboires (geste considéré comme très malvenu au Japon), on défile sur les Champs-Elysées, etc. Bon. Pourquoi pas, hein, c’est rigolo.

En fait l’impression qui me gêne dans X c’est se sentiment de non pas avoir une sixième génération indépendante, mais davantage le début d’un cycle. Les références à la première génération sont trop nombreuses – au détriment de, par exemple, vous-savez-laquelle. Un Ronflex à réveiller, une fausse Sylphe SARL, tout plein de schémas qui rappellent Kanto. Quel est l’anime qui faisait office de tutorial au Japon ? Un remake de la G1. Un Pikachu dans la première forêt. Mewtwo pas planqué dans le post-game, pas de « trilogie légendaire », mais les trois piafs de la G1, encore. Vous voyez où je veux en venir. C’est un phénomène étrange. Tu vois, dans la G5 ( LA GESSINQUE ! ) tu combattais le légendaire après le conseil des quatre, et le boss final était pas le maître. C’était complétement fou.

Le Post Game est un peu « mouais ». Le bestiaire ne se débloque plus d’un coup mais il y a quelques bonnes idées : le safari Ami qui permet de piocher dans un type spécifique généré selon le code ami, par exemple. Les enquête de Beladonis sont prometteuses (il faut déclencher une série de triggers pas bien précise, attention) mais y’a pas ce sentiment de « Deuxième round » inhérent à… bref. C’est dommage mais pas la mort non plus puisque chacun aura loisir de constituer sa team parfaite et de la fignoler jusqu’à plus soif. On pourra aussi caresser ses Pokémon à des endroits inappropriés pour augmenter leur affection et débloquer des bonus passifs, du genre, « encaisser une attaque fatale pour vous ». PARCE QUE OUI. MAINTENANT, POKEMON COPIE DIGIMON ET PERSONA. C’EST PAS BIEN.

Je profite de cet instant nerderie pour justifier les emprunts à Digimon : les fans de Tamers auront reconnu la manière de faire « méga évoluer » vos bestioles, et l’intrigue gentiment patho-grave du truc est liée à un scénario archi semblable de la-franchise-d’en-face. Désolé pour ceux à qui je parle en codé. Les méga-évolutions, ça reste super anecdotique, ça permet quelques beaux designs, d’autres ratés (Tortank, sérieusement) et ça peut sauver quelques miches en combat, rien de plus. Dans ce jeu, tout le monde est obsédé par ce concept, comme si c’était crucial ou révolutionnaire. Je crois qu’à Kalos, on brûle ceux qui s’en foutent.

Et ouais, le jeu est quand même assez niais. Les dialogues sont supra-enfantins, la bande de gosses qui vous sert de rivaux est pas évidente à supporter, plus de références loufoques, beaucoup de premier degré… et la Team Flare, boudiousse, la Team Flare. Comme dirait Amo, « ils font un peu Manif Pour Tous« . Aucun objectif fixe, ils sont juste là, ils sont méchants et ils sont fabulous. C’est cool. Il paraît que dans l’autre version, le leader prend cher à la fin. J’ai pas suivi, je m’en fichais un peu et c’est dommage. Toute la période avant le légendaire où on bute les cinq mêmes Pokémon avant le légendaire pendant trois heures a de quoi rendre dingue. Le Prof. Fabulous ne sert pas à grand chose, les rivaux sont chiants, les champions d’arène n’ont plus d’existence propre en dehors de leurs… arènes zut répétition, etc. Pourquoi faire plein d’efforts sur d’autres trucs et pas là ? Je suis triste, Nintendo, triste. C’est quoi cette bizarrerie transphobe dans Phoenix Wright 5 ? C’est quoi ce bug dans Illumis ? Des microtransactions, sérieusement ? Vous devenez gagas ? Gagas. sDFsdflksmdlfsmdlfkssdfsdfsdfsgagas.

Heureusement. Et là, c’est le bonheur, c’est la joie, c’est mâââââtin, les musique sont super. C’est pas un truc que j’attends comme un fou comme dans un Paper Mario (que j’ai toujours pas fini, c’est dire le problème) mais la génération précédente se démarquait bien. TOUS les « checkpoints musicaux » sont là. La musique du rival. La musique des champions d’arène. La musique du légendaire. La musique du maître. Elles tuent toutes. Y’a même un petit gimmick. Le combat final est une crème : « c’est comme un vitrail mis en musique ». Je sais plus qui a écrit ça mais oh la la le bonheur dans les oreilles. C’est probablement ce que je vais le plus retenir de cette G6. Et comme je le disais plus haut, tout ce qui a été lancé à tel ou tel moment de la saga est aujourd’hui abouti : les modules d’échanges et de combat en lignes sont impeccables et intuitifs. Il faut juste un peu découvrir par soi même, mais après une phase de jeux qui te prennent pour un con (Galaxy 2, Mario & Luigi 3 etc etc) c’est pas plus mal.

C’est fou ces petites tendances qui se dégagent du JV en 2013. Les best-offs, les quarantenaires, les duos, les trios aussi. Et Nintendo qui se laisse un peu aller. Pokémon X et Y, lui, est excellent. En revanche, bizarrement, il me laisse pas un souvenir impérissable alors que la G5 reste mon chouchou. Suis-je hipster ? Sans doute ! C’est toujours un plaisir de parcourir un Pokémon mais celui-là m’a paru un poil en deça.

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