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Ici et maintenant

Je vais me faire older, mais tant pis.

Je vous épargne les 4593459 screens que j’ai pris du jeu, voici des extraits du comic d’Hiimdaisy

On va faire comme ça : je vais juste publier moins. Arrêter de m’imposer un rythme et publier de temps en temps sur un sujet qui en vaudra vraiment la peine. Idéalement, stopper ce rythme zinzin d’un tous la trois jours, si j’arrive à avoir la discipline de ne plus en avoir une. Ok ? Ok. Là, immédiatement, tout de suite prestement hic et nunc je dois faire un post sur Persona 4. Ce jeu est fascinant, il est super complexe, pas franchement connu car légèrement niché, il pourrait faire l’objet d’un pilote de podcast que j’enregistre bientôt avec Amo (Conditionnel conditionnel nudge nudge) bref, mon petit jeu de l’été et, potentiellement, mon GOTY. Oui, il m’a légèrement plus marqué que Bioshock Infinite car ce dernier a une durée de vie qui est six à sept fois moindre ! Persona 4 est comme un bouquin de vacances – une intrigue épaisse qu’on parcourt deux heures par jour, un mois durant. Un scénario super fat qui se mange comme un visual novel. Ça tombe bien, c’est un jeu dont le rapport gameplay/narration est particulièrement intéressant, mais prenons les choses du début.

Pour faire simple, Persona 4 est « le dernier bon jeu de la Playstation 2 ». Pour faire un peu moins simple, Persona 4 est aussi un JRPG – donc un RPG au tour par tour avec santé et mana, issu de la série Shin Megami Tensei. Les rapports entre les deux noms me sont très flous, mais le jeu en lui même succède à Persona 3, soft similaire mais un peu plus sombre – on y invoque des monstres en se tirant une balle dans la tempe, ce que je trouve super edgy, yeah baby. Pour faire exhaustif, Persona 4 est un excellent jeu d’Atlus, cf. Catherine, qui a vu une refonte en février 2013 nommée Persona 4 Golden pour Vita. Un remake aux graphismes légèrement plus fins mais toujours très agréables quand on, comme moi, est habitué à très peu – et à l’ajout conséquent de contenu. Il y a une vraie plus-value entre les deux versions et son coté portable est salvateur quand on est pas en vacances, parce que ce jeu est foutrement complexe, tout en étant simple dans un sens. Je suis très content d’y avoir joué et d’avoir aimé le truc – j’avais déjà acheté nombre de goodies avant même de connaître l’univers et je viens de recevoir Persona 4 Arena, mon premier jeu de baston depuis Marvel Versus Capcom, c’est dire. Je vais donc, probablement pour la première et dernière fois, tenter de vous vendre un jeu Vita.

Ce jeu est un mix improbable entre Hinamizawa, Digimon et Heavy Rain, pour l’ambiance rurale, le POUVOIR DE L’AMITIÉ qui invoque et fait évoluer des monstres et une emphase scénaristique sur le temps qu’il fait. Persona 4 c’est beaucoup de choses, dont une identité visuelle très marquée, visiblement beaucoup plus positive que son prédécesseur – avec beaucoup de jaune et un générique aussi cool que pop. Comme 98% des japoniaiseries, ce jeu commence dans une salle de classe de lycée. Et comme 97% des japoniaiseries, le protagoniste y est un « transfer student » qui doit s’accommoder à un nouveau milieu. Parents à l’étranger, expédié chez son oncle – et père discutable – pour un an. L’année scolaire pourrait se passer comme n’importe quelle année scolaire mais une rumeur commence à se répandre dans la classe et ses environs : les jours de pluie, à minuit, on voit notre âme sœur sur le poste qui s’allume tout seul. Gênant. Une série de meurtres s’amorce et des cadavres pendus aux poteaux électriques commencent à apparaître. Le héros découvre qu’il peut entrer dans la télé et parcourir tout un monde alternatif où on bute des monstres pour y sauver les « prochaines victimes ». Parce que ouaip, tout est lié, les phases d’action du jeu consistent à parcourir des donjons générés au hasard mais toujours bien raccords à la personnalité de la personne captive en question. Bref, tout un mystère va commencer à se mettre en place et vous allez constituer un party de huit personnages pour débusquer le méchant derrière le méchant derrière le méchant derrière le faux méchant derrière le copycat du faux méchant. LE CASTING !

Yu est le héros du jeu. On l’appelle Nom + Prénom, à votre convenance. J’ai joué le jeu et donné mon exact patronyme mais vous pouvez vous faire appeler Patriarcat-kun pendant tout le truc si ça vous amuse. A un incroyable pouvoir de magnétisation avec les gens et les filles en général, peut romancer sept nanas en même temps sans la moindre remontrance. Pour un jeu où le transfert est certainement une intention, je doute que ce soit une bonne idée. Yosuke (ou Brosuke) est votre meilleur futur copain. Sa première scène d’introduction est dans une poubelle. Est assez étonnant en termes de gender politics. Est soit un hilarant petit ressort comique, soit un mec assez lourd qui ne sait pas s’arrêter. Chie et Yukiko sont les deux copines « de base », la première est un tomboy obsédé par les steaks et le karaté, la deuxième veut au contraire incarner la féminité et l’élégance. Rigole tout le temps à des moments bizarres. Kanji est la brute locale qui n’arrête pas de faire des bras d’honneur en « victory pose », est doublé par le même gars que Booker DeWitt ou la voix masculine 1 du personnage de Saints Row. Il ne faut pas lui dire « qu’il est bizarre ». N’a presque pas de SP, mais a plein de santé et tape très fort.

83c6082680144cb04860a45a41f070bd-1Rise est une idole qui décide de prendre des vacances à Inaba – c’est le nom de votre petit patelin – et vous allez l’entendre, beaucoup, tout le temps, dire des évidences, beaucoup d’évidences. Teddie est un ours en peluche vivant d’un mètre soixante. Je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler, mais c’est une adorable mascotte qui réserve bien des surprises. Enfin, Naoto est un reverse trap dont je suis secrètement amoureux (le spoiler le moins bien caché de tout les temps après la mort de Jésus dans la Passion du Christ) qui a de légers soucis d’identité mais qui a un sacré beau béret alors ça va. Vous aurez donc constaté que tout ce beau monde a des petits tracas et ils vont quasiment tous se faire aspirer par la télé. Votre but ? Entrer dans un monde virtuel pour déclencher un monstre qui se nourrit de vos vertus. Hé oui, c’est vraiment comme Digimon…en un poil plus mature.

Revenons sur le gameplay. C’est du Atlus, donc très très axé scénario et assez peu substanciel en termes de jeu brut. Le truc c’est que Persona 4 masque très bien cette pauvreté et le compense par son énooooorme scénario. En fait, avec Persona 3, Atlus était un peu marié avec un concept – angsty drama d’écolier le jour, combattre des monstres et être pourchassé par des culs la nuit – mais là il faut souligner deux notions inhabituelles et fondamentales du jeu. La première, c’est que – hourra ! C’est un jeu à routine. Vous allez suivre toute une année scolaire, jour par jour. On ne se tape peut être pas l’intégralité des cours, mais chaque après midi ou soirée devra être occupée par une activité qui devrait vous profiter d’une manière ou d’une autre : lire un livre, manger chinois, aller au cinéma, autant de petits trucs qui sont régulés par le hasard et la météo, sachant que votre priorité alpha va être d’entretenir vos…
S-Links. Visiblement un point de gameplay récurrent de la saga dont le message subtil est « VA TE FAIRE DES AMIS, JOUEUR-CHAN » ce qui est pas facile facile quand on est absorbé par un jeu qui met plus de temps que Skyrim pour être fini. Dans le jeu, vous vous faites des copains, vous créez un « S-Link » symbolisé par une carte de tarot, vous devez les entretenir de temps en temps pour apprendre des trucs sur eux et passer aux niveaux supérieurs. Cela va conférer des bonus passifs et montera le niveau des Personas que vous allez fusionner, bref, c’est compliqué mais indispensable. Et tout ce gameplay sert… le scénario ! On résume donc : les parties jouables sont les balades en ville, les donjons et les quelques choix textuels qu’offrent la vie scolaire. Ça peut sembler minime mais c’est déjà quinze fois plus que les déplacements de Vincent dans le Stray Sheep.

Le truc c’est que ça ne l’est pas du tout, minime. Une année scolaire complète, donc une platrée d’évènements scriptés (festival culturel, sortie entre copains, concours de crossdressing). Plein de petites scène de vie. Un S=Link égal une histoire, toujours assez touchante et pleine de profondeurs. Une mamie endeuillée (Death) une infirmière salace (Devil) un renard-enculé de profession (Hermit) un flic pas bien doué (Jester) votre oncle et sa fille, terrible avatar du sister complex (Hierophant et Justice) etc etc, sachant que tout le casting de base a son symbole aussi. Si vous vous engagez dans la « bonne » voie, vous débloquerez Hunger, le S-Link caché. Des ramifications, il y en a plein, il faut juste aller sur Internet avant tant les décisions à faire sont subtiles et rarement intuitives. Heureusement, il y a un système de sauvegardes multiples mais un accident est vite arrivé !

Bientôt, on se met à flipper pour son planning parce que hé, c’est cool de copiner avec les gens, mais le prisonnier actuel du donjon va mourir si vous n’avez toujours rien réussi au premier jour de brouillard en ville. Dès qu’on voit plusieurs jours de pluie dans un futur proche, il faut commencer à urger. Faut tout stratégiser et ça n’empiète nullement sur le scénario qui est d’une profondeuuuuuuur de maboules. Son emphase sur « chercher la vérité » ? C’est pas pour de rire. Il faut échapper à la bad end. Puis ne pas se contenter de la normal end. Puis chercher la true end. Les détenteurs de Golden peuvent tenter de choper la Golden End. Votre seul regret sera d’aboutir certains S-Links puisque cela fait évoluer vos Persona en mochetés cosmiques.

83c6082680144cb04860a45a41f070bdC’est terrible ! Les phases de combat sont parfaites ! Le scénario est parfait ! Il faut dans les trois heures de lecture pour réellement commencer le jeu ? ON S’EN FOUT ! Ces quintaux de cinématiques sont hilarantes ! Les éclats de rires sont nombreux, sincères, sont toujours basées sur des traits de caractère mais ça marche à chaque fois ! Des blagues rigolotes sur les attributs génitaux de chacun ! Sur le malaise existentiel et les sexualités refoulées ! Autant de thèmes profonds et subtils (le mot « gay » n’est pas droppé la moindre fois sur 253495 lignes de texte) qui sont autant de gimmicks rigolos dans les cinématiques ! La replay value est concrète puisque vous devrez revivre d’autres embranchements et rattrapper tout ce que vous n’avez pas pu faire la première fois – argent et « statistiques » sont conservés d’une sur l’autre. On serait tenté de zapper les dialogues trop longs mais le jeu est très généreux en indices sur le scénario – on vous donner une lecture sur la mythologie du Japon ? C’est peut être pas anodin. Votre manette vibre à un moment étrange ? C’est peut être pas innocent, etc. L’écriture est maîtrisée et garder des trucs en tête peut aider… et aller plus vite que la musique. Parfois, les personnages butent sur des évidences et ça peut être un poil frustrant.

Le « AHA ! IS THIS OUR CHANCE ??! » de Chie va me hanter encore quelques mois.
Ce moment où Chie et Yosuke font du stalking dans une position super duper bizarre aussi.

La difficulté ? Paramétrable en début de partie, idéal en « Normal ». Et on parle bien sûr du « Normal » Atlus, donc « Dur » pour le reste du monde, sans être punitif. Tout le monde bute sur les mêmes checkpoints, une fois qu’on maîtrise un peu plus le jeu, tout passe presque tout seul, il faut parfois leveler un peu ou tomber sur ces Golden Hands qui VIENNENT DE S’ENFUIR HAAAAHUHEUHEU. D’ailleurs, les loots sont souvent agrémentés de bonus immédiats grace à un système de « Tirage de Carte » assez bien foutu, un vrai petit jeu de stratégie en soi. C’est ça la magie de Persona 4 – il y a autant de machins qu’on vous lance dans les pattes que d’outils qui vous permettent de vous démener. Tous ces outils nécessitent un petit Tuto qu’on a toujours, en temps et en heure… ça en fait un jeu vraiment complet et difficile à décrire. Les combats sont simples à comprendre et sont expliqués progressivement. Ils nécessitent une attention complète car un tour fatal – tout le monde peut attaquer plusieurs fois de suite sous les bonnes conditions – est vite arrivé.

Indipensable paragraphe musique – monsieur Shoji Meguro était déjà à la barre. Si, comme moi, ce nom ne vous évoque que des classiques du classique remixés avec percussions, sachez que ce compositeur vous ramène dans une ambiance qui rappelle terriblement la Dreamcast en général. Rien que le groove de « Let’s Make History » vous fera comprendre ma remarque. Quelques musiques de visual novel – le jingle de Junes qu’on croit entendre partout et un bon travail sonore de la part des doubleurs qui ont l’équivalent d’A La Recherche Du Temps Perdu à enregistrer. Désolé, c’est en anglais, ça le restera mais ça ne demande pas un niveau démentiel.

Le seul truc que ça m’évoque de négatif est évidemment un message très troublant de la part du jeu. Incarner un mec qui devient le centre du monde absolu de son patelin n’est pas forcément très astucieux ni réaliste et il fait un peu croire qu’on se fait des amis en ne disant rien et en laissant les autres parler de leurs problèmes persos, parce que c’est ce que tout le monde fait. Ok, c’est un jeu, mais il te glisse quelques messages de vie, parfois légèrement mixés. Personne n’a sauté dans sa télé pour essayer d’invoquer des monstres. Enfin, sûrement un au Japon, il y en a toujours un au Japon. Les esprits chagrins pourront dire que c’est une fantastique simulation de schizophrénie, donc.
On pourra aussi se plaindre des petits espaces dans lequel on évolue librement, mais on peut en débloquer quelques uns si on a assez de courage. Non, le vrai problème c’est peut être ces phases d’investigation super floues où il faut interroger des NPC au hasard, c’est pas bien palpitant et ça donne l’impression de « perdre son temps ».

Absolument impeccable d’un bout à l’autre, interminable, complexe, bonne histoire, compense un gameplay faible par tous les moyens possibles, profond, Persona 4 Golden est le jeu qui m’a fait cet été 2013 et je m’en souviendrais comme d’un très bel objet de fiction qui fait très suite logique à cet anime où une platrée de bambins passent des vacances d’été étranges dans un monde virtuel. Je vais suivre la série avec attention – et c’est pas comme si le canon était inexploité. J’ai Arena en face de moi, il ne coute plus rien – The Animation résume mollement mais honnêtement le jeu, etc. Ce jeu a complètement niqué Fire Emblem dans mon backlog. On en est là. Il n’a qu’un seul défaut : un coupable un poil trop évident. Il reste plein de belles promesses (dont Rayman et GTA) mais Persona 4 Golden est potentiellement mon jeu de l’année 2013, ce qui est pas mal pour un jeu jeu sorti en 2012 d’abord et adapté d’un jeu de 2009.

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