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Double négation, double standard

Difficile de garder le moral entre les échauffourées des manifestations Mariage Pour Tous et l’élection UMP bicéphale mais j’ai un excellent moyen pour vous remonter, un bouc émissaire qui ne rate jamais. Par exemple, hier soir, nous étions entre comparses pour fêter l’anniversaire de notre bar du moment, donc. Après avoir quitté la table des journalistes JV et son énième bilan défaitiste (parce que je ne sais pas si ça s’est vue mais l’industrie ne va pas très bien des deux cotés de l’écran) je suis allé voir un peu les otakes qui devisaient de concert. Jusque là tout va bien mais ces derniers ne tiennent pas toujours aussi bien l’alcool et, soudainement, les sujets qui fâchent apparaissent. D’ailleurs, ils n’était pas si éloignés : après de vagues private jokes sur les mineures (hein quoi que) tout de suite, la plus murgée du lot me demande « Hé ton avis sur K-On!, c’est quoi finalement? » Je veux dire, encore cette histoire? Tout plein de pragmatisme, je hausse les épaules de manières bien théâtrale et je savonne un peu la future couleuvre – « Je n’aime pas ce genre de formulation toute faite mais c’est de la merde » suivi de mon raisonnement maboule de troll « Après Six Feet Under ou The Wire, on sent la différence » … et c’est passé comme une lettre à la poste, malgré l’argumentaire dinguo. Sobre, il trolle K-On. Puis il se rend compte d’un truc.

Analysons brièvement cette image.

Oui alors comme on peut le constater, j’aurais du mal à me définir comme cible visée par Soul Eater Not!
Il n’est absolument pas question d’une esthétique shonen volontairement véhiculée par cette série. Un casting exclusivement féminin, pas particulièrement fait pour être profond (pour garder des raisonnements extrêmes, on ne peut pas dire qu’elles prennent des airs de vieux briscards) et des tonalités rondes, colorées, rassurantes. En gros, ça se veut sympa, chaud et, autant lâcher le terrible mot valise, « pop » – et on peut même monter dans la gradation et faire péter l’insulte ultime – « girly ». N’y voyez pas une divagation sexiste, « girly » n’est pas « féminin ». Bref, on est loin des combats, de l’ambiance lourde et parfois oppressante de Soul Eater. Ce petit « The Extremely Popular coin coin interminable » montre un certain sens de l’ironie et cette pose en plein saut nous rappelle les meilleurs téléfilms des années 90. C’est mignon, c’est léger.

C’est donc le pointSoul Eater,comme à peu près tout les 15 mois. Parlons d’abord du canon original. Il faut savoir qu’Atsushi Ohkubo, auteur que je soupçonne d’être encore un peu ado dans sa tête, a divisé son histoire en deux, depuis presque deux ans. Il continue son intrigue originale (pour qui j’ai eu un gros coup de coeur mi-2009, c’est probablement le plus gros running gag et œuvre alpha de ce blog, amour irrationnel tout ça) mais dessine en parallèle une autre histoire qui partage le même univers, compatible avec la première. L’effet le plus significatif? Des chapitres de Soul Eater plus petits, donc des tomes qui sortent au Japon tous les six mois, voir plus. Pas facile de gagner les faveurs de Not! comme ceci… mais évoquons un peu la direction que prends le manga original, quinze mois et cinq tomes plus tard.

Précédemment, nous nous étions quittés avec un chambardement de lieux, personnages et enjeux, le démarrage d’un nouvel arc inédit de l’adaptation animée. Une lente progression, quelque nouveaux méchants et une très vilaine manie de faire une écriture à tiroirs qui, du coup, n’aboutit jamais à quoi que ce soit. Il n’y a pas de focus, la « caméra » est complètement folle, il n’y a plus de véritable personnage principal depuis longtemps – parce que si le manga s’appelle Soul Eater, le personnage éponyme apparaît dans dix cases en mille pages. Un plot twist (le faaaameux plot twist) injecte un petit regain d’attention, en plus d’étaler quelques pages bien gores mais ne fait pas évoluer grand chose. En gros, je me sens obligé de soutenir ce manga maiiiiis qui stagne quelque peu, souvent. En cinq tomes, quelques évènements, rien de bien fracassant, les personnages passent plus de temps à briefer des trucs qu’à les réaliser, certaines bastons sont interminables et aboutissent toujours à un statu quo… un peu gavant. Le manga est toujours appréciable dans son approche esthétique et dans sa manière d’exploiter quelques ficelles rigolotes (soudainement, tout le monde change de sexe, ok, pourquoi pas les amis, weirdest boner) mais attention à ne pas prendre l’escalator dans le mauvais sens. Crona est invisible, sinon une scène classe dans une église. La totale, quoi.

La , pragmatiquement et avec n’importe quelle autre série, quand on arrive à un uniforme de maid, c’est précisément le moment où je crie au scandale

Et soudainement, avec ce tome 21, Kurokawa publie le début de Soul Eater Not! Moi même très en amour avec la série, je montre les dents dès le début. La visée de ce spin off est plus qu’évidente : plaire à un public différent et, pour simplifier à outrance, proposer un vague shojo pour contrebalancer le shonen. Cette imagerie véhiculée par la première image n’est pas plus rassurante : casting exclusivement féminin, jupettes d’écolières (haaaa pourquoiiii)  et ambiance légère qui… rappelle terriblement quelque chose – un personnage a même la bouche perpétuellement ouverte ce qui, en plus d’être foncièrement étrange, rentre toujours dans cette même codification. Au moins, les filles sont un peu mieux proportionnées. Une éternité après la publication du volume japonais, je m’achète la version Kurokawa et… c’est bien. J’aime. C’est assez cool. MAIS QUE SE PASSE-T-IL? EST-CE QUE CE MONDE EST SERIEUX? EST CE LE CLUB DE LA CHASSE DEMONIAQUE LÉGÈRE? On regarde ce replay pour comprendre ce qu’il s’est passé.

L’histoire est plus que simple : une arme démoniaque/fille de 14-15 ans débarque à Shibusen et vit sa rentrée dans cette académie surnaturelle. Elle croise Malka Albarn sur le chemin, histoire de poser le lien; l’histoire commence à peine avant de canon original (Medusa est infirmière, etc.) chaque chapitre montre un petit bout de vie de tous les jours de cette nana assez simplette et pas bien spéciale, qui saura bientôt s’entourer de deux autres filles. Le casting ne va pas bien chercher loin : une deuxième fille qui a pour particularité d’être … un peu conne et une troisième qui toise le prolétariat, du haut de sa robe blanche et de son attitude hautaine. En gros, là encore, on retrouve des similitudes de casting. Le genre est clairement de la tranche de vie, les persos ne sont pas là pour être explorés en profondeur ou pourêtreprofonds. A ce stade, c’est juste troublant.

Mais les faits sont là. Qu’est-ce que j’ai apprécié dans le postulat de Soul Eater? L’exposition d’un univers original. Et j’aime quand un lieu fantastique impose sa codification et l’étale au grand jour. Qu’est-ce qui manque dans Harry Potter? La vie étudiante, les cours, les petites habitudes. Notez que les « points » vers les maisons ont été lourdées dès le deuxième tome. Shibusen, c’est pareil : cet « esprit amphithéâtre » qui ne dure qu’un temps, pour laisser place à d’éternelles rixtes claniques et attaques aux noms de groupes. Tout ça c’est bien mais manquait cruellement de codification. Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle, Ohkubo joue ce genre de carte pour Soul Eater Not. Au delà de ce méchant préjugé de dérivé moe sans intérêt – phrase qui tue les yeux, je sais -, Not s’adresse avant tout aux fans de la série. Il précise moult petit détails appréciables qui fournissent un canon jusque là délaissé. Par exemple, on sait dès les premières pages où se situe Shibusen dans le monde. La réponse est toute conne mais on ne l’avait jamais eu… et, pour donner un deuxième exemple, on apprends enfin que Soul Eater n’est qu’un pseudo. Imaginez que le vrai prénom soit un jour lâché dans cette histoire. Folie. Ce serait un ajout dingue.

Parce que l’histoire de fond c’est bien mais elle ne fait que quelques caméos là et là dans Not, comme pour redynamiser la lecture du fan peu convaincu. L’histoire de Not, elle, est inexistante au pire, épisodique au mieux : Tsugumi (annagramme de Tsumugi HAAA CONSPIRATION REPTILIENS ET ILLUMINATIS) est toute paumée dans ce nouvel environnement et le manga déroule son quotidien, hors ou dans Shibusen. Slice of life indeed mais pas exempt de la dinguerie de Soul Eater : cet amour des références est toujours là, la subtilité n’est toujours qu’un vague concept. Tout ce personnage copié-collé du film Misery, c’est un peu trop voyant, bref. Il n’empêche que dans ce premier tome, aucune des aventure de Tsugumi n’a d’enjeux, n’a de sérieux, une vague menace s’annonce mais on sait très bien que tout ça va se régler rapidement, c’est le tropes « condamné par le canon ». L’ultime tabou est même présent ; c’est un manga qui tire la corde du moe. Les personnages sont mignons et sont là pour, plus ou moins, nous vider la tête. Exemple : « hooo elle s’est endormie dans le lit de sa copine c’est choupi eughgahahaahag ». Fait exceptionnel, je ne me suis pas senti con, ni vraiment dévalorisé en lisant ça, juste relativement content et léger. C’est une lecture qui est passée très vite et je me suis senti plus investi que quelques tomes « sérieux ». Peut être que l’avenir de cette série peut trouver un compromis entre légèreté et véritable scénario. Dans mon cas, c’est probablement le genre fantastico-uchronique qui fait toujours mouche. Et et et et et quelques ajours intéressants, des personnages prometteurs qui gardent cette impeccable science du chara design.

Du nouveau canon… canon! Avec un cou interminable!

Des personnages de Not! ont l’air plus sympathiques que d’autres dans l’histoire originale. Not se lit même moins en diagonale que son grand frère, tout simplement parce que c’est un manga un poil plus pacifiste. Il est évident qu’être fan de l’ensemble est strictement nécessaire pour apprécier un tant soit peu. C’est à la fois crétin et vaguement intéressant… bref ça pose des bases qui peuvent mériter l’attention mais, dans l’absolu, ça reste l’histoire de trois nanas coconnes qui dépensent leur argent trop vite et qui vont jouer les maids pour récupérer un salaire qu’elles iront derechef dépenser. Ce manga n’existe que parce qu’il est référentiel. Fais ton choix, camarade! C’est un school manga mieux dessiné que son prédécesseur, avec des situations et des personnages neuneus! Encore une fois, tout est une question de situation et de regard. Le mien est biaisé.

J’aime Soul Eater Not!. En tout logique, je saurais donc, potentiellement, aimer la série polémique sus-citée. Sois je suis un poil hypocrite, sois j’ai du caca dans les yeux, soit il y a une réelle profondeur derrière cette apparence légère, profondeur apportée par un canon pré existant.

Ce bruit, de craquement là? C’est l’univers qui implose. Ou juste le son de l’ironie.

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Résurrection des morts

Bon, un peu autre chose que du JV. J’étais en train de me demander quel bon sujet traiter pour Halloween quand soudain, un regard sur mes étagères m’a foutu l’un des plus beaux coups de vieux de mon existence : cela fait précisément dix ans que j’ai acheté mon premier mangasse. Fin 2002, je suis en Quatrième et le support est sur le point de lentement commencer sa démocratisation : Kana publie Yu Gi Oh.

C’est fou ce que le temps passe vite. Aujourd’hui, ce premier tome est toujours intact, sa brochure est juste un peu « mordillée » et le volume est complètement aplati par ses trente-sept grands frères et les huit mille premiers volumes de Détective Conan (la magie des étagères Billy) et je trouve qu’il n’a pas perdu de son charme. Ce manga est un peu schizophrène avec son public donc hop, pour nous souvenir, petite critique d’outre-tombe.

Ce manga est cet univers en général passe aisément dans une mécanique qui dicte tous les grands trucs de notre enfance : c’est toujours en cours et c’est devenu n’importe quoi. Après le manga original de Kazuki Takahashi, publié de 1997 à 2004, se sont succédés quelques univers alternatifs, une préquelle et ce fameux machin sur des motos – blague populaire qui date de 2009 et quelques donc qui sait ce que nous réserve le présent, je ne préfère pas savoir. Toujours est-il que ce manga a fédéré un max avec la diffusion simultanée de son anime sur… Whoa, je ne sais même plus si on parle de Fox Kids ou Jetix. Angoisse. Enfin bref, nous allons nous intéresser à cette version manga, maintenant re-publiée par doubles tomes, ce canon original qui a mis quatre grosses années à être bouclé sur l’hexagone. Ma première série finie…

C’est même une histoire qui commence assez intelligemment ! Yugi est un gamin d’une dizaine d’années qui, après des siècles de tentatives infructueuses, découvre spontanément le concept des trois dimensions et arrive enfin à finir son « Puzzle Millénaire », artefact qui développe une autre identité chez lui. Un Mister Hyde tout aussi psychopathe qui prend le dessus pour faire régner la justice et botter des culs! Un plot de shonen à l’ancienne qui va rapidement s’axer sur le jeu de cartes qu’on connaît et aime. Le manga se découpe de manière très nettes en plusieurs arcs qui vont voir le trait de Takahashi évoluer – seule cette fameuse coiffure ne change pas. Au tout début, le manga est centré sur la notion de « jeu ». Un truc ne va pas dans l’entourage de Yugi, son alter-égo apparaît pour régler les choses à la manière de docteur Jigsaw dans un jeu sadique – un mec est laissé en plan face à un scorpion, un autre devient aveugle/maboule, un autre explose – vous savez! Pour les enfants! Ce manège dure quelques tomes jusqu’à l’apparition de Bakura, autre être totalement crypto-kawaio-gay lui aussi possédé par un objet millénaire, en l’occurrence diabolique. Une partie de Donjons et Dragons mémorable. Une première pause scénaristique et tout le postulat est en place après quelques tâtonnements. (Tomes 1 à 7)

A chaque petite histoire du genre, l’auteur prenait soin de poser ses règles, son univers etc, bref d’être un minimum consciencieux avec ces trouvailles ludiques. Encore une fois, c’est le thême phare de la série : Yugi vit dans une boutique de jeu, il les collectionne, etc, c’est pour cela qu’on verra un Pique Pirate, un air hockey, ce genre de choses mais pas de pousse-pièce roooh. Deuxième arc, l’auteur s’axe sur l’une de ses créations antérieures : le jeu de cartes. Le méchant millionnaire crypto-gay Pegasus enferme l’âme du grand père de notre héros dans une TV (oui) pour le convier sur son île et participer à un énorme tournoi grandeur nature : comme Battle Royale mais en un peu moins moche. Bien sûr, la baston est remplacée par des duels dont les enjeux sont parfois un tantinet exagérés. (Tomes 8 à 15) … et la diégèse s’étire de plus en plus! L’arc d’après est un autre tournoi, bien plus « urbain », dont les phases finales se font dans un zeppelin, tout ça sous l’oeil de Marik, le méchant du moment (dont le serviteur est assez crpyto-gay, il faut l’avouer) et la caractérisation plus l’histoire de fond continue, les lignes directrices du manga sont la recherche des sept objets millénaires et le passé de ce mystérieux alter ego (Tomes 16 à 32) Enfin, les six derniers tomes sont un grand best off final qui propulsent tout le casting en Égypte ancienne pour boucler les storylines et mettre quelques derniers duels sur les tuyaux. La fin est frustrante donc bonne, elle jouait avec un fait qu’on redoute dès le début du manga et impose une séparation dans une histoire où l’amitié dicte toute morale. Logique, rideau.

Question aussi automatique que légitime donc : « Comment insérer de la dramaturgie dans ces duels de cartes? » Les personnages ne joutaient pas en tailleur dans un coin de la cour de récré. Kaiba, personnage pour qui l’argent semble être un concept proche de l’oxygène ou l’eau courante, est le créateur du Duel Disk, outil qui porte ces combats de monstres à un réalisme terrifiant : des images projetées qui permettent aux différentes cartes de réellement se mettre dessus. Le concept de lumière dure devient très littéral puisque des éléments de décors vont souvent prendre cher. Ce n’est pas tout, ce manga avait pour particularité d’être très glauque à des endroits où on ne le voyait pas venir! La mort est un concept omniprésent dans Yu Gi Oh – d’une part, cette succession de jeux sadiques en début de série, dont le paroxysme réside dans ce micro arc Death-T où les protagonistes échappent à la mutilation, l’électrocution, « la mort par Tetris » etc. D’autre part, on retrouve cette palette Saw dans d’autres duels de Monstres© : une partie où le perdant se noie, une autre où on se fait scier les jambes, une autre où on fait une chute de 20 étages… GARDE TON CALME FAMILLES DE FRANCE, ce n’est que de la dramatisation, ces cas de figures n’arrivent jamais. Ces duels sont, à un stade, sous l’emprise du « Jeu des ténèbres » et les enjeux deviennent schtarbés : personnages qui ressentent la douleur de leurs monstres (le quart de finale Mai-Marik est thématisé sur la torture, yay) sans oublier cette carte de Bakura, la planche Ouija, qui tue le joueur adverse en cinq tours. Qui tue. Le joueur. La logique Jumangi poussée à son grand maximum concevable : on prends un concept innocent et enfantin pour le tourner en bataille à mort. Dans Yu-Gi-Oh, on a largement fait le tour des méthodes possibles et l’emphase est souvent mise sur le morbide.

Imagine. A force de vivre tous ces jeux de dingues, Yugi a grandi et est devenu Kaiji.

Petit focus sur le jeu de cartes en lui même. Très largement inspiré de Magic, il avait ces mêmes règles de monstres en attaque/défense plus une batterie de cartes magies, pièges, etc. C’est assez enfantin et permettait des séquences assez épiques même si, il faut l’avouer, cette écriture par strates était plus que visible. Comme est-ce que ça se traduit? Takahashi pouvait conduire un duel de cartes comme il le voulait puisqu’il lui suffisait de sortir une nouvelle carte de son fondement pour trouver une nouvelle règle, parfois absurde de puissance. Le bon coté étant l’imprévisibilité et l’infinité potentielle de retournements de situations, et les duels pouvaient être plus ou moins thématisés. (Les gens se baladent souvent avec un deck à l’esthétique propre ou tournant autour d’une carte qu’ils espèrent piocher le plus vite possible… souvenez vous de cette carte magie qui inverse le deck avec le cimetière) Le mauvais coté est inévitable et il a un nom. « L’âme des cartes ». Yugi est dans la merde, il va perdre, il se concentre et gnnnnn hop il tire la Résurrection des morts et remet un atout dans la rixte un atout pour renverser la vapeur. Ce trope est utilisé deux ou trois fois par duel. Bon. Dommage. Surtout quand les règles dudit jeu officiel (ou même dans le canon) sont parfois complètement bafouées, du genre vazi que je t’invoque quinze monstres par tour. Bref, j’applique des codes réalistes à un univers qui ne se le veut pas beaucoup. Qu’importe, surtout pour un ado, la gestion du drama était archi efficace et trouve son paroxysme dans l’arc Battle City où chaque fin de tome était une petite torture, là où l’équilibre entre duels et mindgames était le mieux trouvé. Pas mal de moments réellement émouvants, aidés par un bon découpage.

Après cette emphase sur le glauque-surprise, Quid des personnages? Erm… Jono Uchi, Tea et toute la troupe ne sont pas ce qu’on appeler des modèles de caractérisation! Un petit dévellopement au début, histoire d’installer une petite bande de potes adolescents, un coup de marqueur qui deviendra le fameux « pouvoir de l’amitié », puis… ces personnages secondaires passent leur vie à traîner là, sans jamais servir à rien. Mention spéciale au « mec aux dés » dont le nom m’échappe, qui passe le plus clair du temps de Battle City à exister, être parfois dans des arrières plans et c’est tout. Même chez certains personnages récurrents, la cohérence n’était pas toujours là : certains méchants ont des comportements de tortionnaires avant de soudainement avoir des histoires de fond et de devenir des victimes au grand coeur : héééé constance! Pensons aussi à Mai qui n’est là que pour incarner la figure féminine plantureuse, à l’inverse d’Honda qui n’existe que pour être un alpha male sans personnalité, etc. Certains persos sont caricaturaux ou focalisés sur une simple facette mais c’est le lot de certains shonens (ce que je veux dire, c’est qu’en 38 tomes, il y avait de la marge) De tout manière, avoir un focus dans Yu Gi Oh c’est verser des litrons de sang, alors…

On ne peut pas dire que c’est un manga qui n’a pas évolué

Un vrai sale gosse, ce manga. Jamais fixe dans son genre, le ton qu’il adopte, ses enjeux ou ses persos. Au moins, quand il se pose, c’est pour quelques  tomes d’affilée et il savait nous faire vibrer pour pas grand chose : après tout, qu’est-ce qui arrive faire du drama avec des chiffres? Pas grand chose d’autre et nombreux sont les moments où les points de vie à zéro sonnaient comme une sentence pour quelqu’un. Beaucoup de défauts aussi : un dessin qu’on peut trouver laid au début (ou au contraire sur tout le reste, plus « anguleux ») une kilotonnes de pistes lancées dans le vide, une trop grosse omniprésence de Magic & Wizard et un beau ramassis de clichés. Des motivations parfois floues. Un arc final pas bien malin (dans un univers où la subtilité n’est pas monnaie courante) et beaucoup de manichéisme. Shonen pour ados quoi.

Bon, je ne parle pas de l’anime, tronqué et retronqué mais il y a au moins les Abridged Series et ça, c’est ‘ben drôle. Une fiction sympa quand on est collégien, un truc un peu plus forcé et obscur quand on est plus grand. Un manga bien sympathique toutefois, assez complet et qui a pu se permettre de chercher dans deux trois directions avant de définitivement s’installer sur ses (bonnes recettes). Est-ce une mauvaise chose? Pas tant que ça. Le vrai problème étant ces petits sursauts de temps à autres, comme si l’auteur n’avait jamais foi en son jeu de cartes. Faut dire que le mange aurait tout à fait être très différent en prenant cette logique « un jeu = un chapitre » et en faire son mantra. Je m’en souviens surtout pour ses enjeux spectaculaires. Bref, c’est un bon souvenir que je ne préfère pas trop déconstruire, pour certains passages; la partie de D&D, les trouvailles de certains duels.

Bon, c’est vrai, parfois je me dis que j’exagère un peu les qualités de cette série. Après tout, son méchant final s’appelle Zork.

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Les mathématiques c’est fantastique

(Par @AlexisYj)

Au départ je voulais vous écrire un truc sur la dernière saison de Survivor, mais vu que dans sa globalité elle a été aussi chiante qu’un Koh Lanta (bon OK y a eu du serious biglol move, genre viens on va au tribal council à la place de l’autre tribe, ça c’est de la stratégie de haut niveau, digne d’un Erik Reichenbach) je vais plutôt parler de maths.

Alors là vous vous dites peut-être que c’est pas vraiment le meilleur endroit pour parler sciences, encore que, mais attendez ! Vous savez sûrement que chez nos amis japonais, n’importe quel sujet peut se prêter au manga (sorte de Rule 34’ ; if it exists there is a manga of it). Des combats de toupies, un manga ; un club de musique, un manga ; de la GRS, un manga ; des boulangers, un manga ; un jeu de carte avec des poèmes, un manga.

Du coup, alors que chez nous certains ont la phobie des maths, rejettent la faute à l’inconscient et en font un super reportage pour le passer dans le journal de 20h de la première chaîne publique ; Hisaka Mika, elle, en a dessiné un manga (enfin c’est tiré d’un roman de Yuki Hiroshi, mais on en parlera plus tard parce que je l’ai pas lu).

Mathematical Girls (Sûgaku Girl en VO), c’est l’histoire d’un lycéen (qui n’est jamais nommé mais vu que c’est à la fois le héros et le narrateur on va pas lui en vouloir) qui rencontre une fille, Miruka, lui parlant en suites mathématiques. Alors comme c’est pas super pratique il trouve la solution et deviens plus ou moins amis avec elle. Vu qu’il aime bien les maths et qu’il est plutôt bon dans ce qu’il fait, il donne aussi des cours à une kohai, Tetra, qui elle est du genre bidon en math par contre, au début en tout cas.

Une photo de Math Girls sur ma liseuse histoire de faire un peu meta.

Le manga nous raconte donc les problèmes mathématiques que Miruka propose à notre héros ou bien les sessions de tutorat qu’il a avec Tetra. On passe de suites mathématiques aux définitions ou à de simple équations pour aller jusqu’à la trigonométrie. Le tout avec un niveau plutôt lycée que collège parce qu’on a pas de trucs genre CASOTOA (non ce n’est pas le début d’une réplique d’un ancien président, mais un super moyen mnémotechnique qu’on t’apprends au collège pour te souvenir que le Cosinus c’est le côté Adjacent sur l’hypoténuse, le Sinus le côté Opposé sur l’hypoténuse et la Tangente le côté Opposé sur le côté Adjacent) mais des identités avec des lettres grecques dedans.

Serious business, avec des lettres grecques and shit.

Pensez pas non plus que vous allez devenir une tête en math après avoir lu Math Girls, c’est pas le but de la chose, de toute façon la majorité sautera les passages trop matheux pour se concentrer sur la romance lycéenne.
La romance, parlons-en, Tetra en pince évidemment pour son senpai alors qu’on voit bien qu’il y a une certaine tension entre lui et l’impénétrable Miruka. Mais comme Miruka parle que de maths c’est pas gagné pour notre héros. Bienvenu dans un triangle amoureux dont je vous laisse découvrir la (non-)fin.

Jealousy chair kick!

Pour en finir avec le manga, on passe un agréable moment, les chapitres composant les deux tomes n’ayant pas réellement de suite logique on découvre, ou redécouvre, à chacun d’eux un problème mathématique sous un autre angle. Si vous voulez vous remémorer, ou au contraire oublier vos cours de math du lycée, je vous invite à vous procurer Math Girls-

OBJECTION

Alors ouais je vous entend déjà, mais détrompez-vous, si vous voulez lire Math Girls, le manga, en papier, dans une langue compréhensible (bon ça sera l’anglais hein, faut pas trop en demander), c’est (peut-être) possible avec Bento Books et Kickstarter !

XKCD en parle, ça doit être bien alors

Comme je suis sûr que certains connaissent pas encore Kickstarter, en gros c’est un site qui propose du financement collaboratif de projet (du crowdfunding comme ils disent). Chacun décide de donner $X pour le projet, il peut recevoir une contrepartie en échange de sa promesse (bah ouais, les gens font pas des dons comme ça) et si le total des dons dépasse le seuil, le projet se réalise !

Appliqué au sujet qui nous intéresse, si vous avez décidé de donner $35 (pour le pledge à 25 et les 10 supplémentaires de frais de port internationaux) et que le projet atteint les $9,000 au final (ce qui est pas trop mal parti au moment où j’écris ces lignes), vous serez l’heureux propriétaire du premier tome de ce manga ! (Ouais ça reviens cher pour un manga on est d’accord, mais quand on aime les maths on ne compte pas.)

Revenons maintenant aux racines. Comme indiqué précédemment, le manga est tiré d’une série de romans de Hiroshi Yuki. M. Yuki c’est un chic type, il écrit des livres sur le refactoring en Java, des introductions à la cryptographie ou aux wikis et même des quizz sur Perl. Il aime bien les maths aussi, si bien qu’en janvier 2004 il posta sur son site une petite histoire nous présentant Miruka qui montre au narrateur comment trouver les formules de l’angle double à partir de rotations vectorielles.
Bizarrement le succès est au rendez-vous, alors M. Yuki va continuer à sortir ces petites histoires avec nos deux personnages, y introduisant plus tard Tetra.

En 2007, toutes ces histoires sont combinées en un roman publié chez Softbank Creative. Et bim, best-seller ! Du coup on a le droit à des suites qui parlent du dernier théorème de Fermat (en 2008), des théorèmes d’incomplétude de Gödel (en 2009), des algorithme probabilistes (en 2011) et de la théorie de Galois (qui devrait être publié ce mois-ci, et ça commence à faire beaucoup de mathématiciens français dans des romans japonais) avec à chaque nouveau roman, de nouvelles math girls.

Une somme de cœurs en couverture, comme c'est choupinou.

Ça vous intéresse ? Alors bonne nouvelle (si vous lisez l’anglais, encore une fois), nos amis de Bento Books (toujours eux) proposent une version traduite du premier volume et travaillent probablement sur la suite (ou en tout cas s’y remetront quand ils auront fini avec le manga).

Pour résumer Mathematical girls est l’adaptation manga du premier volume de la série atypique de Hiroshi Yuki, les volumes 2 et 3 ayant eu, eux aussi, droit à une version manga en deux tomes mais par d’autres artistes. Si vous êtes encore au lycée, lisez-le ça peut vous être utile, sinon bah lisez-le aussi parce que c’est sympatoche et qu’au pire vous pouvez sauter les explications mathématiques si ça vous intéresse pas.

Awww <3

Allez hop, on va finir par une super blague de matheux ; alors c’est l’histoire de deux fonctions qui vont au resto : exponentielle et logarithme (faut dire que ça doit être fun de manger avec sa réciproque), arrive le moment de l’addition (ouais c’est pas maintenant qu’il faut rire même si parler d’addition dans un dîner entre fonctions mathématiques ça reste cocasse) et l’une des deux paye la totalité de la note. Mais qui est-ce ?
Bah c’est l’exponentielle pardi, parce que le logarithme népérien.

*Ba Dum Tss*

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