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Petits malins

Imagine, quelque part dans un futur proche, malgré les protestations des Internets, Twitter disparaît. Tout le monde était déjà en deuil pour Google Reader alors imagine, Twitter ! Ce machin fait partie intégrante de ma vie, c’est devenu une drogue, m’en passer pendant plusieurs jours est un petit exploit en soi. Signe numéro un d’une addiction : il m’arrive de me réveiller avec et de parcourir ma timeline perdue comme premier geste de la journée. DIÈSE L’ADDICTION ! En attendant que la Japan Expo se passe – avec sa kilotonnes d’évènements, prévus ou pas – mini hommage à cet outil devenu omniprésent dans nos vies et dans la mienne.

Ce moment où tu es un personnage d’anime qui fait une faute d’ortho très retwittée

Je ne sait plus qui disait que le Touittaire est le plus grand RPG de l’Internet (sans doute @FibreTigre, l’un de ses gagnants, il est actuellement en new game +) mais je ne l’ai pas attendu pour le rejoindre. On pourrait aussi dire que c’est un bac à sable – c’est à nous de savoir à l’avance ce qu’on veut en faire et les moyens qu’on va se donner pour atteindre cet objectif, pour peu qu’il y en ai un. On a tous nos chiffres à nous : nos followers, nos followings, la fréquence de post et leur croissance. Ça, c’est que le cœur du truc, Twitter créé tout un champ social qui dépasse de loin la page de base : il est créateur de malaise, parfois – souvent quand un/e ex ou un unfollow rentre dans l’équation – mais ça génère un nombre fou de rencontres et d’opportunités. Aujourd’hui, tout le monde trouve un stage/boulot/appart grâce à cet outil. C’est Twitter qui, personellement, m’a permis de sortir du « pas d’expérience » et ma réactivité a été le plus décisif. Des couples se forment sur Twitter, des amitiés et des bromances, tout ça picole allégrement dans plusieurs vies clés et on pourrait – avec beaucoup de minutie et de patience – déterminer une cartographie géante des « cercles » de Twittos, à divers échelles «  » »d’influences » » ». Des gens qui, en groupe, retweetent, parlent de ou commentent les mêmes trucs. Ils y a des clans, des armées, des antagonismes… et tout ça se fait en indépendance totale de « l’autre Twitter », celui composé de millions d’ados qui ont des cœurs dans le pseudo et une duckface en profil pic. Ils ont toujours plus de followers que vous, parce que la vie c’est aussi des frustrations sociologiques.

Déjà faut constater que l’usage qu’on en fait a bien évolué. Le schéma est toujours le même – c’est comme la clope, on commence pour faire comme les autres et on commence à faire ce qu’on en veut. On peut faire la course aux followers et essayer de la systématiser sans pour autant les pêcher ou les quémander au quotidien. C’est comme une épreuve de créativité géante : on a un tout petit champ d’action de 140 caractères et le jeu est d’avoir le plus de juges possibles. Tu as gagné quand tu as un flux rentrant automatique. Pas mal de gens adoptent des démarches à contraintes – beaucoup s’arrêtent à un chiffre de followings fixe, histoire de provoquer un petit easter egg. Pour moi, chaque follow est une contrainte, un effort intellectuel pas toujours simple. C’est prendre un espèce de risque de pas forcément aimer cette addition à son flux, de trouver la personne énervante – ou pire! Maiiiis c’est aussi considérer qu’elle est peut être dans une « mauvaise passe ». Tout est possible et au bout du compte, on ne finit que par suivre les gens qui nous ressemblent. En forte majorité quoi. Cette dernière phrase faisait tellement horoscope, je me sentait obligé de le préciser.

Oh que c'est choupi

Puis c’est pas simple d’être exhaustif avec Twitter puisque c’est aussi une application de la théorie des cordes – il existe autant de Twitters que d’utilisateurs. Il se croisent plus ou moins, c’est tout. Quelque part, il existe une dimension Twitterienne où des bots se parlent entre eux et échange des photos de food porn. Peut être même qu’il y a un deepTwitter. QUI SAIT ?

Mais vraiment, pour revenir sur cette notion de « faire ce qu’on en veut », Twitter existe depuis assez longtemps pour avoir cultivé le beau, le laid, puis le n’importe quoi. C’est de l’art, Twitter, ouais. La plupart des gens s’en servent pour raconter tout et n’importe quoi. Y’a tout de même une démarche derrière : sublimer la tranche de vie, comme dirait le grand chef Piège. Essayer de ne pas le rendre trop banal, justement. Alors on essaye d’égayer ça avec de l’humour – et l’humour, c’est tout un art, surtout pour un teubé du premier degré comme moi. Chaque Tweet est un concept potentiel, un petit trait d’humour glacé et sophistiqué dans lequel on peut parfois placer les meilleurs espoirs. C’que j’aime bien avec ce site, c’est qu’on peut lancer des tas de choses sans aucun contexte et récolter gloire et reconnaissance parce qu’on a su profiter du bon timing. Balancer un jeu de mots, aussi crétin soit-il, est toujours efficace s’il y a une bonne idée derrière. L’E3 et les grands évènements cristallisent cette frénésie collective. Il y a des gens qui sont tellement retwittés qu’il font partie de votre TL sans même que vous les suiviez – ils ont pigé « l’humour Twitter », car ils sont drôles, tout simplement. Y’a un mec, il s’appelle rousp, j’ai l’intégrale de sa timeline dans son fil sans même le suivre. Un mec qui a le don d’ubiquité ne peut être que très bon.

Deuxième caste, les NomsPrénoms. Il va falloir que je la rejoigne un jour, je crois. C’est embêtant parce qu’il y a un certain luxe à être désinhibé sur Twitter, et c’est moins façile de Twitter « YOLO NIQUEZ VOUS » en majuscules quand tu es suivi par ton employeur. Certains font deux comptes, d’autres s’assagissent. J’espère secrètement ne jamais devoir mettre ma photo en avatar.

Pis y’en a qui ont plusieurs comptes, les fameux « parodiques ». Tous gérés par les trois mêmes personnes, il correspondent davantage à un « concept », un peu comme ce que peut proposer Tumlbr. Des conneries, il y en a pas mal, d’autres parodient une personne en particulier – c’est souvent un poil trop méchant pour être drôle -, d’autres sont plus abstraits. Le fameux Damien_Croze pastiche le joueur de comptoir/anylste mes genoux qui fait systématiquement UNE faute d’ortho par tweet. Le phénomène s’étend et on se retrouve aussi avec des sites entiers parodiques, façon Gorafi ou VeuxJidéos. Seul l’un de ces deux exemples est drôle, saura-tu retrouver lequel ? Pis y’a des faux comptes qui dérivent un peu de leurs « concept » original et qui insultent tout le monde en caps lock. Ça doit être jubilatoire, n’empêche. On peut se faire un pool « parodique » ou se faire une liste 100% second degré. Hashtag astuce. Certains comptes parodiques ont un deuxième compte plus soft (façon @baborlefan_ ) et certaines personnes réelles font des Twinomes, des compte tenus à plusieurs mains, censés blender les utilisateurs et leurs personnalités. Le truc c’est que dans l’ensemble les comptes parodiques sont tenus par des copains aussi.

Transition Ovidienne pour dire que sur Twitter, l’humour est une chose fragile, compliquée à maîtriser. On aime bien faire du second degré en faisant semblant d’employer le premier degré, c’est assez subtil. Quand on veut pas prendre de risques, on fout une ponctuation un peu fantaisiste, en mettant cinquante points d’exclamation. Ça nous fait passer pour des autistes mais ça nous fait bien rire. C’est l’humour @FrançoisLeger, quelque chose du genre. Autre moyen efficace: : tout en majuscules (ne pas abuser) où profiter des tendances des cercles et du moment. Depuis quelques temps, on singe les community managers et on met « et vous qu’en pensez vous ? » à la fin de chaque gazouillis. Kharma : à chaque fois, un poste de CM se débloque immédiatement pour quelqu’un d’autre. Tout ça se fait avec un « langage Internet », une grammaire et un vocabulaire bien précis. On peut ne pas parler « le patois » et quand même comprendre ce qu’il se passe, c’est juste un peu bizarre au début. Ou alors on peut parler de bite, c’est ce qui m’a valu mon premier top tweet. Ces temps ci, je mets des groupes de mots entre des croix gammées pour exprimer un mécontentement. Cet article des Inrocks est assez connu, non pas pour son exhaustivité mais parce qu’on reconnaîtra toujours quelqu’un dedans, en tant que forme d’humour. Sinon, vous ne suivez pas assez de gens.

Si, comme moi, vous n’avez pas peur du spam et de la monomanie (je poste beaucoup trop d’extraits de You Don’t Know Jack) Twitter est un fantastique terrain de jeu qui peut débloquer des opportunités et des rencontres. C’est l’un des rares lieux où on peut se permettre de franchir certaines limites (l’humour racisto/homophobo/sexisto-limite est toujours apprécié si bien manié) et partager autant de conneries. Vine est la dernière du genre : six secondes, un film à réaliser en une fois, un résultat souvent débile. La culture de la concision, toujours.

Bref, une grande famille.
Sauf quand ça cause féminisme.

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