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C’est drôle parce que c’est vrai

Bon.

Avec le mystérieux monsieur A, on le disait sur Synopslive dans une chronique qui devrait être mise en ligne je sais pas quand : les meilleurs animes sont impossibles à pitcher. Il y a des tas et de tas de péquins qui seraient intéressés par tous ces scénarios originaux et improbables, mais faudrait juste attendre qu’ils découvrent vaguement cette culture et qu’ils tombent sur tel ou tel truc, après trois ou quatre ans de matages au hasard. Bref, imposer ses goûts, c’est pas correct, mais en parler, c’est pas toujours simple. Alors mon cochon, Joshiraku, je sais pas trop comment faire. Ce n’est pas du tout une série à mettre entre les mains du profane et pourtant, le subtil lobby du sus-nommé A dans son récent pamphlet de société a payé. Vous vous souvenez de cet épisode du Prof Désespoir où l’Amiral Perry débarquait, où les personnages parlaient en yaourt et qu’il y avait deux lignes de sous-titre (dont une racontait n’importe quoi) juste pour le fun ? On y est pas mais on s’en approche. L’anime du jour cultive ce fétiche de l’inaccessible gratuit. Le masocore de l’animation.

La première chose à dire serait peut être « C’est par l’auteur de Professeur Désespoir » a.k.a. Kohji Kumeta. Vous connaissez pas ? Pas de bol, c’est encore plus impitchable mais c’est l’une de mes séries jap préférées, hyperculturelle, super drôle, assez intelligente, sûrement rédigée par un génie dépressif. Bon, les deux animes viennent de deux mangas du même auteur. Les deux séries se ressemblent pas mal, les génériques géniaux en moins. Kuhmeta doit être marié à un concept – pour le moment, les deux séries que je connais du monsieur fonctionnent plus ou moins de la même façon, ils ont donc les mêmes qualités et les défauts, tout en restant inventif. Le truc c’est que la comparaison ne fait pas trop honneur à Joshiraku. Bref faute d’intro potable, essayons déjà d’en parler.

Oker

Oker

Joshiraku est un anime très, trèèèèès japonais. Il raconte les tribulations de cinq comédiennes de Rakugo.  Le rakugo est une forme de « théâtre littéraire » où une seule personne se présente à un auditoire et se met à réciter une histoire à chute, chute qui trouve son sel dans une blagounette incompréhensible ou un jeu de mot langagier. Le Joshiraku français serait quelque part au café de Flore, quoi. BREF ! Cet anime se la joue K-On culturel et avec des mains mieux proportionnées : ça reste cinq nanas aux cheveux et caractères multicolores. La routine MAIS ! Il y a une très solide unité de lieu. On ne sort pas de la loge, en fait. On la parcourt sous tous les angles, déformations animesques mises à part. Le rakugo en question n’est que très rarement discuté ou ne sert qu’à introduire d’autres saynètes. De toute façons, nous ne sommes pas vraiment capables de comprendre les tenants et les aboutissants de ce métier – et ça rejoint l’affection toute particulière que j’ai pour les gens qui traduisent détective Conan – et le suc de l’anime ne se passe qu’en coulisses. En a donc Force Rouge, la « leader », en tout cas celle qu’on voit parler plus souvent, Force Jaune, Force Rose (qui aime pas qu’on la prenne pour une loli) Force Bleu et Force Super Bleu. Cette dernière incarne souvent la caution humour noir du show, de par son coté… son coté… « ominous », je trouve même pas d’équivalent en français, bref. Un équilibrage un peu cliché d’épices tsundere/leader/kuudere/gamine/moi-surmoi-ça/sidekick comique. Et comme aime nous rappeler les inserts, « cet anime est là pour rappeler à quel point les filles sont mignonnes », à peu de choses près.

Ça marche assez bien d’ailleurs, truc étonnant pour un casting à priori adulte (dans un anime hein, me regardez pas comme ça). Toujours bizarrement proportionné mais adulte. Les cinq ont toutes une personnalité bien tranchée et on ne souhaite pas vraiment en apprendre sur elles. On dirait cinq pantins désarticulés qu’on aime voir faire des crash-test en boucle, ça ne va pas plus loin. Bref, pas beaucoup de caractérisation. Enfin, je suis injuste, il y a quand même pas mal de storylines assez subtiles qui sont établies dès le début. Des petits gimmicks comiques qui reviennent de temps en temps (l’une d’entre elles est super chanceuse, une autre vire toujours dans le glauque, Marii a cette fâcheuse tendance à montrer ses fesses)… tout ce qu’on doit savoir, ce que les persos sont des filles au profil hors du commun et super über verbeux.

C’est quoi un épisode de Joshiraku ? Accrochez vous parce que c’est pas simple et super simpliste à la fois. La toute première scène est assez parlante dans son genre : elle s’amuse à détruire le quatrième mur à la truelle. Avec un plaisir malsain. Le casting parle du piratage, dit que le manga va pas marcher et que la série animée va être regardée par des pirates et des bandits. Une nana parle d’animation en passant soudainement en 70 images par secondes, ce genre de petit show-off rigolo quoi. C’est seulement après cette mise en bouche comique qu’on entre dans le vif du sujet, ou du non-sujet.

:(

🙁

C’est à ce stade qu’on voit la patte de l’auteur en commun avec SZS. Exactement comme la série sus-nommée, un épisode est divisé en trois parties, indépendantes, qu’on pourrait mater dans n’importe quel ordre. Le postulat est toujours le même : dans la loge du « théâtre », l’une d’entre elles revient de sa performance et les cinq nanas partent sur un petit délire. Elles dissertent dessus à vitesse flash et enchaînent sur d’autres sujets, en rebondissant partout, toujours avec un démentiel sens de l’articulation. C’est méga intense, ça cite une foultitude de faits de sociétés japonais, ça parle de tout et de rien, ça fait une sorte de « maïeutique » culturelle. C’est insensé, on dirait un delirium tremens collectif. Pourtant, c’est drôle, souvent très drôle même, c’est une forme d’humour toute particulière. Déjà parce que c’est même pas Shaft aux commandes (studio habitué aux démarches oulipiennes) et tout de même accompagné de plein de petites pépites visuelles, mais aussi parce qu’on aime se prendre au jeu et se faire balader de sujets en sujets, toujours pour conclure sur une morale souvent cynique ou pas franchement positive. Pas d’histoire, le seul scénario c’est la culture pop ou l’actualité : l’anime est pas avare en références et c’est pas comme si elles nous étaient envoyées à la figure, il faut les cueillir, les trouver, faire le petit freeze frame qui va bien et mourir de rire. Elles sont parfois plus avocats-friendly ou pleinement censurées par un effet sonore toujours bien débile. Même de ce coté là c’est le bordel donc.

Le milieu de l’épisode, en revanche, se fera toujours en milieu urbain.Tokyoïte donc. L’occasion de les voir dans d’autre fringues ! Sortie des coulisses, elles sont moins verbeuses et font presque une sorte de visite guidée pour le spectateur, anecdotes et gentilles galéjades à l’appui. J’imagine que ces séquences sont inédites en anime car vraiment en marge du reste. C’est sympatoche, ça fait une pause mentale pour le spectateur mais c’est parfois un peu chiant. Ça contribue à rendre l’ensemble incompréhensible et c’est un poil dommage. J’ai peut être pas vu les meilleurs… mais ça fait retomber le bouzin dans un tranche de vie banal, là où le reste fait tout pour être inaccessible. Ça peut parler à plusieurs publics, donc.

Bref il y a un petit épice « interchangeable » dans Joshiraku, tant et si bien que j’ai la conviction de pouvoir en parler bien qu’en ayant vu six des treize épisodes. C’est comme un vlog en plus intelligent, ou un one-man show accéléré trois fois. Imaginez que je commence à partir dans une litanie du genre : « J’aime pas le Coca. Mais quand j’en bois, je ferme les yeux. Exactement comme pour l’orgasme ! Est-ce un rapport proportionnellement inversé ou suis-je juste stroboscophile ? » puis je me mettrais à débiner à vitesse mach 2 des scandales people liés au Coca, avant de passer à un autre sujet sans aucun rapport. Vous aimez les préservatifs aromatisés ? Ha, damn, tout s’explique en fait.
Et là, allégorie de niveau 2, l’intérêt du show est bien sûr de constater que le vrai spectacle n’est pas sur scène mais dans la loge. Mettre cinq nanas kawaii au niveau de langue optimal dans neuf mètres carrés et les voir discuter de surtout n’importe quoi a un effet comique sidérant. C’est exactement comme mater du théâtre absurde, en plus rapide et plus pop. Faut dire qu’il y a une véritable osmose entre les cinq personnages, tous très bien équilibrés (moins à titre individuel haha) et un humour qui ose taper dans le limite. Ça a valu quelques coups de chaleur à l’anime, je crois. Le degré d’humour est à l’image du reste, bondissant, parfois très loin et osé. C’est pas grave, l’impact est d’autant plus gros quand ça arrive. Je peux pas trop parler de ces diverses situations sans spoiler des ressorts comiques mais la dinguerie ambiante de ces screens est assez parlante. J’aime bien cette facilité déconcertante à faire des blagues sur les tétons puis à taper dans le morbide en moins de deux minutes.

Je suis un peu injuste avec les personnages, bien sûr qu’elles n’ont pas besoin d’histoire ou de passé. Elles sont suffisamment schtarbées comme ça – et pour un anime aussi « littéraire », le travail de doublage est essentiel. Il est vraiment coulant et réussi, pour le coup. Voir la petite Kukuru – même le prénom est mignon – en avoir marre d’être prise pour une gamine et parler comme une damnée est une expérience à faire. Au début, j’aimais bien Tetora, par automatisme trouble. La réponse est venue d’elle même : elle a une moule éloquente, comme votre serviteur. Oui, ces nanas sont effectivement mignonnes Ce coté gentiment caricatural trouve toujours un écho comique maîtrisé. Du « rapide fire comedy » ++. Culturel et imprévisible. Anecdotique et à mater en même temps. Très constant, du coup, même si on va parfois aller pisser au milieu.

C’est un anime assez rigolo qui ne se regarde pas d’un œil. Il faut vraiment se concentrer, tout suivre, prendre le temps de capter toutes ces ouliperies, contraintes et blagues visuelles cachées quand on essaie juste pas de suivre ce qu’il se passe, que ce soit les dialogues purs où la tonne d’informations qu’on nous envoie à la mitraillette. Bref, un petit objet de pop culture qui se fourre dans tant de niches superposées qu’il en devient un peu absurde – tout en tant absurde de genre et d’exécution. C’EST JAPONAIS QUOI. Je recommande, c’est l’un des rares animes depuis longtemps dont j’ai enchaîné les épisodes, c’est un bon signe. Quand aux génériques, ils n’ont pas le génie de SZS mais sont suffisamment entraînants pour être discutés. L’opening ne fait pas adulte pour un sou et ne présage pas trop de ce qui va suivre. ‘Fin bref, c’est indescriptible. On te placarde des scènes de vie à la plage façon Martine et tu as juste une tartine de dialogues bien doublés. Tu fais un peu semblant de comprendre la moitié mais tu sais bien que ce que tu mates est bon, dans le fond. Plus que bon, même. Je vais fissa mater la fin et m’intéresser aux mangas, K. Kuhmeta est définitivement un auteur à surveiller. Joshiraku est un concentré de bonne culture pop, valorisante et lettrée. (Sceau de qualité à cet endroit dans le futur, faut voir)

Puis, pour le coup, c’est un anime qui encourage le téléchargement légal puisqu’il va falloir un sacrée team de diplômés pour traduire toutes ces vannes de langue sans perdre au change.

Hey ! La semaine prochaine c’est la Japan Expo. J’y serais pour y faire quelques articles pour le Journal du Japon. J’ai les prods de Paëlla Magique et des Final Fantasy à venir de bookés, on pourra sûrement faire des trucs chouettes. N’oubliez pas les consignes habituelles et amusez vous : il y aura plein de choses à faire ! Des choses emblématiques ! Acheter le méga pack Soul Eater proposé par Kurokawa ! Acheter Katawa Shoujo en français pour 25 balles parce que ! Regarder l’AMV Déjà Vu, qui est drôôôôôle ! C’est comme deux copains sur un plan drague ! C’est si drôle que ça ! ALLEZ VIENS !

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