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Vrais savent vraies choses

Bon, on y est presque. J’espère que vous allez avoir un mois d’aout sympa. Moi, je me suis préparé un backlog de ouf guedin, il y a plein d’animes à mater, de jeux très japoniaisants à découvrir. C’est même parfois transmédia sur la remarque précédente : Danganronpa est pas mal en anime mais ça donne franchement envie de jouer au jeu. Bref, un été studieux où je suis sensé pisser du mémoire et réviser pour septembre. BRAIFE ! Je me suis gardé House Of Cards sous le manteau pour voir ce que ça valait, et j’ai Kids On The Slope sur le feu. Pop culture à donf entre deux grillades et pizzas sur la plage.
J’espère que vous êtes dans le même cas de figure. Et j’interviens pour vous aider ! Si vous ne savez pas quoi mater cet été, j’ai un conseil simple : HBO.

HBO n’est pas une série, c’est une chaîne de télé. Home Box Office pour les intimes. Le centre névralgique du câble américain. Beaucoup de sport et beaucoup de séries, ce qui nous intéresse présentement. En fait, HBO est une chaîne connue pour la qualité des séries qu’elle produit et diffuse. Le slogan est bien trouvé : « Ce n’est pas de la télé, c’est HBO ». Et oui, fin des années 90, ce sont eux qui ont lancé cette «  » »mode » » » des séries qualitatives, notion qui ne voulait pas vraiment dire grand chose à l’époque. Prenez cette dernière remarque avec la distance qui s’impose mais il s’avère que c’est un vrai label de qualité, ce depuis presque vingt ans. Y’en a plein, je les ai pas toutes vues, mais je peux en chroniquer quelques unes ! C’est aussi simple que ça : ça vaut toujours le coup. Cette écran introductif est toujours bon signe. La neige, le bruit d’allumage, le logo archaïque et le petit « haaaaa » : toujours un bon présage sur ce qui va suivre.
C’est une constante quasi-universelle : les séries sont toujours meilleures sur les networks payants. Pensez à Showtime de l’autre coté – même si Netflix est un acteur récent dans l’équation. Bref, j’ai déjà parlé de la plupart de ces séries mais hop ! Pour ceux qui auraient raté ça, voici MES CONSEILS. PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE. J’ai encore plein de choses à mater mais j’ai toujours constaté l’excellence… et dites vous bien qu’actuellement, les chances qu’une intégrale à bas prix est sûrement à choper sur CDiscount et autres sont grandes !

La réaction des Fujoshis devant Oz

La réaction des Fujoshis devant Oz

OZ

Par Tom Fontana. Six saisons, huit épisodes à chaque fois (une double au milieu), une heure. Showrunner essentiel et première série popularisée par cette chaîne. C’est Fontana himself qui se fait faire le logo de la série dans le générique. Je le dis à qui veut l’entendre, c’est la deuxième meilleure série que j’ai vu en intégralité, pour le moment. Faut dire qu’elle aime se tirer dans les pattes. Pour beaucoup, Oz, c’est de l’ultraviolence et des viols en prison. CERTES mais il y a toute une série derrière ! Oz, c’est le surnom du pénitencier d’Oswald, où sont enfermés les pires effdépays des States. Ils évoluent dans Emerald City, une espère de cour de récré géante et ultra surveillée par Tim MacManus, grande bajasse sympathique mais un peu trop idéaliste. Oz c’est la vie de ces détenus qui tuent le temps, principalement en se tuant les uns les autres. Des perpètes, des condamnés, certains à mort. Pas de point de vue particulier : on passe de X à Y avec une facilité déconcertante. Il n’y a pas de focales mais des petites intrigues à plus ou moins long terme qui concerne chaque individu, toujours précédé d’un petit flash-back qui nous indique le crime en question.
C’est pas difficile : il y a cinq milliards de personnages. Le casting est une plaque tournante géante. Ce machin est un fantastique jeu de survivalisme involontaire : je ne dirais pas le nombre de persos qui passent l’intégralité de la série mais c’est assez éloquent. Parmi ces persos, des castes de homeboys, d’italiens, d’homos, d’aryens, des gueules pas possibles, des personnages fantastiques. Vous voyez le syndrome « putain de perso », genre Jaqen A’quar dans GoT ? Dans Oz, il y en a par dizaines.
Oz est une chronique réaliste mais terriblement, terriblement violente. Âmes sensibles s’abstenir, allergiques des pénis s’abstenir. Série connue pour son fantastique plan de Christopher Meloni en train de pisser dans un seau. La série a juste duré un peu trop longtemps pour laisser passer une ou deux storylines un peu derpantes – notamment dans la quatrième saison.
Je peux pas trop développer pour parler un peu du reste mais matez cette série. Elle est essentielle. Fantastiques qualités d’écriture, persos incroyables, postulat inédit. Comment une série ayant toujours le même décor, où on voit le soleil du jour pendant deux trois plans – dont un en rêve – peut être aussi passionnante ? Les prisonniers sont des salauds attachants (les plus grands bâtards de la fiction sont là), c’est une fiction fantastiquement cynique, bien construite, ça se marathonne sans problème, on pleure parfois, on lâche énormément d’exclamations, ça n’a pas d’équivalent. Je ne vais pas refaire mon post d’il y a cinq ans mais vraiment, du caviar.

Aujourd’hui, la moitié du casting joue dans des séries policières nazes.

Sex And The City

Par Darren Star. Six saisons d’une vingtaine d’épisode. Format comique, une demi heure. Passe régulièrement le vendredi soir sur M6, quelque part dans le cycle Scrubs-Earl-Sons Of Anarchy-Californication. Je sens une légère consternation dans la tête de mes amis quand j’essaie de leur parler de Sex And The City. C’est peut être pas une série démentielle mais j’ai toujours eu un petit faible pour les aventures sexuelles de Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte, un groupe de copines qui « parlent et agissent comme quatre homos » (dixit je sais pas qui de je sais pas quelle autre série) et ben figurez vous que c’est la série dont on parle le plus dans les autres séries, finalement.
Sex And The City c’est New York, la grande pomme, ses bars branchés et ses lieux « in » du moment. Si les héroïnes vont quelque part, le lieu-dit est promis à être booké pendant quelques mois. C’est la série qui a décidé que le cosmo était un cocktail féminin. On pourrait facilement la renommer « Fist World Problems : Le Show » parce que son casting n’est pas forcément très très ancré dans la réalité et dans le tiers monde. En gros, quatre copines se baladent ensemble, vivent des aventures plus ou moins insignifiantes, font des conquêtes et parlent beaucoup de cul entre elles (sur ce dernier point je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’on atteint un certain réalisme) et c’est à peu près tout. C’est une comédie pas trop sitcom, pas trop feuilletonnante, plutot marrante et assez vanilla. Surprenant pour une chaîne qui a la réputation – justifiée – d’être obsédée par le sexe et les substances illicites ! C’est ni fait ni à faire, c’est sympa, ça retombe toujours sur ses pattes et c’est plutôt bien fait. Le club de grivoiseries légères, en somme.

The Wire

LA série pour beaucoup. Cet article défini en capslock sous-entend bien sûr « meilleure ». Je ne sais pas, je ne l’ai pas finie, je suis un peu sceptique sur cet état de fait. C’est une excellente série qui atteint les sphères universitaire – elle a été l’objet d’un colloque à Nanterre, par exemple. Par David Simon. Cinq saison de douze épisodes. Le générique est une reprise différente à chaque fois, façon Weeds. The Wire est une série policière qui raconte les faits et gestes gangs versus flics à Baltimore. C’est pas Detroit, c’est pas Cleveland, mais Baltimore c’est quand même pas terrible. La drogue est un peu la monnaie locale et on suit les péripéties des deux camps qui font de leur mieux pour gagner leur pain. The Wire se distingue via pas mal de trucs.
D’abord parce que c’est une série très journalistique. Simon est une pointure locale dans le métier et ses scripts sont très réalistes, documentés, pétris de petits détails glanés là et là. Bref, c’est une retranscription exacte du ghetto local. Ensuite, elle ne fait jamais – sinon rarement – preuve de manichéisme. On suit les deux « camps », on les voit se montrer les crocs, ça pète un peu dans un enchaînement logique. Il y a beaucoup de personnages et tous sont bien écrits (bien qu’importés d’Oz à environ 20%)
Ensuite, elle adopte des mécanismes qui l’empêche de feuilletonner. Chaque saison a ses storylines bien précises et se passe dans un pan de la ville de Baltou, avec ses trous de Bal. Les ghettos, les ports, l’éducation, les médias, il y a toujours une emphase sur un aspect bien précis de cette société. C’est assez fascinant, c’est qualitatif, c’est documenté. En bref, c’est bien, mais j’ai pas fini. Next !

Six Feet Under

Y’a pas mieux. On prétend le contraire ? On vous ment. J’en parlais en 2009, c’est mon seul et unique « Cosmic Seal Of Quality », avant que le mot « cosmique » soit connoté sur l’Internet français. Par Alan Ball. Cinq saisons de douze ou treize épisodes.
SFU est l’histoire d’une famille de croque morts à Los Angeles. Des Fisher, plus précisément. Le pilote s’ouvre sur la mort accidentelle du patriarche et les autres vont – ironie – commencer le travail de deuil. A partir de là se lance une pelletée de storylines impliquant beaucoup d’histoires de fesses, d’humour noir et de one-liners qui font réfléchir. Une série assez lente, posée, qui prends le temps de poser des intrigues, des questions et des personnages. Comme beaucoup de séries HBO, elle préserve un gimmick aguicheur – chaque épisode s’ouvre sur la mort (parfois tragique, parfois funky, souvent inspirée de faits réels) d’un quidam, quidam qui aura donc une pertinence quelconque dans notre famille de névrosés. C’est une série trèèèèès bien écrite qui a peu de moments de faiblesse. Son final est, pour beaucoup, le plus réussi de l’histoire des séries. Rares sont les fictions qui t’impliquent autant dans la vie de personnages – le anyone could die est étonnamment assez peu appliqué MAIS la série a quelques cartouches en magasin. Terriblement réaliste, ancrée dans les vraies choses, ses personnages sont attachants comme jamais, très cérébrale, je l’aime d’un amour inconditionnel. Bref, je vais pas refaire mon post.
Oh, Amo va bientôt mater la dernière saison et il va bientôt (re-re-re)comprendre que parfois, même dans la fiction, la vie vous fait caca dessus. Matez Six Feet Under ! C’est de loin ma série préférée et elle vieillit, oui.

Game Of Thrones

Par Monsieur Martin, qui tue votre personnage favori à chaque fois que vous réclamez la date de sortie du sixième livre. Mon avis n’a pas particulièrement changé depuis l’année dernière. Entre temps, on a eu droit à la troisième saison et comme d’habitude, l’épisode 9 a fait quelques ravages. Nous nous sommes tapés un plot twist que les lecteurs des bouquins nous teasent depuis une dizaine d’années, depuis, nous sommes tous en deuil. 5 minutes douloureuses, qu’on devine une demi seconde avant et à quoi on espère pouvoir échapper. Mais non. « Ça se passe ». Pas glop. Il parait que le quatrième livre est un poil plus chiant. Bon, ben voilà, c’est toujours une excellente série et un excellent univers, qui m’ont initié à l’héroic fantasy, à priori pas mon truc. Rien d’autre à dire, sinon qu’une pub Sanex n’était peut être pas une très bonne idée pour le plan final de la saison. Je rentre d’Essaouira, le lieu de tournage d’Astapor. Sinon, ça va ?

The Newsroom

Par monsieur Alan Sorkin, deuxième saison en cours, troisième épisode diffusé cette nuit. Je parlais de la première saison en janvier dernier. Que devient le Grey’s Anatomy des journalistes ? C’est un poil mieux mais ça ne bouge pas. Les persos sont un peu moins hystériques, cette storyline amoureuse qui nous énerve tous n’est toujours pas bouclée MAIS trouve des ramifications intéressantes qui introduit deux ou trois persos en plus. Il semblerait que la saison ait une structure globale qui, je l’espère, ne réserve pas un plot twist prévisible (un journaliste de guerre peut pas mourir de beaucoup de façons différentes, pour le dire simplement)
C’est toujours aussi bien écrit tout en étant mal écrit, dans le sens ou ces nombreux moments chewing-gum sont toujours là. Une réplique tire-larme, une chanson pas terrible, hop, le mauvais goût annule toutes les qualités de l’épisode qui vient de se terminer. J’exagère un peu, bien sûr, mais il faut supporter un truc de temps en temps pour bien profiter de cette série. Ce premier épisode était drôle, bien construit, il s’engage sur des storylines intéressantes… puis il y a Neal, petit geek de rédaction obsédé par les anonymous, autant dire que, pour des raisons mystérieuses, j’aime bien ce petit gars. Ce dernier s’engage d’ailleurs dans un petit truc un peu délirant qui s’appelle… Occuppy Wall Street. Bref, ça se passe fin 2011 et je recommande toujours autant – c’est même un poil mieux ! Ils parlent de réseaux sociaux ! Fou !

Phil Fish a bien kiffé le red wedding

Phil Fish a bien kiffé le red wedding

Pas vues mais damn il va falloir s’y mettre un jour quand même

Deux séries. Carnivale, pour son générique fantastique, son ambiance et son mystèèèèère. Je sais pas trop de quoi je parle mais ça à l’air d’être quelque chose. The Sopranos, évidemment, parce que James Gandolfini vient de casser sa pipe et parce qu’on connaît tous la séquence finale. Concrètement c’est une série sur une famille mafieuse et le reste j’en sais rien. Il paraît que c’est vraiment très bien et je fais confiance au common saying.

Je connais pas mais c’est toujours en cours alors pourquoi pas finalement

Curb your enthousiasm, alias Larry et Son Nombril. Comédie. Flou total. BoardWalk Empire, Steve Buscemi, ses yeux globuleux et le Brian Jonestown Massacre en générique nous ramènent à l’époque de la probihition. Steve Buscemi dans le rôle titre. Treme, par David Simon, deuxième round. Cette fois, on va à la Nouvelle Orléans après la catastrophe. Pis, enfin le tout récent Girls. Je pense qu’on peut affirmer que c’est l’antithèse de Queer As Folks. J’imagine.

Voilà ! On se retrouve dans vingt ans.

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Une épée dans le genou

Avant, je n’aimais pas l’héroïc fantasy, mais ça c’était avant.

Prenons le temps de mater le générique. On dirait une évolution logique du vieil opening de Boonanza, cette fois avec bien plus de moyens, d’inventivité et d’écriture derrière. Dans ce petit joyau, l’astre du jour survole une version miniature de Westeros. Les lieux-clés de la série apparaissent, se construisent comme autant de petits éléments mécaniques. On fait le tour, parfois en repassant au dessus du soleil, une fois fini, on revient au cœur, l’un de ses axes se révèle, c’est la « title card ». Il est fantastiquement léché, précis et évolutif – les lieux du continent qu’on visite diégétiquement sont, évidemment, voués à changer. Cette série est formidable avant même qu’elle ne commence et cela faisait déjà quelques temps qu’on avait pas vu un aussi beau générique.

Enfin… il y a peut être celui de BoardWalk Empire, planant, où Buscemi reste un peu ébahi devant son océan d’alcool de contrebande mais il n’y a pas cet esprit créatif, ce fait-main qui donne encore plus de charme au truc. En revanche, les deux sont estampillés HBO! Une chaîne du câble américain qui, jusque là, n’a produit que des merveilles (Treme, Six Feet Under, Oz, John From Cincinatti et et et et The Wire) et il me semble impossible que vous n’ayez jamais entendu parler de Game Of Thrones. Impossible. C’est un phénomène sériel particulièrement apprécié des Internets depuis la diffusion de la première saison au printemps 2011. Il me paraît tous aussi improbable de devoir préciser que c’est avant tout l’adaptation d’une grande saga rédigée Georges R.R. Martin. Parlons-en : vous avez probablement déjà vu le premier tome en magasin (avec Sean Bean en couv’ donc, ça casse un peu la cohérence d’ensemble et c’est dommage) et vous aurez donc derechef constaté qu’ils sont très gros. La légende prétend que le tome 3 est aussi fourni que l’intégrale du Seigneur des Anneaux. Comme beaucoup de trucs de fiction, c’est une heptalogie. Le premier tome a été publié en 1996, le sixième est en cours de rédaction et le dernier n’est encore qu’une vue de l’esprit. Pour les curieux, non, je ne connaissais pas la saga avant de tomber sur la série et pour répondre à un vieux commentaire, oui, je ne vais pas évidemment me contenter de cette adaptation, pensez bien que mon mois d’Aout va y être consacré.

La vraie question, c’est « est-ce que l’un va rattrapper l’autre? » hé bien, pour donner un peu de temps à l’auteur et parce que le contenu a l’air énorme à adapter, le troisième bouquin va occupper deux saisons. Cap laisse six ans à Martin pour boucler son œuvre si les audiences restent au rendez-vous. Pas si évident que ça mais à ce stade, on peut supposer que son univers est déjà réfléchi jusqu’à sa conclusion. Bref! Assez de méta, aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la série. C’est bien entendu une fiction de genre et ce n’était pas vraiment gagné avec ma pomme – pour reprendre l’exemple précédent, je n’aime vraiment pas le Seigneur des Anneaux. Je trouve ça un peu chiant. Non… attendez… pas trop fort…

(C’est si bon.) Donc non, je n’ai jamais accroché à l’autre truc avec Sean Bean. Ça m’a un peu formalisé pour des années à éviter les univers singeant le même postulat. En ce qui concerne Le Trône de Fer, passé la toute première séquence un poil longuette, le pilote vous happe définitivement dans ce monde alternatif. Je vais donc tenter de pitcher le bazar MAIS sachez qu’il n’est déjà pas évident de comprendre tout ce qu’il se passe en plongeant directement dans l’adaptation.

Nous sommes donc à Westeros, continent imaginaire. Époque tout aussi imaginaire – qu’on cerne quand même vaguement, parce qu’un continuum qui organise des joutes passe rarement son temps libre sur Internet – l’hiver approche. C’est une mauvaise nouvelle, il peut durer plusieurs années… et Westeros, c’est un peu comme Groland ou l’univers de Soul Eater : les biodomes sont extrêmes et séparés par trois mètres de fleuve. Le Trône de Fer est le poste clé de King’s Landing, convoité par plusieurs grandes familles. Les Stark, Lannister, Baratheon et autres Targaryen ont tous un rôle à jouer dans cet espèce d’échiquier géant. Chaque famille a un trait de caractère et un alignement qui revient souvent : les premiers sont droits dans leurs bottes (quitte à perpétuellement se faire niquer), les autres sont des petits malins toujours prêt à tirer leur épingle du jeu… la « main du Roi » vient de mourir. Ce dernier, gros plein de soupe décadent, descend voir son vieux pote Neddard Stark pour lui proposer ce poste de grand mufti du Royaume. Pendant ce temps, Daenerys Targaryen – dernier vestige d’une maison rebelle et diminuée, est vendue pour un mariage arrangé ; Elle reçoit trois œufs de dragon en dot. Jon Snow, bâtard de la fratrie Stark, va prendre serment pour aller ad vitam faire le guet au « Mur ». Au delà, vers le Nord, les bestioles et sauvages guettent…

Voilà pour les très grandes lignes mais une escalade de faits va déclencher une guerre sans précédents entre les différentes factions… et GoT est avant tout une affaire de personnages. Ils sont nombreux – c’est un peu comme le conseil d’administration qui ouvre chaque Largo Winch, il tourne vite – et très caractériel. Ned Stark, le lawful good. Robert Baratheon, l’archétype du Roi bedonnant. Jaime Lannister, compétent mais pédant comme pas deux. Tyrion Lannister, la badasserie incarnée (ce personnage est FAIT pour être aimé et c’est effectivement très efficace) Jon Snow et son répertoire de regards dans le vide, etc etc. Chaque famille à son arbre généalogique complet, son lot de personnages secondaires et de petits rôles, tous formidablement bien choisis.

La justice à Westeros est assez expérimentale

Ça parait un peu idiot de reprocher un truc pareil à une série mais elle se permet de ne pas nous prendre pour des inattentifs, GoT ne met pas particulièrement son emphase sur l’exposition. En amorçant une série ou un film, un scénariste va souvent faire dire à son personnage son nom, âge, job, rapport avec untel de manière toujours un peu maladroite car purement destinée au spectateur. Avec cette série, c’est comme si on chopait le train en marche et il faut, du coup, s’accrocher un minimum – il m’a fallu vérifier si j’avais bien pigé la portée du cliffhanger introductif. Je déconseille franchement de regarder des épisodes en faisant autre chose (vérifier ses mails, etc) même pendant ces rares phases un peu plus « vides » (le début de la Saison 2, notamment) car c’est là que sont disséminés tous ces petits indices scénaristiques qui ne seront jamais répétés. Je ne sais plus dans quel magazine anglophone j’ai pu lire « Regarder Game Of Thrones, c’est comme être catapulté dans le Proche Orient… »

GoT ne fait absolument pas semblant d’être une série de genre. On ne pousse pas le vice jusqu’à l’anglais jolly et les but thou must mais le vocabulaire est adapté. Les costumes sont super cools. Les décors sont sublimes et alternent entre les sets démentiels et les plans purement synthétiques qui déchirent, tout de même. Des villages primitifs, un château, l’Islande filmée dans ses paysages extrêmes… mais aussi des territoires exotiques, désertiques… il est extrêmement difficile de concevoir que le budget de cette série est relativement réduit. Ce paradoxe explose dans l’épisode 2×09, « Blackwater ». On ne quitte pas des yeux le même lieu, on pourrait penser que c’est une question de restriction budgétaire et NON! C’est l’épisode le plus cinématographique de l’ensemble… et quel pied, les enfants. De toute manière, tout ce qui précède est tout aussi bien mais plus dispersé : on suit tel lieu cinq minutes, puis un autre, puis un autre… une alternance cohérente entre la Ville 1, la Ville 2, le Mur, le Campement 1, etc.

Tout à l’heure, je parlais d’héroic fantasy. Il s’agit de faire la distinction entre plusieurs genres : merveilleux, fantastique, SF. L’élément surnaturel peut être soit accepté par tous, soit du jamais vu, soit jamais concevable. GoT s’amuse pas mal à tordre les genres et à jouer sur cette ambiguïté… et pas éternellement, heureusement. D’ailleurs, les plots twists se basent parfois sur ça – oui, il y en a quelques uns. Ça reste une série d’action et certaines fin d’épisodes sont carrément brutales! … et il y a un gros spoiler dans la Saison 1 qui est pratiquement admis « old » mais je ne vais pas m’amuser à le considérer tel quel… et comme d’habitude avec HBO, je tombe toujours très en avance sur les dernières minutes d’une saison. Les climax respectifs posent toujours les bases de la suivante : il s’agit davantage d’une succession de situations changeantes que d’un grand évènement organisé. Hé oui, GoT, c’est l’évolution d’un planisphère, pas d’un château! C’est formidablement bien écrit, duh. Un esprit chagrin comme le mien pourrait se formaliser, se dire « Oui alors c’est plein de violence et de doggystyle » – et même ce dernier exemple, aussi brut de pomme soit-il, incarne un pan crucial dans l’évolution d’un personnage.

Des – putain – de – bons – persos

Y’en a, des persos. Tout un panthéon de personnalités et de gueules incroyables. Des dingues, des incestueux, des brutes, des petits malins, des sclérosés. Un vrai bestiaire servi par un casting épatant (seul Viserys reste un peu fatiguant dans son interprétation de Salazard Serpentard) et qui a la particularité de ne pas avoir de méchant fixe. Ce rôle est tenu par des pathologiques… ou des gens issus de relations consanguines (si on met autant l’emphase sur ce fameux Mad King, ce n’est pas innocent) – Peter Dinklage y trouve le rôle de sa vie : celui d’un nain très pragmatique dépassé par les évènements. C’est aussi une série qui arrive à nous faire détester des gens. De manière viscérale. Par opposition, elle nous fait soutenir des persos – cela donne de fabuleux jeux d’empathie entre le téléspectateur et la série. Certains persos sont cons, mais alors cons… tandis que d’autres ne sont là que pour faire la petite remarque sarcastique de trop – c’est pourquoi Littlefingers est souvent l’autre personnage favori de tous. Il y a ce brave Jorah, coincé dans les affres de la frienzone. Il y a Cersei, l’équivalent humain d’un glacier. Il y a Renly, monarque qui préfère les saucisses au tacos. Vous voyez, on retrouve les codes d’aujourd’hui dans un contexte médiéval, c’est génial! … et passé l’effet de surprise (là encore, cette omniprésence de boobs et de scènes de cul) tout ça devient complètement naturel. Des persos, il y en a pléthore, ils sont tous bien écrits, cohérents, plaisants à suivre et ça c’est bon. D’autant plus que le show possède un véritable sens de la dramaturgie. Quand il veut te faire mal, il sait y faire. Quand il veut développer quelqu’un, il prend son temps mais on ne le voit pas passer. Quand quelqu’un prend la porte, ça reste logique mais on ne le voit pas forcément venir… et c’est épique, tout simplement. L’esprit y est, c’est ça le truc.

On peut aussi louer cette intention de ne pas se focaliser sur quoi que ce soit. Les enjeux sont éphémères, intangibles, tout le monde est toujours tendu pour une raison bien précise. En fait, chacun possède une storyline qui s’étend sur toute la saison et un épisode n’en sera qu’un fragment… c’est une construction épisodique rare qui permet une fluidité d’action accrue – EN REVANCHE, ce système affaiblit un peu la première moitié de la deuxième saison qui fait un peu trop appel à l’hypermnésie du téléspectateur – mais là encore, il faut suivre, les perches lancées sont très nombreuses et chacun reconnaîtra le pourquoi de tel ou tel passage souvent bien des épisodes après. Bon, je pourrais me fendre d’un mot sur la bande originale, sur les chorégraphies, les costumes mais tout ça est impeccable… et ce n’est plus une surprise, à ce stade.

J’ai l’impression de ne pas avoir rendu justice à cette série. Vraiment, faites moi confiance. Regardez là, même aveuglément. Elle est même un peu courte : malgré le format HBO (une heure) – il n’y a que dix épisodes par saison. Concrètement, nous venons d’en voir seulement le quart. Elle est bien écrite, épique, ses personnages sont impeccables. Une des première séries qui m’a complètement absorbé depuis longtemps. Coup de cœur qui va me poursuivre.

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