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Double négation, double standard

Difficile de garder le moral entre les échauffourées des manifestations Mariage Pour Tous et l’élection UMP bicéphale mais j’ai un excellent moyen pour vous remonter, un bouc émissaire qui ne rate jamais. Par exemple, hier soir, nous étions entre comparses pour fêter l’anniversaire de notre bar du moment, donc. Après avoir quitté la table des journalistes JV et son énième bilan défaitiste (parce que je ne sais pas si ça s’est vue mais l’industrie ne va pas très bien des deux cotés de l’écran) je suis allé voir un peu les otakes qui devisaient de concert. Jusque là tout va bien mais ces derniers ne tiennent pas toujours aussi bien l’alcool et, soudainement, les sujets qui fâchent apparaissent. D’ailleurs, ils n’était pas si éloignés : après de vagues private jokes sur les mineures (hein quoi que) tout de suite, la plus murgée du lot me demande « Hé ton avis sur K-On!, c’est quoi finalement? » Je veux dire, encore cette histoire? Tout plein de pragmatisme, je hausse les épaules de manières bien théâtrale et je savonne un peu la future couleuvre – « Je n’aime pas ce genre de formulation toute faite mais c’est de la merde » suivi de mon raisonnement maboule de troll « Après Six Feet Under ou The Wire, on sent la différence » … et c’est passé comme une lettre à la poste, malgré l’argumentaire dinguo. Sobre, il trolle K-On. Puis il se rend compte d’un truc.

Analysons brièvement cette image.

Oui alors comme on peut le constater, j’aurais du mal à me définir comme cible visée par Soul Eater Not!
Il n’est absolument pas question d’une esthétique shonen volontairement véhiculée par cette série. Un casting exclusivement féminin, pas particulièrement fait pour être profond (pour garder des raisonnements extrêmes, on ne peut pas dire qu’elles prennent des airs de vieux briscards) et des tonalités rondes, colorées, rassurantes. En gros, ça se veut sympa, chaud et, autant lâcher le terrible mot valise, « pop » – et on peut même monter dans la gradation et faire péter l’insulte ultime – « girly ». N’y voyez pas une divagation sexiste, « girly » n’est pas « féminin ». Bref, on est loin des combats, de l’ambiance lourde et parfois oppressante de Soul Eater. Ce petit « The Extremely Popular coin coin interminable » montre un certain sens de l’ironie et cette pose en plein saut nous rappelle les meilleurs téléfilms des années 90. C’est mignon, c’est léger.

C’est donc le pointSoul Eater,comme à peu près tout les 15 mois. Parlons d’abord du canon original. Il faut savoir qu’Atsushi Ohkubo, auteur que je soupçonne d’être encore un peu ado dans sa tête, a divisé son histoire en deux, depuis presque deux ans. Il continue son intrigue originale (pour qui j’ai eu un gros coup de coeur mi-2009, c’est probablement le plus gros running gag et œuvre alpha de ce blog, amour irrationnel tout ça) mais dessine en parallèle une autre histoire qui partage le même univers, compatible avec la première. L’effet le plus significatif? Des chapitres de Soul Eater plus petits, donc des tomes qui sortent au Japon tous les six mois, voir plus. Pas facile de gagner les faveurs de Not! comme ceci… mais évoquons un peu la direction que prends le manga original, quinze mois et cinq tomes plus tard.

Précédemment, nous nous étions quittés avec un chambardement de lieux, personnages et enjeux, le démarrage d’un nouvel arc inédit de l’adaptation animée. Une lente progression, quelque nouveaux méchants et une très vilaine manie de faire une écriture à tiroirs qui, du coup, n’aboutit jamais à quoi que ce soit. Il n’y a pas de focus, la « caméra » est complètement folle, il n’y a plus de véritable personnage principal depuis longtemps – parce que si le manga s’appelle Soul Eater, le personnage éponyme apparaît dans dix cases en mille pages. Un plot twist (le faaaameux plot twist) injecte un petit regain d’attention, en plus d’étaler quelques pages bien gores mais ne fait pas évoluer grand chose. En gros, je me sens obligé de soutenir ce manga maiiiiis qui stagne quelque peu, souvent. En cinq tomes, quelques évènements, rien de bien fracassant, les personnages passent plus de temps à briefer des trucs qu’à les réaliser, certaines bastons sont interminables et aboutissent toujours à un statu quo… un peu gavant. Le manga est toujours appréciable dans son approche esthétique et dans sa manière d’exploiter quelques ficelles rigolotes (soudainement, tout le monde change de sexe, ok, pourquoi pas les amis, weirdest boner) mais attention à ne pas prendre l’escalator dans le mauvais sens. Crona est invisible, sinon une scène classe dans une église. La totale, quoi.

La , pragmatiquement et avec n’importe quelle autre série, quand on arrive à un uniforme de maid, c’est précisément le moment où je crie au scandale

Et soudainement, avec ce tome 21, Kurokawa publie le début de Soul Eater Not! Moi même très en amour avec la série, je montre les dents dès le début. La visée de ce spin off est plus qu’évidente : plaire à un public différent et, pour simplifier à outrance, proposer un vague shojo pour contrebalancer le shonen. Cette imagerie véhiculée par la première image n’est pas plus rassurante : casting exclusivement féminin, jupettes d’écolières (haaaa pourquoiiii)  et ambiance légère qui… rappelle terriblement quelque chose – un personnage a même la bouche perpétuellement ouverte ce qui, en plus d’être foncièrement étrange, rentre toujours dans cette même codification. Au moins, les filles sont un peu mieux proportionnées. Une éternité après la publication du volume japonais, je m’achète la version Kurokawa et… c’est bien. J’aime. C’est assez cool. MAIS QUE SE PASSE-T-IL? EST-CE QUE CE MONDE EST SERIEUX? EST CE LE CLUB DE LA CHASSE DEMONIAQUE LÉGÈRE? On regarde ce replay pour comprendre ce qu’il s’est passé.

L’histoire est plus que simple : une arme démoniaque/fille de 14-15 ans débarque à Shibusen et vit sa rentrée dans cette académie surnaturelle. Elle croise Malka Albarn sur le chemin, histoire de poser le lien; l’histoire commence à peine avant de canon original (Medusa est infirmière, etc.) chaque chapitre montre un petit bout de vie de tous les jours de cette nana assez simplette et pas bien spéciale, qui saura bientôt s’entourer de deux autres filles. Le casting ne va pas bien chercher loin : une deuxième fille qui a pour particularité d’être … un peu conne et une troisième qui toise le prolétariat, du haut de sa robe blanche et de son attitude hautaine. En gros, là encore, on retrouve des similitudes de casting. Le genre est clairement de la tranche de vie, les persos ne sont pas là pour être explorés en profondeur ou pourêtreprofonds. A ce stade, c’est juste troublant.

Mais les faits sont là. Qu’est-ce que j’ai apprécié dans le postulat de Soul Eater? L’exposition d’un univers original. Et j’aime quand un lieu fantastique impose sa codification et l’étale au grand jour. Qu’est-ce qui manque dans Harry Potter? La vie étudiante, les cours, les petites habitudes. Notez que les « points » vers les maisons ont été lourdées dès le deuxième tome. Shibusen, c’est pareil : cet « esprit amphithéâtre » qui ne dure qu’un temps, pour laisser place à d’éternelles rixtes claniques et attaques aux noms de groupes. Tout ça c’est bien mais manquait cruellement de codification. Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle, Ohkubo joue ce genre de carte pour Soul Eater Not. Au delà de ce méchant préjugé de dérivé moe sans intérêt – phrase qui tue les yeux, je sais -, Not s’adresse avant tout aux fans de la série. Il précise moult petit détails appréciables qui fournissent un canon jusque là délaissé. Par exemple, on sait dès les premières pages où se situe Shibusen dans le monde. La réponse est toute conne mais on ne l’avait jamais eu… et, pour donner un deuxième exemple, on apprends enfin que Soul Eater n’est qu’un pseudo. Imaginez que le vrai prénom soit un jour lâché dans cette histoire. Folie. Ce serait un ajout dingue.

Parce que l’histoire de fond c’est bien mais elle ne fait que quelques caméos là et là dans Not, comme pour redynamiser la lecture du fan peu convaincu. L’histoire de Not, elle, est inexistante au pire, épisodique au mieux : Tsugumi (annagramme de Tsumugi HAAA CONSPIRATION REPTILIENS ET ILLUMINATIS) est toute paumée dans ce nouvel environnement et le manga déroule son quotidien, hors ou dans Shibusen. Slice of life indeed mais pas exempt de la dinguerie de Soul Eater : cet amour des références est toujours là, la subtilité n’est toujours qu’un vague concept. Tout ce personnage copié-collé du film Misery, c’est un peu trop voyant, bref. Il n’empêche que dans ce premier tome, aucune des aventure de Tsugumi n’a d’enjeux, n’a de sérieux, une vague menace s’annonce mais on sait très bien que tout ça va se régler rapidement, c’est le tropes « condamné par le canon ». L’ultime tabou est même présent ; c’est un manga qui tire la corde du moe. Les personnages sont mignons et sont là pour, plus ou moins, nous vider la tête. Exemple : « hooo elle s’est endormie dans le lit de sa copine c’est choupi eughgahahaahag ». Fait exceptionnel, je ne me suis pas senti con, ni vraiment dévalorisé en lisant ça, juste relativement content et léger. C’est une lecture qui est passée très vite et je me suis senti plus investi que quelques tomes « sérieux ». Peut être que l’avenir de cette série peut trouver un compromis entre légèreté et véritable scénario. Dans mon cas, c’est probablement le genre fantastico-uchronique qui fait toujours mouche. Et et et et et quelques ajours intéressants, des personnages prometteurs qui gardent cette impeccable science du chara design.

Du nouveau canon… canon! Avec un cou interminable!

Des personnages de Not! ont l’air plus sympathiques que d’autres dans l’histoire originale. Not se lit même moins en diagonale que son grand frère, tout simplement parce que c’est un manga un poil plus pacifiste. Il est évident qu’être fan de l’ensemble est strictement nécessaire pour apprécier un tant soit peu. C’est à la fois crétin et vaguement intéressant… bref ça pose des bases qui peuvent mériter l’attention mais, dans l’absolu, ça reste l’histoire de trois nanas coconnes qui dépensent leur argent trop vite et qui vont jouer les maids pour récupérer un salaire qu’elles iront derechef dépenser. Ce manga n’existe que parce qu’il est référentiel. Fais ton choix, camarade! C’est un school manga mieux dessiné que son prédécesseur, avec des situations et des personnages neuneus! Encore une fois, tout est une question de situation et de regard. Le mien est biaisé.

J’aime Soul Eater Not!. En tout logique, je saurais donc, potentiellement, aimer la série polémique sus-citée. Sois je suis un poil hypocrite, sois j’ai du caca dans les yeux, soit il y a une réelle profondeur derrière cette apparence légère, profondeur apportée par un canon pré existant.

Ce bruit, de craquement là? C’est l’univers qui implose. Ou juste le son de l’ironie.

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