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Stupidocratie

 » – C’est l’anime le plus drôle qui existe, c’est complètement con!

– Bah pourquoi tu l’achètes si c’est complètement con? »

Maaaaais mon jeune ami, il faut bien faire la différence entre con spontané, concon, neuneu et cerveau reptilien ET le con génial qui fait tellement exprès d’être con en exploitant toutes les ficelles de conneries inimaginables qu’il en devient à mourir de rire. Ca tombe bien, Excel Saga est l’un des animes les plus cons qu’il m’aie été donné l’occasion de voir, et je crois qu’il est rétrospectivement le plus drôle. Je suis tout à fait sérieux, il est à mourir de rire, puis à se faire dessus, toujours de rire, South Park disait que c’était intimement lié. 

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Mais attendez, quelque chose ne va pas, ce post a… plus de six ans de retard! Ca aurait très bien pu être l’un des tout premiers posts de ce blog, car Excel Saga était l’un des animes phare de la fameuse saison 2004-2005, celle où Canal diffusait La Kaz, cette émission sublime où Yannick Zicot faisait l’andouille avec son « bureau de validation des expressions françaises », où il se parlait à lui même, où on enchaînait avec Bertrand.çacom, ce genre de choses mémorables. La programmation de cette petite heure quotidienne de génie (très lâchement abandonnée par la suite pour des raisons qu’on devine d’ordre chiffrées) puait la qualité, avec GTO, Excel Saga donc, FullMetal Alchemist et Monster. FMA était devenu mon shonen fétiche mais juste avant, le fait de tomber un peu au hasard sur un anime aussi « obscur » qu’Excel Saga (et pas si vieux dans le contexte, on parle d’un anime de 1999 ce qui ne se voit pas tant que ça) et l’adorer instantément pour un mec aussi vierge que moi dans le domaine (c’est probablement le tout premier anime maté « sérieusement) était la preuve d’une grande efficacité de programmation. Je remet ça sur le tapis avec le tiers de durée de vie en plus car j’ai, après avoir sauvagement rippé la première moitié de la série grace aux DVD d’un camarade, pu réparer cet infâme acte de piraterie en achetant le coffret Gold 15 Euros à l’Epitanime. En gros, je vais clarifier le message du post en faisant pêter le gras : si vous le trouvez au même prix à la Japan Expo, sautez dessus aveuglément, pas de conditions.

(Oui, ce paragraphe était très intense)

Comme d’habitude j’enchaîne sur le scénario mais j’ai l’impression que ça va desservir la chose, allons-y quand même. L’anime est adapté d’un (assez mauvais, c’est triste mais c’est comme ça) manga de Koshi Rikdo en reprenant sa situation de base un poil farfelue. Excel est une jeune nana extrêmement enthousiaste et un peu coooooonne (je cite) qui, dans le premier épisode, sort de sa remise de diplômes lycéenne en bondissant… pour mieux se faire rouler dessus, et mourir. Pas de problème, voilà la « Volonté Suprême » qui la ressuscite, et nous voilà téléportés au siège d’Across, organisation idéologique ayant pour but de conquérir le monde (mais en commençant par la ville de F, préfecture de F, faut ramper avant de marcher!) et ayant pour leader le très grand et très snob Il Palazzo, dont Excel est raide dingue. Donc oui, Excel et sa tenue bariolée s’est engagée dans cette pseudo secte dont elle est la seule membre, et chaque épisode est en fait un nouvel objectif pour conquérir le monde, façon Minus et Cortex. D’ailleurs, en l’occurrence, Cortex serait Hyatt, une jeune fille venue de l’espace qui a pour running gag de décéder en crachant du sang, c’est très sympa.

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Bon ok ok ok ok, ça n’a pas l’air de vouloir dire grand chose, mais c’est parce que l’anime se repose sur une situation de base un peu aléatoire (c’est ce qui caractérise pas mal de choses dans Excel Saga, de toute façon) pour ne l’invoquer sérieusement qu’à de très rares occasions (à la toute fin, dans un épisode qui a pour figure de style de se prendre au sérieux) mais de manière plus pragmatique, ce scénario est un excuse pour lancer ce qui aura été la mode des épisodes « à univers ». Je m’explique : la plupart du temps, un épisode est donc une mission lancée pour CONQUERIR LES MASSES IGNORANTES ACH ACH mais aussi et surtout une excuse pour faire « l’épisode qui parodie les films de science fiction » « l’épisode qui parodie les animes de sport » « l’épisode qui parodie Ken le Survivant » ou « l’épisode qui se fout allégrement des jeux de drague » etc etc. Excel Saga est une grosse mitraillette référentielle et parodique qui prends tout les genres, tout les trucs connus, les mixe à sa sauce et n’épargne personne. C’est de la référence plus ou moins subtile mais cela ne veut pas dire pour autant qu’Excel
Saga n’a pas d’identité propre, bien au contraiiiiiiiire.

Le scénario de fond est suffisamment loufoque, mais l’un des très nombreux intérêts du truc vient de son casting, loufoque au possible. Au delà du « trio de base », le dictateur d’opérette et ses deux seules servantes – on y trouve les trois voisins normaux, crétins, libidineux – l’un est muet et ne s’exprime que … par écrit, il faut le voir pour le croire. On trouve aussi les puchus, ces adorables bestioles tout droit descendues des Gremlins, le majordome de l’espace, le Führer (ACH!) de l’Espace, je pourrais continuer longtemps sans que personne n’y trouve du sens, mais impossible de continuer sans citer Pedro, qui tient à lui tout seul une storyline n’ayant à priori aucun rapport avec l’histoire (et par à priori, j’entends totalement) – ce jeune immigré, malencontreusement tué par Excel, rentre donc chez lui en l’état de fantôme pour découvrir que sa femme le trompe avec un autre homme, hilarité, j’ai envie de dire, MontyPythonesque.

Ne serait-ce que pour entendre les phrases à l’accent qui sent bon la lavande… « Sandorrrha, poulquoi ne va tu pas jouaÿ avec tes kopaings? » « J’attends mong papa qu’il rentre du travailllle! » « Il travaille doul, tou sais » etc etc, les lignes de dialogues qu’on se récitait en boucle au bahut, avant les TP de Physique. 

Puisqu’on parle d’intonation et d’inflexions, il faut savoir qu’Excel Saga est l’anime ayant la meilleure VF faite. Point final. Cela n’engage que mon maigre vécu des VFs sur les animes mais ce n’est pas prendre beaucoup de risques tant cette version française est démentielle. Toute les voix sont excellentes, à commencer par Excel, doublée par Pascale Chemin (Elle double aussi des personnages qui n’ont pas grand chose à voir) et cette femme rends à merveille la mentalité du personnage qui ne la ferme jamais. Excel Saga c’est 26 épisodes de monologues. De monologues à vitesse flash.

De la bonne grosse bêtise débitée à deux cent à l’heure, parfois trois personnages en même temps, il faut suivre… toutes les voix sont sur-motivées, pas une pause mal placée, culturellement c’est génialement transposé, vulgaire comme il le faut… et c’est tant mieux car c’est un anime très « vocal » qui explique parfois des trucs très incongrus. Par exemple, plan sur le grand magasin, vous entendez un duo très bas qui vous susurre « On va faire nos couuuurses, au grand magasin, au grand magasin on va faire nos coooouuuurses. » Derp

Ce genre de petite pépites à la con qui ont, je suis sûr, beaucoup inspiré Omar et Fred par exemple (ils y bossaient depuis longtemps, impossible qu’ils ne soient pas tombé dessus) – je met parfois l’emphase sur le génie des dialogues dans les débuts de certaines séries comme Weeds mais Excel Saga passe carrément un cran au dessus, parce qu’il le fait avec une bêtise délicieuse à faire et à consommer! Quand un épisode se moque de quelque chose, il le fait jusqu’au bout et plus loin encore… Je recommande d’office quelques épisodes ultra cultes,visibles sur Daily, je pense dont Bowling Girls (comme le nom l’indique, des boules et des quilles, parce que c’est du business sérieux) Eau de Rose (les Dating Sim, donc) ou Daitenjin, les guerriers de la Marie (Kapabu, maire de la ville de F à la moustache proéminente, envoie ses fonctionnaire résoudre l’injustice et le crime avec ses soldats-biomanes) … tout ces épisodes sont à se pisser dessus, et le grand n’importe quoi explose de fraîcheur avec l’épisode 26, sobrement intitulé « On dépasse les limites », grand pétage de câble, à voir absolument avant de mourir.

Si tout ça vous est déjà connu, petit paragraphe sur Puni Puni Poemy, la suite « logique » d’Excel Saga qui, en deux fois vingt minutes, reprends l’outrance totale de cet épisode bonus, et c’est tout aussi fabuleux si ce n’est plus. Ca, c’est pour le gros supplément!

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Il n’y a d’ailleurs pas de véritables gros défauts à trouver à Excel Saga. Il y a quelques moutures soit trop improbables, soit carrément en dessous du lot (étrangement, il tombe dans les affres du clip show best-off… deux fois!) et techniquement c’est bien sûr un petit peu daté même si là, soyons honnêtes, on s’en fout. Les petites musiques d’ambiance sont complètement irrésistibles, en témoignent les excellents menus des DVD qu’il faut avoir la patience d’atteindre après les trentes avertissements/pubs insquizzables. Niveau générique, l’opening est culte comme pas deux mais l’ending est un running gag qui ne s’oublie PAS. Je pense qu’il y a probablement un échantillon de population qui serait hermétique à ce genre d’humour parfois gentiment en dessous de la ceinture mais ils doivent être trop occuppés à aller à la messe pour mater des animes!

Son plus gros défaut est peut être ne pas pas proposer grand chose en terme de contenu « sérieux » mais c’est un revers évident puisque le seul épisode qui sonne comme ça tombe comme un cheveu dans la soupe… après vingt autres épisodes fou furieux, on ne sait pas trop comment gérer ça. Heureusement, ça ne dure pas et la fin de l’anime reprends dans la dinguerie en bonne et due forme.

Bref tout ça est de la grand excellence en boîte, dirigée d’une main de maître par Shinichi Watanabe (réalisateur à la coupe afro de l’extrême aimant bien apparaître dans son anime) puisque même en temps que série d’images Excel Saga pète les standards avec ses couleurs super éclatantes et son ultra-diversité des décors. Montagne, égouts, piste de bowling, ruelles du ghetto étatsunien (« Heerm? You mother is a pig? ») – tout y passe, les déformations habituelles sont bien présentes – heureusement car c’est le but d’un format hyperactif qui ne prends pas vraiment le temps de respirer… ou d’ingérer la vanne d’après. Toujours plus loin : l’humour y est souvent très visuel, soutenu par des petits effets et des sous titres incrustés parfaitement traduits.

C’est pas évident de paraphraser sur les qualités d’Excel Saga puisque, j’insiste, chaque épisode est une petite bulle, un petit univers en soi avec son cadre, ses limites, ses runnings gags et ses persos éphémères… et cet humour efficace témoigne d’une grande intelligence d’écriture et de sens parodique. Parfois, c’est n’importe quoi au sens brut « comprenez : RANDOM » mais ces quelques rares moments sont aussi appréciables, c’est comme une pause dans la « cohérence » du reste. Vous avez aimé Panty et Stocking? Vous aimerez deux fois plus Excel Saga, c’est garanti. Pour son esprit loufoque, ses diatribes débiles et sa capacité à me faire rire de façon un peu hystérique, vous savez, le genre de rire où tu t’arrête de force car tu as peur d’y laisser ton palpitant. Je vais m’arrêter là, ça bute, c’est indispensable, c’est même assez obscur donc c’est relativement hister en poussant le bouchon. Tout pour plaire, encore une fois, si vous ne vous sentez pas otaque dans l’âme c’est quand même pour vous.

« Les échanges de malfrats oooont toujours lieu sur un port abandonnéééééé ! »

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Vlan! Et on évite un peu plus de peu.

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