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Amour courtois dans les toilettes

Hooooo que j’aime commencer ce genre de posts parce que je sais que je vais trouver une certaine inspiration et éprouver toute une palette de sentiments qu’on ne peut ressentir que sur les grands internets, là où les avis-comptent-triple et où n’importe quel mot bien écrit prends soudainement de la valeur. Aujourd’hui, tout va être une question de formes – je vais d’abord prendre mon pied grave à descendre quelque chose en flêche, puis me dire que ça fait un peu tâche avec ce qu’est sensé être un blog puis kiffer grave à
nouveau et enfin traverser une petite phase paranoïaque où je vais me demander si le mec que je suis en train de flamer ne tombera jamais ici. Finalement, RIEN A FOUUUUUTRE parce qu’il serait éventuellement assez intelligent pour ne pas prendre mes propos en compte, ou ignorer totalement et continuer à faire ce qu’il à toujours fait. Hourra, je suis gagnant dans tout les cas!

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 Je dois vous avouer que je suis un peu une gamine à jupette rose en ce qui concerne le goût des sensations fortes, je vais être celui qui, au parc Astérix, va plutôt passer son temps à faire le truc aquatique dans le menhir quinze fois de suite en attendant que tout le monde s’amuse à faire le bazar aux multiples loopings – je trouve donc des compensations dans d’autres formes masochistes et la souffrance cinématographique en est une. Pour être clair, j’aime me faire bousculer par un film, d’une manière ou d’une autre! Ca peut prendre plusieurs formes mais l’idée sera toujours là même, exprimer un malaise certain devant un film particulièrement barré voire assez novateur. C’est arrivé près de chez vous, Cube ou le Funny Games que je ressasse 24/7 tant ce truc m’a vissé un écrou nommé « dans ta face » quelque part sur la nuque sont des exemples parmi d’autres mais certains réalisateurs semblent en faire leur crédo et se chargent donc d’expérimenter pour nous autres, petits dingues avides d’expérience parce que hé, la drogue, c’est cher et ça rends con. Transition toute faite puisque Gaspard Noé en tient probablement une bonne – vous aurez probablement vu Irréversible, ce film très conceptuel à la caméra tournicotante où on remonte les évènements à partir d’un viol, d’où la vengeance meurtrière du film – et spoilers – Le Ténia s’en tire sans bobo, le méchant gagne, ça au moins c’est original – tout ça nous donnait des scènes crypto-dérengeantes parmi lesquelles on voyait Dupontel massacrer un type à l’extincteur. Derrière le propos HUM HUM du truc tout était impeccable pour donner ce malaise de folie : caméra sinusoïdale, musique extra-basses plus (au nom approprié, matez donc la BO), pas un gus qui bouge et seulement le réal qui se touche en arrière plan et je ne déconne pas c’est tellement hautement symbolique je ne peux pas croire que ce soit volontaire bref une vraie scène qui te demande ce que tu peux faire là, pauvre mortel qui va pouvoir t’empaler sur un pied de tabouret. J’ai trouvé ce film assez indescriptible mais il sortait un peu du carcan que je décrivait tout à l’heure, au moins les autres films avaient un propos, de la matière quoi, on aurait pas dit un essai expérimental pour choquer tout le monde, gagner une notoriété de petit malin et se prétendre grand prêtre de la cinématographie. Okay, okay, je manque de tolérance car on pourrait trouver plein de qualités à ce film parce que tout ça reste extrêmement formel, et après tout ce malaise est tellement bien réel chez le spectateur qu’on ne peut ignorer un vrai travail pour mettre en forme tout ça. Ok ok.

 Le fait est que l’année dernière je suis donc allé voir Enter The Void, le dernier film du même réalisateur et en sortant j’avais sincèrement envie d’invoquer l’intégralité du parterre mythologique et multi-culturel pour envoyer le pire aux gens qui ont réalisé ce que je venais de voir. Principe numéro 1 : je suis toujours attiré par ce qui prétends être différent dans un sens un peu malsain – Principe numéro 2 : je resterais toujours jusqu’à la fin du film pour respecter le boulot derrière, quand bien même je me ferais tripoter les tétons par des fantômes nazis je DOIS rester jusqu’au bout, de toute façon j’ai payé alors je dois me faire un avis et le partager au monde entier pour que tout le monde regarde le même film et partage le même point de vue, ce qui donnera plein d’argent aux auteurs qui feront plein d’autre films inregardables. Mince, on dirait qu’il y a une faille quelque part mais non puisqu’il ne faut pas négliger le pouvoir des torrents! Yaaaaay –

Toujours est-il que je me suis rematé Enter The Void récemment pour essayer de retrouver cette sensation et vous faire partager mon point de vue. Un film certes, qui se passe au Japon (hoho comme c’est bateau comme argument, j’aime ma propre inconsistance) et que film dérangeant film dérengeant omg faisons un article à la syntaxe ratée! De toute façon je n’ai pas à me justifier et ça me donne l’occasion de dire du mal d’un truc de temps en temps pour un ratio d’environ une merde/cent vingt trucs que j’aime plus ou moins!


l06-550x238-1.jpgC’est formidable parce que rien que le générique est fascinant à sa sauce. J’ai toujours aimé « l’art des titres » et je surkiffais l’intro de Scott Pilgrim pour son coté « un nom : une animation significative sur fond arty » mais cette minute réponds à un autre grand kif très caché – la collection WordArt au complet. Des titres classes enchaînés à vitesse flash, histoire de faire joujou et de montrer qu’on sait faire une belle présentation. Vous savez quoi? Je trouve ça excellent. Même si je connais des gens qui n’y survivraient pas, ce coté hypra-agressif a quelque chose de complètement fascinant au premier visionnage! C’est peut être du show-off de
poseur mais ça nous montre quelque chose, on sait qu’on prends cher à cause du son, des images, de la vitesse et sur grand écran ça en jetait un max. DRAME! Je prends personnellement ce générique comme un gigantesque mensonge! L’intégralité du film va-t-elle être aussi speed, colorée et oppressante que cette minute sous exctas? Noooooon et bien au contraire puisque nous voilà partis pour deux foutues heures trente de démentielle lenteeeeeur. Dans ma logique à moi, l’exctasy c’est sensé te rendre speed et te faire bouger partout, pas te RAMOLLIR DU BULBE pour endormir ton spectateur à mort ou obliger le lecteur sur portable à sauter de trente en trentes secondes hors des scènes de dialogue sans rien manquer! Tout ça m’est personellement passé au dessus grâce à ma divine tolérance parce ce n’est qu’après deux semaines entières à me faire faire caguer à la tronche que je vais éventuellement sentir comme une odeur mais non, le bazar serait tellement imputable d’un bon tiers tant il ADORE jouer sur la longueur des plans séquences, aussi bien foutus et montés soit-ils.

Grand dieuuuux voilà donc le scénario : Oscar est un dealer petite frappe qui se fait abattre dans les chiottes d’un bar glauque. Fin!

Pour pas qu’on soit trop déçus du voyage, ce que va être le film se résume à un vague résumé du Livre des Morts Tibétains – l’esprit du type quitte son enveloppe corporelle et vagabonde là et là dans les affres de Tokyo pour voir comment ça se passe un peu pour ceux qui restent : Alex son pote sympa mais complètement junkie et à coté de ses pompes, Oscar le petit délateur flippé plein de remords et surtout Linda, la soeur qu’il ne veut pas quitter parce qu’il l’aime vraiment, vraiment, VRAIMENT beaucoup.
Cette relation à deux doigts de l’inceste se justifie dans – bam bam spoiler silver hammer – un accident de voiture qui leur a très brutalement retiré leurs deux parents et offert une belle vie pourrie – je reviendrais sur le traitement un peu dingue de cette relation mais toujours est il que son âme se scotche visiblement à la présence de cette soeur qui le retiens dans ces espèces de limbes omniscientes. Quands j’étais môme, je croyais que l’après mort c’était ça : avoir le droit de passer en « God Mode » et de pouvoir tout voir, tout le temps. C’est un peu le propos mais avec un soupçon de métaphysique molle des neurones. Premières demi-heure : exposition! Oscar discute avec sa soeur, fume je sais pas quoi, se paye un trip interrompu par un copain pour aller au rendez vous fatal. C’est peu de diégèse pour une demi heure mais c’est parce que tout ça est une grosse vitrine de « héhé regardez ce que je fais avec ma caméra! » – on passe en première personne intégrale, clignement d’yeux inclus – quand Oscar se tripote le visage devant le miroir, on a droit à la syncro parfaite des mains devant la caméra (« hé hé regardez j’attire l’attention youhou j’existe ») etc etc tout ça sous fond de dialogue maritime, niveau zéro donc – mais réaliste pour le coup et dans le contexte – jusqu’à le traquenard fatal qui enclenche la deuxième partie du film. Stop! Rien quand cette première demi heure, cette ambiance résolument posée et lente au ratio description/évènements de 1 est un peu chiante mais pas léthale, par contre cette scène de trip est un peu gratuite car n’offre rien ne plus qu’un écran de veille de Windows 98 de cinq minutes mais breeeeef deuxième partie post mortem où la caméra volette partout et passe à travers les murs histoire de ne pas s’arrêter à la vie du personnage principal qui de toute façon n’était pas passionnante mais hey attendez voilà le fameux trauma orginel qui constitue l’entièreté de la vie
d’Oscar et sa frangine, focalisation totale qui nous est racontée sous une forme de patchwork un peu répétitif de cette relation fratrilol. On revient en God Mode dans une série de plans toujours aussi bien enchaînés et bien foutus où on se fait un peu plaisir niveau technique : ho faisons un plan large! Ho allons vite dans cette lampe! Ho expérimentons le plaisir du cosmos de la musique des sphères pour toujours plus de Windows 98! HUUUGH ce film est tellement redondant dans ses réflexes nazes que tu peux deviner quel va être le prochain truc qui va t’énerver. « Han, la caméra vole au dessus d’un corps à la morgue, je suis sûr qu’on va foncer dans la plaie béante de la balle » DONT ACTE. « Tiens tiens, Oscar regarde une petite culotte de sa soeur. Si tu la respires, je te bute » et paf ça ne manque pas.

C’est là que les choses font encore plus mal : cette relation est carrément malsaine, ok je défonce des portes carbonisées mais là on est dans le malsain du malsain. J’aime bien ma propre soeur mais heu disons que je ne m’arrête pas en pleine divagation animiste pour… regarder se la faire motoculter! Puis de me mettre à la place du mal pour … me mettre à la place de l’actif! Je ne me suis pas lécher les lobes d’oreilles comme ça! Ce bazar freudien est conjugué à tout les temps et l’enfance va en prendre plein la face
dans une série de parallélisme où le grand frère regarde sa soeur amoureusement lascive et allongée sur son lit ALORS QU’ILS ONT TROIS ANS TOUT LES DEUX MAIS QU’EST CE QUI VA PAS CHEZ VOUS LES
GENS §§§ Gardez la brigade des moeurs là où elle est parce qu’on verra pas du « Grand frère! Par derrière! » concrètement mais je ne peux pas sérieusement voir deux gosses faire un pacte de sang spontanément… même le pire des traumas te ferait pas aussi mal jouer, nan nan nan. Dans ce sens, pas grand monde n’aide, ils sont tous assez corrects dans leur genre mais certaines scène sont ridicules et – spoilerrific – c’est toujours quand les gens crient et gueulent qu’on a comme une petite envie de rire dans le bas du dos.

enter_the_void3-1024x448.jpgPuis on final, on s’ennuie. Le temps passe lentement… c’est d’autant plus ironique quand Alex nous explique que le GHB/KGB/Prout te laisse une notion du temps un peu variable, tu le sais bien puisque tu meurs juste d’envie d’aller faire autre chose! C’est chiant parce que le propos du film nous prends par la main avec cette histoire de boucle et de flash-backs, ils omettent juste de nous dire que ça sera long, laborieux, gratuitement saccadé et vaguement pervers… et rien ne t’accroche! Les personnages n’ont rien pour eux, tu ne te sens jamais mal pour eux tant ils t’insupportent et leur non-devenir est presque une bénédiction tant tu t’en tamponnes le coquillard. Au final, tu revis l’accouchement originel, sans que ça explique quoi que ce soit. C’est tellement attendu, c’est l’extase!

 Je passe sur le sens et la pseudo interprétation qu’on peut avoir du film, pur bad trip ou voyage bouclé, tout ce qu’il faut savoir c’est qu’on a droit à un plan-intra vaginal du plus bel effet où un organe génital viril vient nous inonder de son affection, c’est super sympa… et toujours dans ce postulat de base qui implique de voir tout le monde copuler comme si il n’y avait pas de lendemain. D’accord coins mal famés représentatifs blah blah blah mais il y a du voyeurisme au delà du voyeurisme, ce spectacle forcé et in-ter-mi-na-ble dans ce Love Hotel final ne sert à rien de rien, si ce n’est illustrer le dialogue initial qui sentait le foreshadowing pas subtil du tout. Gaspaaaard, qu’est-ce que tu nous a mis làààà. J’aurais aimé me prendre un viol des rétines, pas du sens commun! La bande son de Bangalter je l’ai à peine entendu, j’ai juste retenu un vague air classique dont l’utilisation des clochettes m’y fera éternellement coller la notion d’inceste ce qui est toujours sympa dans une vie! Puis c’est quoi le message du truc, supposé qu’il y en aie un? La vie pue, ruinez donc celle des autres pour coucher avec la mère de votre pote, dealer pour faire venir votre soeur au Japon qui pourra donc vous Freuder la tronche? Oh la la comme c’est excitant, bien joué, tu as réussi une belle collection d’images qui n’ont rien de novateur pour passer un propos totalement inconsistant, lent, vide au doublage loin d’être génial. Puis zut, j’ai l’impression d’assister au délire d’un mec un peu pervers qui ne fait que tenter l’innovation tout en casant ses petits fétiches de mégalos. Merde quoi, vous me direz qu’il y a évidemment un juste milieu mais le sexe c’est plus rigolo quand c’est aburde et déjanté, pas froid et vulgaire!

  Lundi soir ce sont les Gérards du cinéma et Enter The Void y est nommé pour le pire film de l’année, entre autres. Il ne le mérite pas mais j’aurais quand même un petit rictus aux lêvres… Les messieurs dames du jury ont rendu leur verdict : BRANLETTE.

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