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Gérard du monomaniaque

Bernard de la Villardière est le plus grand homme que la Terre aura jamais porté.
Peut-être même plus grand et beau que Michel Rocard ou Peter Falk.
Quelque part entre le Christ et Michel Sardou. Un juste milieu, humble et rock’n’roll.
Pour des raisons de commodités, nous allons l’appeler Bernardo. Señor Bernardo el Journalisme Total.
Parlons un peu de Bernardo parmi le peuple.

Bernardo est l’un de mes modèles. J’en ai quelques uns, mais en tant que journaliste au tout début début de ma carrière, j’aime à penser qu’il faut me fixer un maître à penser, un modèle de vie. Je pense que ce monsieur incarne la réussite, le charisme et le souague. Oui, parfaitement, le souague. Bernardo ne fait que des pas assurés. Il marche, derrière lui, tout implose. Nous ne sommes que de misérables vermisseaux dans son sillon. J’oserais dire que, pour moi, c’est un peu un gaycrush. Oui, sur Internet, nous avons tous des personnalités que, malgré notre sexualité à priori opposée, nous ne quitterions pas pour la salle de bains s’ils étaient dans notre lit. Ryan Gosling est un peu dans ce cas pour moi. Monomaniaque, mystérieux, on dirait un Moaï vivant – pourtant, sa tête dégage une folle quantité de choses et sa petite voix de redneck-mormon (preuve est que c’est possible) est toujours plus délicieuse, surtout remixé pour chanter Call Me Maybe. Dans Drive, c’est le mystère. Dans Gangster Squad, la nonchalance. Tout implose avec Clooney dans les Marches du Pouvoir – trop de charisme.

Bernardo, c’est un peu la même chose, mais lui est une sorte de fétiche vivant, surtout pour les journalistes. Amusons nous à comprendre ce qui fait de Bernardo un übermensch.
Le saviez vous? Le vrai patronyme de Bernardo est Bernard Berger de la Villardiere. B.B. – rien qu’avec ses initiales, on sent du lourd, du charisme, de la qualité. Après être né d’une relation sexuelle qui, j’en suis sûr, était explosive et périlleuse, Bernardo naît quelque part dans les années 50. Il a sûrement fait plein de choses palpitantes dans son enfance jusqu’au Bac, puis il enchaîne les diplômes : licence de droit, maîtrise en sciences politiques, le tout à Paris X Nanterre, comme votre serviteur et Nicolas Sarkozy. L’usine à élites. Po po po, il intègre le CELSA, vainc son concours d’entrée ultra compliqué et se lance dans une belle carrière de journaliste. Aujourd’hui, il est au firmament. Comme n’importe quelle journaliste, il accumule les expériences en périphérie et en Presse Quotidienne Régionale avant de se voir intégré à des entreprises plus prestigieuses ! France Info, LCI, Bernardo se spécialise dans l’actualité de pointe et devient un grand ponte de l’analyse et de l’investigation. La gloire lui est déjà promise mais le voilà qui intègre M6 en 98 pour présenter Zone Interdite pendant une demi douzaine d’années. Vous voyez le pattern? Bernardo a trouvé son créneau définitif : il va raconter la vie palpitante des gens, de préférence avec quelques explosions sur le chemin. Il s’engage dans de nombreuses associations caritatives, en créé quelques unes et devient même membre du conseil d’administration du Centre de Formation des Journalistes ! En 2005, ça y est, il créé Enquête Exclusive et ravit nos dimanches soirs depuis près de huit ans. Ha, Bernardo, tu n’imagines pas le nombre de pizzas que j’ai pu engloutir devant tes incroyables sujets.

Le style en toutes circonstances

Parlons de l’homme. Adoptons une démarche Arthurienne, verticale et de haut en bas. A cinquante ans passés, c’est un bel éphèbe qui arbore un brushing impeccable. Ni le vent, la neige ou les explosions ne sauraient perturber ce petit monticule de cheveux stratégiquement répartis. Le front large, dégagé, il a le regard de Patrick Mc Goohan qui déjoue les plans du vil Numéro 2. Le regard est sérieux, pesant ; Bernardo voit mais ne juge pas. Au mieux, il concède et tend la main vers nous, péons, sujets d’un reportage potentiel.
Chemise et veste, le dresscode est simple et a déjà fait ses preuves. Toujours les deux. L’un est ouvert sur l’autre, points bonus sur la veste est portée par dessus l’épaule, façon Coach dans Survivor. Petit pantalon bien serré, pompes formelles et chaussettes invisibles, la collection Printemps-Bernard 2013 est sobre et distinguée. Bien sûr, l’habit ne fait pas le moine et les fringues ne seraient pas grand chose sans l’allure et l’assurance dégagées par ce bonhomme. Dans Enquête Exclusive, il en a fait son image de marque : il introduit toujours ses sujets en parlant à la caméra, et en marchant. Il pourrait sauter d’un hélicoptère, faire une course de dragster en départ arrêté et mener un combat au sabre qu’il serait toujours capable de faire son speak avec le plus incroyable des flegmes. Moi, dans la vie, j’aime les pince-sans-rire, mais j’aime encore plus les flegmatiques.

Maintenant, parlons un peu d’Enquête Exclusive. Tout le monde le sait : le CSA, les téléspectateurs, les équipes, même Yann Barthès s’en est amusé devant le principal intéressé – ce n’est pas vraiment de la télé de haut vol. On dirait un film d’Europa Corp : on tombera toujours dans les putes, la drogue, les putes, la violence et quelques putes. On dirait que ce format veut absolument nous empêcher de vivre en nous faisant craindre tout ce qui constitue notre quotidien : les autoroutes, les transports en commun, les supermarchés, les PARKINGS. Les lieux communs sont la violence, les fraudes, ce genre de choses. Tout est sensé rendre le sujet anxiogêne : caméra à l’épaule, caméra cachée, les deux tiers de l’écran flouté, ces mécanismes pas toujours compréhensibles. Pis y’a la « Enquête Touch ». Toujours, le sujet glisse lentement mais sûrement mais… les putes ou la drogue. Enquête Exclusive sur les voleurs de poules à Triffouilli les Oies? PUTES ET DROGUES. Ça, c’est dans 75% des cas… parce que dans les autres, on aborde frontalement ces sujets. Le pinacle du truc étant ce reportage sur la drogue dans la capitale où la caméra suivait un couple de camés en train de se faire un shoot de crack dans les toilettes publiques. Parfois, c’est un peu plus folklorique, comme cet exemple récent où on nous expliquait en détail comment se faisait un mariage gitan, avec une vague histoire de vérification vaginale et de traces sur une serviette sacrée. Un sacré bordel. Folklorique, quoi.
Donc Enquête Exclusive est fantastiquement putassier. Je le sais, tu le sais, ils le savent. Ça alors : c’est même ce qui marche ! Quand ça se voit trop, ils tournent un ou deux reportages « émerveillement » avec des animaux, hop, notre cœur d’enfant est mobilisé et on oublie un peu toutes ces substances illicites. Non, lâche cet eucalyptus !

Bernardo préside aussi le grand conseil des méchants des James Bond

Vraiment, c’est de la bad TV. A mater avec des oréos, des chipsters, ce genre de choses. C’est carrément putassier, on peut le dire. Je le répète, ils le savent et il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Nous, on mate, par fascination morbide, par syndrome de l’accident routier. Ça marche ! Mais l’émission ne serait rien sans son avatar. C’est là que ça devient génial. Le cœur de l’émission, lui, est souvent interchangeable. Il est même extrêmement probable qu’on le retrouve rapidement sous un autre emballage sous W9, etc. Le groupe TF1 fait aussi ça : on recycle le sujet (monté) et on le colle derrière « enquête d’action » ou autre titre sympa. Il suffit de tourner une intro ou une conclusion personnalisée pour rendre ça « actuel ». C’EST LA QUE BERNARDO INTERVIENT. Déjà, truc absolument démentiel ; il ne se mettra jamais en danger. Il est au dessus de ça. Si les reporters du sujet se mettront dans les pires situations (investiguer dans les cartels, etc) Bernardo se contentera d’aller dans le 16è arrondissement interroger un spécialiste en blouse blanche. Le souague.
La chaîne commence même à piger qu’il y a un espèce de « culte » de Bernardo. Le gars est tellement « over the top » qu’on hésite plus vraiment à sauter le requin et introduire un sujet ski/jeunes/alcool/délinquance par Señor Journalisme en train de dévaler les pentes. Derrière Guns Of Brixton. Avec un clone du moniteur des Bronzés font du ski. PENDANT UN QUART D’HEURE. C’est n’importe quoi, le sujet, très premier degré, est parasité par les sessions de Bernardo. Et on kiffe. Parce que c’est Bernardo, et parce que c’est, justement, surréaliste. Fap fap fap keystrokes keystrokes. On peut suivre les aventures de Bernardo sur deux tumblrs souverains.

Astuce. Votre sujet se déroule à Miami ? Vous êtes Bernardo, vous avez donc le droit d’aller en Floride tourner quelques rushes, marcher dans la rue et énoncer votre sujet. Putain, génial ! Et ça marche partout. Points bonus si vous faites un truc fabuleux juste avant, genre sauter en parachute ou faire de la boxe avec la faune locale. C’est ça, le style Bernardo : marcher, regarder droit devant, et ne pas se retourner pour les EXPLOSIONS. BAOOOUM. Mais Bernardo est proche des gens. Quand il consulte des spécialistes, il écoute, il fait « oui » de la tête, parfois il s’adonne à quelques expériences ou fait don de soi – Bernardo parmi les requins, Bernardo maîtrise un cobra, etc. Une sorte d’aventurier des temps modernes… mais toujours de manière indépendante avec le sujet.

Il n’y a pas si longtemps, Bernardo a été invité dans le cadre de l’émission de Baffie où des gens célèbres de la télé vont à un dîner filmé. Exactement comme le truc avec Ardisson quoi, mais passons. Baffie, taquin, préviens ses convives : « Regardez, Bernard il est tout coincé mais après deux ou trois verres et il va se rouler sur la table et raconter des blagues de cul ! » … et c’est exactement ce qui est arrivé. Il nous explique, sérieux impérial inclus, qu’il est « un concept à lui tout seul ». Ben oui. Bernardo incarne le YOLO. On dit souvent que cette place est réservée à Nicolas Cage, vous avez devant vous son équivalent français, tout simplement. Interrogé sur sa maniaquerie des filles de joie, il répond « Toutes les putes sont des miss. Moi qui ai fait le tour du monde, ce sont toutes des miss à l’intérieur ». Le poids des mots, le choc des photos. En plus d’être modeste, Bernard est un casanova doublé d’un philosophe. Il s’empresse de raconter deux blagounettes bien gauloises. Les autres ne rigolent pas beaucoup. Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas qu’ils sont sur un autre plan d’existence, voilà tout. Les blagues de Bernardo sont Cosmiques, voilà tout. Cette soirée, il a fait semblant de prouver qu’il n’était pas le Christ, mais bel un bien un homme parmi les hommes.

Bernardo est notre sauveur à tous, et en plus, il le sait.
Alors tout va bien.

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