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Vingt et un gés

- Bonjour, je m’appelle Concombre et je suis dépendant.

- Boooonjoouuuuur Concoooooombre!

Et c’est tout pour le dialogue qui s’arrêtera à cette vanne car généralement tout écrire à deux voix préconise une certaine schizophrénie (et ça me fait penser que j’ai pas entendu parler de Putois Putassier depuis un certain temps) mais c’est un fait, je suis un gros addict. J’ai besoin de ma dose, ça me fait prendre des raisonnements complètement improbables, des mauvais résultats me rendent agressif… grosse addiction aux chiffres. Toujours ce petit matérialisme de bas étage! Il me faut des chiffres, des statistiques, n’importe quoi du moment que ça progresse. Vous le savez, j’accorde une importance démesurée au symbolisme et je ne peux pas faire quelque chose si les dates ne concordent pas ou si les planètes ne sont pas alignées (et moi qui parlait de schizophrénie y’a trente secondes) et je suis toujours en train de me dire « oh, y’a X temps… je faisais ça… maintenant je pourrais faire ça… quel SYMBOLE!) Toujours avec plein de petits chiffres au milieu. D’immondes petits chiffres qui narguent et minent l’égo, comme une maladie, et je dis ça évidemment parce que la très grande majorité des gens s’en foutent de leur nombre de G. Et prostipute comme ils doivent être heureux et sains.

Et pendant ce temps, sur un autre front…


naipq8igk1oghe3eyr-wc027.jpgSi vous ne savez pas ce qu’est un G, vous connaissez plus probablement la définition « Beigbeider » du terme – pour lui et comme on le dit dans le jargon mondain, un Gé c’est un bon gros rail de poudre blanche. Bon n’ayant pas eu la chance ni la vraie envie de tenter le coup (je vénère Hank Moody et les auteurs un peu décadents de fiction mais faut pas trop griller les étapes) ben je suppose que ça comporte la même ivresse et les mêmes raisonnements de dingue, si on compare avec mon, ton, notre G alias le Gamerscore. Késsadire? Le Gamerscore est une notion intimement liée à la 360 depuis la refonte du système d’exploitation du bazar en l’an de grâce fin 2007 et quelqu’un a eu la foutre idée de débarquer quelque part en disant « Hé les gars, on a trouvé le concept royal pour faire chier passivement Concombre, on va appeler ça les succès, on va les quantifier et ça va rendre accroc plein d’autres gens aussi proches de leurs sous » – damn, je serais pas très gentil avec ce mec là en le croisant. Un succès c’est quoi? Ben un objectif à remplir, c’est totalement facultatif, un jeu dans le jeu. Vous jouez, il y a un objectif prédéfini, vous remplissez les conditions et pop! Bruit caractéristiques, affichage du logo et du succès débloqué, accompagné du titre du truc. Sur PC, il apparaît même avec son image caractéristique mais il ne s’accompagne pas d’un chiffre. Sur PS3, on appelle ça un trophée et il se divise en trois « valeurs » bien définies… et je suis totalement accro à ce concept à un point qui devient inquiétant. Limite on pourrait établir une typologie du succès et du chiffre sur 360 – tout ça pouvant être compilé sur TrueAchievements (hop ma page)

- 1000 Gés au total sur un jeu acheté en boutique, 200 sur un X-Box Live arcade

- Généralement le nombre de G sur un succès est pensé pour être proportionnel à l’effort fourni pour l’obtenir

- Un jeu avec tout les succès débloqués est synonyme de jeu terminé à 100% avec toutes les facettes de gameplay explorées. Un truc assez récent sont les succès « cachés » qui doivent se découvrir en tâtonnant, les autres étant accompagnés clairement des objectifs à remplir – par exemple, dans Red Dead Redemption, vous gagnez 5 Gés si vous attachez une fille au lasso sur une voie ferrée et que vous matez le train qui passe et l’explosion logique de fraîcheur qui s’ensuit – paf, 5G. Terrible.

D’où parfois des raisonnements méga absurdes. Votre pire ennemi c’est la barre à coté de votre avatar, qui signale l’intégralité de votre Gamescore Potentiel et la progression de jeux finis à 100%. Du coup commencer un nouveau jeu c’est la même angoisse totalement injustifiée qui reprends « OH MON DIEU la marge va baisser – le taux global va baisser d’un cran – le pourcentage va être encore plus dur à faire monter etc etc – et vous savez quoi? Parfois, avant d’acheter un jeu, je mate quels sont ses succès. Parfois je me dis « Pffiou, ceux là sont un meilleur challenge/ceux là sont trop durs, bref ça m’aiguille dans mes choix. Dingue, non? Le pire c’est que parfois les éditeurs en sont bien conscients et nous infligent des achats bien superflus si ont veux rempiler pour tout. Ma ludothèque est pour l’instant très marquée par les jeux de rythmes, qui nécessitent tel matériel fabriqué pour telle saga, ou tel nombre de périphérique, ou telle action nécessitant un matos bien précis… et c’est fatiguant d’être à 970 G sur 1000 et d’y rester comme une andouille parce qu’on veut pas dépenser 30 Euros pour une autre guitare qui peut servir ne serait ce que de temps en temps… ET déverrouiller un succès.

Pire encore : dès qu’un nouveau jeu est déballé, c’est même pas la course pour profiter du jeu mais bien le rush total pour tout déverrouiller pendant que le jeu est bien frais et que les taux TrueAchievements sont bien élevés. Ca fait parcourir le jeu à fond pendant une période bien précise, on se donne des objectifs, faire X truc dans tel ordre… et ça ruine totalement le plaisir de jeu, on ne profite plus du temps passé dessus classiquement, on est juste obnubilé par le méta. Avant le but du jeu était de le finir, de passer d’un point A à un point B, maintenant il faut se sentir obligé de prendre plein de routes facultatives sans penser à l’essence du jeu. Avec du recul, c’est franchement effrayant de se dire qu’on pourrait claquer 20 Euros dans Lego Rock Band juste parce que ça fait 950 G sur le pouce (et de se dire que ça ferait baisser le ratio TA parce qu’ils sont
faciles, le raisonnement étant doublement effrayant) tout ça comporte un double effet kiskool. D’une part ça pousse à l’exploit et à la petite satisfaction personnelle (ceux de The Beatles Rock Band, par exemple, sont tout spécialement faits pour vous rendre dingues) MAIS d’un autre coté ça force parfois à jouer à des trucs qu’on aime pas, poussé par l’appat du « gain ». Et c’est ça le meilleur – les G n’ont jamais, JAMAIS servi à quoi que ce soit. Non, vraiment, peau de zob alors pourquoi y accorder une quelconque importance? Double mystère quand on sait très bien que personne ne mate vos stats, qu’elles ne sont pas affichées à moins de passer par un bon paquet de menus et que dans mon cas précis, il y a peut être UNE personne qui doit mater mes bêtises de temps en temps? … ben impossible de savoir, ça ne m’empêche pas de continuer à la farmer. Je pense que c’est l’effet « quantifieur », par exemple mes pourcentages sur les deux trois jeux steam PC je m’en fout un peu.

Je vous propose un truc. On remonte le temps pour essayer de remonter aux origines du « deuxième degré de gaming » pour éradiquer le mal par la source… parce qu’après tout, le concept existe depuis la nuit des temps mais il est juste devenu de plus en plus explicite. Dès les premiers jeux Megadrive, le score et le temps passé
pour finir un jeu était déjà un succès en soi, après on cultivait spontanément cette tendance du challenge auto-imposé – finir le jeu d’abord, puis le finir en un certain temps… puis avec toutes les émeraudes… puis le faire d’une traite… de quoi varier les plaisirs un peu et accomplir tout seul ce qu’imposent les succès d’aujourd’hui – la répétition!

Puis, au fil du temps, les challenges devenaient une affaire de créativité. Je me souviens dans un gros magasine orange, une rubrique proposait des « modes de jeux inédits » – finir tel circuit de Mario Kart à l’envers, faire une partie de foot dans GoldenEye en tirant sur les munitions (voire mieux, prendre Oddjob et tenter de
faire des headshots avec un personnage nain) et moi, grand niais devant l’absolu, je remplissais l’objectif dicté par ces pages en croyant que ça débloquait concrètement des nouveaux modes dans les jeux alors que non, bien sûr, c’est juste des inventions des journalistes qui nous dictaient des règles de gameplays spontanées. Pas bête mais le concept est devenu de plus en plus latent par la suite…

Quelqu’un se souvient de Kirby Air Ride (oui vous savez le poster dans ma chambre! Mais si, vous l’avez forcément vu, la moitié de l’internet est passée à domicile) ? Il y avait un grand mur quadrillé ou chaque carreau était un succès inavoué, débloquant un truc précis. Au début tout se fait au hasard mais un succès débloqué donné les conditions requises pour les quatre carreaux adjacents… ce système a été repris trait pour trait dans Smash Brothers Brawl, qui pour le coup se contente de beaucoup d’objectifs chiffrés. Il n’empêche que là – et c’est toute la différence – le moindre objectif rempli se targue d’une récompense immédiate. Parfois complètement insignifiant (un trophée, un autocollant…) allant jusqu’au bien bandant (des stages/musiques) c’est une manière un peu plus intuitive de tout débloquer, les succès 360 ne débloquant que des récompenses d’avatar… au mieux, débloquant de l’E-Peen par défaut.

Le bond temporel est ENORME mais je me souviens passablement d’un très gros patch de World Of Warcraft qui comportait la mise en place des hauts faits. Dans un univers aussi gigantesque, vous vous doutez bien qu’il y a de quoi faire et on était tous contents de voir que la chose était rétroactive, ainsi notre personnage, ayant déjà vécu des tas d’aventures improbables, avait son petit score et ses récompenses. C’était un peu après la refonte du système 360, une sorte de surf sur la vague… mais mieux exploitée. Là aussi, le nombre de ces hauts faits était KOLOSSAL et les plus compliqués donnaient des récompenses concrètes – montures, réductions, tabards… et le plus important, le truc qu’on peut afficher voire imposer à tout le monde – un TITRE. Le genre de truc complètement désuet mais il vous en FAUT un. Pour ma part, j’ai choisi la facilité et j’ai du me taper l’exploration totale et complète des trois énormes continents du jeu pour afficher un fier « Explorateur Daladim » au yeux du monde (pour les pros il y avait le grade militaire au milieu mais bon j’étais loin d’être grand Connétable de Guerre) et c’était … bizarrement satisfaisant. Tout en sachant que là aussi tout le monde s’en foutait probablement. Parfois la récompense était juste sublime, pensez à la réedition de Sonic Adventure sur Gamecube où accomplir les petits objectifs du monde mission donnait accès… à plein de jeux Game Gear! Un gros challenge couplé à une superbe récompense, j’ai pas de meilleur exemple en tête.

En vrac, le système de succès est plus efficace quand il est latent et pas explicite, généralement on peut dire que c’est l’accomplissement des quêtes annexes ou la naissances d’un bon nombre de légendes urbaines. Compléter le catalogue des Bombers dans Majora’s Mask, parler à Yoshi dans Mario 64, choper le fameux millième Lums de Rayman 2… et je parle pas de Pokémon, où l’aspect « collector » de ces succès implicites atteignent le summum de leur sens. Bizarrement… j’ai jamais eu envie de faire monter mon chiffre de capture mais ça doit être l’exception qui confirme la règle. Bref autant d’objectifs qui seraient aujourd’hui récompensés par des G – et qui le sont parfois puisque les réeditions HD de certains oldies permettent de monter son capital. Ca permet de concilier deux attitudes qui cohabitent sans être contradictoires, sur 360 je suis obnubilés par ces objectifs sans profiter du jeu et sur les autres plateformes je joue calmement, comme je l’ai toujours fait, qui ne m’empêche pas de m’imposer pas mal de torture (notamment ce 100% de Rythme Paradise sur DS qui, l’an dernier, m’a pris un certain temps et pas mal de neurones.) Alors je supplie n’importe quelle instance divine, soit vous faites des G quelque chose de vraiment méritoi… mérita… mérito..cratique soit vous rayez toute notion de chiffre dans le bazar parce que je suis sûr de ne pas être le seul déjanté à être obnubilé par ce genre de détail qui peut prendre des implications un peu folles.

D’ailleurs les chiffres sont encore plus importants quand ils sont contre notre face…

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Pendant ce temps : le Super Mario Marathon, troisième édition, commence dans une semaine pile. Je vous prévient à l’avance parce que le concept est génial, je me souviens d’une nuit quasi blanche à regarder la fin de la première édition. Le plus drôle c’est que les gars qui font ça sont filmés en live et le chat permet une certaine interaction avec les gens qui s’amusent à faire ça. Je me souviens à avoir demandé en mariage la fille du canapé, je me demande si c’est toujours légalement valable.

Sinon vous avez maté les conférences de l’E3? Ah bah moi j’ai suivi ça comme un petit fou puisque pour une fois j’étais concerné non pas par un, mais par deux des grands pontes. Et là, inversion totale du bon sens, Nintendo à présenté plein de jeux tandis que les autres ont fait des casual (Microsoft, avec Kinect, nous a refait en substance tout le line up de la Wii. BIEN JOUE.) mais cette histoire de 3DS m’emballe pas trop, malgré toutes fantastiques licenses qui débarqueront dessus. J’ai pas assez l’impression d’assister à la naissance d’une nouvelle console… et tout ce pognon qu’il va falloir sauver pour la fin d’année! Entre les Kinecteries et le clavier de Rock Band 3 qui devrait se négocier pour une centaine de brouzoufs, il va falloir raquer sévère. C’est là qu’on voudrait un système de fidélité à la manière des étoiles de Nintendo, je serais tout à fait capable de sacrifier six mois de gaming chiffré pour un périphérique gratuit…

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