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Stupeur et tremblements

 « Ho non il va encore faire une review un peu molle d’un manga qui dépeint la réalité du quotidien et faire du sentimentalisme gnan-gnan »

Oui alors heu, cher interlocuteur imaginaire, je te trouve un peu injuste. Je devrais même pas être en train de poster là, je prends trois heures sur ça au lieu d’aller apprendre sur quoi repose l’économie de Trinité Et Tobago et NON, aujourd’hui je vais pouvoir te parler d’un truc qui fait une sorte de compromis dans ce clivage de genres que j’établis depuis longtemps. Si vous lisez mes pavasses depuis peu de temps, j’aime bien faire la promotion de deux trucs bien précis : des univers complétements fantastiques où ces mêmes éléments semblent normaux à tout le monde et les univers complétements cartésiens, normaux, ancrés dans la réalité. Bien entendu, on pourrait faire une longue échelle de valeurs où ces deux notions se mélangent : où placerait-on Buffy? Fallout? Etc – mais à défaut de pouvoir en dire des tartines, je vais pouvoir me permettre un angle un poil inédit, et c’est grâce à Bonne Nuit PunPun, manga dont les deux premiers tomes sont édités chez Big Kana.

Vous vous souvenez peut être de Solanin, ce manga adorable – en deux tomes, est-ce que ça en fait un « Two Shots? » c’est généralement la quantité qu’il me faut pour plus savoir ce que je dis- qui traitait d’une bande de jeunes adultes construite autour d’un groupe, un fabuleux petit bijou qui a su me tirer une larmichette. Son auteur, Inio Asano, n’en était déjà pas à son coup d’essai mais ce même Solanin date déjà de 2005 et ce jeune homme a pondu pas mal d’autres choses avant et après, dont Bonne Nuit Punpun. J’en tire un sentiment un poil mixé mais je peux d’ores et déjà dire que j’étais extrêmement satisfait de voir… que la série était toujours en cours (neufs tomes au Japon à l’heure actuelle) et la série aurait, d’une manière étrange, très bien pu s’arrêter sur ce point. Après avoir découvert cet auteur via un « beau manga », on pourrait pas mal sacraliser ses volumes – son style réaliste et bien plus « proportionné » que la moyenne, sa fabuleuse propension à détailler au maximum, n’importe lesquels de ses œuvres font mangas de luxe. Les deux volumes à part entière sont fabuleux : criards, en relief, ils me donnent personellement envie de faire carrière dans l’édition mais hé, c’est un petit fantasme, comme ça.

Bonne Nuit PunPun pourrait simplement se limiter à la vie et aux déboires d’un gamin d’une grosse dizaine d’année. C’est pas quelque chose de très intéressant dans l’absolu alors prenez donc ces quelques retournements de situation : notre héros est un espèce de drap sur pattes, un pigeon façon dessin de maternelle. Idem pour le reste de sa famille et tout le monde ne semble pas s’en préoccuper ou s’en apercevoir. Ca promet du symbolisme plein tubes!

Dans le même ordre d’idée, l’univers du bonne nuit Punpun est bien le notre, mais sa matrice est un peu bugguée. J’entends par là la présence d’éléments tout aussi perturbants qui affectent à peu près n’importe qui : gens hystériques, hallucinations, débarquements de soucoupes volantes, de Dieux Caca et autres trucs provoqués par l’imagination débordante de certaines bambins… mais pas toujours. On pourrait croire que tout ça n’est qu’une fantaisie issue des yeux d’enfants du perso principal et que nenni, c’est juste une sorte de tradition locale, la bizarrerie. Soit.

Passés ces infimes détails, on rentre dans une logique très « Punpun savait compter deux par deux et lacer ses chaussures » de la tranche de vie comme seul Asano sait en faire, en mêlant simplicité de la narration et profondeur du propos, ce genre de choses. Après tout, Punpun est un garçon tout à fait normal, il découvre les choses de la vie, les premiers amours, un début de puberté qui prouvera qu’il à un crâne à l’image de son apparence globale (« Son cerveau était sorti de son ZIZI! ») et ses premiers amours qui nous feront comprendre qu’il a aussi un petit cœur d’artichaut. La vie un peu cliché d’un enfant relativement normal, quoi. Qui ça peut intéresser? Aucun manga pour adultes ne prendrais la peine de développer un truc aussi inintéressant, de prime abord…

SAUF QUE VOILA

L’univers du petit PunPun est « comme un gateau sur lequel une truie aurait fait son nid » – comme disait l’autre – le pauvre gars est l’archétype du petit Japonais pas aidé par la vie, il ne lui manque que les brutes pour l’attendre à la sortie de l’école, mais il doit se contenter d’un père à côté de ses pompes, d’une mère pas plus rationnelle dans sa vie de tout les jours, d’un cadre qu’on pourrait qualifier de « pas super propice » à l’épanouissement. On peut même pas parler de héros sclérosé, c’est juste un gamin complètement dépassé par les évènements qui vit sa vie. Quid du contenu et de la forme? Il serait malvenu de comparer Bonne Nuit… à d’autres oeuvres du même auteur car il y a un cachet ici tout particulier… et, il faut le dire, assez dérangeant. Je parlais d’évènements étranges tout à l’heure, c’est plus ou moins lié à un grand gimmick de ces deux premiers volumes, une volonté d’hyper-réalisme cette fois : les visages déformés. Réellement déformés, moches, « comme dans la vraie vie », en bien pire. Des crises d’hystérie constantes, des gens qui pètent un cable impunément, ce genre de chose… et c’est perturbant. Ca rentre dans une logique qui rappelle le guro et je doute que ce soit l’objectif… mais il est clair que c’est un manga qui sait déranger.

De la même manière, il est souvent questions de trips psychédéliques délicieusement rendus sur la page – parfois justifiés, parfois non, toujours issus d’un imaginaire enfantin. Si Solanin est « le manga de la jeunesse désœuvrée » je pense que Bonne Nuit PunPun est celui de « la jeunesse qui en prend de la bonne ». Parfois dans un sens métaphorique, parfois de manière purement gratuite, ces petits passages WTF sont bienvenus dans un roman qui, à l’évidence, fonctionne à tiroirs. Encore une fois, il fut surprenant de voir que le récit ne s’arrêtait pas là… quand bien même l’évidence de la durée de vie du truc était largement posée. Ces deux premiers tomes sont plus la narration d’un postulat et une première storyline qu’autre chose, mais la fin du deuxième tome use d’un procédé qui ne pourra probablement pas être utilisé à chaque tome – à moins que le manga, dans sa globalité, nous parle de l’intégralité de sa vie mais bon – d’où un sentiment de surprise bien déstabilisant… et d’une grosse envie d’attendre sagement la suite. Il n’y a pas grand chose d’autre à dire, pour le reste, je vous redirige sur ce post, même chose avec une belle tranche de malaise, de surréalisme et de cynisme en plus. Ca pourrait devenir quelque chose de vraiment bien sur la longueur.

P’tain, j’ai pas écrit un post aussi court depuis au moins deux ans po po po chon chon

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