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Michael Thorton est, potentiellement, le plus grand connard de l’univers. Dans toute la galaxie, y’a pas plus grand connard que lui.

Pour chanter ses louanges, j’avais d’abord pensé à faire une belle vidéo, avec une belle voix off et un montage à faire rougir vos mamans mais je me suis trouvé confronté à un manque de temps caractérisé qui va nous retrouver avec ce bête texte habituel. Dommage parce qu’Alpha Protocol est un jeu passé inaperçu qui mériterais tellement plus d’attention… enfin, il n’est pas si inconnu si nous fréquentons les mêmes sphères : ce jeu est le fap material principal d’Amo depuis l’année dernière, l’ami ne tarit pas d’éloges sur le soft de Sega. D’ailleurs, c’était potentiellement une nouvelle franchise de (l’ex) géant bleu qui s’est pour le coup allié avec Obsidian, qui n’avait pas encore sorti New Vegas, alors encore dans les tuyaux. Un étalage de jolis noms (même si ce dernier est surtout connu pour New Vegas, finalement) qui donnent un jeu du même acabit? C’est un soft au statut assez contesté, pas terrible pour les critiques JV : je me souviens d’un vague 13 sur JV.com (retirez 50% pour la note Gamekult) et d’un test Nolife qui, visiblement, n’avait pas dépassé le premier tiers du jeu. Dommage, ami stagiaire du jour, dommage! Ce jeu est d’autant plus profond qu’il est bien écrit, il fallait persévérer un peu!

Vous le savez, 2012 est pour moi l’année où j’ai enfin découvert la notion de RPG occidental. Concrètement, les éléments RPG sont focalisés sur la construction de l’identité d’un personnage et de son gameplay, de sa façon de maîtriser tel ou tel atout de surhomme. Michael Thorton – pas de n au milieu, même si c’est très tentant – est un nouvel agent au sein de cette organisation secrète au nom éponyme. Il est trahi au bout d’une mission, va se retourner contre elle et botter des fesses sur le chemin, le cheminement habituel… mais tout l’interêt d’une partie d’Alpha Protocol est bien sûr la manière dont vous allez vous retrouver sur la cinématique finale, les embranchements seront très, très nombreux. Je m’explique…

Contrairement à notre Amo national, je ne garderais pas un souvenir si pur et positif de ce jeu, parce que j’y ai joué d’une manière si concentrée – histoire de compléter l’ensemble et de voir ce que telle ou telle décision aurait donnée – que je n’y reviendrais probablement jamais, sans parler de dégout ou quelque notion négative. Ce jeu est construit autour de sa replay value et, à la manière d’un Mass Effect, est clairement fait pour être rejoué une ou deux fois, histoire d’explorer la théorie des cordes vidéoludique. Il y a quelque chose de fascinant avec ce brave Michael : quoi que vous fassiez, votre personnage sera l’un des espions les plus branleurs de l’existence, façon Austin Powers qui se prendrait soudainement au sérieux. Le doubleur donne l’impression de séduire son micro en permanence et Thorton ne pourra jamais s’empêcher de faire des remarques de parfait petit malin, bref, un personnage complètement irrésistible puisqu’un parfait anti-héros ; Sympathique parceque très second degré, souvent. En revanche, tout va dépendre de votre manière de gérer les dialogues, pan central du jeu, dictés par trois attitudes, timées en temps réel (l’autre termine sa phrase et vous devez vite vous décider). C’est fou, je commence à tout catégoriser dans ces trois catégories… il n’y a pas longtemps, j’ai envoyé un mail de précisions d’horaires à trois profs et j’ai eu les trois différentes. Fou.

Professionnel : « Alpha Protocol est un jeu encourageant dans sa manière de traiter une histoire mais souffre de quelques tares de gameplay : bugs, décors neutres, manque de dynamisme. Trop déséquilibré pour en faire un vrai grand jeu. 12/20 »

Aggressif : « C’est un jeu de merde, Thorton n’a aucun charisme et l’ensemble est inmaniable, je m’en vais agresser des grand-mères et regarder un épisode de Gundam en picolant »

Suave : « Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas coucher avec Sis?~~ »

Je commence donc à dévellopper une sorte de fétiche pour ces jeux nettement basés sur ces choix contextuels mais il n’y donc pas cette dichotomie propre à Mass Effect, celle d’incarner un gars content de faire son boulot ou passablement énervé à propos de tout : non, Thorton à un statut neutre de petit malin, et son spectre de possibilités va du gentil rigolard efficace à celui de sociopathe prêt à dézinguer tout ce qui bouge et à réagir à la moindre remarque comme s’il était perfusé à l’antigel. En bref, si vous souhaitez incarner un vrai méchant, c’est l’occasion. Ces phases de dialogues n’ont rien de cosmétique : c’est un jeu qui ose sortir l’argument phare du « Toutes vos actions auront des conséquences » et il se trouve que c’est bien le premier à avoir complétement raison! L’affinité qu’aura tel ou tel perso pour vous peux se répercuter sur la santé d’un boss, sur la manière dont vous allez le combattre, sur de simples répliques… tout est crédible (même si on constate en regardant bien le coté un peu « haché » des dialogues pour permettre tels ou tels ajouts) et l’arbre des possibilités est immense. Tant et si bien que certaines conséquences seront parfois buggées, involontaires ou juste inexplicables, à défaut d’avoir une utilité. Vous connaissez mon désamour des pistes inexplorées, Sis en est une (et je ne suis pas en mode suave). Ce champ des possibilités se retrouve dans le gameplay : compléter une mission se fait de diverses façons, des objectifs bonus peuvent se trouver, vous pouvez commettre des bourdes, des erreurs, des bonnes actions qu’on pourra vous balancer à la figure à n’importe quel moment, souvent le moins attendu. Basiquement, vous pouvez accomplir les missions disponibles dans n’importe quel ordre et les personnages aiment bien parler de ce que vous venez de faire : c’est vrai, c’est un jeu qui aime bien se la pêter. A raison! Les subtilités sont immenses et le gimmick est tangible : il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises décisions, juste des résultats, toujours positifs en termes de gameplays. Il n’y aura pas de malus… mais si vous vous mettez à frapper la tête de ce pauvre Grigori avec sa bouteille de vodka, ne vous étonnez pas que la sécurité autour de l’ambassade pour laquelle il est informateur soit renforcée. On peut même agir de manière un peu plus active en payant pour des renseignements, soudoyer pour envoyer des gardes en thalasso, désactiver des caméras… une influences sur plusieurs strates, et ça c’est franchement bonnard.

Donc il est clair que si Alpha Protocol était un personnage, il aurait mit tous ses points de compétences dans la section « Scénario. » Ce n’est pas vraiment une question de storyline : l’histoire en elle même est un énorme mix de factions, de personnages et de trahisons (grand thême du jeu, qui croire ou pas) et recoupe quelques lieux luxuriants de la fiction exotique type : Moyen Orient, Rome, Taipei, Moscou. On peut aussi souligner un effort dans la construction et la narration, très textuelle. Le vrai scénario est dans les attitudes, les dialogues, ces innombrables lignes de texte, les mails qu’on peut envoyer selon les diverses attitudes, ceux qu’on reçoit, etc. Parfois rigolo, souvent jouissif, farci de petits détails et de traits d’esprit. Les personnages sont assez cools mais inégaux et très souvent mis en scène par une réalisation trop plate : quand ils parlent, c’est d’une manière trop fixe, façon « je suis empalé sur quelque chose mais je cache bien mon jeu. » Dommage, car c’est un jeu qui procure de belles sensations via ces petits détails de scripts.

Le gameplay, parlons en. On m’a souvent vendu ce disque avec un moche à priori des combats et des phases de jeu en général. Rengainez vos fourches : ce n’est pas si terrible que ça! Le vrai problème est cette omniprésence de bugs qui rendrait presque honneur aux Tomb Raider : confusion dans les blocs qui permettent une couverture, collisions, textures moches qui apparaissent au fur et à mesure et une kyrielle de trucs absurdes qui feront honneur à Bethesda. Mon bug préféré : Thorton qui meurt en faisant un bon de cinq mêtres et en se tordant dans tous les sens. J’adore ce bug. On le retrouve partout (Skyrim, Red Dead, L.A. Noire… c’est la carte commune dans l’album panini des bugs) et le jeu souffre d’un fantastique déséquilibre. En easy, on est increvable, mais le mode hard est parfois punitif : des séquences scriptées sont parfois trop dures (échapper au métro en hard sans grenade MP : l’enfer) et l’endurance ne sert plus à rien : un ennemi qui vous aligne et c’est fini. Vous pourrez prendre votre revanche en déséquilibrant les compétences – ce jeu a l’avantage logique de vous faire démarrer avec un type un peu imprécis avec ses armes, le reste ne va être qu’un truchement de dommage et probabilités. Avec les bons points, vous tuerez votre ennemi en tirant trois mêtres à coté et vous pourrez devenir littéralement invisible pour zigouiller tout le monde en 20 secondes, ce qui supprimera automatiquement tout challenge. Une fois le bon arbre trouvé, vous entrez en god mode et le reste ne sera qu’un gros toboggan scénaristique. Attention à ne pas négliger le plus important… Alpha Protocol ne préviens jamais quel truc sera plus utile pour un boss. Après avoir passé six ans à développer mes « compétences littéraires », je me trouverais bien con expédié en plein concours Kangourou supérieur. C’est le premier conseil qu’on m’a donné, « mets tout dans les pistolets ». C’est un très bon conseil.

Alors oui le bazar est un peu moche, peu dynamique et plombé par une esthétique globale qui fait un peu de la peine pour un jeu sorti en même temps que Red Dead Redemption mais je vais vous dire pourquoi ce jeu m’a procuré un gros « fun » dès le début, et c’est marqué sur la jaquette! Le « RPG D’espionnage ». On a effectivement l’impression d’être un vrai petit magnat des écoutes, de la manipulation et des réseaux. Le jeu serait presque cinématographique si les dialogues n’étaient pas aussi fixes : on débarque dans la partie, on fait son entraînement, on se fait engueuler si on rate des étapes, on part en mission, etc. Concrètement, ce jeu n’est qu’une succession d’espaces faussement grands (tu passes une porte : l’arrière est condamné) et d’ennemis plus ou moins nombreux à gérer mais l’impression d’être un personnage et d’interagir dans une grosse intrigue et parmis un paquet de persos dont l’attitude et les réponses adéquates sont à définir est plus que grisante! Tu incarnes Thorton, tu fais ce que tu veux, tu te comportes comme tu veux, zut la police, vous êtes la police!

Choisir ses armes, les upgrader, utiliser ses gadgets pour se faciliter les choses, faire des mini jeux de hacking/lockpicking qui trouvent le parfait compromis entre compétences brutes et simplicité, se façonner un personnage au gameplay bien précis, faire un run unique parmis tant d’autre et incarner un vrai anti héros qui peut se situer dans une formidable palette d’antihéros, de Jack Bauer à Hannibal Lecter.

Henry LeLand, alias le monopole du bon goût vestimentaire

Voilà donc les cinq éléments que je retiendrais toujours à propos de ce jeu :

  1. Le personnage le plus maboule du casting est évidemment le plus proche de la vérité
  2. «  »Mike and Sean, fuck yeaaaaah! » … with three exclamations points. »
  3. La satisfaction d’avoir un dossier complet sur personnage et lui balancer un élément embêtant de sa vie en pleine figure, perdre des points de réputation avec lui
  4. La joie d’incarner un vrai psychopathe après l’habituel premier run d’agent sympathique
  5. Un combat de boss sur une piste de dance. Je vous laisse la surprise pour la musique derrière. C’est épique.

Vieillot, déséquilibré et pas toujours génial mais son accentuation du scénario et sa réelle capacité à s’adapter très strictement à nos faits et gestes est inédite. L’alpha incarnation de ce trope. Ce dernier point enraye vraiment les autres défauts. Merci Amo, c’était un chouette cadeau. Je recommande et je fais un coeur avec les mains. Voyez comme j’ai aimé ce jeu.

Parce que j’aime les jusqu-au boutistes.C’est le jeu qui te mets un compteurs à orphelins à la fin de chaque mission, et qui te met un chiffre cohérent si tu est en Chine ou en Arabie Saoudite. Voilà, ceci était ma chanson de geste pour cette petite chose précieuse et fragile, qui m’a procuré bien plus de fun que le très AAA Mass Effect. Tout simplement.

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