Daily Archives: 26 octobre 2013

Rage impuissante

Comme je ne sais combien de millions d’adulescents sur Terre, j’ai vraiment aimé GTA V. Je comprendrais qu’on puisse lui reprocher pas mal de choses mais voilà mes « deux centimes » sur le sujet. Un mois depuis sa sortie et on a pu tous le finir et se forger un avis dessus. La hype est retombée, l’emballement médiatique, très éphémère mais bien présent le jour J, n’est plus. Concrètement, j’y ai laissé une soixantaine d’heure pour boucler le 100 % et sans beaucoup aller sur GTA Online; Un peu comme Persona 4 il n’y a pas longtemps. Quelques heures de plus que Skyrim. Investissement net et divers, pas comme Diablo que je me suis retapé quatre fois pour les succès.

Cette peinture des psys est... intéressante
Bon, il y a deux postures sur GTA V. Produit de consommation ? Vrai bon jeu ? Truc violent qui rend Jéhovah triste ? Peut être un peu tout à la fois. Je vais encore taper le même pamphlet : je ne fais pas la distinction entre bon et efficace. Oui, GTA V est un quadruple A+ qui a généré moult chiffres très imprécis diffusés dans la presse. Oui, il a demandé autant de pognon qu’un blockbuster américain et oui, on sent nettement cet amas de thunasses dans cet open-world puisqu’il permet de faire à peu près tout. En revanche, on se rend compte que le 4, sorti il y a cinq piges et testé il y a trois et quelques par votre serviteur, donnait la même impression à ses débuts. Deux choses :

– Je suis intimement persuadé que GTA IV et V se distinguent « d’un degré. » Rockstar a dû se dire «bon, on va pas faire de la next-gen mais on va ajouter tout une dimension.» Je considère qu’il y a tout une profondeur supplémentaire avec le 5, sans parler de gameplay asymétrique, de plusieurs persos etc etc. Non, un vrai ravalement de façade couplé à une façon de repenser le gameplay. C’est cliché à dire mais tout ce qui a été fait jusque là a clairement servi pour concevoir le 5. C’est la marque à battre, donc. Pas étonnant avec un postulat pareil et une attente de guedins du public ! Je me souviens du premier teaser d’il y a deux ans comme si c’était hier – on voyait déjà Michael parler – et je me souviens de cette époque où on spéculait un GTA V en France. Ben non, finalement, c’est Pokémon. Wow. C’est bizarre.

Deuxièmement, le 4 paraît bien chiant et premier degré comparé à ça. C’était mon premier contact avec la saga et ça passait plutôt bien – surtout fourni des Episodes Of Liberty City – mais oui, c’était marron, sombre, parfois un peu chiant. Chez Rockstar, la puissance du soleil est visiblement proportionnelle à la dinguerie de l’univers puisqu’évoluer dans Los Santos est beaucoup plus agréable, second degré, marrant – pas toujours mais en général – et agréable. Je n’ai jamais joué à San Andreas et mon dernier contact vidéoludique avec LA, c’était avec Cole Phelps. Je rappelle que le principal intérêt de ce bac à sable est la conduite + radio. Vivre des petits moments sympas quand votre chanson préférée tombe devant un soleil couchant, y’a que ça de vrai ! Los Santos est un vrai monde persistant, avec ses petits évènements aléatoires, bien scriptés, ses passants, ses milliards de lignes de dialogue (je serais curieux de savoir dans quelle part du budget va le travail sonore) et son authenticité. Y’a pas le Convention Center mais on y retrouve plein de petits endroits emblématiques. On pourrait se limiter à la ville intra-muros mais la carte est trois fois plus grande ! Un faux désert du Mojave, un massif montagneux, quelques plages, un téléphérique, autant d’espaces variés.

Trois parties de la carte, trois environnements différents, avec leurs radios, leurs mentalités, trois identités distinctes. Prendre un hélicoptère, survoler un lac avec les Doobies Brothers en fond sonore, c’est du caviar et je ne demande que ça. Beaucoup d’entre nous ont retrouvé des sensations perdues depuis Red Dead – sans les cougars qui one-hit-killent. L’environnement est magnifique, le champ de vision super large, c’est beau, c’est mieux animé, il manque que quelques images par seconde pour que ce soit parfait. Ho, et la technologie faciale de L.A. Noire n’est pas au rendez-vous, c’est dommage. Ça bloque au niveau de Team Bondy ? Dans les faits, GTA V est un énorme environnement rempli de milliards de collectibles et de possibilités. C’est au delà de mes espérances et c’est un énorme plaisir de le parcourir. En plus, fière tradition Rockstar oblige, on le découvre logiquement et graduellement, sans limitations.

Je répétè l’idée donc : tout est « un cran au dessus ». Ça pourrait être cyclique. GTA 6 sera next-gen et peut-être qu’il sera un peu chiant.

En revanche, il est plus compliqué de parler du scénario. Je ne sais pas vraiment s’il y en a un. C’est surtout l’histoire d’une amitié très bizarre entre Michael De Santa et Trevor Phillips. Deux habitués aux casses qui en foirent un, Michael simule sa mort, on le retrouve huit ans plus tard au soleil. Les retrouvailles font quelques étincelles et millions de dollars en plus. Au milieu, Franklin Clinton, la caution « ascenseur social » du jeu, pris entre deux feux. C’est d’ailleurs lui qui va incarner votre décision finale dans le jeu. En bref, deux persos et un miroir. Yathzee disait : « juste un jeu ou trois gars font des trucs» ça tape assez juste parce que le tout manque de liant. GTA 4 avait ses arch-nemesis, la progression de Nico dans la vie de truand, etc. Dans les 5, c’est comme si les persos avaient déjà vécu leurs GTA à eux avant que l’action ne commence.
Il faut prendre ça comme « un mois un peu dingue pour trois persos un peu dingues », rien de plus. Il y a bien quelques « méchants » qu’on va tous dézinguer en même temps vers la fin mais rien de plus. C’est une approche différente, moins feuilletonnante, il n’y a rien de mal à ça. Niveau rythme, c’est à chacun de gérer l’action comme il le veut, il y a suffisamment de missions principales et annexes pour tenir entre telle ou telle activité et garder un flux de « fun » continu. Le début est un peu chiant. L’intro est intéressante mais les premières missions avec Franklin sont pas bien palpitantes. Ça va venir, sans grand gigantisme, au final, on ne fait pas grand chose de vraiment dingue dans GTA V.

L’histoire de GTA V a donc une spécificité. Trois persos, trois storylines qui se croisent, trois bons persos. Vraiment. Si on reste à cette échelle, le jeu est réussi. J’aime bien cette culture du quarantenaire désabusé en 2013, c’est une tendance si PROTO HIPSTER.

Michael est donc votre victime lambda de la midlife crisis. C’est plus ou moins le narrateur du jeu : il pourrait se résumer au récit de ses conneries dans la chaise de son psy. Rien que cette idée est séduisante. Très cinématographique. Wow such Alan Ball. Bref, je raconte n’importe quoi mais ce perso est follement attachant.
Pas trop charismatique mais attachant. Un peu blasé de tout, un peu dingue, ayant un gros problème avec la gestion de la colère. Sa (dingue de) famille se barre, tout s’écroule autour de lui, ce mec est coincé dans une spirale surréaliste. Malgré tout, il tient bon en serrant les dents et il s’accroche à ses rêves de cinéma. Quand Trevor se ramène avec une nana dans un coffre, la réaction de Michael résume tout son personnage. « Putain, pourquoi moi ? » Les persos de la saga sont souvent désabusés mais ils ne le montre pas continuellement pas comme ça. Je trouve ça rafraîchissant.
Franklin est le perso de GTA de base. J’ai pas connu CJ et je saurais pas comparer mais j’apprécie son pragmatisme. Un peu cliché dans les « yo » « homie » et autre « nigger » – puis un peu lassé par ses copain débiles. Il tombe sur les bonnes personnes et a bientôt sa belle baraque à Hollywood. Enfin, Vinewood. Franklin Clinton c’est le bon copain, la bonne poire, un mec sympa mais gentillement con et pas bien réfléchi.

Je suis #teamTrevor depuis les premiers teasers. Ce mec incarne tout ce qu’on veut voir dans un GTA. Un pur concentré de dinguerie. Vêtements dégueux, calvitie hirsute, regard de fou, ancien de l’Air Force, remercié parce que trop dingue. Un pur aligné chaotique qui provoque la majorité des rires dans le jeu. Ce n’est pas toujours amené pour la joie et la bonne humeur – dans une scène, il a un comportement psychotique qui va terriblement loin et ça n’a aucune incidence sur rien ni personne, sinon provoquer un léger malaise pour le joueur. Son introduction est plus que mémorable et il va se payer le luxe de massacrer un personnage fondamental de la saga GTA. Comme ça, nonchalamment. Voilà donc votre psycho killer de luxe. Il n’aime pas qu’on lui rappelle ses origines canadiennes, il n’aime pas être traité de hipster. Tout ce qui gravite autour de ce perso et soit très drôle soit très malaisant. M’enfin, vous aurez compris l’idée.

Trois persos constants et qu’on aime voir évoluer. On pourrait dire « trois persos un peu cons ». Je sais pas. Tout le monde l’est un peu. On a accusé GTA d’être misogyne ; Et bien, oui, c’est certain, puisque les nanas font partie de cet univers où tout le monde est parfaitement con ou caricatural. Une héroïne serait cool et intéressant, c’est certain. Rockstar est le premier à jouer au petit con puisqu’il s’est prouvé bulletproof via une scène de torture qui n’a pas beaucoup fait parler. Certes, elle est usée pour un élément de caractérisation (et peut être de satire mais pfiou que c’est vague dans ce contexte) mais perpétuellement pousser le joueur à faire les pires conneries pour avoir les meilleures « notes » est une constante dans GTA V. SENTIMENTS MIXES DONC.

En parlant de constante étrange, GTA V a ce fétiche bizarre des tâches chiantes et redondantes. (Notez la masse d’épithètes dans cette phrase. C’est mon péché mignon) on va vous demander, en gros, de faire un pèlerinage de huit kilomètres à pieds dans le désert, de vous taper un triathlon d’une demi heure, de récolter soixantes collectibles dans la mer à vitesse d’escargot (trente à la nage, trente en sous-marin lent comme la mort) etc. Ce qui me fait penser que Los Santos et ses environs sont en fait une île, c’est un peu bizarre mais bref, l’idée est qu’il y a tellement de trucs à faire que le jeu est parfois aussi chiant que la vraie – il y a tout une couche « activités chiantement réalistes ». Du genre, faire du yoga à deux à l’heure en bougeant les joysticks, etc. C’est quasi-oulipien. Les développeurs, en plus d’être des petits cons, voulaient manifestement qu’on les déteste. Soit.

Et « tout », c’est quoi ? Enfin pouvoir nager, aller dans les profondeurs à poil ou en sous-marin, prendre tous les véhicules possibles (un zeppelin) faire X courses, activités, cascades, sortir entre amis, aller se payer du bon temps ou du sexe, les conneries habituelles d’un GTA. On y rajoute du golf, du tennis et on a tout le champ des possibles de la « trilogie » GTA IV. L’intérêt du truc étant le démon des détails qu’ont les développeurs sur leur jeu. Ils pensent à tout, le font savoir, se la pêtent un peu. Les show télé, les dialogues, les radios, autant de mini-productions qui valent le coup. Mickael a fini son film ? On peut aller le voir au cinéma, et Dieu qu’il est pourri. Ca ne vaut pas le fameux « Antoiiine ! Antoiiine ! » de ce machin d’arts et d’essai – même si rien ne supplante les films de Red Dead Redemption. Bref, vous voyez l’idée. Les fans de la saga pourront y voir moult caméos, bien cachés ou pas. Pas mal dans un jeu où les missions principales ne sortent pas vraiment de l’ordinaire – seuls les « Inconnus et Détraquées » apportent le petit grain de dinguerie qu’on attend du jeu. Persos bien doublés, animation impeccable, inutile de s’épancher sur le sujet, il n’y avait pas de doute en amont.

Y’a-t-il des ajouts particulier dans le 5 ? Rockstar a bien pigé qu’on avait tous aimé la mission No Leaf Clover dans le précédent et les casses font désormais partie intégrante du gameplay. Les circonstances font qu’on aura toujours besoin d’argent à tel moment, il va falloir planner la mise à sac d’une banque ou d’une institution locale, le FBI, par exemple. C’est là que bouzin se la joue Ocean’s 11, vous demande une approche « subtile » ou « agressive ». On peut choisir son équipe, sa manière de procéder, le jeu fait pas mal semblant d’étaler des possibilités mais il n’y aura pas d’énormes incidences à moins de vraiment le faire exprès.
Ces petits rajouts de gameplay sont frustrants car à l’importance minime : l’expérience de votre crew est pas bien importante puisqu’ils servent tous deux fois grand maximum, les « statistiques évolutives » des personnages sont risibles… des petits éléments qui font un peu semblant. Les « super pouvoirs » des trois persos, eux, sont bien utiles. Pouvoir ralentir le temps en bagnole ou en plein gunfight façon Max Payne, ou faire rentrer Trevor dans une transe dingue qui lui fait encaisser encore plus de dégâts : cool ! Les trois personnages sont bien « articulés », d’ailleurs. Oui, ils s’équilibrent bien en termes de caractérisation, mais le liant « entre eux » est bien fichu. On en choisit un, zoom-dézoom dans tout LA, petite animation pour faire le lien (une tonne en mode aléatoire, celles de Trevor sont géniales, y’en a une où on le voit vainqueur d’un survival game sur une île ok) et hop, c’est reparti. Tout est « pensé en trio », c’est cohérent, les trois vont piquer une voiture d’une manière différente. Michael invite prestement les passages à sortir, Franklin les fout de force par terre, Trevor les cogne contre le volant. Mamma mia, les petites touches.

Enfin, j’aime bien l’idée des GTA ancrés temporellement. C’est quand même un jeu où on assassine le wanabee Mark Zuckenberg, on voit ça partout dans la ville, le métro, la télé, autant de références à ce qui a bougé depuis 2008. Ce qui compte le plus ? Les radios, bien sûr. Une tripotée, quinze, avec autant de morceaux par radios – ce qui fait beaucoup dans l’absolu mais ce qui vous ramène très vite aux mêmes titres si vous en écoutez deux trois en boucle, comme une majorité de joueurs. Edge avait fait un papier sympa pour expliquer en quoi GTA éduquait musicalement les joueurs et je ne peux qu’opiner du chef : si on retrouve une caution rock classique, pop (avec tout ces morceaux d’eurodance 90′ ! Yippee !) soul, rap, disco et même country, je ne peux qu’applaudir devant la programmation de Vinewood Radio qui s’efforce de coller à l’actualité : Wavves, Sharks ?!, Thee Oh Sees (coeur avec les mains) Fidlar et autres machins qui seraient inconnus hors scène d’origine sans ce jeu. Le tout est bien mâtiné de guest-stars qui font les DJs, de talk-shows etc etc. Un bon point indispensable et complété par un score excellent qui ajoute une ambiance toujours adaptée au contexte : la « zik de fuite », la « zik de cambriolage », la petite « zik de la bicyclette », tout ça est conçu avec talent et intelligence et sert toujours ce qui se passe à l’écran. Tout ça devrait sortir en disque dans pas longtemps et c’est dispo sur Deezer.

BREF. GTA V n’est pas vraiment une œuvre minimaliste et arty mais je serais le dernier à lui reprocher. Je me fiche de la légèreté du scénario, je suis là pour l’environnement schtarbé, les personnages et la beauté globale du truc. Enfin, j’entends par là les beaux graphismes. Ça me dérange pas d’avoir découvert San Andreas (la ville) avec ce jeu, car il pousse le jusqu’au bout-isme dans des dimensions qui font plaisir, tout simplement. C’est un bon GTA, qui mêle beaucoup de choses, de tons et qui les traite bien. Ça me suffit amplement. GTA V est un très bon jeu et son battage m’a semblé justifié.

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