Daily Archives: 1 octobre 2013

Un peu de bon temps

OUPS. J’ai été pris en flagrant délit de manque de temps. Septembre aurait pu être un mois de rattrapages, il y a eu aussi quelques petits trucs en plus comme, disons, GTA V (un assez gros bouffe-temps) Breaking Bad, Papers Please il y a un mois, etc. Peut-être plus tard. Là, j’ai l’impression de mettre ce blog en soins palliatifs. J’ai tout de même eu envie de vous parler brièvement de The World’s End.
Même si j’ai envie d’en écrire des tonnes sur Breaking Bad. Pour l’instant, je me contenterais de dire que c’est une dernière saison très cruelle, cohérente et vraiment sympa en termes de caractérisation. Il se passe ce qu’il doit se passer à chaque fois et, bizarrement, ça sonne aussi inhabituel qui bien.

Il n’est peut être pas malin de lire des tas et des tas de pavés analytiques sur le sujet avant de voir le film – et il devrait être assez difficile de le voir au cinoche de nos jours. Il sortira en boîte pour Noël et c’est typiquement un film qu’il faut voir à l’aveugle, je l’ai fait et je ne regrette pas. Vraiment vierge de toute impression est un état d’esprit idéal pour voir ce truc qui aime sauter une armée de requins et changer le genre de son film en cours de route, comme ça, nonchalamment. Pourquoi celui-là ? Sans chercher un public niché, je pense qu’il peut davantage nous atteindre, nous les giks, parce qu’il invoque quelques codes qui traînent ici et sont généralement bien vus et parce qu’il est fait par des gens qui ont les mêmes passions, de toute évidence. C’est un peu général comme phrase, donc justifions.

Ça parle d’alcool et on y boit beaucoup. C’est un mécanisme narratif mais ça parle quand même d’alcool. Et mon rapport à l’alcool est super simple : il est nécessaire pour réseauter, mais je ne le tiens pas. Essayez chez vous, faites boire votre Concombre, il roule sous la table au troisième verre. Au quatrième, il décède, parce qu’il est à jeun et pèse trente kilos. D’ailleurs, le premier titre localisé en français du film était Le Dernier Bar Avant La Fin Du Monde, ce qui nous faisait hurler ; En tant que promotion un peu honteuse au bar qui pourrait te facturer l’oxygène ambiant. Tout va bien, c’est devenu le Dernier Pub, c’est quand même bien plus englishe.
En outre, c’est un film qui part d’une idée esthétique irrésistible : plus tu picoles, plus le monde autour de toi se désagrège. C’est quand même super séduisant.

Ce film fait partie de la « trilogie Cornetto ». C’est vrai, ça m’était sorti de la tête, mais ça rentre effectivement dans ce carcan – trois films n’ayant rien à voir mais fait par les mêmes gars. Edgar Wright à la réalisation (Scott Pilgrim VS The World, amour infini, ce simple critère est déterminant à lui tout seul) Simon Pegg (Benji Dunn dans Mission Impossible) et Nick Frost devant la caméra. Pourquoi la « trilogie Cornetto » ? Parce que la force des choses fait qu’un petit bout de papier de la même marque, ou les glaces, bref des Cornettos, font toujours un caméo dans les films – à savoir Shaun Of The Dead et Hut Fuzz. Dans ces trois films, Pegg se casse toujours la gueule en voulant poser et sauter une barrière. Dans les deux premiers, on parle de Pegg qui y incarne un personnage posé dans un univers tout à fait rationnel et réaliste, jusqu’à ce que quelque chose déconne et qu’on aille de plus en plus loin dans les strates de la dinguerie.
Par exemple, le premier est une zombie apocalypse, il faut donc en tirer les conclusions qui s’impose pour Le Dernier Pub. Enfin, les trois cultivent le postulat de la petite bourgade anglaise et du vocabulaire jolly. C’est 100% British et c’est très bien. Mixé à des genres de SF où à des pistes du même tonneau, fait par un gars dont le bon goût a été prouvé, c’est cool. Autant le dire tout de suite, le titre est effectivement un spoiler et le film YOLOTE suffisamment pour se transformer en post-apo dans les cinq dernières minutes. C’est osé, probablement un peu crétin, ça donne un plan final raté, je ne suis pas fan mais il y a surement pas mal de gens pour apprécier. Bref, un film pour des jiks, par des jiks, joie et bonne humeur.

Y'a aussi ce sacré connard de Walder Frey

Y’a aussi ce sacré connard de Walder Frey

Enfin, c’est un film sur un adulte qui ne veut pas grandir. Vous me direz que c’est pas nouveau mais quand on a 20+ ans, c’est toujours un sujet qui nous touche. A ce petit jeu, Simon Pegg est démentiel, voire touchant. C’est d’autant plus dommage que le machin commence un peu in medias res et n’apporte pas énormément de développements. Je ne trouve pas ça important dans le contexte. Deux visions m’ont suffi pour apprendre le film par cœur et pour noter que tous les éléments indispensables sont distillés à un moment ou un autre. En bref, c’est maîtrisé.

Tout ces paramètres font du Dernier Pub un film à voir. Les étudiants en cinéma, les connoisseurs et les cinéphiles y verront surement un film gentiment moyen, tendance sympa, un peu brouillon, mais je reste persuadé qu’il rentre dans un catalogue de films à culture geek HA JE SAIS CE MOT MAIS VOUS M’AUREZ COMPRIIIIIIS.

De quoi on y parle, d’ailleurs ? Cinq amis d’enfance retentent le barathon avorté un peu trop tôt, vingt piges auparavant – pas loin du jour de ma naissance, preuve que ça n’a rien de générationnel – dans la petite bourgade de Newhaven. The First Post, The Old Familiar, The Famous Cock, The Cross Hands, The Good Companions, The Trusty Servant, The Two-Headed Dog, The Mermaid, The Beehive, The King’s Head, The Hole In The Wall et The World’s End, autant de checkpoints où on aura droit à des gros plans chelous à base de verres qui se remplissent et oui, j’ai une mémoire terriblement sélective. Ce barathon va effectivement avoir lieu, devenir de plus en plus barré et c’est l’occasion de refaire un peu de numérologie, d’insérer des chiffres plus ou moins bien planqués dans les divers pubs pour distiller un peu la progression du truc, et aussi aider un petit culte autour de ce film car ouaip, c’est comme ça qu’on fait. Gary, Ollie, Andy, Peter et Steven se réunissent après vingt ans de vide – surtout emmenés par Gary, grand crétin irresponsable impossible à contredire. Quelque chose bascule et le film démarre enfin.

Ça commence comme un buddy movie sympatique, bien rythmé mais sans saveur particulière, avec quelques runnings gags pas bien brillants et une écriture sympa mais pas extraordinaire. Il y a des petites trouvailles visuelles mais qui n’égalent en rien le peps de Scott Pilgrim. Bon, ce n’est pas une adaptation, on ne peut pas tout inventer. J’ai donc eu un fantastique « gasp » de surprise à la vue de cette tête de robot qui décolle de ses épaules, à l’issue d’une scène de baston pas mal foutue. Au pub 4, paf, ça devient soudainement un film sur une invasion extraterrestre. Au final, après des zombies et un culte secret, ça ne pouvait qu’arriver. On se retrouve donc dans le « syndrome South Park » où les cinq personnages sont les seuls normaux dans un monde de dingues, ou plutôt de « machins ». Je sais pas comment appeler ça. Une beer apocalypse ? C’est marrant, ça sonne pas mal. On va la garder. L’expression.

Glou glouDonc j’imagine aisément que toutes les discussions autour de ce film sont à propos de ces différents sauts de genre. J’pense pas que ce soit confus. C’est juste une manière de faire. Un peu gonzo, un peu sans conséquences (et pourtant, dans la diégèse…) mais nécessaire. Ce film avait l’aura d’une truc un peu dingue et on ne peut pas surfer sur les codes visuels du post apocalyptique sans retombées. Il faut juste pas être fatigué devant puisqu’il accuse de deux trois longueurs et je connais des gens qui se sont endormis en cours de route. Trois quart d’heure de « tout va bien tout est normal » et une quinze de « yolo tout se barre en cacahuète mais il faut quand même le finir ce truc ».

Puis, Gary King. Il est irrésistible. En début d’année, j’avais pas mal aimé Hapiness Therapy (ce tiiiitre) parce que Bradley Cooper y est tellement, tellement impec’ en mec qui ne maîtrise rien autour de lui, à l’inverse de ses autres rôles plutôt flegmatiques. Gary King est un personnage flippé, un peu psycho, pas super bien dans sa tête mais toujours très positif. J’en ai connu des comme ça, j’en connais aussi et je suis sûr que vous en avez dans votre entourage. Ça apporte une dimension d’anti-héros pas encore tout à fait explorée et on sent que Pegg est à fond dans le truc. Bon, c’est aussi une question de caractérisation – le caractère insupportable de Gary est précisément ce qui va déclencher la-dite fin du monde, mais il y a du charisme dans cet éternel looser déchu. Les autres font un peu plantes vertes à coté, excepté de Nick Frost, toujours là pour assurer la bromance indispensable. C’est dommage mais encore une fois, les deux persos les moins développés se font broyer en engrais, alors à quoi bon ? Inutile de donner une tonalité grave gratuite au truc.
Et puis, hé, ça se termine sur une note bizarre, mais positive. C’EST PAS MELANCHOLIA QUOI.
Ha, et y’a Martin Freeman. (*Cris de fangirls*) Mais il meurt dans d’atroces souffrances.
Mine de rien, c’est aussi une petite réflexion sur « la connard way-of-life » et l’alcool en général. Le truc autour de la « ville un peu pérave » qui ne change pas a également son petit charme, mais ça reste dans la continuité des deux autres.

Quels sont les petits machins qui font la plus-value de ce film ? La BO. Oh que oui. C’est pas bien dur ni recherché, mais à l’inverse d’autres films dont la bande son est juste là pour faire « youpi je suis dans l’actualité » à la Kick Ass (damn, ce que le 2 est con) y’a une vraie cohérence d’ensemble parce que c’est beaucoup de Britpop. Ou pratiquement que ça. Le film commence sur cette petite tournerie rigolote de Mark Summer, y’a There’s No Other Way de Blur, mais aussi du Pulp, Suede, tout le film tourne autour du monologue d’intro d’une chanson de Primal Scream… et y’a une fantastique séquence autour d’Alabama Song des Doors. « Show me, the way, to the next, whisky baaaar~ » ha bah oui, forcément. Un petit moment d’angoisse collective très marrant et gentillement chorégraphié. Donc voilà, peut être l’occase de découvrir une ou deux pistes sympa.
Je note aussi le caméo de Pierce Brosnan qui vieillit, hé oui. Il est passé de « James Bond » à « méchant d’un James Bond » et c’est une peu le malaise en y repensant. Enfin bref, il a un rôle bien marrant et ça s’inscrit dans la continuité d’Hot Fuzz où on pouvait voir… Timothy Dalton !

 Pour résumer, je dirais qu’un vague buddy movie qui fétichise les pubs anglais, qui plonge à deux mains dans la SF gratuite et qui fait l’apologie des grands crétins ne se refuse pas. Même si on est #TeamGrenadine. Dites vous bien que si ce film ne virait pas de bord aussi franchement en son milieu – d’une part il ne ferait pas partie de cette fameuse trilogie, mais il serait resté un film comique gentil mais pas mémorable. Ce sont ces prises de risques, habituelles chez Wright, qui font que je parle de ce film aujourd’hui.

PS : D’ailleurs, le saviez vous ? Le Monaco et le Perroquet Bleu ont beau être mes boissons trademarks, j’adore aussi la Vodka Orange et les Tequila Sunrise. Mais bon, j’avoue, tout ça est très sucré, je suis une lopette.

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