Daily Archives: 12 avril 2013

Le complexe du scaphandrier (Deuxième round)

DANS LES ÉPISODES PRÉCÉDENTS. Concombre se lance dans la grande aventure du journalisme. Avec son profil un peu barré et peu adapté à la rigueur implacable des concours, il prépare le terrain et commence à se faire un réseau en, basiquement, picolant à travers Paris. C’est super efficace puisqu’il se fait recruter pour faire quelques piges rigolotes, dont une interview de Buono!. Comment préparer les écoles, ce qu’elles impliquent, si c’est compatible avec la vie universitaire et comment conjuguer tout ça. Un an plus tard, une nouvelle étape est franchie, mais il faut aussi faire avec un mémoire à rédiger…

C’est le moment idéal pour faire le point. Je suis en pleine journée « vide » – demain, c’est le concours Celsa, donc ma deuxième tentative pour intégrer la « voie royale » de la profession. Deuxième épisode d’une grande saga masochiste, entre racontage de vie et fenêtre sur cette formation beaucoup-d’appellés-très-peu-d’élus. Premières piges en 2012, premier stage en 2013. École en 2014? Ce serait génial, mais une warpzone existe, prouvant par la même que je ne savais pas vraiment m’informer. Prière de lire le post sus-linké pour piger les tenants et aboutissants (en gardant en tête que j’y suis un poil plus naïf et idéaliste sur la chose, donc un cran moins expérimenté). Qu’est-ce qui a changé, un an plus tard, et un ratage de deux points globalisé aux concours? Rien. Les écoles demandent toujours des profils clé en main, en supposant qu’on a le temps de s’y préparer, donc de négliger nos études où de prendre une année sabbatique – idéal pour bosser et capitaliser pour, par exemple, s’installer quelque part. Je ne ferais pas la même introduction sur le journalisme JV – toutes les problématiques de l’année écoulée m’ont convaincu que oui, c’est un journalisme de niche, qui peut être sérieux, rigoureux, qui a son public et ses emmerdes. Donc laissons-le tranquille pour le moment et, avec tout l’amour que j’ai pour le journalisme spécialisé (si un jour j’ai l’occase de bosser chez CPC ou similaire, je ne dirais jamais non) je suis un profil très « culture généraliste », c’est comme ça et on ne peut pas vraiment le changer.

Bon, je fais le rappel des écoles parisiennes. Sciences po, il faut un profil béton sinon c’est pas la peine. Le Celsa, c’est demain, donc bon. L’une des plus difficiles, avec un Anglais qui frôle le niveau maximal. La culture gé et actu sont des questions ouvertes sortie des ENFERS. Avec des questions putes et précises. Le double p de la mort. Après, c’est l’institut français de presse, qui demande un gros dossier, un mois de stage au préalable et un autoportrait. A ce stade seulement, c’est un concours (le plus facile du lot mais il faut avoir passé le premier cut) puis une journée d’examens-reportage. Bientôt Juin et son tri-concours, dont le CFJ et l’IPG. Synopsis d’article, actu et culture en deux notes séparées, un interminable questionnaire pourtant sur tout et strictement tout avec une notation NEGATIVE. C’est diabolique. Rajoutez l’épreuve de Grammaire où les malus sont doublés et hop, vous obtenez une journée diabolique qui approche les meilleures épreuves de téléréalité. Stratégie, métagame, etc. Tout y est. Ces QCM incarnent l’impuissance, on sait qu’on ne sait rien. C’est génial, c’est les concours. Les élus auront aussi une journée pour tirer un sujet de reportage et passer une batterie d’oraux. Ça n’a pas changé en un an : c’est bête, ingrat, injuste. Si vous êtes à Bordeaux ou à Lannion, de nouveaux instituts sont là pour vous, s’il n’est pas trop tard pour septembre.

Incroyable mais vrai. Il existe une warpzone. Une bypass rule. Ça s’appelle le contrat d’apprentissage. Le CFJ fait ça, par exemple. Travailler en alternance, suivre les cours, avoir le statut d’étudiant et d’apprenti pendant deux ans avec la carte de presse au bout de six mois? Avec une bonne chance d’être engagé en bout de course ! C’est incroyable, fabuleux, mirifique ! MAIS. Il faut trouver une entreprise qui vous prenne ET qui paye vos études. C’est le seul pas à franchir, il est énorme, gargantuesque, mais c’est le seul. Il faut donc choisir un établissement adapté à votre profil, qui dispose d’un minimum d’argent (si le patron n’est pas en prison, c’est mieux) et qui a un siège dispo. Bon courage. Moi, je vais tenter, parce que le gadin pour demain, je le vois venir de loin, de loin, hin-hin.

Les concours, c’est super pour faire une bonne école, donc avoir une bonne formation théorique et décrocher un stage. J’ai réussi, avec un peu de bon timing et beaucoup d’acharnement, à cheater la matrice et à directement passer par cette étape, histoire de gagner un peu d’XP. En gros, suivre les conseils de Reguen (cf. épisode 1) et découvrir la vie d’une rédaction, sa hiérarchie, son ambiance, comment ça se passe. Incarner Gaston Lagaffe est un bonheur est si ce n’est évidemment pas représentatif de la vie lambda d’un encarté (qui n’est pas collé à son desk et qui ne doit pas forcément passer par toute son ascendance pour valider un papier car lui l’aura bien fait du premier coup) ça permet une très belle fenêtre dans la profession. MAIS ALORS ! CA POSE PLEIN DE QUESTIONS ! ON VA Y RÉPONDRE ! Ça fera office de rapport de stage, que je n’ai pas à faire – puisque fait «  »en dehors de mes études » ».

Un titre à deux lignes ! A DEUX LIGNES !

Les terribles et horribles problématiques modernes d’une rédaction deux point zéro

– Blogging versus journalisme C’est l’évidence même mais il faut le rappeler : le style journalistique est froid, détaché, rapide et concis. L’inverse total de ce que vous lisez ici. Je me suis même pas mal fait vanner pour mes posts interminables : « Qui lit des pavés aussi longs? La réponse est personne ». Et c’est vrai. Si vous en êtes là, c’est parce que vous me connaissez depuis quelques temps déjà, les autres ont abandonné en cours de route. Ben ouais, les longs textes sont sympas à faire mais restent confidentiels : mon tout premier article a fait plus de vues que ce blog en six mois ! Un article sur Internet oscille entre 1600 et 2500 signes, j’ai fait monter un test JV dans les 6000 et quelques, un machin plus fouillé peut vaguement tourner autour des 4000… tout ça c’est très peu et il faut savoir dire beaucoup en peu de mots, tout en sortant la moindre idée ou analyse qui tourne autour du sujet. On a tendance à oublier que les autres ne sont pas dans notre tête. Les adverbes et les temps complexes sont à éviter, le moindre mot peut poser problème, les clichés et écueils sont nombreux. Ça, c’est de la théorie, ça s’apprend vite et rien n’empêche d’écrire pour les deux écoles en parallèle. « J’écrivais beaucoup aussi, mais j’ai commencé à arrêter avec un salaire ». Ah, ça, c’est un autre problème. Petite question annexe : le « relâchement du style » est il permis avec un sujet plus niché? Hé oui ! Si il y a une dichotomie évidente entre le Fig’ et Canard PC, sachez tout de même qu’un test sera plus « littéraire » qu’un article de fond sur l’actualité. Rien de plus chouette de constater qu’on peut parler de jeux dans un gros média du genre, avec le minimum de formes. Vous voyez, tout va bien, on va dans la bonne direction.

– L’INTIMITÉ SUR LE TWITTER Alors ça pourrait sembler être un débat à la con mais il est important pour les élèves d’écoles de journalisme, « formatés » – le mot est d’origine – pour ça. Peut-on continuer à twitter des conneries si on met son employeur dans sa bio? Deux écoles encore. Je fais partie de ceux qui s’en fichent. Même avec des rédac’ chef dans mes followers, je continuerais à Twitter des « niquez-vous » à deux heures du matin, tout simplement parce que je suis comme ça sur Internet, un peu dérangé, et que ça ne m’empêche pas d’être le plus sérieux et normal possible au boulot. Sans aller jusqu’à poster des bizarreries NSFW à 15 heures de l’aprèm – tumblr est là pour ça – je pense qu’on peut tout à fait continuer à assumer un compte twitter assez « gris ». Je signais chacun de mes articles d’un @LaDebauche dans mon profil d’auteur et ça n’a jamais dérangé personne. Il faut comprendre l’autre mentalité : chaque étudiant en journalisme est sommé d’avoir un compte pour des raisons évidentes et il est bien pratique et bien vu d’avoir son @NomPrénom. Il est évidemment plus difficile de coller des bêtises en lien si le compte à une « vocation pro », quand bien même je ne crois pas beaucoup à ça. Ça ne tient qu’à vous – mais j’ose espérer que les recruteurs vont jauger notre professionnalisme sur LinkedIn. On ne vit qu’une fois, mes braves ! Continuez à poster n’importe quoi, ne vous réfugiez pas derrière une façade ! (C’est peut être un mauvais conseil, mais ce mini débat me fascine)

– Mais tu es de droite alors? Si on me donnait un dollar à chaque fois qu’on me faisait cette vanne, je serais millionnaire, à la Bruno Mars. Je crois même qu’elle ma éliminée d’un entretien qui se passait alors plutôt pas mal, j’ai du tomber dans un piège façile. La bonne occase pour brasser le portrait d’un journaleux type. Il est évident que le print est anglé. Les éditos du matin de Thréard, surtout en pleine période de mariage gay, n’étaient pas vraiment mon « moment reboost » de la journée. Beaucoup d’articles web ont des titres un poil trompeurs et j’ai moi même un peu abandonné pour trouver une alternative au titre un poil sensationnaliste à ce qui était mon article le plus réfléchi et personnel. Toutefois, je pense qu’il y a une différence web/print à faire. Si les premiers sont aussi compétents et publient de temps en temps sur la version papier (ou alors voient leurs papiers adaptés s’ils sont repérés) on parle d’une joyeuse bande de jeunes où la moyenne d’âge doit être la petite trentaine d’année. Avec mes 22 ans, je suis un bébé, la plupart des stagiaires ont entre 23/24 et 28 ans. A aucun moment je n’ai senti de prise de position dans la moindre réunion édito. Tout le monde bosse, mais tout le monde est souriant, détendu, ça n’empêche pas les quelques moments de joyeux bordel et de passages de ballons de rugby à travers la rédaction. Limite c’était moi qui était un peu coincé des fesses à vouloir véhiculer une image de bon élève, à cacher le fait d’être vraiment très, très content d’être là. Non, vraiment, ces gens sont des amours et je suis sûr que la plupart des rédactions sont comme ça. Les angles se font par les vieux routards qui s’accrochent à leurs convictions. Je crois. Rien n’est sûr, hein. Mais c’est une problématique intéressante et il n’y a aucun préjugé. Je retiendrais un moment rigolo où un grand reporter du print, infichu de mettre son article en ligne, me tombe dessus en me prenant pour un chef d’édition. Comme quoi, les compétences, ça se partage ! Et les perspectives de carrière sont là, même si j’ai souvent entendu la phrase « Si je suis encore là… » mais hey, toutes les blagues ont un fond de vérité. « S’installer » pour longtemps n’a pas l’air d’être la mentalité ambiante.

Le journalisme musical > Le journalisme

Le journalisme musical > Le journalisme

Les lecteurs hashtag les lecteurs. RÉVÉLATION. Les lecteurs sont cons. Enfin, on précise; 100% des lecteurs qui commentent veulent donner l’impression qu’ils le sont. Règle numéro 1 : prendre son lecteur pour un « con » – c’est un principe journalistique de base et ce n’est en rien négatif, il faut juste fournir tout les éléments dans un article pour sa compréhension. Je suis, par exemple, un vrai con en mode et en sport. Par contre, dans l’acception con con, il y a les commmentaires. Vous pensiez que c’est un mythe? Pas du tout, et pas qu’au Figaro. On m’a rapidement prévenu « Lis pas les commentaires si tu veux préserver ta santé mentale ». Une fois, j’ai répondu, j’ai essayé de lancer une conversation, je ne le referais plus. Le Fig a lancé sa nouvelle version il y a deux semaines, du vrai pr0n d’interface. Parmi ses nouvelles featurettes : les journalistes peuvent se faire plaisir et sélectionner un com’ par article pour le mettre en valeur. Je me suis creusé la tête, mais sur une trentaine d’articles de mon cru, je n’en ai pas trouvé. Les gars qui commentent là bas restent sur leurs obsessions, trouvent toujours à redire sur Hollande ou le gouvernement quand bien même tu leur balance un sujet sur l’histoire du téléphone portable… bref, ils justifient bien le fabuleux Gorafi qui a égayé mes pauses déjeuner. Bravo, les commentateurs. Vous êtes bizarres. Et un peu teubés avec vos avatar à base de bérets et de Tour Eiffel.

Ho, si je ne devais garder qu’un conseil à partager? J’ai appris un truc qui pourrait peut être vous servir : dans ce genre de position, genre réclamer un stage, il ne faut pas avoir peur de relancer. A aucun moment il ne faut avoir peur d’être relou. Au contraire, c’est peut être ce qui fera de vous l’heureux élu. Excelsior !

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