Mon poumon en métal

Maintenant que Bioshock Infinite est sorti, on peut tous se faire porter pâle et y jouer comme des brutes. Pour tout vous dire, dès que je termine ce post, je m’y mets, la relecture va être pénible. Les chances sont fortes pour que ce soit le GOTY 2013. Ce n’est pas le sujet du jour cependant, mais les deux sont plus ou moins rapprochés. Souvenez vous de Bioshock, version 2007. On collait à ce jeu une identité « Steampunk », ‘aight? C’est vrai. On était dans un environnement aux codes visuels bien précis, qui empruntait quelques clichés de l’Amérique des années 50. Dans ce dernier point, c’est la même chose pour Fallout New Vegas. Infinite, donc, joue un peu dans la même catégorie – et sa couverture réversible laisse peu de place aux doute. Dishonored l’était carrément, on lui collait même du « whalepunk ».

Et encore, z'avez pas vu LA GUITARE !

Et encore, z’avez pas vu LA GUITARE !

Vous vous souvenez de Sucker Punch? Il y avait des traces là et là. On évoque souvent le steampunk mais on ne sait pas nécessairement ce que c’est. Pourtant, c’est un lieu commun de la fiction, surtout aujourd’hui ! Vous ne savez peut être pas ce que c’est, alors je vais tenter d’apporter un début de réponse. D’ailleurs, ça tombe bien – c’est le sujet de mémoire que j’ai pris pour ma première année de Master. Fétichisation transmédiatique du genre steampunk. Le titre est fourni clé en mains – ça traverse les genres de fiction et on en retient que l’identité visuelle parce qu’aujourd’hui, le steampunk, c’est surtout des cosplays et une tranche de design. Bon, je vais peut être pas le poster tel quel sur ce blog mais je vais introduire le sujet. Alors alors alors…

Le steampunk, késsadire ? Un terme dont on entend pas mal parler sur Internet. Ça n’a rien avoir avec le courant musical des Ramones ou des Sex Pistoles – on m’a déjà fait la vanne. Non, et vous comprendrez rapidement pourquoi, on pourrait coller le suffixe punk à tout : seapunk, skypunk… ces termes n’existent pas vraiment mais il serait simple de théoriser dessus. N’oubliez pas que ce sont des termes inventés de manière rétroactive qui s’appliquent sur un postulat littéraire. Verne n’avait pas ce mot en tête en écrivant 20.000 Lieues… mais la Gainax, en écrivant Nadia, probablement. Le « punk » cristallise quelque chose. Le steampunk, ce n’est pas une secte, ce n’est pas une marque, ce n’est pas une vue de l’esprit non plus, heureusement. Le steampunk, c’est un ensemble de codes de fictions. Ou, plus simplement, un type de fiction. Si on le prend au degré zéro, c’est un type de fiction où la vapeur remplace l’énergie principale, comme l’électricité ou le pétrole. Ce n’est pas franchement possible et ça explique l’étiquette « science fiction », automatique. On parle de « whalepunk » pour Dishonored parce que Dunwall marche à la graisse de baleine, ce qui n’empêche pas le jeu d’intégrer des éléments steampunk. Ok? Bon. C’est une énorme simplification mais on parle d’une notion assez floue.

A partir de là, un petit travail de définition s’amorce. On atteint un miasme de concepts sur lequel on ne tombe pas forcément au quotidien et rien ne dit qu’on puisse mettre des mots dessus. Tenez, par exemple. Une uchronie. C’est archi simple : une fiction uchronique est une fiction qui réécrit l’histoire à un moment donné. Bizarrement, la vaste majorité de ces histoires concernent Hitler. Prenez Inglorious Basterd, prenez La Part de l’Autre, prenez la moitié des épisodes de Red Dwarf ou de Doctor Who (les anglais kiffent Hitler) et on a déjà des comédies, un livre plus sérieux, une bonne variété de genres. Dans un autre registre, Battle Royale est une uchronie bien méchante – le Japon a gagné la deuxième guerre mondiale et c’est le bordel. Vous voyez, nul besoin de science fiction si on isole ce concept ! Le seul élément d’articulation, c’est l’Histoire. C’est aussi la constante de ces différentes codifications.

(C’est précisément à ce moment que j’ai arrêté de résister pour m’enquiller une première session dans Columbia)

Autre concept pas bien compliqué. Selon vous, qu’est ce que le rétrofuturisme ? Encore un bug temporel. C’est une manière de mixer passé et futur, un bon prétexte pour coller des vêtements anachroniques à des personnages. Le rétrofuturisme, c’est l’expression du passé dans le futur, et vice-versa. Plus clairement, vous vous souvenez de ces numéros d’Astrapi qui imaginaient les années 2000 avec – attention lieu commun de la mort – des voitures volantes ? Transposez ça dans les années 60, mais théorisé vingt ans plus tard. Ca donne les Jetson, ou, bien plus récent, Futurama. Une technologie balbutiante, surréaliste, cultivant ce goût du chrome et du kitsh. Quoique… là on parle peut être de futur vintage ? Je me perds dans mon propre truc. Bref, c’est la vision du futur dans notre passé immédiat et ça a cristallisé la création. Fallout et Bioshock sont les champions de cette catégorie, par exemple. Hugo est un beau film et collecte ces clichés, beaux à rendre sur pellicule. Il se passe même à Paris : sorti de la France et de la Perfide Albion, le steampunk n’est plus très pertinent. Dans les faits, ça lie les objets du présent ou du futur à la technologie d’hier : imaginez un ordinateur à la vapeur, une bagnole à la vapeur, des objets qui nécessiteraient une machinerie compliquée… et voilà pour le lien. Vous mixez ça à un sens du gigantisme et vous vous retrouvez avec des structures démesurées, des environnements ouverts, des rouages de trois mêtres. Encore une fois, Bioshock.

On s'éloigne un peu du sujet mais l'esprit est là

On s’éloigne un peu du sujet mais l’esprit est là

 Revenons donc à notre terme principal. La science fiction est un genre obligatoire avec le steampunk, le rétrofuturisme y est lié, l’uchronie est fortement probable. L’origine du terme est encore un peu floue à mes yeux – la piste la plus probable est une utilisation en forme de néologisme dans les années 80, dans une correspondance entre auteurs du genre et en variation à cyberpunk (hé oui ! Cet autre terme pourrait avoir été inventé en premier, ce qui prouve bien que « l’ordre des choses » n’a pas vraiment d’importance) pour devenir un courant qui a débordé de la littérature pour rejoindre une utilisation massive du fandom. Plus haut, je parlais de codes visuels – les rouages, par exemples, sont incontournables – et la couleur ocre bien rouillée est indispensable. Hop, vous avez en tête la station de métro Arts et Métiers.

On en trouve dans une variété de genres, dont le Policier (mixé à l’ère Victorienne, ça donne l’étrange Gaslamp Fantasy), le Western (souvenez vous, Wild Wild West) et pas mal chez Sherlock Holmes, récupéré par des auteurs contemporains, mais aussi par les versions films. Là encore, quel est le point commun ? L’époque Victorienne ! Les uchronies côtoient la révolution industrielle (parce qu’elle en a dévié, justement) et se passent, souvent, à la même époque. Aujourd’hui, c’est le style vestimentaire Victorien qui demeure parce que très emblématique. Allez faire un tour au Dernier Bar, vous verrez des hauts de forme, des lunettes d’aviateur et des montres à gousset, ce sont les clichés du genre, ils marchent parce qu’ils véhicule une certaine classe. Dans la littérature, ce ne sont pas des objets qu’on souligne, mais leur environnement. Le biais serait donc de penser que le steampunk est aussi une glorification de la domination angloise – oui, euh, non. On parle bien de codes visuels. En revanche, la présence d’orientalisme dans certaines oeuvres est avérée : le steampunk est souvent lié au roman d’aventure, donc à la découverte de continents eeeeet ça peut ramener une bardée de clichés d’époques, parfois en jouant avec, parfois au premier degré.
Des exemples plus proche de nous, exotisme mis à part – : pensez à FullMetal Alchemist ou au Disney Atlantis : l’Empire perdu. Vous voyez les points en commun?

Que lire pour approfondir tout ça ? Il est évident que le steampunk englobe divers types de fictions et qu’il est difficile de faire passer ce courant par écrit. C’est cependant un énorme vecteur pour le bouzin. Par exemple, on associe souvent Jules Vernes au steampunk. C’est, à mon sens, une erreur – si on trouve effectivement quelques codes visuels correspondant dans les récits fantastiques (De la Terre à La Lune etc, tous trouvables pour une bouchée de pain en poche dans de sublimes éditions – dont l’identité visuelle est reprise par des ouvrages sur le steampunk, d’où le problème) il est davantage question de rétrofuturisme. Je ne peux que recommander la lecture de ces ouvrages mais la nuance est à faire, subtile mais importante. Je conseille surtout la lecture de La Machine A Différences de Gibson, qui rentre bien plus dans le vif du sujet, en plus d’embrasser l’uchronie. Il n’est pas difficile de se lancer dans un gros catalogue : Les Brigades Chimériques en bande dessinée, Nadia en anime, Steam Powered Giraffe en musique, etc. Beaucoup d’ouvrages existent et sont plaisants à lire mais n’atteignent pas l’analyse et se content de photos de cosplay, aussi réussies soit-elles. Pour une vision méta de la chose, Olivize Caïra est une bonne valeur avec son ouvrage Définir la Fiction, chouette pour l’analyse de la fiction dans son ensemble. La page Tv Tropes dédiée collecte pas mal de trucs, mais hé, j’y ai touché un peu, ceci explique cela.

Aujourd’hui, le steamponque est surtout un vivier créatif dingue. On le retrouve dans le design, l’art et la mode, mais ça reste avant tout un mot très cool. En l’état, ça n’a rien à envier au mouvement gothique, c’est juste particulièrement obscur, comme n’importe quel mouvement de niche. Dites vous bien qu’en plus de théoriser sur un « proto-steampunk », les plus hardcore peuvent s’amuser à trouver des mécanismes encore plus précis : Clockpunk, Dieselpunk, Stitchpunk, NESTEAPUNK.

« Love the machine, hate the factory » Hé oui, on peut d’ores et déjà oublier Ayn Rand, La Grêve et l’Objectivisme. Les résidus d’aujourd’hui sont dans le JV, la télé et et et et les jeux de rôles qui adorent cette mouvance et cette esthétique. C’est vraiment le mot clé – esthétique – il ne manque qu’une mouvance picturale mais hé, on a les objets.

Pour aller plus loin : j’ai toujours trouvé qu’il y avait un un lien entre la littérature steampunk et survivaliste, post-apocalyptique. Sans entrer dans le délire des preppers, des mormons et des schtarbés qui restent dans leur bunker, mais le pivot est évident – le dystopique. Un genre de SF qui intervient après un évènement catastrophique, une guerre, une explosion atomique… et là, entre les deux, Fallout New Vegas, encore. Dans les livres, on parle de Barjavel, de Soleil Vert (qui est fait de spoilers) et autres fictions catastrophes qui, à chaque fois, enlèvent quelque chose à l’ordre établi. La nourriture, le soleil, les femmes, quelque chose. Pour une raison étrange – et c’est bien à ça que sert la recherche – les deux sont souvent liés. Ca me permet de conclure sur les masques à gaz, summum du cool, quand il ne sont pas sur le visage de Michael Jackson ou Justin Bieber.

Maintenant vous savez. J’espère vous avoir transmis mon amour des… rouages.
Oui, des rouages.

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5 Responses to Mon poumon en métal

  1. Meles Badger says:

    Dans le genre steampunk en jeux vidéo, Arcanum (sur PC) était vraiment sympa aussi, et mélangeant plutôt habilement (à défaut de subtilement) des éléments d’héroïc fantasy avec l’univers steampunk (avec forcément une dualité magie-technologie => ne JAMAIS utiliser le fusil à éléphant quand vous avez uppé votre perso en magie ; et au revoir la possibilité de prendre le train aussi :p).

  2. simon says:

    Bonjour,

    Je suis de littérature sf et je cherches une petite liste de bouquins se basant sur le steampunk et relativement recent (1970 et +).

    Si jamais vous aviez quelques suggestions ça me ferait plaisir.

    • Concombre Masqué says:

      Donc la Machine A Différences en tête de liste. Anti Ice de Baxter, et Vingt Mille Lieux sous les Mers pour bien choper les nuances. C’est déjà pas mal. 😛

  3. Mrmindwaves says:

    Même pas une petite mention au film Steamboy, ou même a l’ œuvre global de Katsuhiro Ōtomo?

    C’est pourtant le top tiers de la vapeur et du cyberpunk/steampunk ce mec la.

  4. Jojoji says:

    Chez Les Moutons Electriques, Retro-Futur! est au final + intéressant que Steampunk ; avec un bon passage sur les Cités Obscures (série de BD franco-belge) où ce n’est pas l’utopie technologique qui fonde l’uchronie mais l’utopie « urbanistique » (c’est plus clair dans leur livre^^ ).
    Et il ne faut pas oublier le Formicapunk forgé par Boulet http://www.bouletcorp.com/blog/2011/07/07/formicapunk/

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