Egotrip

(Post garanti sans aucune vanne sur Koh-Lanta)

« MER IL ET FOU ». C’est avec ces mots que Jason Brody court dans la jungle, fuyant les pirates d’une île inconnue d’Indonésie. Ses vacances ne commencent pas super bien – lui, son jeune frère, son cadet, sa copine et une poignée d’amis crétins passent du bon temps et font des activités de jeunes américains crétins. Ces farnientes de clichés ambulants ne durent pas toute la vie et ils se font soudainement capturer par des hostiles. Jason, en cage avec son frère, va faire une rencontre de geudin, s’enfuir, assister au meurtre de son frère et tuer son premier homme, le tout en vingt bonnes minutes. Jason se retrouve seul dans la jungle, avec son péni et son couteau, à pas savoir quoi faire sinon survivre et retrouver ses copains.

(Toutes les illus viennent de ce Tumblr)

Est-ce le nouveau script de Gondry? Est-ce une métaphore pour décrire l’évolution de la Wii U? Non ! C’est Far Cry 3. Jeu (fort) à propos sorti fin Novembre dernier. Voilà une bonne manière de finir de découvrir l’année 2012 avec un jeu important, penchons un peu dessus pour comprendre pourquoi.
Encore une fois, Far Cry est un jeu dont l’impact se mesure sur plusieurs phases. Je suis complètement étranger aux deux jeux précédent (apparament pas terribles) mais les premiers teasers de celui là étaient particulièrement convaincants. Souvenez vous. E3 2011. Ubisoft fait une présentation un peu maboule et portée sur la poudreuse. Ca ne les empêche pas de diffuser « La définition de la folie« , un teaser de 6 minutes bien barré nous présentant Vaas Montenegro, personnage emblématique du jeu – c’est lui qui se retrouve sur la pochette, alors que notre héros imite le Taupiqueur ! Cette séquence a effectivement fini dans le gameplay du jeu, vers le milieu, pas évidente à boucler. Jason Brody a effectivement une journée de merde et c’est un an plus tard qu’un autre teaser halluciné conclut la hype autour de ce soft. Sans ces préliminaires, on aurait pu croire à un énième FPS tropical sans intérêt. Fin novembre, le jeu sort, notes plus que satisfaites – dont un 10/10 made in Canard PC – et on comprend vite que les qualités du jeu ne sont pas nécessairement là où on les imaginait. Far Cry arrive avec un message et ses qualités de développement de personnage sont excellentes. Le reste, c’est presque un emballage. Je vous la fais courte sur mon habituel « on en a trop fait autour de ce jeu du coup pour ceux qui y jouent à la bourre c’est la mini déception parce qu’on s’en est fait une montagne blah blah ». Il est présent et c’est pas bien grave.

Bon, alors. C’est surtout une question de personnages, ce jeu. D’abord, on a Vaas Montenegro. Un vrai nom de méchant. C’est le premier être animé que vous voyez dans ce jeu. Son regard de dingue trahit bien sa personnalité. Ses monologues sont légendaires et ce monsieur se drogue beaucoup – comme beaucoup de monde dans ce jeu. Ça lui donne un petit je ne sais quoi d’attachant et c’est avec pas mal d’incompréhension qu’on pige très rapidement qu’il n’est que le « boss du disque 1 ». Le second des méchants, le dragon quoi. Choix étrange, mais une figure que vous n’oublierez pas de sitôt. Il m’a déjà tyrannisé une ou deux fois en rêve depuis.

Et là, c’est ALERTE CARACTÉRISATION pour Jason Brody. Ce jeu est intéressant parce qu’il a une approche bien à lui. D’habitude, un FPS, c’est le contrôle d’un malabar surentraîné, d’un personnage fourni clés en main. Jason, au mieux, c’est un fils à papa un peu paumé. L’intégralité du jeu le mène vers la « voie du guerrier »; Il va lentement se transformer en Rambo. Du mec tout à fait normal et trouillard, il passe à une brute insensible et à la limite du sadique. Tout ça en vue subjective ! Les procédés pour aider l’immersion sont nombreux. C’est très bien animé, on voit beaucoup ses bras, dans ses sauts, ses balbutiements, tout ça est très bien fait et très réaliste. On l’entend beaucoup parler et c’est bien plus subtil et amené qu’avec Lara Croft. La transformation n’est pas si progressive que ça mais on rentre pas dans ce schéma du « Oh la la je pleure parce que j’ai tué un homme et hop maintenant je peux faire trois headshots sans rien dire ». Nan, Jason Brody devient un vrai mauvais cul et ça se voit avec le miroir qu’incarne ses copains. Eux, on va les sauver au fur et à mesure du jeu, et ils ne comprennent évidemment pas pourquoi vous vous mettez à subitement kiffer la chasse au zébu. Le jeu se découpe en deux phases : votre personnalité change, puis vous pétez tout en rigolant comme un damné. Pour simplifier.

tumblr_mhaxxhYdRL1rerg8vo5_1280Et comment tout ça se passe? Un gloubiboulga de mécaniques de jeux Ubisoft. On est donc sur une île tropicale. On suit une storyline qui saute de missions en missions en ayant toujours la possibilité de faire ce qu’on veut entre temps. Ces activités annexes sont l’exploration, la chasse, la course et une pelletée de mini jeux. Pour dévoiler la carte, il faut grimper sur des antennes satellite (toujours une sorte de mini puzzle) et bidouiller des trucs. Magie, la carte se dévoile, vous pouvez maintenant exterminer des camps de pirates. Vous la jouez ninja, Brutus ou subtil, c’est comme vous voulez. Vous pouvez faire comme moi et vous infiltrer à la roquette – ou libérer le tigre de sa cage en bambou et le regarder se faire quelque frags. Attention tout de même, dans ce jeu, l’IA n’est pas ridicule. Tirer au sniper deux fois de suite au même endroit est une quasi certitude de se faire repérer, et les ennemis se déplacent en commando de manière très réaliste. C’est fait ? Yo-oh-oh! Vous pourrez vous attaquer à la faune et la flore. Pour améliorer son équipement et passer d’un gameplay frustrant à un gameplay un peu moins frustrant, il faudra toujours des peaux d’animaux. A vous le célèbre syndrome du HO PUTAIN UN TIGRE.

Donc tout ça reste simple et traditionnel. Plot twist, tout ça est assez intelligent. Je dirais même plus : fin. On trouve ces habituelles séquences d’hallus qui permettent de poser quelques profondeurs au jeu et au scénario. Certes, c’est plutôt sympa même si ça limite tous les combats de boss à des QTE. En fait, il y a du méta. Au delà de cette histoire de lavage de cerveau (dont vous êtes le héros et l’acteur volontaire), il y a … un propos plus ou moins caché dans ce jeu. Jason, et c’est un élément de gameplay, se drogue beaucoup. Énormément, même. Vous allez passer le tiers du temps de jeu à cueillir des plantes et à les confectionner en seringues. Le jeu est entrecoupé de citations d’Alice au Pays des Merveilles. Pas mal de trucs sont « volontairement incohérents » dans ce jeu, ou juste bizarres. Des petites touches de fantastique interviennent là et là. Le propos mystique est fort. On passe beaucoup de temps à se demander si ce jeu se termine comme Vol 747 pour Sydney. Je ne dévoilerais pas la réponse mais je dois avouer que oui, la fin est un peu décevante et expéditive, qu’elle quelle soit. J’ai eu la « bonne » en pensant l’inverse. L’autre est deux fois plus prématurée.

Bien sûr, il faut parler du terrain de jeu : l’île. Pas évident de varier les décors : le jeu nous ballade quand même dans quelques environnement troglodytes et nous fait vivre une petite aventure sous-marine qui fera sourire les fans d’Uncharted. C’est très très vert et bleu. La découverte et l’exploration sont encouragés par une poignée de collectibles à choper : reliques, missives, cartes mémoires. Par contre, sur 360, c’est assez moche. Clipping, textures à la bourre, ce genre de choses qui me font toujours plus douter de mon écran (probablement fautif dans l’histoire. Sur un autre chez un ami, c’était bien plus beau) – mais je ne doute pas que sur un matos normal ou, disons, un PC, ça doit être impressionnant. Toujours est-il que je n’ai pas ce souci sur Dishonored ou Infinite… mais eux ne sont pas des environnements ouverts et ne permettent pas les voyages en deltaplane ou en wingsuit !

LA MAUVAISE NOUVELLE, C’EST QUE LE MULTI EST A CAGUER DANS LA PAMPA TROPICALE. Ça partait pourtant pas si mal : il s’agit d’un scénario alternatif qui trouve – subtilement – ses ancrages dans le mode solo. On parle d’une relecture de l’affaire Costa et d’un casting de quatre gus à la Left 4 Dead – le capitaine s’est barré avec de l’argent, ils veulent le récupérer parce que l’argent c’est sympa. Le gameplay est le suivant : six missions où on doit traverser des villages, tuer des gens, traverser des villages, protéger des trucs qui avancent à trois à l’heure et traverser des villages. Affronter des vagues d’ennemis pendant cinq heures n’a rien de sexy. C’est redondant, ça n’a aucun intérêt, les mini-jeux ne sont pas très fun et la difficulté du truc est ridicule – il faut une dizaine de balles à n’importe qui pour mourir. De votre coté, vous ne pouvez vous soigner qu’aux affres de la mort. C’est complètement con. C’est pas très beau. Ça a manifestement été fait par une autre équipe et ça se voit. Sur PC, ça doit être relativement sympa avec un support en ligne et trois copains. Sur un canapé, c’est l’enfer. Pas plus de deux personnes en local – c’est naze et incompréhensible – et fini à la pisse – et là c’est un peu scandaleux. C’est un peu caca mais ça permet de compléter un jeu qui n’est en rien difficile niveau succès.

tumblr_mhaxxhYdRL1rerg8vo10_1280Ça ne gâche pas grand chose, je ne suis pas du tout apôtre du multi en ligne. Au contraire, ça permet de rapprocher les gens en leurs trouvant un ennemi commun. Je ne sais pas, jouez-y avec votre nouveau beau-père ou votre copine potentielle, vous putasserez sur ce mode, ça brisera la glace.

Enfin, l’interprétation est surprenante. C’est un élément clé pour un jeu qui mise beaucoup sur son immersion : faites comme moi, passez en Vostfr dès le début. Ça bouge, parle et réagit de manière réaliste, malgré les habituels regards vides.

Far Cry 3 est un jeu à couches, toutes délicieuses et carrées. C’est l’Opéra du jeu vidéo. Sa cohérence est exemplaire, son gameplay est parfaitement articulé (la moindre action à des conséquences positives sur le reste !) son propos est aussi subtil qu’ouvert et fort et des tas de petits trucs, dont une body awareness rare, viennent boucler ce bon esprit. Si vous êtes confronté à un esprit un peu fermé sur la violence dans les jeux vidéos, expliquez lui posément ce qui arrive à Jason Brody et la manière dont c’est traité. Ce sera probablement un début.

Mention spéciale pour l’arme qui prend quinze secondes pour être rechargée.

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One Response to Egotrip

  1. Hackatosh says:

    Il n’y a pas que Jason qui se drogue, il y a aussi ceux qui tentent d’interpréter le jeu qui en prenne en masse…
    Je me rappelle avoir lu un pavé de 2 pages expliquant de façon très détaillée pourquoi le jeu était une représentation symbolique de la production d’un jeu vidéo. Avec Hoyr comme symbole du producteur.
    Me semble que c’était un canard qui avait pondu ce truc.

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