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La classe américaine

En passant avant les hostilités : je suis en train d’optimiser un peu le blog, dans le sens où j’ai enfin réduit le poids des bannières, qui faisaient toutes un demi Mo en .png. C’est comme ça, je suis pas toujours un apôtre du bon sens. J’essaie de mettre un peu à jour la page « Best Off » pour y indexer les articles les plus consultés (c’est chouette parce que ce sont tous ceux qui ont demandé le plus de boulot) et la « Première Visite », qui est, à mon grand bonheur, très souvent consultée depuis que j’en ai enfin fait quelque chose.

Voilà un nouvel épisode de notre grand feuilleton « Les Américains sont meilleurs que nous quand il s’agit de divertir » ! Aujourd’hui, nous nous attaquons à une institution, un fondamental qui fêtera bientôt sa quarantième année. Les chances sont grandes que vous ayez récemment entendu parler du Saturday Night Live. Si vous êtes un casual des médias ricains, vous l’avez lu plein de fois sans trop savoir ce que c’est. Si vous êtes bien branché « esprit Internet », vous le connaissez déjà un peu par des moyens détournés. Enfin, si vous avez Canal, vous aurez vu Le Débarquement, récente adaptation française par Dujardin et compagnie. Ok, on va expliquer ce que c’est et on va faire la comparaison. Avant toute chose et pour teaser un peu, c’est loin d’être le premier concept Américain que Canal essaie d’adapter et ce n’est même pas la première fois que le SNL passe par cette case dans l’hexagone : les soirées des Nuls étaient dans le même esprit (avec le même succès critique) et un Samedi Soir en Live a déjà vu le jour, mais pas pour longtemps, cette adaptation tombant dans cette période un peu malheureuse de 2002-2004 où chaque nouveauté durait deux ou trois émissions. Prochain pilou! Entre les deux, en 1993, Hazanavicius avait tenté sa propre formule avec quelques uns de ses copains. Ça semble avoir le même destin que le présent Débarquement.

Le Saturday Night Live est une émission phare de NBC, la chaîne qui a un joli phaon coloré en guide de logo, au cas où vous vous seriez demandé ce que c’était. Aux USA, on en parle pas beaucoup au boulot, dans la vie ou sur les autres chaînes car le SNL est devenu un élément du quotidien, dans le sens où il est ancré dans les médias depuis toujours et son annulation n’est absolument pas prévue. Le SNL est présent aux states comme les impôts, Wall Mart ou le Superbowl. Voyez ça comme des Guignols qui seraient restés drôles avec le triple de durée de vie. On le commente pas parce qu’on sait que ça reste bien. Il n’empêche que son contenu est très discuté sur Internet, notamment sur TV Tropes où il occupe un genre à lui tout seul. Le SNL est donc une émission hebdomadaire – le Samedi et en live, d’où le titre, enregistrée à New York dans le fameux 30 Rock, immeuble qui inspire la cool série comique du même nom. D’ailleurs, Tina Fey ne joue pas que Liz Lemon dans ladite série, c’est aussi une intervenante régulière du SNL. Ce show possède depuis toujours, et avec quelques roulements, une batterie d’auteurs réguliers. Pourquoi? Ce n’est pas vraiment une série mais un show de sketches possédant toujours deux pauses musicales. Ces sketches (qu’on appelle aussi « skit », on va dire de manière simplifiée que le skit est au one-man show ce que le minijeu et au jeu, notez que ce mot a débordé pour désigner les extraits des Amv Hell) sont joués devant un public qui aura réservé sa place depuis trois ans, souvent pour se foutre un peu de l’actualité politique ou culturelle États-unienne. Vous saurez facilement définir ce que ce terme englobe, par exemple, l’avant dernier mobilisait, pour Noël, un skit rigolo parodiant Charlie Brown.

Il s’agit là d’un humour assez caustique et incisif mais c’est localement vu comme un humour à cycles. Selon les américains, le SNL devient trop caustique, s’assagit, se politise un peu, tout ça par paquet de demi-douzaine d’années. Évidemment, c’est diffusé depuis plusieurs décennie et les fans peuvent déterminer les heures du gloires du show, heures qui sont en fait des douzaines d’années. Le show a bien évidemment évolué au fil du temps mais a su garder ses lignes directrices. L’une des particularités, notamment, est le fait d’être écrit à deux niveaux – d’abord par ses intervenants réguliers, égrenés pendant ce générique pas terrible, mais aussi d’accueillir un guest qui va apparaître un peu partout dans les sketches de la semaine, parfois pour conduire le live. Justin Timberlake ou Dave Grohl, par exemple, est un habitué du show et a déjà joué avec ses cinquante groupes. Enfin, je ne pourrais pas vraiment en parler dans les moindres détails, je n’en regarde qu’un sur cinq environ. En fait, vous avez déjà vu plein de choses issues du SNL : le fameux skit « Mmh Watcha Say », qui parodiait cette séquence absurde, le « Dick In A Box », le « I’m Fucking Matt Damon » et plein d’autres, notamment tout The Lonely Island. Moi je vous recommande de prendre le train en marche, de remater ça avec un peu d’astuce sur les sites de rediff dédiés, de demander à tante MadDonald de vous envoyer les Vhs par les meilleurs services de transit en vigueur, notamment eztv et rlslog.

Ce qu’on peut en retenir, c’est que c’est le divertissement le plus luxueux et ancien qui soit à la télé. Pas étonnant qu’on tente de le localiser tout les six ans. Voilà pour la brève introduction ! A regarder si vous aimez l’humour glacé et sophistiqué, un peu poseur et avec plein de moyens derrière. C’est bien moins coincé qu’on peut ne l’imaginer mais ça reste résolument « américain », avec tout ce que ça implique. Bien bien bien.

Jean Dujardin, qu’on ne présente plus, s’est donc lancé dans l’adaptation de ce format après sa tournée triomphale post-The Artist. Comme précisé ci-dessus, il n’est pas le premier et inutile de développer le fait que lui et Hazanipouet sont assez proches. Monsieur a donc réuni une équipe de comédiens (notez bien la terminologie : pas d’auteurs, mais de comédiens) qui sont tous potes et qui ont tous bossé avec Canal de près ou de loin, on va pas de mentir. Une grande bande de potes, il est vrai, rien de mal à ça. Il n’empêche que tout ça fait un peu copinage et comme vous le savez, la présomption d’inceste est ce qui se rapproche le plus de l’insulte suprême. On va dire que c’est plus ou moins nécessaire pour le premier numéro et que ça peut attirer des jeunes talents, pas comme le Petit Journal qui se retrouve cantonné à un (très gros) sac d’invités copains qui tournent en boucle. La promo se lance, on est quelques un à être discrètement hypés. Bizarrerie numéro 1 : Dujardin and co. se défendent de faire un « SNL français ». D’une part, je ne sais pas pourquoi refuser cette héritage, ça n’a aucune connotation négative (bien au contraire) et c’est du beau bullshit parce que oui, c’était exactement la même chose. Des sketches, – je mettrais toujours un e à la fin, oui – des chansons, des smokings, beaucoup de « ha ha ha ha à la Dujardin » et un casting all-star qui pioche dans tous les trucs a minima talentueux qui ont fait parler d’eux récemment. Par de guest-star, ce qui n’aurais pas de sens puisque le rapport auteur/comédien n’est pas exactement le même. Deuxième détail : pourquoi « Le Débarquement? » n’était-ce pas une vague américaine sur une plage française? Je veux dire, ils le font exprès où l’hommage est assumé dans le fond…? Je suis un peu perdu.

Un homme sur deux est une Tour Eiffel !

Un homme sur deux est une Tour Eiffel !

 Pour mater ça, un vendredi soir et en concurrence directe avec Koh Lanta (super idée, ça, ça ne les aurait pas tué de faire ça aussi le samedi) il fallait se taper la pire journée de promotion de l’existence ! Trois heures de promo compulsive. Un teaser, une pub, une pastille rappelant l’existence du programme toute les deux minutes, au sens strict, premier degré et littéral. L’access prime-time avant était horrible, de la pure branlette – il n’y a pas d’autre mot – effectuée sur la longueur par le grand yaka Michel. C’était parfait pour dégouter n’importe qui, du Canal dans ce qu’il fait de pire, du bon concentré de suffisance qui n’annonçait rien de bon et qui, au mieux, allait décevoir. Au final? Mmmouais, pas mal, encourageant. Disons que cette promo massive s’explique par l’ampleur des moyens déployés, en plus de constituer un vrai risque qui, effectivement, s’est vérifié.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que tout le monde peut encore découvrir les deux. Le premier est diffusé sur un format régulier (duh) et l’autre a un deuxième numéro commandé et dans les tuyaux. Cette première mouture était fort potable mais bon sang ce qu’elle était montée au diesel. Le tout début était bien naze et pas drôle, comme si le but du jeu était de nous faire peur et de nous éloigner fissa de l’écran. Non, il s’avère qu’ils se débarrassaient juste du plus faible avec un skit écrit pour fonctionner en deux temps, le premier étant délibérément sans humour aucun. Après, c’est parti pour la série de tableaux sans contenu politique ou réellement culturel – dans le sens inscrit dans le temps, sinon une série rigolote mais attendue de fausses pubs sur l’Iphone, ça n’a juste pas grand chose de local – juste à l’humour très aléatoire, façon Seth MacFarlane. A partir de là, ça implique une infinité de skits possible si la manière et l’humour sont toujours derrière. En revanche, non, ça n’avait rien de caustique ou d’incisif, sinon quelques piques très discrètes envers la mentalité Canal actuelle et l’infotainment en général. Le truc c’est que l’ensemble se fait toujours dans l’auto référence qui, pour le coup, est bien de chez nous. Bon, je fais mon esprit chagrin, il y avait quand même pas mal de bonnes choses. Des costumes partout, des chansons (avec de bonnes idées mais véhiculant parfois un malaise de débutant) de la classe ambiante et pas mal de mauvais esprit. Pas d’humour scato mais beaucoup de sketches à la con, ça n’a rien de négatif, ce sont les meilleurs. Ceux qui ne font pas sens mais qui sont juste drôles, un peu façon Pérusse. Donc oui, il y a quelque chose.

"Un homme sur deux est UN LOUVRES !"

« Un homme sur deux est UN LOUVRE ! »

Du moment qu’aucun périodique ne nous sort un « le renouveau de l’humour à la télé » où ce genre de titre, tout va bien. C’était de qualité acceptable sans pour autant s’engager, ce qui prouve qu’on peut encore faire rire avec un humour sorti de nulle part. C’est encourageant, non? Par contre, peu de monde était devant son écran ce soir là. Canal a bien trop concentré ses efforts et c’est comme si cet essai était déjà oublié par tous. Discret, ambitieux, lourdingue et encourageant, Le Débarquement c’était tout ça à la fois. Je ne vais pas comparer un numéro à une émission vieille de quarante ans – parce que oui, la réelle visée de ce post est de vous encourager à mater le SNL – mais les formats français peuvent exister et peuvent être potables.

En fait, ce qu’il nous manque, c’est des vraies gueules. Inconnues, charismatiques, avec plein de cheveux. Pas le cliché adolescent que le cinéma aime bien faire évoluer. Juste une bande de pince-sans-rire qui feraient les pires conneries sur scène. Comme le Morning Live, en sage et en bien plus « actuel ».

Bon, peut être qu’aujourd’hui le divertissement a juste évolué dans une succession de concepts bizarres, genre faire une compétition de plongeon avec des ex candidatsde real-tv. Mais ça n’a aucun sens et ça reste une adaptation, duh.

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