Daily Archives: 23 février 2013

Tu t’es fait ça à toi même

Après tant de sujets joyeux, rupins, bucoliques, folichons etc etc (15 lecteurs perdus après cette énumération) je vous propose de directement entrer en dépression et de considérer d’autres sujets, comme la vacuité de l’existence, l’illusion, la guerre, la mort, etc. Joie et bonne humeur ! Aujourd’hui c’est Spec Ops : The line qui passe sur le billard. On se retrouve après l’habituelle tartine d’intros.

Ok, 2013 dans le JV ne se lance définitivement qu’avec Tomb Raider, qui sort dans deux semaines. Je le teste dès Lundi (c’est le premier jeu que je reçois, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça très sale, quand bien même je suis un habitué de la section musique de RLSlog) et je ne me priverais pas d’en parler ici. En attendant, je continue de rattraper 2012, après l’article précédent et avant Far Cry 3.
Spec Ops est un jeu très très particulier. Je lâche le morceau de suite : c’est bien, et ça ne coute plus grand chose. Visiblement, le jeu de 2K ne s’est pas bien vendu… dix huit mois plus tard, il se retrouve pour peanuts sur Steam et les boutiques en ligne. L’acheter en occase ne pose aucun problème non plus alors profitez-en. Avant de nous plonger dans le futur et la nouvelle génération, il est encore l’heure de subir quelques feels bien sentis.

Pourquoi tant de retard? Ce peux sembler très peu intéressant et neutre si on ne prend pas la peine de se pencher sur son contenu. Or, l’un de mes fers de lance en 2012, vous m’avez peut être entendu le déblatérer dans tel ou tel média, c’est le cynisme des shooters. Les Call Of et consorts, pour généraliser. Dans l’absolu, ce sont loin d’être de mauvais jeux mais ce qu’ils représentent, les chiffres qu’ils génèrent sont crades. Ce n’est même pas une question d’éthique ou de No Russians – on a juste l’impression que ces jeux tendent à vouloir nous prouvent que l’humanité ne devrait pas exister. Je vais faire mon David Cage, mais c’est un pan de l’industrie qui ne brille pas pour sa maturité – surtout quand on voit le public visé. MAIS QUEL HASARD! Spec Ops et Far Cry sont deux jeux avec un propos (un poil différent) derrière. Allez, osons : Spec Ops c’est un peu le Funny Games de la guerre sur 360. Là, le spectateur, c’est le fan du jeu de guerre cliché qui ne joue donc pas à Spec Ops. Ok, je m’embrouille.

Toujours est-il qu’il profite d’une certaine aura. Relativement discret pour sa sortie cet été, il truste les tops annuels de différents critiques. Le méga flegmatique Yathzee le met en numéro 1 « pas pour ses qualités de jeu vidéo, mais parce que tout le monde devrait y jouer ». Sa review de Juin est perturbante : d’habitude stoïque, il confesse un « réel malaise physique » et sort une vidéo toujours excellente mais clairement déprimée. Ok, la pression. Spec Ops est une subversion du jeu de guerre, qui te fait faire des choses éthiquement discutables et qui te met le nez dans ton caca la seconde d’après. Ça, vous l’aurez compris… sa réputation le précède et ça joue en sa défaveur. Résultats des courses, je m’en suis fait une montagne et j’ai été un poil déçu de l’expérience. Je vais fatalement vous transmettre ce sentiment mais ça en vaudra toujours la peine, rassurez vous.

Voilà le topo. Tout ça se passe dans un Dubaï quasi dystopique – ici, une tempête de sable géante. Vous êtes Walker, chef de la section Delta, accompagné de ses deux bros/copains de chambrée/péons Lugo et Adams. Vous trois êtes à la recherche de la Section 33, brigade partie à la rescousse des civils mais disparue depuis. Bonus track : vous êtes aussi sur les traces de Konrad, ancien copain avec qui vous avez partagé de sales expériences. Ce jeu n’aurait pas la même vitrine si tout se passait si bien – les choses tournent évidemment pour le pire. Bon, à partir de ce moment, je vais faire le maximum pour ne pas spoiler, mais dans l’idéal on devrait se lancer dans ce jeu sans rien savoir à son propos. Évidemment, l’hommage à Heart Of Darkness est là (devine comment s’appelle l’auteur?) mais on retrouve des clins d’œils à d’autres films du même genre. La guerre c’est pas bien, etc. Donc si vous comptiez vous lancer dedans de toute façons, considérez l’option de vous arrêter ici. Là, je vais dévoiler quelques petits détails qui font le suc du jeu.

Spec Ops rentre dans cette catégorie de jeux qui vous lancent dans une ligne quasi-droite et ne vous donne qu’une poignée de mobs pour vous ralentir. Heureusement, ce n’est pas un long couloir à proprement parler, juste un environnement fermé qui sait bien faire illusion. Un peu comme Max Payne quoi, avec une diversité moindre de décors. Ici, on traverse déserts, bâtiments plus ou moins folklos,  etc. Aucune idée de la fidélité avec la ville d’origine. Le Burj Khalifa y a une place importante et c’est tout ce qu’on retiendra. Niveau ennemis, c’est pareil : on passe de petits péons à poil à de tanks humains qui prennent deux chargeurs pour commencer à saigner un peu. De plus en plus nombreux, dans des conditions de plus en plus démentielles, culminant dans une salle à stroboscope, plaisir ultime et sadique de 2K. Aucune plate forme, pas de figure de style, pas de compétition surprise de disco. Se planquer, tirer, survivre, marcher un peu, recommencer. Super simple en facile. Pas impossible en hard mais potentiellement très frustrant sur certaines séquences. On est dans le désert, les balles sont rares, il faut bien les utiliser. Pas nécessaire de s’imposer ça si on ne cherche pas les succès à tout prix – tous très simples, en passant. DONC. Qu’est-ce qui fait de Spec Ops un jeu si particulier?

Spec Ops est une subversion du jeu de guerre. Ça, on le savait déjà. Le truc c’est qu’il a cette tendance à envoyer le joueur se faire voir et lui demander clairement « mais pourquoi est-ce que tu continues à jouer? En éteignant la console, tu pourrais éviter tout ça etc etc ». Au cours du jeu, Walker et ses deux potes vont changer. Une vaste opération de descente aux enfers s’amorce. Ça passe par une transformation physique, morale, une bardée de petits détails qui font de ce jeu un truc très original et bien pensé. Quand vous incarnez Walker, tout le monde autour de vous hurle des milliards de phrases contextuelles différentes, de plus en plus violentes. Plus vous jouez, plus les exécutions sont « personnelles » et plus vous allez vous sentir coupable de tremper dans tout ce merdier. En gros, ce jeu arrive assez bien à être immersif sans pour autant être à la première personne. Bon point, souci du détail évident, ok.

Ce jeu est un ensemble composé de deux strates. Le cœur, c’est un shooter pas bien folichon. Le gameplay n’est pas mauvais, juste très banal, sans particularités. Il est enrobé d’une pelletée de mécanismes qui distinguent ce jeu des autres et qui, je l’espère, donneront une autre idée du shooter AAA à pas mal de gens. Il passe d’abord par un rapport joueur/perso assez ténu. Ce jeu s’amuse à renverser l’échiquier toutes les deux secondes. Assez rapidement, vous allez tuer des compatriotes Américains. Puis plus que des compatriotes Américains. Puis on ne comprends plus ce qu’il se passe et le « pourquoooooi » va devenir ambiant, sur l’écran comme pour vous. Ce sentiment est démentiellement bien insufflé : on ne sais même plus ce qu’on fait là, la finalité de tout ça, comment on y est arrivé.
Le message pourrait paraître un peu débile mais il ne l’est pas du tout dans le contexte.

L’ensemble est travaillé. Ce jeu est une énorme transition : les personnages ont des storylines subtiles, sous-entendues. Elles évoluent lentement. Les petits intels à collecter, mécanisme narratif par excellence, vous permettent d’avoir quelques détails sur l’ensemble. Il dose le drama quand il faut. Pas de pause, juste quelques petits signes (avoir une chanson très chouette de Deep Purple en plein gunfight est une pause, on en est là quoi) qui détendent.

C’est « Shit Happens : le jeu » ce truc. Il va vous chercher votre fibre morale et la titiller – sans qu’on ai le moindre choix. L’horreur de la guerre – eurgh ce genre de formule – va sauter aux yeux des personnages. Cadavres décomposés, ce genre de chose. On se dit « Bon, tout va bien, j’en ai vu d’autres ». Mais quand c’est le joueur qui fait une énorme connerie, hein? Ce jeu est particulier parce qu’il va vous imposer un sentiment particulier, rare : un gros OUPS. La bonne nouvelle, c’est que vous ne le verrez pas venir. Après ceci, on sent que les personnages commencent à sombrer et le jeu prend une tournure toute particulière. Phosphore blanc, sandboarding, civils à protéger – le jeu vous met quelques choix à prendre sous le pif. Dommage qu’ils n’aient pas de conséquences et qu’ils soient toujours très voyants. Peut être que, quelque part dans votre partie, vous aurez fait tel ou tel truc sans penser qu’une autre solution était possible, mais il n’y a aucun embranchement, vous vous dirigerez toujours vers le même résultat. C’est un jeu de guerre : c’est pas drôle, y’a du sang et des larmes, personne ne sait ce qu’il fout là, y’a aucune finalité derrière et le héros n’est pas forcément celui qu’on croît, quand bien même la notion de « héros » serait pertinente.

Ce jeu est un killer quand il veut briser le quatrième mur et prendre des moyens plus ou moins détournés pour s’adresser au joueur. Les messages des temps de chargement sont de plus en plus accusateurs – et ce n’est qu’une de ces mécaniques parmi d’autres. Hell, c’est pas comme si c’était une montagne russe décrépie ou moche : le moteur est pas de prime fraîcheur mais les décors, les effets de lumière, la «  »photographie » » est superbe. Certaines cinématiques sont saisissantes d’action et de mouvements. Prévoir des décrochages involontaires de mâchoire. Vous faites un head-shot? Ralenti d’une demi seconde pour que vous profitiez bien d’avoir perdu quelques grammes d’âme en plus.

Pis y’a ce sous-texte un peu erm. Lostien? Faustien? Christique? Je sais pas comment l’amener. Si on tient vraiment à se prendre la tête, on peut facilement trouver une interprétation radicalement différente au jeu. Cette possibilité est soutenue par certaines séquences qui convoquent une imagerie erm, infernale? Ce n’est qu’un mécanisme de fiction, rien de plus, et certaines des quatre fins possibles annulent plus ou moins cette hypothèse. Toujours est-il qu’il y a des surprises. A deux reprises, j’ai eu un «  »temps de chargement un peu étrange » », et j’ai été réellement perturbé. Pour dix secondes, mais réellement perturbé. La fin, parlons-en. Des petits embranchements, des conclusions cohérentes, hop on y revient plus. Il y a bien un multi mais je l’ai même pas effleuré, il doit pas être indispensable.

Le truc c’est que je m’attendais à pire, ou à plus, je ne sais vraiment plus très bien. Je m’attendais à de l’insoutenable et c’est déjà pas jéjé ce qu’on voit là. Je ne dis pas que je cherchais sciemment à avoir des horreurs sous les yeux, juste qu’on avoir tendance à le survendre. Notez tout de même que ce paragraphe vous est offert par un gonze qui s’est tapé les pires horreurs en bouquin pour la fac et qu’à ce stade je vais manquer de sensibilité pour les cinq prochaines années. Il est indéniable qu’il prend aux tripes, qu’il le fait subtilement mais qu’il ne faut pas y jouer dans l’expectative. Ce post est donc super contre-productif.

Un jeu imparfait qui en dit beaucoup : voilà quelque chose qui nous rappelle un peu Alpha Protocol. En bon masochiste, j’aime beaucoup les œuvres qui te crachent dessus parce que tu es allé vers elles.
Spec Ops propose une véritable démarche, un vrai propos, il se distingue. Seulement voilà, il rentre dans la liste croissante des jeux un poils décevants parce qu’on t’en a fait une montagne auparavant. Si, l’année dernière, je disais la même chose que Catherine pour en faire mon GOTY 2012, ici on reste dans un cadre plus « anecdotique ». Jouez-y, c’est tout, vous pigerez vous-mêmes les questions que ça soulève et elles sont inédites.

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