Daily Archives: 8 février 2013

Omgwtfbbq

Je suis en plein stage et on m’y apprend à faire tout ce que j’évite soigneusement ici : faire concis, éviter les formulations pompeuses, prendre son lecteur pour un gonze qui ne sait rien sur le présent sujet. Autant vous dire que c’est une torture mais c’est la meilleure des tortures, un peu comme écouter Owl City.

Enfin bref : voilà, bravo, ils l’ont fait, non seulement Rayman Legends ne sortira qu’en Septembre mais il perd son exclusivité Wii U, résultante d’un bigsby de Nintendo et Ubisoft. C’est aussi une mesure préventive et frileuse qui va faire râler pas mal de gens qui auront acheté la console pour ce jeu précis… donc en attendant d’avaler et de digérer la couleuvre, je vous propose un petit soft qu’on trouve aussi sur Wii U et sa valeur ajoutée : jouer sur le pot. Pour peu que, comme moi, seul un mur et moins de trois mètres séparent votre console de vos gogues.

Peut être que vous vous souvenez de World Of Goo. C’est vrai, c’était il y a une éternité mais je vais vous demander un petit effort de recherche. Nous sommes en 2008, votre serviteur commençait son année de droit. C’est une époque lointaine où on pouvait allumer sa Wii ET se dire qu’on aller jouer à un, voire deux jeux en même temps. Une époque révolue qui se complétait par le service Shop où on trouvait quelques exclusivités de qualité. Oui, en 2008, Steam n’est pas encore omniprésent, les alternatives étaient alors les sources de base. C’était un bon jeu de puzzle où il fallait aller de A à B en formant des structures reliées par des bouboules gluantes. Vu comme ça, ça peut paraître basique mais c’est – et c’est de la pure spéculation – à l’image d’un jeu comme Puddle : basique mais avec un enrobage poussé. Beaux décors, bonne physique, gameplay jusqu’au bout-iste et exploitant tout ce qui est imaginable avec les moyens donnés. Il y avait même une petite touche d’onirisme, de glauque soft, un petit « feel » vers la fin, en allumant l’ordinateur MOM pour être précis. C’est un bon souvenir et c’est signé 2D Boy, alias Kyle Gabler.

Cela faisait quatre ans que nous attendions une autre jeu. Bam, il est là, c’est Little Inferno, sexy. Problème : il est un peu donneur de leçons. Vous savez, dans le jeu indé, il y a toujours cette courbe un peu dangereuse entre « novateur » et « arty ». A l’extrême, on entre dans le coin « prétentieux » du schéma, et Fez lorgnait assez dangereusement dans ce pan-là. Pour nous mettre dans le bain, je vous propose de mater ce teaser. C’est un peu dingue, c’est sûr. Deux gosses hystériques à l’idée de bruler leur maison, bientôt entourés par les flammes et leur tête fini par imploser dans l’hilarité générale. MOT DIESE BIZARRE !

Accrochez vous, Little Inferno est précisément une simulation de pyromanie. Un jeu parfait pour moi qui aime bien craquer des allumettes pour le fun, parfois quatre ou cinq à la fois, et oui, j’adore me donner de la streetcred au coin du f… d’un article.

Heureusement, il y a un petit peu d’enrobage scénaristique. L’univers est toujours peuplé de petits bonhommes ayant tous la tronche de Stain Boy, et une seule chose semble exister au monde : Tomorrow Incorporation – comme la boîte qui vous livrait les Goos, et accessoirement le nouveau nom de 2D Boy – et nous sommes dans un hiver interminable. Il fait froid, tout le monde se barricade chez lui et passe strictement tout son temps à commander et crâmer des trucs pour se réchauffer, POPOPO RELECTURE DE LA CAVERNE DE PLATON DANGEREUX. Les adultes semblent absent, vous êtes un petit gars hypnotisant par Little Inferno, votre brasier de poche, accro aux objets à consumer. Complétement Burtonien, effectivement.

 Voilà le topo : le seul écran du jeu est une cheminée. Bon, non, je vous ment dès le début, mais c’est un petit spoiler – il y a une petite séquence narrative à la fin. C’est surtout l’occasion au jeu de faire un véritable travail d’ambiance, de poser quelques jolis décors et de conclure le bouzin dans le ton. Assez impressionnant sur le coup, pas spécialement mémorable sur le long terme et oui, c’est basiquement la même chose pour l’intégralité du jeu. Little Inferno est un bac à sable. On vous donne une lettre, vous ne savez pas quoi faire avec, puis vous pigez. Un coup de stylet sur le « générateur », et hop, ça crame. On est fasciné, on en veut plus, c’est parti pour l’escalade de violence gratuite et de pseudo symbolisme.

On peut importer ses photos à bruler sur PC, lancez la course aux petits malins

D’ailleurs, le jeu prends la peine de nous prévenir que non, jouer avec le feu, c’est pas bien, et le jeu n’a pas manqué de susciter réactions de divers organismes plus ou moins sains mais toujours dans une visée légitime. C’est sans précédent comme concept et oui, ça peut piocher dans quelques fantasmes cachés chez les joueurs, autant les catalyser ici. Voilà comment ça marche : on possède un catalogue d’objets à bruler. Plus on en commande, plus ils coutent de pièces et plus de temps ils prendront pour vous être livrés. Au final, ils donnent plus de pièces, donc on commande plus gros, en attendant un peu plus longtemps, mais le « plaisir » sera fatalement proportionnel avec le brasier à mater. Dis comme ça, on dirait au jeu social sur Facebook. Ouais, la physique est crédible et les deux trois premiers brasiers sont impressionnants. Le machin retombe rapidement et on s’enferme dans une sorte de routine destructrice, c’est aussi nouveau qu’étrange.

Mais vous vous demandez « On brûle quoi du coup? Des bûches? » Nan, même pas. Une myriade de trucs et bidules divers. Des références geeks, des machins méta, des objets du quotidien et des concepts nébuleux tels « L’internet » ou « le sens de la gravité ». Il y a un car scolaire qui crâme en faisant « Haaaaaaa ». Bravo, tu as tué une classe de CM1 dans les pires souffrances. On le refait? Oh non, il faut attendre trente secondes… on peut s’adonner à toutes sortes de tableaux, accumuler des objets, faire des constructions où juste commander en masse et tout détruire sans distinction uniquement pour passer aux objets d’après.

Vraiment, il y a tout ce qu’on peut imaginer. La physique d’ignition est à peu près toujours la même au delà de quelques principes évidents (du bois aura plus de facilité à cramer qu’un truc en métal, et il va falloir être patient pour réussir à faire fondre… le soleil) et je ne crois pas qu’il y ai de limite d’objets, ceux là prennent juste de la place. Comme je le disais sur une autre chronique (j’ai parlé de ce machin sur quinze médias différents) c’est un peu le Garry’s Mod des psychopathes.

L’intérêt est certain très mineur mais chaque objet provoque souvent une petite animation, qu’elle soit appliquée au dit-objet ou à toute la cheminée. C’est très pompeux comme phrase mais vous comprendrez aisément de quoi je parle. On passe quelques moments à faire « hooo » ou « haaaa », comme un feu d’artifice mais en glauque et encore plus éphémère.

IL Y A tout de même un semblant de narration derrière tout ça. Le mécanisme trouvé est un échange épistolaire en la personne de Sugar Plumps, fille un peu fofolle qui ne cessera de vous inonder de bisous, de câlins et qui vous demandera même de lui envoyer quelques objets. Tout ça est scripté selon votre volume d’objets commandés mais ça amorce tout de même une storyline assez perturbante. Oui, ce jeu est glauque. Je parlais de « l’onirisme Gabler », il est fourni avec un humour noir de café. On retrouve ces marques de dinguerie légère dans le principe du jeu, dans les objets, dans les descriptions, un peu partout. Certains textes sont très cyniques, d’autres défaitistes, d’autres carrément déprimants. L’ensemble sent le message improbable sur la futilité du jeu en lui même et on se sent parfois pris au piège d’un soft voulant nous inculquer je ne sais quelle leçon new-age. »Tu as acheté ce truc, tu as l’air bien con, pourquoi ne pas t’en débarrasser tout de suite? » Il est vrai que, statistiquement, un gamin dans le monde a probablement du mettre son chat dans sa cheminée pour voir si c’était aussi fun que sur la mablette. Moi, c’est le coté très éphémère et routinier qui me gêne, ça plombe la moindre émotion. Justement, le meilleur dans ce jeu sont les petites surprises ici et là, les imprévus.

Surprise, il y a des petits résidus de puzzle là et là. Ceux là seraient impossibles sans cette excellente traduction, proprement indispensable pour une mécanique de jeu clé. Les catalogues se déverrouillent au fur et à mesure, soit. Une condition cependant : trouver des combos, soit cramer deux, trois, quatre objets bien définis ensemble. Lesquels? Il faut se fier à une ligne laconique, un bête indice qui contient tout ce qu’il faut pour piger ce qu’on attend de nous. C’est souvent simple, parfois super subtil, parfois carrément diabolique. Un truc du genre « Mauvaises habitudes mortelles »? Le paquet de cigarettes et la bouteille d’alcool devraient provoquer quelque chose. Il faut souvent trouver des points communs thématiques, dans l’animation, dans la visée des objets – quand ils ne sont pas jetés dans un feu. En trouvant le quota requis de combos, on ouvre le catalogue suivant et hop, c’est reparti pour un tour. On fait cramer des objets qui prennent vie pour cinq secondes, c’est de la shadenfreude plein tubes.

Mais c’est tout. L’histoire, elle, ne commence véritablement qu’à la toute fin. En raisonnant comme ça, Little Inferno est un jeu supra minimaliste dont la durée de vie n’excède pas les vingt minutes. D’habitude, je suis sensible aux jeux insolites mais là j’ai un énorme sentiment de machin à moitié fourni, qui ne va pas au bout de ses idées. Curiosity était déjà bien con, là, l’enrobage est bien plus léché mais j’ai du mal à lui donner beaucoup plus de valeur ajoutée. C’était juste une fausse bonne idée, je suis nostalgique de ma période TF2 où j’incarnais un pyro dingue du lance-fusées. Là, je me suis beaucoup plus amusé en jouant à Coin Dozer. Ca commence à faire beaucoup de jeux-fond-d’écrans.

 Est-ce que ça vaut le coup? Non, vraiment, non. En tout cas, pas au prix donné. Wii U, Ipad et Steam, je crois. Ca doit être rigolo à jouer dans le métro mais je déconseille fortement tout achat qui dépasserait les cinq euros. Il a une durée de vie de trois bonnes heures, plus si vous êtes perfectionnistes. Après, on l’oublie à vie et on passe à autre chose. Manger des Dinausorus peut être un bon exemple d’activité alternative, tiens. Écouter des chansons cool sur le sujet. « Fire » des Ohio Players. « Disco Inferno » des Trampps. Le toit, le toit, le toit est en feu.

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