Oppa Nanterre style

Op, op, op op. Oppa Nanterre Style. Huuuuh. Héééé meuf sexy.

Hé non, je poste pas beaucoup parce que je suis cloué aux aventures de Ouin Ouin La Chianlouze, qui devrais me permettre de valider sans soucis mon septième semestre, dans ce qui devrait être ma seule khôlle depuis cinq ans, soit deux ou trois fois perpète. La bonne nouvelle c’est que ces petites contrariétés m’auront donné une idée de post à potentiel rigolo. Je mets donc mon chapeau de Professeur Concombre.

Dans la scène d’introduction de L’Auberge Espagnole, Romain Duris va à Nanterre U préparer son Erasmus en se rendant au bâtiment Eco. Il découvre un peu tard qu’il va lui falloir un dossier rempli de papelard incompréhensible, tout en se frottant à la froideur d’une secrétaire qui semble tout comprendre à ce système maboule. En bref, il résume en une scène de trente secondes cinq minutes de « Maison qui rend fou » dans Astérix. J’aimerais rendre hommage à cet antichambre de l’enfer que sont les secrétariats et l’administration en université. Cette terre de contraste, entre tradition et modernité. Peut être que vous vous reconnaîtrez, peut être que vous serez confrontés à ce genre de chose dans le futur.

Dès qu’on referme la porte… (Hypothèse N°539)

Je ne sais pas si ça s’est vu mais on est un peu procéduriers par chez nous. La fac, c’est l’introduction à la vraie vie, celle qui te fait avoir un « dossier de sécurité » où tu mets tous tes originaux de papiers qui pourraient servir un jour. Si vous n’avez fait que de la prépa, une école, ou bien que vous êtes bloqués en quatrième (ben bonne chance dans la vie hein) ou même si vous ne savez pas lire (wow ! Nous entrons dans une autre dimension) vous retrouverez ça à Pole Emploi et consorts. Ce qu’on veut tous éviter, quoi, d’où l’importance d’aller à la fac. Mince, le système est bien foutu.

Être étudiant est l’un des statuts les plus chouettes sur Terre, pour peu que vous ayez finances, maison (comprenez : appart avec travail en alternance ou parents qui aident et/ou qui hébergent) et un peu de bonne volonté pour bosser et assister aux cours régulièrement – ce n’est difficile que la première année. Au chômage, l’euphémisme veut qu’on soit « entre deux jobs » – être étudiant, c’est être dans le même cercle mais de manière tout à fait légitime, sans honte ni angoisse affiliée. N’oublions pas la carte imagin R, les burgers gratuits et oui, tiens, les diplômes, l’expérience et les rencontres que la fac peut apporter, occasionnellement. Je suis en Master. A ce stade, on a gagné le droit de ne plus avoir de partiels, de traiter des sujets qui nous plaisent (dans la mesure du possible) et la recherche nous permet d’emprunter plus de livres. Les créatifs émergent, les scolaires galèrent un peu plus. On se confronte aux chercheurs chevronnés, parfois un peu élitistes et nazis. Faire un bon exposé devant eux rapporte un 19 et une promesse de publication future. Bref, après le statut de dresseur, celui de champion d’arène mais la route pour devenir conseil des 4 est encore longue ! Il en faudra des travaux à rendre avant d’assister aux colloques des doctorants. Avant chaque badge, il vous faudra passer par le secrétariat. L’antichambre de l’enfer. Point de chute de toute formalité administrative. Le secrétariat est un lieu commun de n’importe quelle faculté : dans les faits, c’est juste un bureau, un homme ou une femme, très souvent une deuxième personne qui assiste de manière saisonnière à coté. Rien de plus impressionnant que ça, si ce n’est un fantastique bordel de dossiers, de papiers de couleur et de calendriers annotés. Le fait que vous irez rarement là-bas pour une visite de courtoisie, dire « héééé bien ou bien? » – non. Vous avez besoin d’un papier. Et là, mon cochon, vous allez en caguer des étoiles.

La typologie du secrétaire-type n’a pas grand chose à voir avec Bayonetta. Grosse trentaine, de toutes les origines, sexes et tailles. Durée de vie moyenne : 2 ans. Quand on vient les déranger, ils rentrent des notes où s’adonnent à je ne sais quel rituel inconnu. Moi, j’aime bien les imaginer jouant du bilboquet au bureau façon Gaston Lagaffe. Confirmons le mythe : OUI, un secrétariat est ouvert dix minutes par jour. Jamais le mercredi. De préférence jamais quand ça peut vous arranger. Il prend des vacances impromptues quand vous avez vraiment, vraiment besoin de quelque chose, surtout quand vous en êtes à une étape qui demande explicitement un sceau, une signature et le premier-né de votre bureaucrate favori. Référez-vous à la loi de Murphy, et ne faites pas comme moi : ne vous y prenez pas à la dernière minute, surtout pour ce genre de chose !

Rompons l’autre mythe : NON, les secrétaires ne sont pas toujours des gens irritables. Je le sais, j’ai moi même passé un peu de temps à faire du secrétariat médical. Ce sont des gens irrités. Ils croisent toute la journée des étudiants branleurs infoutus de lire une directive placardée sous leur nez, ce qui peut embêter à force. C’est une question de feedback – il faut être tout sourire. Être heureux, respirer le bonheur, le croire, le penser. Quand vous faites une démarche, soyez convaincus de passer une bonne journée : c’est précisément ce qui sauve les personnages d’Argo. Entamez le dialogue, discutez, soyez sociables. C’est le strict minimum et ça fait des merveilles. Parfois, oui, vous allez payer pour quelqu’un d’autre. Souvent, on tombe sur des gens fondamentalement désagréables (et on peut facilement faire des gradations par bâtiments) mais il ne faut pas oublier qui démarche quelque chose dans la pièce, même pour une manipulation obligatoire. Si vous passez après un gonze qui sort de nulle part pour s’inscrire en L1 en mode « main dans les poches » et qui repart en maugréant un truc absurde du genre « si Dieu le veux », vous avez complètement gagné, le pouvoir du languedeputage rend trois fois plus sociable. Attention, ne marche pas dans un autre contexte. Bref, tout sourire. Un joli smiley, une bonne attitude peut permettre des passe-droits quand vous n’avez pas tel ou tel papier trop important. Parfois, après des mois de démarche, quand viens l’heure de l’inscription administrative, j’ai toujours l’impression que je pourrais m’inscrire n’importe où tant tout semble coulant. D’ailleurs, dans mon bâtiment, les secrétaires successifs de licence (siège éjectable) ont toujours été soit très compréhensifs, soit très agréables. Vous voyez, ce n’est pas une fatalité.

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Justice poétique : la proportion de secrétariats agréables à arpenter est équivalente à celle des étudiants qui suivent en cours

Autre exemple issu d’un « demandé gentiment » si vous êtes Francilien, vous devez monter à la Maison des Examens à Arceuil pour retrouver votre colle de bac perdue. Le délai peut être cyclopéen mais dire simplement « Urgent, merci de votre compréhension » dans le formulaire de suggestion en ligne m’a permis d’obtenir mon papier sur place à midi, demandé en ligne dix heures plus tôt. Bam. Cheat code de trois semaines.

En revanche, vous n’êtes pas seul dans votre bâtiment. Si vous êtes en droit, matière plus générique (et plus difficile) c’est encore pire, et il y a une queue à faire. L’idéal étant de ne pas devoir la faire plusieurs fois : un papelard en demande souvent un autre. Les probabilités d’être dans une impasses deviennent exponentielles. Les allers-retours vont se multiplier, votre patience et moral vont plonger en flêche. Voici donc les consignes élémentaires du petit malin en milieu universitaire sauvage : toujours avoir une batterie de documents élémentaires sur soi, et deux ou trois duplicatas. Une photo de vous. Pas pour signer des autographes, petit rigolo. Des photocopies de votre carte d’étudiant. Votre carte vitale. Votre petit machin SMEREP (ou l’autre, là). Les notes de votre année précédente et certificat de scolarité, pour être sur et certain. Bam, vous êtes parés, votre interlocuteur aura envie de vous aider. Par la même, utiliser son bon sens est une constante : vous venez vous inscrire pour votre emploi du temps – choisir ses cours est un processus compliqué et demandant une infinité de paramètres à faire converger. Peut-être faut il le faire avant de passer au secrétariat, non? De manière générale, savoir précisément pourquoi on va demander quelque chose au lieu de bêtement suivre une prérogative est une chose que tout le monde n’a pas.

Ne vous jetez pas sous les rails du RER ! Laissez Anna Karénine faire ça, c’est son job. Vous, vous avez encore plein de choses à faire ! Voilà trois actions administratives classiques que vous serez amenés à faire dans votre cursus du supérieur.

S’inscrire. Ne rigolez pas, c’est déjà le parcours du combattant. En quatre ans dans la même matière, les trois premières années d’inscription ont toutes été plus frappadingues les unes que les autres, la dernière – et sa grève généralisée – culminant avec mon entrée dans le circuit un mois en retard. Si vous êtes boursier, tout peut se faire en quinze minutes. Sinon, brace yourselves, tout aller retour est bon à prendre. Une année, je suis venu consécutivement huit fois à la faculté pour rien, mais là les astres étaient vraiment alignés en ma défaveur. Il faut s’inscrire en ligne puis sur place, et ce en deux étapes, tout en prouvant vos prérequis et votre statut à jour, dans la mutuelle comme dans votre année précédente. Ça y est, vous avez payé, votre carte est sur le point de sortir de cette machine mystérieuse, tout est fini? Nooooon ! La Smerep et la LMDE vont se jeter sur vous ! Arrière, forbans ! Je vais m’assurer avec la volonté de mon esprit !

Monter un dossier pour s’exfiltrer avec style. Plusieurs situations possibles. Peut être avez vous trop traîné pour obtenir votre diplôme, peut être voulez vous voir ailleurs si vous y êtes, peut être voulez-vous changer de cursus ou vous inscrire ailleurs. Ça peut atteindre des sommets de difficulté et voilà la situation la plus compliquée à laquelle j’ai été confrontée à ce jour : monter un dossier demandant – des recommandations professionnelles, des recommandations académiques, l’intégralité des bulletins de notes, de multiples essais, des questions à rédiger, un autobiographie à fournir (je ne déconne pas) un historique complet, une attestation d’Anglais quelle qu’elle soit (niveau B2 minimal) l’habituelle lettre de motivation, le CV, les mémoires qu’on a rédigé jusque là, les stages et les séjours à l’étranger, tout ça avec le rack habituel. Ce n’était que pour postuler à un concours, soit une étape préliminaire. Pour changer de fac, il faut une autorisation locale et s’organiser sur le site de l’autre fac, afin de commencer un autre dossier qui mettra deux semaines à être traité… et qui demandera toujours deux enveloppes et quinze timbres qui ne vous seront jamais rendus, parce que la vie est injuste.

La secrétaire du bâtiment des lolis ! Vous validez… la prison !

Convention. Parfois, on peut se permettre des extras. Demander ses diplômes, par exemple, n’est pas nécessaire et mobilise l’administration pour deux bons mois. En deuxième année de Master, le stage est souvent une étape nécessaire mais si vous arrivez à vous faire embaucher dans votre branche et que vous obtenez l’accord de votre directeur (chose impossible en licence, ne rêvez pas) vous pourrez obtenir un précieux sésame qui vous redirigera vers la demande d’agrément, qui vous donnera la convention, qui vous donnera le stage, qui lui même vous donnera l’attestation de stage. A chaque étape, un véritable album panini à compléter en obtenant des autorisations et des tampons partout. Bien sûr, les deux parties et vous même n’avez jamais les mêmes disponibilités, et rien ne garanti que votre convention puisse être éditée sur place. Là encore, le sourire Colgate, la bonne foi, les chakrats ouverts. Bam. A vous l’alternance. N’hésitez pas à justifier votre absence éventuelle à un ou deux cours sacrifiés par mail à vos tuteurs. S’ils sont gentils, ils pourraient vous mettre en dérogatoire. Voilà, vous avez tout gagné, vous validez vos aquis pros ET académiques.

Et voilà. Vous pouvez affronter ces moments pénibles qui se transformeront toujours en moments d’intense soulagement. La victoire administrative n’en est que plus belle une fois pépère en cours à lire TV Tropes… jusqu’à ce moment où, pour valider votre M1, on trouve enfin des vices de procédure à votre passage en équivalence vers la L2.

C’est à eux de nous faire préférer le chômage.
Enfin, non.
C’est terrible comme conclusion. Oubliez-là.

Anecdote bonus sans aucun rapport : l’autre jour, en sortant du métro, j’ai aidé un immigré de Honk Kong qui se disait médecin à monter les escaliers avec ses trente kilos d’affaire. On papote en anglais et il me demande ce que je fais dans la vie. Quand je commence à parler de journalisme et que je namedroppe le Figaro, il devient maboule et m’explique qu’il sait tout sur la véritable nature de l’accident du Concorde. Il me sort des fichiers qui ont l’air très sérieux et me prie de les emporter avec moi pour un faire une véritable histoire. Moi, à la bourre et sachant pertinemment que je ne pourrais rien en faire, m’empresse de faire mes excuses et de me sauver. Personne n’aura jamais le fin mot de cette histoire.

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10 Responses to Oppa Nanterre style

  1. Meles Badger says:

    Pleins de bons conseils dans cet article, même si après, certains trucs dépendent totalement de ta fac.
    Genre, j’ai jamais eu de vrais problèmes de secrétariat vu que ma « fac » de ciné était un institut rattaché à la fac de lettres de ma ville, et la secrétaire de l’institut était a contrario de l’habitude très souvent là. Bon, par contre, les deux-trois fois où je suis passé au secrétariat de la fac elle-même ont toujours été trèèès longs…
    Par contre, je me suis tapé des partiels en M1 moi ;__; Mais oui, le mémoire, c’est cool pour bosser sur quelque chose que tu aimes (de mon côté, ce fut sur… Homestuck :’D Bonus : un corpus vraiment pas lourd ; Malus : quasi personne n’a théorisé quoi que ce soit avant toi).

  2. Signez says:

    Note : les éléments de cet article peuvent ne pas s’appliquer aux écoles d’ingénieur et à leurs départements, surtout dès lors que la promotion ne dépasse pas la centaine d’étudiants. Dans ce cas, on y trouvera de très sympathique secrétaires extraordinairement sympathique avec qui on peut se permettre de refaire le monde, l’école et des duplicatas de papiers importants dans un seul petit quart d’heure.

    (ProTip™ : un zeugme se cache dans ce commentaire. Sauras-tu le trouver ?)

  3. Concombre Masqué says:

    Dites les aminches, vous n’avez aucun souci sur le site en ce moment? De mon coté, c’est le chaos et l’anarchie, une colonne est apparue à droite ce qui dézingue l’intégralité du bazar. Par contre, chez n’importe qui d’autre/n’importe quel autre écran, ça marche. Je serais fort embêté d’être confronté à un problème dont j’ai aucune idée de la solution

  4. Arobase says:

    Tellement vrai :s

    Sinon, juste une question : de quel anime est tiré l’avant image de l’article (justesse poétique) ?

  5. Eve says:

    Umm, are you really just giving this info out for nohitng?

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  7. http://www./ says:

    Nu har jeg lige prøvet at lave sÃ¥dan en millie flower. Det er første gang jeg prøver pÃ¥ engelsk. Findes der en fordansket udgave, for det gik da helt i fisk for mig. Kunne man lokke dig til at lave en DIY???Synes huen er lige i øjet – og tilpas piget.

  8. After the speech last night I thought they were going to start crowd surfing the baby as a celebration of pro-life, when what it really was a CHOICE. I agree, its the peak of the dumbing of America that has gone for too long. In the last 2 elections they have appealed to the lowest common denominator, with no desire in raising the bar. This has got to end.

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