Entre les lignes

Vous aimez la géographie? Vous allez repasser votre Bac pour la cinquième fois? Vous aimez la couleur bleue? Après des mois d’enquête, j’ai pondu pour vous la…

CARTE DE FRANCE DES GENS QUI N’EN ONT PAS ENCORE RIEN A FOUTRE DES RYTHM GAMES

DEUX PÉQUINS EN FRANCE SONT CONCERNÉS PAR CE POST, le premier c’est moi et le deuxième ne joue pas de gratte, chaque signe sera donc directement imputé dans mon temps libre. Au commencement fut le gamer. Le premier jour, le gamer joua à un jeu classique. Le deuxième, il acheta son première périphérique. Insatisfait, il attendit le troisième jour pour s’acheter Donkey Konga et figura qu’on pouvait taper dessus en musique. Le quatrième jour, Guitar Hero sortait. Le cinquième jour, cette dernière moisissait dans son jus et la franchise Rock Band faisait opposition. Le sixième jour, Harmonix arrive en dragster et dit alors « Ok, bande de Gomorrhéens, on en a marre de vos reproches comme quoi vous jouez pas à un véritable instrument, voilà une Guitare Pro et demerden sie sich. Le joueur s’y amusa trente bonnes secondes et retourna à ses frettes colorées, ces fausses cordes en plastique ne procurant pas assez de fun. Le septième jour, un jeu permettait de réaliser des morceaux complets avec sa vraie guitare sortait, et le joueur vit que cela était bon.

Posons dès maintenant les bases : je vais faire mon maximum pour être objectif sur Rocksmith. Lui et Catherine étaient les deux gros jeux que j’attendais comme un petit fou en 2012 et les deux ont été repoussés d’un an sur le territoire Européen – terrible frustration nourrie par une volée de vidéos Youtubes montrant telles ou telles phases de gameplay. La comparaison s’arrête là, ces deux softs n’ont strictement rien à voir : Rocksmith est un jeu de rythme dont l’argument de vente est à tiroirs. Non seulement il se joue avec une vraie gratte/hache/guitare/adaptez le mot selon votre décennie de naissance, mais le jeu est vendu comme pédagogique, s’adaptant à votre niveau pour le-dit instrument. C’est bien beau mais c’est aussi se limiter à série de publics déjà pas bien vastes – ceux qui aiment les jeux de ce type, ceux qui ont déjà un instrument ou ceux prêts à acheter le très onéreux (mais honnête) pack Jeu + Guitare… et ceux qui ne seront pas effrayés d’apprendre que c’est Ubisoft qui régale. Une plongée dans l’inconnu, en gros… donc réfléchissez bien, à travers ces lignes, où vous vous situez – car c’est un jeu qui raque. Seul, vendu à 80 Euros, le bête câble à prise jack en coûte 30, mine de rien. Tout de suite, une bonne nouvelle – on peut aussi jouer à sa basse voire même l’émuler avec sa gratte… gratuitement. Nous échappons donc à l’ignoble DLC américain qui imposait la somme record de 2400 points pour débloquer la carrière basse – l’équivalent de trente autres Euros. C’est quoi, l’argent, après tout? Qui a besoin de se nourrir et de se loger? Les vraies questions.

Ma « manette », une Whale en service depuis 2008, accordée et tendue avec des câbles électriques. Je fais sauter le Mi Aigu tout les six mois. Je doute que cette position de chevalet soit normale… oh oh, Scene It est pas rangé

Pour sortir une formulation qui aurait davantage sa place dans une copie de théorie du texte, Rocksmith incarne le pivot où le jeu de rythme passe de vertical à horizontal. Vous prenez votre instrument, vous avez les six cordes retranscrites sur le bas de l’écran – elles seront inversées si vous aimez le mode « tablature » – et des petites pastilles vont venir se plaquer en temps réel sur les frettes. Le manche se déplace dans l’espace pour que vous puissiez faire des aller retours mais garde, la plupart du temps, une petite portion en focus pour que ce soit lisible. Ca marche 90% du temps : les partitions fournies, techniques et compliquées  sont illisibles et manquent de faire planter le jeu, inconvénient enrayé par deux choses – elles ne concernent qu’un ou deux morceaux et il va falloir souffrir pour débloquer ces partitions « complètes ». Si vous avez fait du solfège, Rocksmith, ça reste le premier livre, celui où on apprend à faire ses gammes et deux trois morceaux pas compliqués – le jeu n’est pas fait pour brusquer.

Alors, ça marche? OUI. CA MARCHE. A mon suprême étonnement, Rocksmith émule un ampli tout seul. Pensez évidemment à monter le son sur votre gratte et à privilégier les micros graves. Votre installation sonore est archi importante et c’est souligné dès la boîte : vous devez tous faire pour minimiser le lag. J’ai la chance d’avoir une barre de son mais laissez déjà tombez si vous voulez faire ça sur votre petite télé d’hôtel en 4:3. Ce lag est inévitable, il n’est pas gênant mais il peut le devenir – vive les enceintes. J’en profite pour signaler un fantastique avantage du jeu : c’est une merveilleuse pédale multi-effets à prix bradé. On peut débloquer une bardée de pédales et les aligner comme si on avait un vrai rack, sauvegarder trois sons précis et improviser en s’amusant… ou en invoquant les sons prédéfinis pour la playlist, qui émulent parfaitement tel ou tel signal, en plus d’avoir des noms géniaux et toujours rapportés aux pistes en question (par exemple, le rack de « Unnatural Selection » est « Resistor », celui là est façile) … mais encore une fois, cet enthousiasme est freiné par ce lag qui plombe le jeu.

Rocksmith invoque des mécaniques de carrière vaguement RockBandiennes : une setlist prédéfinie, un concert à boucler, on les refait une fois et on passe au niveau suivant, après un voire deux rappels si on a été bon. Maintenant, l’objectif pour moi est d’expliquer en quoi le jeu est « pédagogique ». C’est son argument de vente alpha alors décortiquons-le… on vous prends par la main et on part de zéro. Pour situer, je ne suis pas un crack de guitare (c’est un instrument bien rigoureux) mais je sais quand même faire deux trois trucs. On commence par vous aider à accorder, on lance le premier morceau, vous vous retrouvez dans « Satisfaction », des Stones. Quelques notes apparaissent. Le jeu n’a pas de difficulté fixe : si vous vous en sortez, le riff va se fournir de plus en plus. Lentement, une manœuvre à la fois. Si vous vous plantez, on va vous retirer des notes en live, truc un poil humiliant. Rien ne vous empêche de faire quoi que ce soit entre deux notes. Le jeu va se complexifier au fur et à mesure jusqu’à aboutir à la véritable partition et c’est toujours pensé très intelligemment, dans le sens où vous bougerez les doigts de plus en plus, sans brusquer. Ceci apporte la question, essentielle : peut on « lire » l’écran sans regarder son manche? Généralement, oui, si vous avez une bonne mémoire cinocinétique – de l’espace, quoi. Sinon, vous allez faire des allers-retours, comme si votre tête suivait un match de tennis qui se déroule sur votre parquet, et on a l’air vaguement tarte mais rien de bien grave. Oui, c’est fait pour être lu en live et le machin est relativement tolérant. Relativement? En gros, ça ressemble à ça (tiens tiens… ce fabuleux morceau me dit quelque chose)

En fait, le jeu procède par ordre bizarre : il va vous laisser rencontrer une difficulté puis seulement vous apprendre à la surmonter, après trois minutes de galère. A chaque fois que vous faites votre premier accord, bend, double-stop, power chord, harmonique etc, le jeu va attendre la fin du morceau pour vous proposer une petite leçon privée sur le sujet, suivi d’un mini-morceau examen qui ne posera jamais aucun problème. Nécessaire, puisque selon ce format de progression, dans un même morceau, votre note fondamentale va devenir un power chord, puis un accord, etc… mais ce système de progression est un peu pervers, deux exemples : le rappel est défini au hasard. Je n’ai pas eu le moindre problème à sortir Angela de Cooker, du coup, il m’a, juste après, fichu Boy’s Don’t Cry plein tubes et j’ai compris mon impuissance. De la même manière, le score à atteindre pour valider un concert est calculé selon vos performances précédentes. Après la carrière, le jeu termine par les rappels que vous avez fait, donc squizzés dans le jeu classique. J’ai donc retrouvé Jarvis Cocker… avec un score surréaliste à atteindre, parce que je l’avais déjà bossé derrière! Après trois essais, je n’arrivais à faire que 86 000 sur 90 000, et le jeu de me proposer « Bon, on baisse un peu la barre? » … que je valide promptement, avant de constater qu’elle est passée à – je ne déconne pas – 89 750. Rocksmith rage.

Rien de plus jouissif que de découvrir du rythm & blues de qualité et de bien le jouer en live. Ce n’est pas possible autrement qu’avec un tel logiciel. Bref, passé ces histoires de scores, de leçons et de répétitions personnalisées, il faut aussi signaler la présence de sept ou huit mini jeux franchement bien foutus, construits comme des jeux arcade : déplacer son bloc de Tétris en slidant la bonne corde, désarmer une bombe en faisant des harmoniques… vous voyez l’idée. Et les idées, c’est pas ce qui manque dans ce jeu. Ce qui manque, c’est surtout du visuel. C’est dommage, ils auraient pu faire les deux, mais soyons clairs, c’est très laid. Comme dirait l’autre « c’est moche comme un cul, ce serait ma meuf j’aurais honte. » La foule modélisée lors des concerts ne l’est même pas… modélisée, on dirait des montages photos façon Sega CD de l’overly attached girlfriend recopiée partout dans une salle. Vous ne voulez pas voir ça, c’est proprement ridicule, et l’interface n’est pas vraiment user-friendly. Souvenez vous, ce jeu ne peut pas parler à tout le monde!

« Hmm, je reprendrais bien un peu de glace à l’ivoire après cette partie »

Passons enfin au coeur du jeu, sa playlist. Au moins, c’est un élément qu’on pouvait jauger à l’avance et j’ai toujours été surpris par sa qualité, mais aussi par sa liste très axée « Années 2000 ». Parmi ce très respectable panel de 54 morceaux de base, on trouve des machins que je n’aurais jamais pensée croiser dans un jeu de rythme. Best Coast (When I’m With You) Jenny O. (Well ok Honey) les Black Keys partout (I Got Mine, Next Girl, I Want Some More) les xx (Islands) Sigur Ros (Gobbledigook) The Horros (Do You Remember) et … White Denim (Burnished) autant de trucs qui, nourris avec les classiques Nirvana, Interpols, Radiohead, les Stone Temple Pilots (Between The Lines <3) et moult Jack Whiteries, on se retrouve avec une sacrée bonne foutue playlist! Honnêtement, si vous vous posiez la question de l’achat par rapport à ça, c’est que vous avez des préjugés et je peux vous garantir une pelletée de bonnes découvertes. J’en ai fait, personnellement, cinq ou six et à ce stade, c’est un exploit. Il y a même un bon petit paquets de DLCs toujours updatés à trois euros mais ils ont l’air d’avoir un peu de mal à arriver sur le marché européen. Bref, l’expérience peut se prolonger… et rien n’interdit de s’amuser avec le parcours basse, bien au contraire. Il faut aussi garder en tête que chaque morceau à sa partition fondamentale, accords ou combo (ou vous faites ce qui est le plus sonore ou représentatif dans le moment, comme un Rock Band serait charté) – y’a du matos à faire et à maîtriser!

Il a des défauts esthétiques qui ne sont pas vraiment sensés nous atteindre. Posez vous les bonnes questions : si je suis un guitariste confirmé, est-ce que je vais vraiment prendre du plaisir? Ouais, je pense. Débutant? Probablement, aussi. CEPENDANT Si vous achetez ce jeu sans jamais avoir touché d’un instruments, sachez que le soft est tout sauf exaustif. Vous allez accumuler les mauvais réflexes, manquer de théorie et de sens du rythme, et vous allez surement mal tenir votre gratte ou complètement négliger les allers-retours. Attention, rien ne remplacera jamais un prof mais ce jeu s’y rapproche le plus. En définitive, il est d’avantage fait pour ceux qui s’y connaissent un minimum; Mais il va falloir rentabiliser le jeu et ne pas abandonner à la première difficulté venue qui, de toute manière, sera prise en charge par le jeu. Excellent compromis trouvé par Ubisoft, une très bonne surprise, après, est-ce un jeu ou un générateur de succès très difficiles à choper? Vous me pardonnez mon absence sur le mode multi joueur mais je pense que vous aurez plus de facilités à trouver la ciste que j’ai planqué en Islande que de réunir deux jours, deux guitares et deux dongles.

Ha, on m’annonce que quelqu’un dans les îles Cook vient d’exprimer un début de semblant d’interêt au genre… c’est bien, avec deux personnes et demi, il passe devant le JRPG

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4 Responses to Entre les lignes

  1. Petrif says:

    Arf, je me tâte sévère (en tout bien tout honneur). En fait mes craintes sont d’une part, j’ai peur de me faire chier (sans vouloir me jeter des fleurs en papier), la playlist a pas l’air monstrueusement complexe, et payer 80€ pour jouer du Nirvana ça me fait tort :-/ (après vous allez me dire, oui mais tu les as bien mis pour jouer sur une guitare en plastique moche et 5 boutons colorés… c’pas pareil). Et d’autre part, être grave frustré de ne pas pouvoir déchiffrer aussi vite ces reverse tablatures que je le ferais avec une bête partition standard, et d’avoir du coup l’impression de repartir à zéro.
    Bref, je ne suis pas plus avancé, mais j’essaierais d’en choper un quand ça aura baisser un peu, sait-on jamais. Merci pour ton avis constructif en tout cas Mister Combre.

  2. Petrif says:

    On se sent seul ici, je trouve… j’ai si froid.

    • Concombre Masqué says:

      C’est vrai, tu me tends une bonne perche. Honnêtement, c’est vrai que le jeu n’est pas spécialement conseillé pour toi – et un peu cher. Le problème des tablatures est facile à traiter cependant, tu peux choisir d’avoir le mi aigu en haut ou en bas… il sort sur pc dans pas longtemps, tu peux peut être juste te payer le dongle et…. 😀
      Pour toi, c’est surtout l’occasion de jammer un peu avec des sons tout faits mais je suis certain que tu as déjà le matos.

  3. Petrif says:

    On peut inverser ?! Aaaah mais ça change tout, ‘fin ça fait un souci en moins. Je verrais d’ici quelques mois. :]

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