Ta mère et moi sommes très déçus

Ce texte est vraiment, vraiment très compliqué à faire. Je n’ai pas été atteint d’une quelconque pathologie motrice mais parler de Neon Genesis Evangelion est compliqué, c’est un fait. Ce n’est pas comme si j’allais en dire du mal ou dire volontairement n’importe quoi – je sais juste que quelque part, des gens sont toujours très attachés à cet anime, à ce qu’on peut en tirer, aux interprétations qui en découlent. Je serais pragmatique, me limiter à en tirer un petit texte pour livrer mes impressions, je creuserais un peu la mythologie et le méta plus tard. Je n’ai juste pas le temps. Comme d’habitude, Tv Tropes est une bonne source d’interprétations malignes! Sur ce. Warning Inexactitude! Il faudrait une connaissance malsaine de cet univers et un nombre de visionnages purement conceptuel pour bien en parler. La visée de ce post est proportionnelle au matage en amont : superficiel mais à vocation sérieuse.

Tout d’abord, laissez-moi vous raconter une petite anecdote. Cette année, pour la première fois, je ne me suis pas enquillé d’une nouvelle saison d’Hinamizawa, le Village Maudit. Il ne restait que Kira et je savais d’avance que ce n’était pas la peine. L’occasion était parfaite pour ouvrir cette série culte et la mater quotidiennement. Nous étions en vacances avec ma régulière et un couple d’amis… et voilà que s’amorce l’allégorie suivante : nous autres mâles geeks avons nos pulsions au lit et… nous ne pouvions pas nous empêcher de mater des animes sous la couette. Un soir, le lit 1 était sous le joug d’Evangelion, le lit 2 sous celui du film K-On. C’est à cet instant que j’ai compris les guerres ancestrales qui déchirent les otakes depuis quinze ans et j’ai, passivement, choisi mon camp. L’autre machin semblait tellement dénué de vie, d’énergie, juste des bruitages de gamines qui font « bu bu bu » pendant une heure, et rien d’autre. Moi, j’étais fasciné par mon machin qui clignotait et flashait comme pas permis dans l’obscurité.

Quelle est la morale de cette histoire? Ben que j’en connais une qui en a eu marre et qui, de dépit par tout ces « bu bu bu » est allée pioncer sur le canapé. La vie otake nous perdra, aussi poussé et intelligent soit le support. Hé beh! Je vais procéder en trois strates…

Ein ) NEON GENESIS EVANGELION (Jusqu’à l’épisode 24)

Oui donc cet anime est divinisé. A tort, à raison, je ne sais pas, j’ai lu des pamphlets effrayants de la part de fans qui, comme diraient l’autre, ne doivent pas faire l’amour. Après, c’est un sentiment compréhensible, il m’arrive d’être monomaniaque et je deviendrais aussi probablement un vieil spécialiste aigri sur quelque chose. Evangelion est un bon anime, il est réalisé par un bon studio – Gainax -, il est d’une profondeur épatante et l’histoire même de sa réalisation est étonnante. J’avoue juste qu’il m’est difficile d’en parler sans précautions : il polarise les extrêmes dans les communautés otakes – vous savez, ce sentiment éprouvé quand vous allez à l’Opéra et que des gens huent parce qu’il y a la diffusion d’un film d’art et d’essai en première partie? C’est la même chose.

Buh buh buh Evangelion est l’histoire d’un univers dystopique – ENFIN NON, post-apocalyptique, le souci n’est, en tout cas d’apparence, pas humain. Quelque chose s’est mal passé en l’an 2000, le « Second Impact ». Inondations, météorite, 2 millions de pertes. Toute la logistique militaire mondiale semble s’axer autour de « New Tokyo », axe contrôlé par de grandes organisations gouvernementales et ONG sectaires qui aiment se rassembler mystérieusement dans des salles sombres (la Nerv, le Seele) et combattre les Anges, sortes d’Aliens qui redescendent sur Terre pour provoquer un hypothétique troisième impact. La solution? Des Eva, carcasses géantes et contrôlables de l’intérieur, pour repousser les invasions barbares! Ces machins, il faut bien les contrôler et le jeune Shinji, 14 ans, est convoqué par son père, Gendo. Le dernier a abandonné le premier il y a dix ans lors de la disparition de la maman. Ambiance. Ce toute premier épisode est in medias res pour nous comme pour ce héros et ce miroir n’a pas fini de réfléchir…

Dans un résumé qui ne rend absolument pas justice à la série, on pourrait dire qu’Evangelion c’est une succession d’épisode où chaque opus installe une ambiance plus ou moins différente (un peu à la manière de Cowbow Bebop ou… Excel Saga mais c’est vraiment une question de nuances) – le casting d’enfants pilotes/de superviseurs/de la Nerv s’étoffe en parallèle et le moteur s’avance gentiment vers une routine Monstre-de-l’épisode. En apparence, bien sûr… parce qu’ici, tout est une question de déconstruction. Du genre, du héros, de la figure parentale. Pourquoi ils ont tous le même âge? Pourquoi des robots géants? Pourquoi ça se termine toujours bien? Pas de réponse et Philosophie du Marteau pour tous.

Tout d’abord parce que Shinji est un héros fantastiquement pérave. Il m’est impossible de ne pas croire que ce n’est PAS un « dans ta face » lancé aux otakus du monde entier. Oui, évidemment, à 14 ans on ne peut pas toujours tout accomplir et le mantra d’Eva réside dans le profil psychologique très malchanceux de son casting. Apathique, naze, incapable de prendre une décision, il passe certains moments clés en position foetale à écouter du Maroon 5. Shinji, c’est le pire de moi, de toi… faut-il pour autant parler d’accomplissement/reconstruction du héros? Grand débat mais le fait est qu’Eva ne peut être autre chose qu’un grand anime sur la dépression. … et après trois grammes de recherche, c’est effectivement le cas! Anno, le réal, a été un otaku-cas-social et en a fait un exutoire animé.

Des personnages, il y en a plein et ils sont tous bons – sachez bien que cet anime n’est absolument pas pour la jeunesse – sexe, problèmes amoureux, dépression toujours, les strates entre les adultes et les ados sont quand même bien définies dans Eva. Vie de lycée sans grand intérêt (simple bonne excuse pour introduire les pilotes qui… sont tous dans la même classe?) et problématiques d’adultes font bon ménage. D’ailleurs, Eva a une forte propension à abandonner la comédie au fur et à mesure. Ça commence de manière très gentiment cliché pour lentement sombrer dans le sérieux puis le tragique. Des éléments à spoiler, il y en a beaucoup… et c’est pas faute d’avoir déjà vu la stricte moitié de la série parodiée par des Amv Hells, toujours sorti du contexte! Voilà. Il y a le petit Shinji, Gendo, son père, impossible de cerner si c’est Satan ou le Messie… Asuka, opposé radical de Shinji, nana tsundere et extravertie… puis la fameuse Rei (a.k.a Le Frigo) calme et robotique. Je pourrais aussi évoquer tous les adultes qui, d’une manière ou d’une autre, transpirent le charisme incarné. Tout ce petit monde est cohérent et bien écrit, tout va bien… il est impossible de ne pas s’attacher à tout ça. Bonne pioche, en plus d’une bonne écriture, la réalisation est du même niveau. Il faut savoir que cet anime a été fait dans les larmes, les délais et les coupures budgétaires – ce qui a donné un certain nombre de plans fixes tendus à la Haneke – la première fois c’est frappant, choquant, pas nécessairement d’une mauvaise manière. Bref même les emmerdes de production ont été bien exploitées au profit de bonnes scènes de baston. Les épisodes savent parfaitement s’arrêter au bon moment, doser action, suspense et drama, nous aligner des dialogues graves sans être clichés ou trop ésotériques (ça reste un fer de lance de l’anime, ne l’oublions pas) mais il est extrêmement jouissif de passer de cet opening majeur (j’ai l’impression qu’un écho devient de plus en plus profond dans la mélodie au fil des épisodes) à ces nombreuses reprises de Fly Me To The Moon, façon Weeds. Beaucoup de moments qui laissent pantois, qui arrivent à véhiculer quelque chose : une émotion, un silence, une suggestion.

L’anime a aussi cette capacité à relativiser ses intrigues, à nous faire regarder là où on ne devrait pas, classiquement. En gros, une mythologie s’installe, de fort belle manière – chacun a droit à un petit focus et chaque écart de personnage trouve une justification. Il m’arrive d’espérer des horreurs dans le passé de chaque personnage dans une fiction, histoire de lui donner un peu de volume… et bien, j’ai appris à ne plus systématiquement penser ça – par la manière forte. J’ai été assez épaté par le pragmatisme de certaines situations, pas évident dans un postulat qui débauche des aliens contre des structures géantes.

Alors, Eva, c’est Cowbow VS Envahisseurs version 1995? Bien sûr que non, je parlais d’ambiance spécifique à chaque fois – la trame de l’anime sont les anges qui descendent sur Terre et la manière déployée par la Nerv pour les combattre. Cela permet une certaine thématisation; Non pas dans la narration mais dans son procédé – pas de figure de style particulière mais davantage une emphase sur la caractérisation (l’épisode sur la synchronisation, beau moment), un paramètre particulier (dans le noir) ou, simplement, l’occasion de développer quelque chose ou quelqu’un. L’apothéose du bouzin réside dans l’apparition de Kaoru, personnage de dernière minute qui, je l’espère, dispose d’un fandom à la hauteur de ses avances. Quel sex-symbol, ce Kaoru. Dommage peut être qu’au final, malgré ce que je pense être des artifices, l’intrigue soit, au final, très Shinji-centrée.

Zwei ) Les deux derniers épisodes

Alors, tout est bouclé, l’intrigue est finie? Haha, naïfs enfants. Il reste encore deux fois vingt minutes pour laisser l’anime nous entraîner dans la psyché de certains personnages. Le résultats? Quarante minute de salade synesthésique. C’est presque la sublimation de tout ce qui a précédé : pas la moindre trace d’humour, de la salade de genres, de discours, aucun sens ou quoi que ce soit à capter, juste une espèce de zapping fascinant qui, presque de manière subliminale, déroule les conséquences des épisodes précédents… et autant dire qu’elles sont dantesques. Problème ; J’ai trouvé la toute dernière séquence fabuleusement ridicule. Dans le contexte, il est question de se sortir du marasme et d’un trouble psychologique… mais si cette sortie est imagée, ça ne sert à rien. Surtout si l’image en question est si… anti climactique ! Comme si le casting s’était rassemblé en rêve pour applaudir et scander « Bravo! T’es une merde! » … non, vraiment, cette toute fin ne me laissera pas un souvenir impérissable. Pour tout vous dire, l’identification n’a pas beaucoup marché sur moi (22 ans, Shinji, 14 ans) et de toute manière j’ai fait « toute mon adolescence en rentrant à la fac, à son âge, j’étais juste un vrai petit robot.

Quoi qu’il en soit, cela a donné une aura à cette anime et cela permet de se rendre compte du chemin accompli en tant que spectateur : depuis le premier épisode tout ce qu’il y a de plus « basique » dans sa manière de poser le postulat, les choses ont bien évolué… et, sérieusement, qu’est ce qui s’est arrangé? Rien. Oui, l’Humanité est un poil plus en sécurité mais strictement personne n’aura trouvé la paix intérieure et les morts ne sont pas revenus pour autant. Finalement, oui, tout est très allégorique dans cet anime.

Post-scriptum : Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi? Veux-tu t’unir avec moi?

« – Hey Shinji, toi aussi tu penses que les Eva sont une métaphore pour le ventre maternel? Tu aimes être noyé dans le liquide amniotique, non? »

Drei ) The End Of Evangelion

Oh la la alors cette fin n’est pas vraiment passée inaperçue et hop! Deux ans plus tard, voilà un long métrage qui met sur bande les scripts alternatifs de la fin de cette série. Une heure trente d’extrêmes parmi les extrêmes, de malaises et d’images incroyables qui illustrent, rien de moins, la fin du monde. Un truc qui vous donne bien envie de garder la première fin dans le canon! Ce long métrage resette à la fin de l’épisode 24 et se caractérise par une histoire formidable : Shinji ne fait RIEN, ne décide de RIEN, ne fait pas le moindre mouvement mais hé, le sort de l’humanité (dans son essence, dans son concept, pas même dans une simple acception physique) dépend de lui. BEN MON COCHON. Une heure trente de glauque, de mantras paniqués, d’éradication totale du casting, d’images improbables et de membres mutilés. Je ne déconne pas. Encore une fois, on oscille entre le dada et les films fluxus, épileptie en option. La ligne directrice n’a pas changé : véhiculer la transfiguration, le malaise, le désespoir, etc… et la toute fin est fantastiquement cynique. Un choix égoïste va être fait, il va se payer. Une issue alternative épatante que je recommande fort. C’est violent, bizarre, parfois grotesque (dans cette scène, nous voyons une Rei de 100 Kilomètres avoir une épée s’enfoncer dans le vagin qu’elle a sur le front) mais bizarrement jubilatoire dans son sens des extrêmes.

BREF c’est un univers bien intelligent et hybride, très immersif, ayant su vaincre quelques uns de mes préjugés, dont ceux que je me faisait en vue du tapage autour. Je n’arrive même pas à appliquer ma propre philosophie – ne pas prendre le méta en compte. En tant qu’anime, c’est une forte surprise ayanttrès bien vieilliet l’occasion de sortir un peu des sentiers battus, dans les thèmes, les personnages, la narration. Sincère enthousiasme. Mais sincère déprime potentielle. Tous les grands trucs sont comme ça.

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7 Responses to Ta mère et moi sommes très déçus

  1. Concombre Masqué says:

    Oui, bon, régulière de deux ans, c’est un abus de langage.

  2. Eraziel says:

    Que dire…

    Un article que je trouve très réussi, peut-être parce qu’il synthétise de très près ce que j’ai pu penser de cet anime. Je l’ai découvert à sa première diffusion française il y a presque 15 ans, acheté en VHS puis en DVD, puis vu au ciné… Et je crois qu’encore aujourd’hui, j’ai du mal à saisir toutes les idées planquées derrière. Mais je pense qu’il est difficile de nier que c’est une expérience émotive assez fabuleuse. Et rare sont les productions qui réussissent encore à surprendre après pas mal de visionnages, juste parce que certains choix sont véritablement osés ou délirants.

    Donc merci d’avoir mis des mots sur certaines de ces choses

  3. AngelMJ says:

    Très sympa cet article, j’aime bien la façon dont tu rédiges.

    Concernant EVA, je suis de ceux qui ont suivi la série avec plaisir et qui se sont écroulés aux 2 derniers épisodes et au film.
    Il y a une imagerie forte dans Evangelion, et cette impression que l’on peut saisir l’ensemble du récit sans finalement jamais l’effleurer. Le genre de récit qui te fait poser de vraies questions sur le psyché de certains réalisateurs japonais!

    En tout cas série à voir, même si très chelou et légèrement perchée dans son déroulement et surtout sa conclusion. Ben tiens, tu me donnes presque envie de la revoir ^_^

  4. Kaeso says:

    Et bien, moi je n’ai PAS aimé cet animé. Mais je l’ai pas trouvé mauvais pour autant cette saleté.

    Comment dire… d’emblée on a l’impression d’avoir à faire avec un shonen classique, et je suis partit dans cet anime avec cet état d’esprit. On voit des gros robots, y a 2-3 blagues de cu ok bon… Le développement des personnages c’est ok bon normal… Mais quand on voit que le frigo n’évolue pas d’un pouce… eh c’est étrange et déstabilisant surtout que la rousse dont j’ai mangé le nom désévolue (si ça existe!) pendant que Shinji…. difficile à dire… Le méchant pas visible, enfin gros robot sur gros robot ça fait pas une cible tangible, pas d’émotion nada… Mega perturbant sur tous les points donc. A la limite, les adultes ont une évolution logique, c’est ce qui se rapproche le plus de quelque chose de tangiblement compréhensiblo cohérent. A part le père de Shinji, opaque comme un écran cathodique.

    Et l’erreur viens de là (pour moi) si on fixe un cadre avec gros robot lol gamin de 14 ans XD, pourquoi en faire un truc psychologique? Apparemment il a trouvé un bon gros publique, ce qui démonterait l’argument de, c’est quoi cet alien hybride Gainax. Pourtant c’est ça que je me suis dit en le voyant.

    Pour la fin j’ai clairement eu l’impression que c’était du « on sait pas quoi faire allez c’est parti ». L’animation craint un max, c’est une bouillie entre texte, plans fixes, images dont le niveau régresse petit à petit (ok ça va bien dans l’argumentation mais elle se barre tellement en couille que ça semble plus être un prétexte). Bon et puis après? Tout ce qui était avant c’est du vent? C’est un peu comme avoir imaginé une autre fin en rêve, c’est… original mais le concept de base est perrav. La majeur partie de l’anime on est pas dans la tête de Shinji, on ne peut que l’imaginer, mais le personnage est tellement chiant que c’est une torture que de le faire, alors la fin dans sa tête, c’est l’enfer!

    J’ai pas encore vu le long métrage, trop dégoûté par l’anime en lui même.

  5. Amo says:

    Et maintenant tu peux mater les deux films Rebuild of Evangelion ! Le premier t’ennuiera un peu, c’est la série telle quelle en plus joli et en comprimé en 1h35 avec des détails qui changent pour le fun tandis que le second chamboule énormément de choses mais arrive à rendre la seconde moitié de la série moins déprimante tout en restant un peu coup de poing dans la face quand même !

  6. Maxobiwan says:

    Il reste encore 2 derniers Rebuild of EVA. Le 3eme arrivera en novembre si je ne me trompe pas

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