Sagadaÿtaÿ⁵ #8 : Phoenix

Et voilà, Internet a, une fois de plus, tout cassé : mon post sur Radiohead est passé à la trappe et je me dois de sortir ma carte Joker; Ce qui prouve bien que ma paranoïa était justifiée. Ce n’est donc pas un album de Plan B que je vais vous écrémer mais bien Phoenix, du coup. N’imaginez pas, dans vos rêves les plus fous, que je sortirais des paroles en Français (je suis parolo-francophobe et je le vis très bien, ce n’est pas une forme d’intolérance encore stigmatisée) mais voilà un bien beau groupe de l’Hexagone… et pas n’importe où, de Versailles, ‘dames-messieurs! J’ai déjà papoté sur Wolfgang Amadeus ça et là ad nauseam et voilà l’occasion d’en faire un résumé définitif. Que ce soit pour la French Touch ou pour l’année 2009, cet album est franchement emblématique et c’est celui qui a enfin débloqué la popularité du groupe… sur ses propres terres! Il est toutefois vrai que les précédents manquaient d’un petit quelque chose, d’un je ne sais quoi qui distinguait moins bien toutes les productions précédentes. Alors, on sait faire autre chose que de la bonne techno? Go go Versaillo Gadget!

 Avec une date de sortie et un groupe pareil, on se doute bien qu’on ne va pas entendre du hard rock mais ce disque collecte des pistes pop fantastiquement bien foutues, précises, qui fourmillent de trouvailles et de détails pas toujours perceptibles. Ca commence avec le – très – connu Lisztomania. On se dirait presque hors de toute influence : chaque instrument sort une ligne très originale, rythmiquement hors des sentiers battus, un petit son pas saturé pour un sou et très agréable, à deux doigts du palm mute. Tournerie inhabituelle aux toms. Le chant est très aigu, navigue entre les octaves avec aisance, il n’y a pas le moindre accent, juste une micro-nonchalance agréable. Le refrain est une petite explosion de grattes, toujours au son clair, une envolée vers les aigus assez angélique. On recommence une fois, petit passage à part plus saturé et speed, le silence se fait et apparaissent des petits coup de claviers qui ressemblent à des bruits de vieux téléphones passés à l’autotune. Une formation classique et quelques claviers, pas mal d’imagination et un sens de la pop dansante, hop, c’est tubesque.

 … et 1901 est « pas mieux »! Tout aussi efficace et intelligent, aux paroles pas plus compréhensibles (à qui appartiennent ces deux dates?) le couplet reprends ces double-stops très aigus et le refrain est un foutu bonheur de couches, de lignes, de bruitages… ça tape fort sur les toms et le charley ouvert, ça invoque des bruits d’alarme de plus en plus puissants… et pendant le « Fold it, fold it », petit riff arpégé catchy comme pas deux, le batteur se fait plaisir (ce morceau est un bel exercice rempli de fun) et voilà. On entend toujours l’intro de ce morceau dans Masterchef, tendez l’oreille.

Fences a un démarrage bien plus mystérieux, chaud et aguicheur – un peu plus lent, cette fois mais tout aussi construit. On cultive un son un peu moins épais mais l’intérêt est toujours dans un sens impeccable du timing (vazi on va démarrer le chorus une demi mesure plus tôt why not) tout est délicieux dans ces ralentissements maîtrisés. Petits sons de harpe/mandoline (ou que sais-je, bambino) et chant impeccable.

 Love Like A Sunset est un diptyque – ce qui structure l’album et ça c’est ‘achement bien. La première partie est un long instrumental un peu bizarre et hors des sentiers jusque là battus – piano foufou, « alarmes » guitare délayée archi sourde, grosse construction épique et apparition d’une batterie très sonore et tranchée. Ce n’est pas particulièrement joyeux ou majeur comme ce qui précède mais ça retient nettement l’attention. La deuxième partie est bien plus douce et reposante, volontairement faite pour radoucir, comme pour récompenser l’écoute de l’autre moitié. Deux petites minutes qui pourraient annoncer la fin d’un, sinon LE meilleur EP de l’année. Ben non, c’est juste la face A du vinyle.

Lasso pourrait tout à fait être un vieux tube à la Chicago mais c’est aussi récent que le reste. Exposition tout en toms, petit solo de batterie… gentille structure classique et grosse basse bien présente, un petit esprit bluesy très subtil pour le dernier pont, la même voix se répondant toute seule, des progressions harmoniques, hop. Les quatre derniers morceaux sont un poil moins efficaces, il faut aller les chercher un peu plus. Rome cultive un esprit très stop and go avec ses notes répétées à l’infini – un morceau très basé répétitions, d’ailleurs… final technique sur un fort large spectre. On fait monter la sauce avant de la balancer, quoi. Countdown possède un esprit étrange, pressé, toujours sur le départ, comme à l’affut d’un refrain qui n’arrivera jamais, toujours en vélocité et en percus bizarres, ça lui confère un petit cachet.

 Rien de spécial pour Girlfriend (je vais faire redite) et Armistice est un morceau final best-off : variété technique, rythmique, tout ce qu’on retrouve sur le reste… en plus d’un certain nombre de bruitages et de heats que les fans de jeux reconnaîtront! Un peu de claveçin émulé et hop, fini. L’identité de cet album est claire : un savant jeu de couches et de timing.

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