Daily Archives: 26 août 2012

Sagadaÿtaÿ⁵ #11 : Blur

Si la vue ou l’évocation de Damon Albarn ne vous fait penser qu’à Gorillaz, vous êtes nés trop tôt, vous n’êtes pas assez curieux ou bien vous êtes juste capitonnés dans un Etat militaire et censeur parce que ce jeune homme a fait ses premières armes dans un mastodooooonte de Britpop nommé Blur. J’en parle un peu tardivement parce que le groupe est très fâché avec le concept de séparation officielle : avec sept galettes sorties depuis 21 ans et quelques lives mémorables à Hyde Park, ils viennent de sortir une ultime intégrale sobrement nommée « Blur 21 », une grosse box fort exhaustive contenant la disco, une tonne de faces B, de machins oubliés et de versions alternatives. Un fort bel objet qu’on m’a offert très généreusement, du coup, je picore ça à petites doses! Il paraît que Parklife est leur meilleur cru – troisième album – pourquoi pas, allons-y. Seize pistes dites donc! C’est parti pour une grande salade musicale, chaque morceau explorant divers trucs, mais n’oublions pas que c’est aussi une des sources du dance rock!

Hey, ça commence avec Girls & Boys, un tube bien connu. Une routine archi dansante, batterie disco, plein de claviers et de bruits criards derrière un riff de guitare relativement majeur mais dissonant, une simulation d’atterrissage et paf, efficacité maximale, tout dans les accents rythmiques, constante du quatuor. D’ailleurs, Blur, c’est parfois plus une succession de parties rapides et lentes que de couplets et de refrains – mais Tracy Jacks adopte les deux : ça sonne comme un petit compte alternant ballade et ponts très solennels. End Of Century n’est pas si différent, juste un poil plus court et reposé. Parklife est, osons le mot débile, rigolote. Une litanie parlée sans grande conviction, le titre répété venant de loin, une ambiance ska avec quelques cuivres et du piano – toujours derrière ce son signature de guitare, très clair, sec et aigu.

AYE AYE! Bank Holiday vient enfin rehausser un peu la dinguerie ambiante. C’est un peu le They’re Red Hot de Blur – une minute et demi archi rapide, tempo flash, rythmes piégeux et stop and go qui doit rendre ce machin particulièrement jouissif en live, parce qu’en l’état, c’est déjà bien punk et énergique. Badhead s’expose avec ses trompettes synthétiques, un rythme tout gentil et un clavier qui « tremole » comme s’il n’y avait pas de lendemain. Beaucoup d’arpèges, une ambiance de lover à jouer au coin du feu… très guitaristique et sympa. The Dept Collector ne cache même pas sa vocation polka, on change toute l’instru, pas de voix, un petit flutiau un poil médiéval, l’ensemble est cool et inhabituel. Oui, c’est toujours du Blur, pas du Jethro Tull! Puis un jour, quelqu’un a laisse un des membres toucher à un clavier au hasard, ça a donné l’intro très tubulaire de Far Out, mini chanson ne voulant pas nécessairement dire grand chose. To The End nous emmène dans des dimensions davantage axées Bossa Nova, petits coups de gratte en contre temps, batterie très lourde, une femme dit n’importe quoi en français en répondant à Albarn, on dirait une version moderne d’un Gainsbourg qui serait né à Londres – le foutraque de l’ensemble est déjà bien représentatif du Gorillaz à venir – pour repartir dans l’ambiance de foire, quelque part entre le pousse pièce et le tire à la carabine. C’est n’importe quoi mais c’est sympa et cohérent.

London Love et son synthé dégueu… et sa petite tournerie chromatique à la guitare, ses claps, son solo ne voulant absolument rien dire… mais le morceau devient de plus en plus cohérent au fil du temps, il est plus docile et carré sans pour autant perdre de sa saveur très aléatoire, surtout avec ce flux radio en fond sonore.

Je passe mon tour sur les deux morceaux suivants, comme d’hab, ils véhiculent la même chose que les machins précédents, ils ne sont pas inratables… mais Magic America a quelque chose de charmant avec son menu best off de pouets pouets et de coin coin, sans structure, sans réel souci rythmique mais avec l’ineffable « Laaaa La La La Laaaa », signature Damon Albarn. Encore une fois, dansant, ne véhiculant que du positif.

Jubilee reprends les fondamentaux de Blur pour les mixer avec Madness – idéal pour bouger ses fesses, un chant délirant, toujours des cuivres pour accentuer tout ça. This Is A Low est la véritable dernière chanson de l’album : c’est l’une des seuls à se comporter bien sagement avec sa progression classique, ses petits moments solos et ses syllabes exagérément longues.

Enfin, Lot 105 est un dernier petit instrumental bien barré en deux parties. Ca sonne comme du déjà vu mais la fin est un véritable petit bordel vocal. Finalement, une course de lévriers en couverture semblait cohérente : la tronche que tire le chien de gauche résume bien l’idée. Un vrai petit cirque enragé, foutraque et cultivant cette absence de cohérence. Ce n’est pas plus mal, finalement, si c’est bien exécuté… souvenez vous du Blur de Leisure – à l’époque, on trouvait ça bien trop brouillon!

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