Daily Archives: 17 août 2012

Sagadaÿtaÿ⁵ #7 : Rush

Ha… celui-là, il n’est pas impossible que je vous le fasse découvrir. Rush est un groupe de prog canadien, deux paramètres qui le rendent quasi-inaccessible chez nous. Encore une fois, les jeux de rythme ont été une énorme passerelle vers l’hexagone pour le trio de Geddy Lee. Ils sont très copains avec Harmonix et avec les créateurs de South Park. Ils ont un paquet de particularité : ils se sont formés en 1968 et viennent encore de sortir un album, signant ainsi leur vingtième! Une régularité à tout rompre qui a résisté a pas mal de drames qui n’ont pas, à terme, fait de mal au groupe. D’autre part, ils sont connus pour posséder un batteur emblématique, Neil Peart – homme fantastiquement créatif et technique qui peut se targuer d’avoir les sets les plus larges et dingues sur scène. Rush a donc brassé, en quatre décennies, une quantité folle de styles différents mais The Spirit Of Radio est un best-off de leurs « débuts » – on parle de dizaines d’années, de 74 à 87 – qui relate bien cet esprit « gros rock différent. » Tant pis si la pochette est un peu moche, cet album est excellent.

Pas évident de définir le style Rush, qui a énormément changé au fil du temps. N’ont pas bougé : la voix très haut perchée de Geddy Lee, beaucoup de parties de basse et de batterie étonnamment complexes et alambiquées, un penchant pour le rock épique et des pistes souvent longues. Enfin – et c’est tout particulièrement apprécié – beaucoup de ces chansons racontent quelque chose, une histoire originale, émouvante, toute simple… Working Man est le premier titre emblématique du groupe et ressemble pas mal à Fly By Night – tout deux très guitaristiques, solos compliqués à l’appui, ces gimmicks ne seront jamais abandonnés. C’est indescriptible mais ce sera un poil plus simple avec d’autres pistes – l’exhaustivité n’est pas mon objectif, juste la transmission de cet « esprit » très spécial.

Justement, The Temple Of Syrus a une petite histoire derrière elle. C’est en fait la première partie de 2112, un morceau… de 20 minutes! C’est en fait l’intro d’un très long morceau qui illustre bien la logique du prod rock : jouer avec les temps, les vides, plaquer de gros accords de guitare et de synchroniser tout le monde de manière assez impériale. Un mot d’ordre : l’épique! La voix ne viendra que très tardivement, il y a même un petit moment bonheur où acoustique et électrique se rejoignent vers 3’34 ». C’est dans ces mêmes parties que tout le génie de Neil Peart s’illustre… on ne voit jamais ce genre de lignes de batteries. Ce morceau reste incomplet sans ses quatorze autres minutes, sachez-le!

Closer To The Heart est bien plus pensée pour la radio avec, surprise, son format presque court. Intro toute choupie à la douze cordes + xylophones. Voix planante, exposition de la grille d’accords, la basse – toujours très sonore et typée – arrive et la succession de parties sans véritable refrain s’amorce, solo bien épique et roulement de toms, bonheur. D’ailleurs, pour une raison inconnue, YYZ n’est pas dans cette compil et je recommande l’écoute de cet instrumental (portant le code de l’aéroport de Toronto) au rythme complètement barré, proche du très anachronique Math Rock.

The Trees est une référence directe à Ayn Rand, l’objectivisme et tout le toutim, mais ça, c’est l’interprétation. La musique, elle, est toujours aussi variée et commence à être encore plus intéressante après son break et ses petites percus en bois, via un jeu de question réponses basse-batterie assez jouissif (3’39 »), après l’habituel solo. Le titre éponyme est tout aussi sympa : son riff d’intro « décollage » est mythique, sa diversité est son atout (petite partie reggae surprise à la fin, cool) et son propos est franchement poétique : le bonheur des ondes sonores, niveau de langage élevé et constant. Petites clochettes et descentes de toms sur descentes chromatiques… bref. Ca s’écoute et ça se ressent, y’a pas de musique plus intelligente dans cette branche là.

Les quatre pistes suivantes appartiennent à l’album Moving Pictures, et les rares âmes qui connaissent Rush en France connaissent forcément Tom Sawyer. Peut être a-t-il acquis ce statut involontairement. Encore une fois, l’histoire d’un perso, une relecture intéressante dans des tonalités un poil plus mixées – ni vraiment ni majeur ni mineur, belle « exposition song » aux claviers psychédéliques. Mindless Self Indulgence en a fait une reprise encore plus hardcore. Cet art de laisser passe trois minutes entre deux phrases chantées de manière naturelle est impérial. Watcha say about his companyyyy ~ The World is, the world is ~

Attention, après c’est Red Barchetta et je suis furieusement dingue de ce morceau. L’histoire d’une bagnole et du plaisir qu’elle procure à son proprio. Ce n’est absolument pas beauf et ça donne un morceau de Police sous acides. Mention spéciale au passage « je roule avec swag dans la campagne », avec sa batterie souple et folle. Plusieurs gimmicks sympas, les harmoniques naturelles à la guitare, des parties de batterie qui se fournissent de plus en plus… hmm.

Shit. Il est déjà presque trop tard pour parler des cinq dernières pistes, celles qui sont plus ancrées dans les années 80, cette décennie qui a ruinée tant de groupes du genre, Yes en tête de liste. New World Man est transitoire : plus « concentré », plus vocal, il part moins dans les expérimentations si on oublie ces bip bip bop en intro. The Big Money fait carrément kitsh avec ses heats et ses coups de clavier à la Europe, Force Ten conclut le tout en utilisant toujours plus d’écho et de delays dégoulinants, tout en préservant l’esprit de base. Et voilà! Ce groupe et fantastique, mangez-en.

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