HEY

La Japan est à peine en train de se terminer. C’est un peu foufou ici alors je me permet d’envoyer un post un peu réserviste. Ne m’en voulez pas trop, ouvrez donc Deezer et écoutez un peu de bonne zique. Cette bonne zique, précisément.

Savez-vous d’où est issu le nom du groupe Green Day? Il paraît que cela viendrait d’une journée particulièrement généreuse en Marie-Jeanne. Bien sûr, cela ne vous évoque peut être pas grand chose, ou rien de tout, mais je suis plutôt certain de mon coup en affirmant que pour une large majorité de la population, Green Day est un groupe/phénomène adolescent/pour adolescents qu’on a vaguement entendu en boucle vers 2005, sur le coup du petit séisme American Idiot. C’est vrai et faux, mais le coté faux est terriblement lourd et pesant. Tenez, à l’heure où j’écris cette phrase, le tonnerre vrombit dans la salle, c’est dire. Si vous êtes déjà en train de penser à un phrase un peu vulgos de type « Putain mais Concombre, tu as des goûts de merde » NON mon jeune ami, tu es juste un peu dirigé par de gros préjugés véhiculés par ton toi d’il y a sept ans et je peux te jurer que cette musique regorge de profondeur et qu’elle est terriblement mésestimée, un peu comme Lost.

J’aimerais vraiment vous prendre une demi douzaine de minutes pour vous expliquer calmement ce qu’est ce groupe et pourquoi il déchire. Pour plusieurs raisons – d’une, cela vous donnera peut être l’envie d’aller les voir à Rock en Seine dans sept semaines, de deux, vous pouvez toujours tomber sur une boîte de Green Day : Rock Band à moins de 10 Euros et c’est un achat stratosphériquement astucieux. Au dela de cette tracklist dont la qualité parle d’elle-même, c’est un achat riche en anecdotes et contenu additionnel, parfait pour les fans et les futurs convertis. La première raison est particulièrement plus onéreuse que l’autre mais elle promet un meilleur moment, éphémère mais tellement plus rare : leurs concerts sont connus pour être foufous. Ils ont pour tradition de faire monter un membre de la fosse interpréter un de leurs tubes à la guitare, les membres se roulent allégrement des patins entre deux chansons (c’est un trio de mecs mais ils sont mariés, c’est juste de la grasse bromance) et on ne peut pas leur enlever leur enthousiasme… antérieurement, je n’avais fait qu’un seul post uniquement dédié à un groupe, et c’était The Go! Team. Ils ont cet avantage en commun de faire des lives uniques et c’est une chose rare! J’ai une pensée pour tout les amateurs de métal progressif qui doivent se taper des artistes tellement concentrés à faire leurs solos qu’ils en oublient d’être présents.

A partir de ce point arrive le moment où je démarre les approximations. On pourrait assimiler ce trio au Punk US. Le mot « punk » revêt bien des visages et on lui retiendra une acception américaine ou anglaise. On dira que le deuxième cas de figure est surtout là pour déranger, faire du rock dégueulasse en languedeputant la Reine, jouer comme des patates et sniffer des rails – pas de Pépitos, non – entre deux concerts. Basiquement, les Buzzcocks et autres Sex Pistols… ces derniers ayant amorcé un début de mouvance entre Punk et New Wave (qu’on pourrait facilement raccorder à l’eyeliner de Billie Joe, mais là je deviens un peu confus) Tandis que le Punk Américain peut tout à faire se contenter de mélodies joyeuses, énergiques, le maître mot étant souvent une certaine rapidité d’exécution. Pensez à tout ces machins numérotés, les Blink, J’ai le Sum 41 ou mieux – Offsprings. Croyez le ou pas mais Green Day était là et faisait partie de cette mouvance toute californienne qui, comme son homologue British, fait une zique qui cultive l’amour du power chord. En gros, on prend une guitare, on fait un « L » avec trois doigts et ça donne du gros son qu’on fait plus ou moins vite sur un rythme binaire. C’est très efficace et malgré ce qu’on pourrait penser de prime abord, ça laisse pas mal de possibilités.

Il y a trois personnes dans ce groupe : un duo d’amis inséparables, BJ Armstrong et Mike Dirnt, bientôt rejoints par un certain Tré Cool, batteur enthousiaste. Bien sûr que c’est un pseudo, son vrai nom fait un peu trop bourgeois pour faire keupon. Guitariste, Bassiste, Batteur, il n’y a jamais rien d’autre dans leurs compositions, si ce n’est des dérivés de leur formation originale. Les « deux autres » poussent la chansonnette et harmonisent de temps en temps. Avant de revenir sur le parcours de ces joyeux déglingos, passons un peu American Idiot au crible. L’album par quoi tout commence en France – pour eux, nous sommes largement au milieu de leur carrière, mais il va sans dire que pour l’amateur lambda de radio/clips ils ne sont connus que via une pelletée de single issus de cet album, dans l’ordre : le titre éponyme, Holiday, Boulevard Of Broken Dream et Wake Me Up When September Ends. Ces quatre morceaux ne sont pas si identiques et chacun reste immédiatement en tête! Le premier est ultra efficace, le deuxième est de la même trempe, le troisième est une ballade bien héroïque et le dernier, malgré son abus évident d’autotune, est un morceau carrément triste (argh, un père décédé bien trop tôt) qui envoie pas mal d’émotions. Un bon équilibre entre mélodie et contenu, quoi, d’autant que le reste respecte bien ce cahier des charges « énergie ». Bon, ceux là, on les connaît tous et si ce n’est pas le cas, je vous invite fort à aller consulter. Les morceaux. Problème… tout l’album est en fait un gros gros opéra rock construit autour d’une histoire un peu neuneu avec des persos bien angsty et des thèmes chers au groupe (la notion de « chez soi », etc). Il y a neuf autres pistes sur cet album et ce sont tooooutes des tueries MAIS Jesus Of Suburbia et Homecoming sont deux fabuleuses pépites de 18 minutes combinées. Les deux sont en fait cinq mouvements mis bout à bout, j’ai une légère préférence pour le premier, machin aussi épique qu’on puisse faire dans ce style. C’est long, mais varié, entraînant, ça change un peu de vitesse et ça chante toujours carrément bien, en jurant un peu au milieu et en terminant sur un solo bondissant, cool. Les cinq autres sont tous aussi biens mais sentent un peu plus le « one-trick pony » – la formule magique usée, voilà. Emphase sur ces deux morceaux pour un très, très bel album.

Deux camps en France : ceux qui découvrent (soit ils apprécient car ils sont un peu jeunes, soit ils apprécient car ils ont bon goût, éventuellement les deux) et les connaisseurs qui crient au scandale. Quoi, Green Day devient émo? Monsieur devient métrosexuel, choisit un peu trop ses fringues et ose chanter sa tristesse? Scandââââle dans les chaumières mais qu’importe, le groupe se fait connaître en France… et il gagne un regain définitif d’intérêt sur ses terres natales! Hé oui, Green Day, aux Sates, c’était plus de dix ans avant et le groupe a subi quelques modifications de styles entre les différents albums. La faute aux labels, aux fans, des envies personnelles, envie de prendre l’air? Mystère et eyeliner puisque force est de constater qu’il y a eu des hauts et des bas dans la qualité de production, malgré une inébranlable cohésion dans le trio. Pour résumer, le Green Day pré American Idiot est connu pour être un cran au dessus niveau « punkitude » et vitesse.

Passons notre tour sur leurs deux premiers albums, ils sont encore méga jeunes, ils enregistrent avec leurs pieds, mais voilà qu’apparaît Dookie, album majeur du groupe et du rock en général (toujours classé dans les interminables listes Rolling Stones) – formidable bijou Punk, sans aucun doute. Le groupe s’installe dans sa musique comme dans sa vie et cela donne des tourneries merveilleuses, dont Welcome To Paradise (reprise de leur deuxième album, Kerplunk!) trois power chords, la vérité, un petit solo de basse, du bon gros « Some call it slurm some call it niiiiiiiice » qui reste en tête pour toujours, c’est magique, c’est bourrin, c’est un style de musique qu’on ne peut pas détester. Oui, c’est très jeune, mais ça chante la maturité alors qu’est-ce qu’on peut leur dire? Longview est une ode à la glande et à la branlette (sa ligne de basse serait trouvée via des plantes qu’on ne trouve pas légalement… ou sous des sites en .onion) le très connu Basket Case expulse un peu le coté névrotique de Billie Joe, She est un coup de coeur mais je suis certain que son refrain peut aussi vous atteindre… F.O.D. (Va te faire foutre et meurs) et la chanson de rupture la plus exaltante qui soit – on pense toujours à quelqu’un en l’écoutant, ça se trouve, votre cible fait la même chose – Burnout et Emenius Sleepus ont des solos de batterie de folie… et à chaque fois, une concision et une manière de ne jamais s’étendre – après tout, c’est du punk, le genre ne veut pas des pistes de sept minutes. On peut dire que c’est toujours la même chose, on peut aussi y trouver des pistes complètement uniques. Je suis certain qu’un compromis existe et c’est une belle illustration – en tout cas, ce n’est pas du Shade! La popularité du groupe explose enfin mais elle va décroissante avec chaque disque supplémentaire…

Nous sommes toujours dans la première moitié des années 90, et Insomniac – quatrième disque du groupe, est un peu Dookie II – Un nouvel Espoir. En gros, une méga extension qui reprends les ficelle du précédent, même si j’ai un petit coup de coeur pour The Panic Song et sa petite performance de vitesse qui témoigne une sacrée virilité dans le poignet. Pas grand chose à dire, c’est plus dispensable… pas comme l’album d’après, Nimrod. Là, on est en 1997, et Green Day commence à toucher un peu à tout. Je ne fais pas référence à la bisexualité assumée des membres : En gros, plus on avance dans ce disque, plus on sent la volonté du trio de faire des trucs différents : King For A Day est une joyeuse polka travestie, Good Riddance n’a plus rien d’agressif dans son approche tant il est mou et gentil, mais Platypus (I Hate You) enchaîne dix secondes d’insultes improbables à vitesse flash, un délice. (Oui, décidément, c’est un bon groupe pour se sentir rajeunir… ou insulter mentalement des gens) Last Ride In est un instrumental super cool, entre surf music et bossa nova, du jamais vu… et les machins punk sont toujours là. Ca commence à devenir un joyeux mélange…

Oui, bon, je sais ce que vous vous dites. Pensez plutôt au chanteur de Maroon 5, son look de gangster et les véritables daubes romantiques qu’il nous a pondu

… pas nécessairement efficace pour tout le monde. La dernière galette pré American Idiot, Warning, sort en 2000 dans une indifférence de plus en plus caractérisée et ce n’est peut être pas si mal, ça a probablement quelque peu sauvé le groupe. Tout fan vous le dira, cet album est indéniablement pop-rock. Non pas qu’il y aie de mal à ça mais on sent derrière une volonté un peu trop présente de plaire… ou d’être efficace. Parfois, ça marche (Warning donc, Misery, Jackass, Macy’s Day Parade) parfois carrément pas du tout, me dites pas que le refrain de Castaway est entraînant, ce n’est pas possible, cette chanson est vraiment ratée. C’est bon, Billie Joe, tu vas pas chanter ta perte d’identité pendant trente ans. Ne le prenez pas de la mauvaise façon : cet album est bon, mais vraiment différent. Faut-il le détester pour autant? Non, seulement les nazis raisonnent comme ça. Vous ne voulez pas être nazis, hein? Bon.

Hiatus de cinq ans, American Idiot sort… et les voilà déjà plus que trentenaire, à être parents mais à continuer leurs délicieuses conneries. L’ère moderne du groupe commence en 2008 avec 21th Century Breakdown. Pour le coup, difficile d’en penser quelque chose de cohérent puisque le contenu lui même va un peu chercher partout dans l’historique du groupe : c’est aussi un (très fourni) opéra rock, avec ses gimmicks, son intro, son canon et ses échos. Il navigue dans une foultitude de styles, te donne envie de sortir les castagnettes (Peace Maker) ou d’applaudir devant les trouvailles de The Static Age. Christian Inferno est une phrase répétée à l’infinie comme s’il n’y avait pas de lendemain, East Jesus Nowhere est un formidable exercice de stop-and-go qui doit tuer en live… et tout le monde connaît les singles Know Your Enemy (OUAIIIS) et 21 Guns (Bof) – le reste est un melting pot bien varié et intéressant, pas toujours brillant mais toujours de fort bonne facture. Dire que leur musique grandit avec eux est une affirmation bien rapide… et c’est peut être tant mieux! Cela fait déjà… huit albums. L’avenir?

Il arrive bientôt. Nous passons de début 2009 à aujourd’hui, le groupe va sortir une production aussi dense que suspecte : un triple album, astucieusement nommé Uno/Dos/Tre. Enfin, je ne sais pas, c’est davantage trois albums qui sortiront à peu de temps d’intervalle (quatre mois, Uno fin Septembre, Tre en Janvier) qu’un triple, comme l’a pu faire System Of A Down. J’espère très sincèrement que cet esprit bizarre de sérialisation est plus qu’un gigantesque acheminement vers ce jeu de mots. Il y a bien un single de dispo (Oh Love) mais je n’ose pas trop, vous pouvez vous amuser chez vous, il serait officiellement disponible dans une semaine… et le groupe annonce que la trilogie se dirige vers un mélange entre AC/DC et les Beatles. Allez, j’ai la foi, croyons-les et supposons qu’ils sortent d’une période extrêmement prolifique et créative (mais ces pochettes sont pas super belles)

Bref, vous avez un gros champ d’essai pour découvrir tout ça, et pour l’ensemble de cette discographie…

A écouter, du genre, maintenant

Jesus Of Suburbia est peut être leur magnum opus. Homecoming est tout aussi épique et tout l’album American Idiot. Toutes les pistes de Dookies sont dans le même esprit mais She et Welcome To Paradise sont mes chouchous. Ces deux albums sont indispensables, viennent après 20th Century Breakdown, Warning et tout les singles sus nommés… mais Green Day, on apprends à reconsidérer son point de vue d’ado – ou d’adulte sur eux, à les kiffer, à tomber en amour devant ces mélodies franches et énergiques.

Voilà, mon boulot est fait.

NB : Il est interdit de parler d’un certain duo avec U2, il n’existe paaaaaas

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One Response to HEY

  1. Petrif' says:

    Quand j’ai vu que tu commençais par American Idiot, j’ai eu teeeeeeeeeeeeellement peur que tu ne parles pas de Dookie, l’album de ma jeune adolescence au même titre que SMASH de Offspring (qui ont moins bien su évoluer à travers les âges, et bim). Parce que Basket Case quoi… on écoutait ça sur Fun Radio à l’époque. -_- Hum. ‘fin bon tu m’as compris quoi.

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