Monthly Archives: juillet 2012

Les magical girls se cachent pour mourir

Wahou euh alors pour mon dernier post, je me retrouve dans une posture compliquée. Je viens de boucler Mahou Shoujo Madoka Magika (de tête hein, disons Madoka) et je ne sais absolument pas quoi penser de cette série. Pour tout vous dire, en matant le dernier épisode, j’étais en train de retenir une larme mais je me demandais si je n’allais pas finir mes jours en prison – ce serait bien con à ce stade, quand même – et j’étais un peu en colère contre moi même, en me disant « Putain mais qu’est-ce que tu regardes??! » … tout en sachant que ce que j’étais en train de terminer était incontestablement bon. Après avoir regardé ça en m’en fichant vaguement pendant dix épisodes, la fin me faisait clairement savoir que j’étais impliqué émotionnellement dans le truc. Enfin, cet anime titillait ma fibre nostalgique : il n’est pas si difficile d’y trouver des similitudes avec… Digimon Tamers. Soyons méthodiques, je vais passer d’un hémisphère à l’autre pour expliquer mon ressenti avec cette petite série qui a déjà fait son effet dans l’otakusphère, lors de sa diffusion en plein hiver 2011. Spoilers légers. Je parle de mécanismes qu’on est pas sensé trouver dans cet anime, sans évoquer de noms ou de tropes.

Le postulat

Si on part du principe que la culture anime est une culture de niche, Madoka Magica serait l’équivalent animé du breakcore ou de la blaxpoitation. Toujours est-il que dans les Saints Cercles des Amateurs Obstinés d’Animation ont souligné beaucoup de qualités chez cette production. Très bien, pourquoi pas, mais n’étant pas particulièrement passionné de ce coté là je me suis laissé le temps de faire ça le moment venu. Ce moment, c’était ce mois-ci. L’élément déclencheur est tout aussi obscur – vous vous souvenez peut être de Sayonara Zetsubou Sensei. L’un de ses génériques cultivait un style très particulier, graphiquement parlant, cet esprit montage et collage. Ça m’avait marqué – presque trois ans en amont, eurgh – et il s’avère que Paëlla Magique est presque construit autour de ce style qui, j’imagine, a dù plaire. Après tout, c’est le même studio (Shaft) et le même réal (Shinbo) et ce duo est connu pour ses production particulièrement barrées! Si l’origine de cet anime n’est pas celle telle quelle, elle doit forcément s’en rapprocher, il y a un rapport esthétique.

Deuxième point : l’évocation d’une Magical Girl est forcément parlante pour chacun d’entre nous! Même sans jamais avoir réellement regardé un épisode de Card Captor Sakura, on devine que le genre est lié à cet ensemble de topos – une gamine passe du statut normal à celui de magique, elle sauve l’humanité et, séquence complètement indispensable, se transforme en héroïne en enfilant une tenue archi baroque, tout en frous frous. Cette transformation doit toujours suggérer un peu de nudité. Même mon futur référent de Mémoire (grosse pointure de la théorie littéraire, maître de conférence et tout le tremblement) a réussi à évoquer le personnage en fin de cours, me laissant un peu mourir de rire intérieurement. Quoi qu’on puisse en dire, c’est un genre et Madoka est là pour amorcer une déconstruction. Ok, jusque là, rien de bien compliqué.

Haaaaa je suis tellement en manque de Dinosaurus

Je vous livre un peu le synopsis et vous comprendrez pourquoi j’ai numéroté mes abattis : Madoka est une lycéenne qui vit dans une maison abusément grande, qui étudie dans un établissement abusément spacieux et qui possède une tête abusément ovale. D’ailleurs, c’est un univers assez féminin… mais bref, Madoka mène une vie presque normale QUAND TOUT A COUP, un espèce d’alien nommé Kyubei, un chinchilla géant et immaculé débarque dans sa vie, pourchassé par une brunette fougueuse. Fin du premier épisode. Il s’avère que ce machin télépathe est en fait une nouvelle incarnation du pacte Faustien – il échange un souhait contre le métier de Magical Girl. Hey, ça à l’air tout benef’! … mais pourquoi faire ça? Hé bien, des sorcières menacent l’équilibre cosmique de l’univers, le bazar habituel. Madoka et quelques une de ses amies vont donc se retrouver embrigadées dans un univers merveilleux aux enjeux biens réels. Les mécaniques du « pacte » vont s’étoffer, révéler pas mal de trucs, ouvrir des pistes, mettre le doigt sur des quenelles et permettre pas mal de jolies séquences. Effectivement, pourquoi mon préambule sur « l’esthétisme » Shinbo? Simple, à chaque fois que Madoka va assister ses copines magiques pour brûler de la sorcière, elles se retrouvent toutes dans un environnement imagé et totalement construit autour de « divagations », de grandes matrices illustrées par ce style précis. Le casting est donc le suivant : Madoka, sa copine, protagoniste 1,2,3 et deux/trois personnages secondaires importants. Le tout poursuit son bonhomme de chemin jusqu’à une grosse explosion de procédés de fiction connus. Ok, débarrassons-nous immédiatement du coté « nazi » de ma critique.

Pourquoi ça m’a un peu énervé de mater ça

DIEU QUE JE ME SUIS FORCE AU DEBUT. J’y reviendrais mais ce n’est pas un anime qui retiendra longtemps l’attention d’un mec qui se fiche un peu de cette culture, non seulement parce qu’avant de la déconstruire, il faut bien l’établir un peu – logique – mais surtout parce que c’est un anime qui sort ses cartes maîtresses très tardivement. Ce n’est pas un mal en soi mais pour Bibi c’est six épisodes à se demander quoi faire, à faire des lettres de motivation en même temps. Cette intrigue veut te faire croire qu’elle a déjà été vue des milliards de fois. Oui et non. Au pire, et c’est déjà moyen, on peut lui reprocher d’utiliser des procédés vus dans d’autres bons animes – difficile de ne pas penser à Hinamizawa, par exemple. C’est surtout cette hyper récurrence des lycées, des écolières et de cet acheminement-du-fantastique à la Caroll qui est un peu irritante (j’ai un fétiche pour les univers fantastiques… qui ne le sont pas, puisque ces marques de fantastique font partie du pain quotidien – Poudlard, Shibusen, etc) mais ce n’est qu’une impression. De la même manière, une sorte de répétitivité s’installe gentiment dans la première moitié de l’anime. Sorcière-de-l’épisode, un univers graphique, un peu de développement ici et là pour emballer. Cette routine est telle que la mort d’un perso va sembler sans aucun impact, sur le scénario comme sur le téléspectateur (mais attention aux raccourcis car on peut trouver un tas de justifications derrière ce fait) en gros, l’anime met quelques épisodes à réellement devenir intéressant.

Puis il y a Kyubei. Sensé être un personnage-clé, véhiculé sur les Internets comme étant un démon/pédo/engeance de Satan, ce n’est qu’un être complètement dénué de sentiments humains, donc faisant seulement son boulot sans empathie, puisqu’il n’est pas fait pour comprendre ce concept. Aïe, sans ce trait méphistophélique, la référence tombe un peu à la flotte. Qu’à cela ne tienne, il reste diabolique dans son attitude mécanique… ou peut être parce qu’il ne peut pas physiquement bouger un trait de visage, que sais-je.

Ah oui et heu et j’avais vaguement peur de mater un truc sale parfois. Les séquences de lolis qui se font des câlins à poil, ça m’a toujours fait froncer des sourcils et une séquence hyper émouvante m’a fait sentir un terrrrrrrible conflit émotionnel. Je sais bien que ça fait partie de l’imagerie des magicals girls (et des animes en général, toujours dans Hinamizawa) mais eurgh quand même. Pas la peine de faire un traité sur la sexualisation des personnages de fiction, bon. J’avais une nette impression de regarder un truc qui visait un public en dessous de ma « tranche » d’âge. Ce n’est pas une question de maturité, mais on peut aussi véhiculer l’allégorie de Madoka avec autre chose que des foutues lycéennes plates. D’ailleurs, c’est comme si le casting faisait exprès d’aligner les stéréotypes – chevelures multicolores, palettes de caractères clichés. Oui, là aussi, déconstruction à venir – mais ce n’est pas nouveau non plus.

Plus embêtant : ces fameuses séquences « Tout dans le plumage » – ne sont pas poussées par quoi que ce soit d’autre. Pas de réel évènement diégétique la plupart du temps, du coup, elle ne servent pas à grand chose et on a juste l’impression que l’anime se la pète un peu. C’est un phénomène qui ne dure pas mais je l’ai ressenti tel quel là et là. Pas mal de flou scénaristique. Quitte à établir des codes, les expliciter est toujours plus sympa.

Enfin : JEANNE D’ARC ET ANNE FRANK ÉTAIENT DES MAGICALS GIRLS. VOUS AVEZ PERDU LE JEU. REPRENEZ DONC UN PEU DE DROGUE

(Oui mon ami, je pinaille pour rien, il fait humide MAIS)

Pourquoi c’est quand même vachement bien

Hééééé ben parce que c’est quand même vraiment bien écrit. D’une part parce que ça amène un concept aussi con que les magical girls vers une espèce de vue de l’esprit sur les élues, etc. Oui, Buffy et une armée d’autres séries l’ont déjà fait mais c’est bien amené. En vrai et ici réside un point crucial de cet anime : c’est carrément sombre. Pas la moindre trace de comédie, de gag, le vrai drama commence, demande ses victimes et aligne pas mal de séquences qui, ENFIN, t’impliquent dans tout ça. On doit donc se débrouiller avec ce contraste : ces gamines qui font joujou sont confrontées à de réels dangers – et le procédé de « Magicalisation » cache en fait pas mal de perversité. De l’intertextualité, toujours, mais de la bonne – cet anime est bon quand il montre ses personnage en train de perdre la maîtrise de leur propre terrain. En bref : Madoka adopte une posture d’anime un peu plan plan pour mieux la bouleverser. Risqué, quoi. Réservé aux vétérans, à ceux qui voient venir le truc ou aux patients. Anime diesel.

Le tout début et la toute fin se font écho, point bonus ultime. Les défauts énoncés ci-dessus peuvent se retrouver ici : si le début est flambyesque, la fin cartonne un peu tout ce qui bouge… L’anime se repose sur un procédé qui « fait » « quelque chose » à « un personnage » (et c’était spoilé par à peu près tout le monde depuis longtemps, eurgh) et c’est bien fait, bien exécuté. C’est une question de rythme : la fin est tellement dantesque que tout ce qui précède a vraiment l’air de « faire semblant »! On est loin du premier épisode où j’étais en train de facepalmer parce qu’une chanson nunuche se déclenchait sortie de nulle part – et ben même pas. En bref, certains trucs trouvent une explication nécessaire, la fin est émouvante – attention aux petits détails – et justifie pas mal de lourdeurs antérieures. Ce serait pousser le vice mais l’anime se hisse littéralement à un plus haut niveau d’existence, hahahaha. Au final, cette histoire magique était un simple mécanisme pour aller lentement à une histoire plus complexe pensée à l’avance. Même cette construction des personnages, sensée être basique et sans profondeurs, cache pas mal de trucs. Je ne dirais pas que c’est glauque (il faut avoir manqué tout un pan de sous culture ciné pour dire ça) mais c’est dérangeant. Pas pervers, juste perturbant là où on ne pensait pas que ça allait l’être.

Sentiment mixé mais cette sensation à la fois scandalisée/gentillement émerveillée prouve que, quelque part, le boulot d’un scénariste est fait… et tant pis pour les frous-frous, le monde ne s’en porte pas plus mal. A voir.

On se laisse ici. La Sagadaÿtaÿ de cette année est toute simple – elle va seulement dérouler ma « discothèque idéale » et égrener mes impression sur quelques styles et groupes que j’affectionne, un album à la fois. Si je n’ai pas assez d’exemples « satisfaisants », je mettrais un ou deux mèmes dans le tas, pour faire comme d’hab… mais ce ne sera pas de la grande littérature, évidemment, tout ça est fait en avance.

On se retrouve en Septembre pour une cinquième saison de posts interminables.

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Une épée dans le genou

Avant, je n’aimais pas l’héroïc fantasy, mais ça c’était avant.

Prenons le temps de mater le générique. On dirait une évolution logique du vieil opening de Boonanza, cette fois avec bien plus de moyens, d’inventivité et d’écriture derrière. Dans ce petit joyau, l’astre du jour survole une version miniature de Westeros. Les lieux-clés de la série apparaissent, se construisent comme autant de petits éléments mécaniques. On fait le tour, parfois en repassant au dessus du soleil, une fois fini, on revient au cœur, l’un de ses axes se révèle, c’est la « title card ». Il est fantastiquement léché, précis et évolutif – les lieux du continent qu’on visite diégétiquement sont, évidemment, voués à changer. Cette série est formidable avant même qu’elle ne commence et cela faisait déjà quelques temps qu’on avait pas vu un aussi beau générique.

Enfin… il y a peut être celui de BoardWalk Empire, planant, où Buscemi reste un peu ébahi devant son océan d’alcool de contrebande mais il n’y a pas cet esprit créatif, ce fait-main qui donne encore plus de charme au truc. En revanche, les deux sont estampillés HBO! Une chaîne du câble américain qui, jusque là, n’a produit que des merveilles (Treme, Six Feet Under, Oz, John From Cincinatti et et et et The Wire) et il me semble impossible que vous n’ayez jamais entendu parler de Game Of Thrones. Impossible. C’est un phénomène sériel particulièrement apprécié des Internets depuis la diffusion de la première saison au printemps 2011. Il me paraît tous aussi improbable de devoir préciser que c’est avant tout l’adaptation d’une grande saga rédigée Georges R.R. Martin. Parlons-en : vous avez probablement déjà vu le premier tome en magasin (avec Sean Bean en couv’ donc, ça casse un peu la cohérence d’ensemble et c’est dommage) et vous aurez donc derechef constaté qu’ils sont très gros. La légende prétend que le tome 3 est aussi fourni que l’intégrale du Seigneur des Anneaux. Comme beaucoup de trucs de fiction, c’est une heptalogie. Le premier tome a été publié en 1996, le sixième est en cours de rédaction et le dernier n’est encore qu’une vue de l’esprit. Pour les curieux, non, je ne connaissais pas la saga avant de tomber sur la série et pour répondre à un vieux commentaire, oui, je ne vais pas évidemment me contenter de cette adaptation, pensez bien que mon mois d’Aout va y être consacré.

La vraie question, c’est « est-ce que l’un va rattrapper l’autre? » hé bien, pour donner un peu de temps à l’auteur et parce que le contenu a l’air énorme à adapter, le troisième bouquin va occupper deux saisons. Cap laisse six ans à Martin pour boucler son œuvre si les audiences restent au rendez-vous. Pas si évident que ça mais à ce stade, on peut supposer que son univers est déjà réfléchi jusqu’à sa conclusion. Bref! Assez de méta, aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la série. C’est bien entendu une fiction de genre et ce n’était pas vraiment gagné avec ma pomme – pour reprendre l’exemple précédent, je n’aime vraiment pas le Seigneur des Anneaux. Je trouve ça un peu chiant. Non… attendez… pas trop fort…

(C’est si bon.) Donc non, je n’ai jamais accroché à l’autre truc avec Sean Bean. Ça m’a un peu formalisé pour des années à éviter les univers singeant le même postulat. En ce qui concerne Le Trône de Fer, passé la toute première séquence un poil longuette, le pilote vous happe définitivement dans ce monde alternatif. Je vais donc tenter de pitcher le bazar MAIS sachez qu’il n’est déjà pas évident de comprendre tout ce qu’il se passe en plongeant directement dans l’adaptation.

Nous sommes donc à Westeros, continent imaginaire. Époque tout aussi imaginaire – qu’on cerne quand même vaguement, parce qu’un continuum qui organise des joutes passe rarement son temps libre sur Internet – l’hiver approche. C’est une mauvaise nouvelle, il peut durer plusieurs années… et Westeros, c’est un peu comme Groland ou l’univers de Soul Eater : les biodomes sont extrêmes et séparés par trois mètres de fleuve. Le Trône de Fer est le poste clé de King’s Landing, convoité par plusieurs grandes familles. Les Stark, Lannister, Baratheon et autres Targaryen ont tous un rôle à jouer dans cet espèce d’échiquier géant. Chaque famille a un trait de caractère et un alignement qui revient souvent : les premiers sont droits dans leurs bottes (quitte à perpétuellement se faire niquer), les autres sont des petits malins toujours prêt à tirer leur épingle du jeu… la « main du Roi » vient de mourir. Ce dernier, gros plein de soupe décadent, descend voir son vieux pote Neddard Stark pour lui proposer ce poste de grand mufti du Royaume. Pendant ce temps, Daenerys Targaryen – dernier vestige d’une maison rebelle et diminuée, est vendue pour un mariage arrangé ; Elle reçoit trois œufs de dragon en dot. Jon Snow, bâtard de la fratrie Stark, va prendre serment pour aller ad vitam faire le guet au « Mur ». Au delà, vers le Nord, les bestioles et sauvages guettent…

Voilà pour les très grandes lignes mais une escalade de faits va déclencher une guerre sans précédents entre les différentes factions… et GoT est avant tout une affaire de personnages. Ils sont nombreux – c’est un peu comme le conseil d’administration qui ouvre chaque Largo Winch, il tourne vite – et très caractériel. Ned Stark, le lawful good. Robert Baratheon, l’archétype du Roi bedonnant. Jaime Lannister, compétent mais pédant comme pas deux. Tyrion Lannister, la badasserie incarnée (ce personnage est FAIT pour être aimé et c’est effectivement très efficace) Jon Snow et son répertoire de regards dans le vide, etc etc. Chaque famille à son arbre généalogique complet, son lot de personnages secondaires et de petits rôles, tous formidablement bien choisis.

La justice à Westeros est assez expérimentale

Ça parait un peu idiot de reprocher un truc pareil à une série mais elle se permet de ne pas nous prendre pour des inattentifs, GoT ne met pas particulièrement son emphase sur l’exposition. En amorçant une série ou un film, un scénariste va souvent faire dire à son personnage son nom, âge, job, rapport avec untel de manière toujours un peu maladroite car purement destinée au spectateur. Avec cette série, c’est comme si on chopait le train en marche et il faut, du coup, s’accrocher un minimum – il m’a fallu vérifier si j’avais bien pigé la portée du cliffhanger introductif. Je déconseille franchement de regarder des épisodes en faisant autre chose (vérifier ses mails, etc) même pendant ces rares phases un peu plus « vides » (le début de la Saison 2, notamment) car c’est là que sont disséminés tous ces petits indices scénaristiques qui ne seront jamais répétés. Je ne sais plus dans quel magazine anglophone j’ai pu lire « Regarder Game Of Thrones, c’est comme être catapulté dans le Proche Orient… »

GoT ne fait absolument pas semblant d’être une série de genre. On ne pousse pas le vice jusqu’à l’anglais jolly et les but thou must mais le vocabulaire est adapté. Les costumes sont super cools. Les décors sont sublimes et alternent entre les sets démentiels et les plans purement synthétiques qui déchirent, tout de même. Des villages primitifs, un château, l’Islande filmée dans ses paysages extrêmes… mais aussi des territoires exotiques, désertiques… il est extrêmement difficile de concevoir que le budget de cette série est relativement réduit. Ce paradoxe explose dans l’épisode 2×09, « Blackwater ». On ne quitte pas des yeux le même lieu, on pourrait penser que c’est une question de restriction budgétaire et NON! C’est l’épisode le plus cinématographique de l’ensemble… et quel pied, les enfants. De toute manière, tout ce qui précède est tout aussi bien mais plus dispersé : on suit tel lieu cinq minutes, puis un autre, puis un autre… une alternance cohérente entre la Ville 1, la Ville 2, le Mur, le Campement 1, etc.

Tout à l’heure, je parlais d’héroic fantasy. Il s’agit de faire la distinction entre plusieurs genres : merveilleux, fantastique, SF. L’élément surnaturel peut être soit accepté par tous, soit du jamais vu, soit jamais concevable. GoT s’amuse pas mal à tordre les genres et à jouer sur cette ambiguïté… et pas éternellement, heureusement. D’ailleurs, les plots twists se basent parfois sur ça – oui, il y en a quelques uns. Ça reste une série d’action et certaines fin d’épisodes sont carrément brutales! … et il y a un gros spoiler dans la Saison 1 qui est pratiquement admis « old » mais je ne vais pas m’amuser à le considérer tel quel… et comme d’habitude avec HBO, je tombe toujours très en avance sur les dernières minutes d’une saison. Les climax respectifs posent toujours les bases de la suivante : il s’agit davantage d’une succession de situations changeantes que d’un grand évènement organisé. Hé oui, GoT, c’est l’évolution d’un planisphère, pas d’un château! C’est formidablement bien écrit, duh. Un esprit chagrin comme le mien pourrait se formaliser, se dire « Oui alors c’est plein de violence et de doggystyle » – et même ce dernier exemple, aussi brut de pomme soit-il, incarne un pan crucial dans l’évolution d’un personnage.

Des – putain – de – bons – persos

Y’en a, des persos. Tout un panthéon de personnalités et de gueules incroyables. Des dingues, des incestueux, des brutes, des petits malins, des sclérosés. Un vrai bestiaire servi par un casting épatant (seul Viserys reste un peu fatiguant dans son interprétation de Salazard Serpentard) et qui a la particularité de ne pas avoir de méchant fixe. Ce rôle est tenu par des pathologiques… ou des gens issus de relations consanguines (si on met autant l’emphase sur ce fameux Mad King, ce n’est pas innocent) – Peter Dinklage y trouve le rôle de sa vie : celui d’un nain très pragmatique dépassé par les évènements. C’est aussi une série qui arrive à nous faire détester des gens. De manière viscérale. Par opposition, elle nous fait soutenir des persos – cela donne de fabuleux jeux d’empathie entre le téléspectateur et la série. Certains persos sont cons, mais alors cons… tandis que d’autres ne sont là que pour faire la petite remarque sarcastique de trop – c’est pourquoi Littlefingers est souvent l’autre personnage favori de tous. Il y a ce brave Jorah, coincé dans les affres de la frienzone. Il y a Cersei, l’équivalent humain d’un glacier. Il y a Renly, monarque qui préfère les saucisses au tacos. Vous voyez, on retrouve les codes d’aujourd’hui dans un contexte médiéval, c’est génial! … et passé l’effet de surprise (là encore, cette omniprésence de boobs et de scènes de cul) tout ça devient complètement naturel. Des persos, il y en a pléthore, ils sont tous bien écrits, cohérents, plaisants à suivre et ça c’est bon. D’autant plus que le show possède un véritable sens de la dramaturgie. Quand il veut te faire mal, il sait y faire. Quand il veut développer quelqu’un, il prend son temps mais on ne le voit pas passer. Quand quelqu’un prend la porte, ça reste logique mais on ne le voit pas forcément venir… et c’est épique, tout simplement. L’esprit y est, c’est ça le truc.

On peut aussi louer cette intention de ne pas se focaliser sur quoi que ce soit. Les enjeux sont éphémères, intangibles, tout le monde est toujours tendu pour une raison bien précise. En fait, chacun possède une storyline qui s’étend sur toute la saison et un épisode n’en sera qu’un fragment… c’est une construction épisodique rare qui permet une fluidité d’action accrue – EN REVANCHE, ce système affaiblit un peu la première moitié de la deuxième saison qui fait un peu trop appel à l’hypermnésie du téléspectateur – mais là encore, il faut suivre, les perches lancées sont très nombreuses et chacun reconnaîtra le pourquoi de tel ou tel passage souvent bien des épisodes après. Bon, je pourrais me fendre d’un mot sur la bande originale, sur les chorégraphies, les costumes mais tout ça est impeccable… et ce n’est plus une surprise, à ce stade.

J’ai l’impression de ne pas avoir rendu justice à cette série. Vraiment, faites moi confiance. Regardez là, même aveuglément. Elle est même un peu courte : malgré le format HBO (une heure) – il n’y a que dix épisodes par saison. Concrètement, nous venons d’en voir seulement le quart. Elle est bien écrite, épique, ses personnages sont impeccables. Une des première séries qui m’a complètement absorbé depuis longtemps. Coup de cœur qui va me poursuivre.

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Joyeuseries musicales – Dionysiaques 12

Aruba~ Jamaica~ Ooo I wanna take ya~ Bermuda~ Bahama~ Come on pretty mama~

Nous sommes en plein été, il fait enfin un temps potable, je m’apprête à prendre mon habituel mois au soleil et les casques Monster Beats sont toujours une arnaque sur câbles. Monster. Hin hin hin la fatigue.

Bref! Dernier volet de l’incroyable rubrique musicale du blog, illustrant les titres emblématiques de mes derniers albums-coups de cœur. Je ne referais probablement pas ça à la rentrée, ce sera une question de motivation, en tout cas, voilà une dixième série!

An Endless Sporadic – From The Blue

Il nous est strictement impossible de connaître ça  si on ne farfouille pas les playlists bonus de vieux jeux musicaux : An Endless Sporadic est un groupe de scène locale texane! Deux gus multi instrumentistes font à peu prêt tout ce que permet cette configuration – en live, ça doit être difficile à rendre – et ont déjà produit un maxi et un disque complet. Pas mal mais la gloire n’est pas vraiment à portée de main, surtout en France. Ca ne m’étonnerais pas que le duo se revendique des influences à la Dream Theater : il n’y a jamais la moindre trace de voix, cordes vocales ou vocoder dans ces morceaux. Ce gimmick de l’instrumental systématique laisse donc la place à une multitude de champs à explorer ; Ici, un peu tout et n’importe quoi, que ce soit en ligne de conduite mélodique ou en… rythme. En l’occurrence, je vous ai mis une tournerie qui irait très bien dans un jeu vidéo indépendant, avec ce son ala Sonic, cette batterie disco et ce ton majeur. C’est épique, vraiment sympa et ça change des carcans habituels – par contre, il est assez difficile de se procurer ce premier album (et sa pochette moche) légalement. Hum, voilà.

The Raveonettes – Boys Who Rape (Should All Be Destroyed)

WOOOOOOW alors prenons un peu de distance sur le contenu et le titre de cet extrait : l’intégralité de cet album (In And Out Of Control) est ridiculement… transgressif. C’est à dire qu’avec des noms de piste genre DROGUES, SUICIDE, OVERDOSE et DERNIÈRE DANSE – en majuscule pour l’emphase – et des paroles qui collent vraiment aux divers titres, on se demande si ils ne s’amusent pas à jouer avec les contrastes. Pour preuve, ce ton toujours… extrêmement guilleret qui habite ces morceaux. On espère vraiment que toutes ces horreurs ne sont pas de l’ordre du personnel parce qu’on imaginerait facilement ces gens mettre des cagoules blanches et pointues. Bref! Les Raveonettes ont, en quatre albums, cultivé un son qui n’a jamais vraiment changé : des mélodies simples, quelques accords et de gros synthétiseurs qui tournent autour, voilà, toute la recette pour faire des chansons Rabelaisiennes. C’est un album plutôt sympa mais résolument délirant car certaines d’entre elles, malgré tout, arrivent à nous tirer quelques émotions (j’ai quelques poils qui se dressent quand arrive le solo de clavier de Last Dance, morceau par qui j’ai découvert l’ensemble) et c’est difficile de conjuguer ça avec un tel contenu. Bref, je me répète, je pense que l’idée est là.

Camper Van Beethoven – Pictures Of A Matchstick Men

Han! Si il y avait bien un avantage à aller voir Men In Black III, c’était probablement de se souvenir que ce morceau existe, pour le reste, que dalle, je déconseille. Le célèbre tube des Status Quo a donné une légion de bonnes reprises, celle là est une de mes favorites. D’une part, le morceau original est fabuleux et correspond à ce type de musique si agréable à écouter en plein soleil : le bon vieux rock psychédélique tout droit sorti du placard. Substances illicites et paroles sorties de nulle part sont les mamelles du genre… et on a ici on bon vieux remix façon années 90 – grosse guitare façon « The Verve and co », quelques accords pour coller au truc, on met du violon pour faire le riff original et hop, parfait petit morceau qui brille par quelques particularités. Vraiment entraînant, stop and go, voix bien éraillée… bref, rien de plus à dire, la formule était toujours la même et les raçines étaient déjà particulièrement solides. C’est un grand plaisir, next!

The B-52’s – Roam

Ouais ouais ouais, un peu de New Wave. Vous connaissez forcément ce groupe au nom alambiqué, dans le doute, tapez « Planet Claire » sur Youtube ou Deezer, je garantis le fameux moment « Haaaaa, c’est ce morceau ». Le groupe est toujours actif et a subi quelques modifications de casting – l’une de leurs constantes est cet espèce de « duel des sexes » – on aura jamais deux voix mixtes en même temps, juste un éternel jeu de questions réponses. Ici, c’est un des morceaux purement féminins de l’album Cosmic Thing. On y retrouve une voix particulièrement reconnaissable (réécoutez donc Shiny Happy People de REM) qui se double ici – si j’aime particulièrement ce son, outre ce format guitaristique tout con et tout aussi agréable – c’est surtout pour le duo féminin, particulièrement harmonique et inspirant. C’est l’une des rares chansons du groupe qui puisse avoir du sens (Youpi, invitation au voyage et respire le bonheur) dans un format archi classique, couplet, refrain, couplet, refrain et basta. Petit solo au milieu, rien de particulier, juste une mélodie qui sort bien des poumons et qui rentre bien dans les oreilles… pour y rester longtemps!

Florence + The Machine – Rabbit Heart (Raise It Up)

ALORS JUSTEMENT! Je triche un peu, j’avais déjà fichu Cosmic Love il y a quelques temps, dans la même catégorie. Le fait est qu’une écoute récente de Ceremonials, le deuxième album de cette anglaise un peu flippée, est un peu décevant. Comme le premier, en moins bien, sans réellement changer la formule mais avec moins d’âme et de cœur à l’ouvrage derrière, d’où cette petite sensation du « cran en moins ». Si ça peut vous permettre de vous relancer dans l’univers de Florence Welsh et son orchestre, je vous met l’un de ses morceaux les plus efficaces. Rabbit Heart possède une histoire amusante ; Les premières démos de la belle rousse étaient un peu trop ténébreux pour son label fraîchement signé. On lui a donc sommé de pondre un morceau un peu plus optimiste… et c’est ce qui en est sorti : grosse batterie, un peu de harpe… et un flot de paroles hurlant sur le sacrifice (artistique, en l’occurrence, donc.) Bizarrement, ce single presque forcé donne un mini best-off de tout ce qui caractérise ce groupe. L’ingé son a du s’étouffer avec sa langue : Florence chante et harmonise avec elle même, il y a derrière : une gratte, deux notes de basse, une batterie, de la harpe et trois voix, dur. C’est ultra efficace et je préfère nettement les copies « énergiques » du groupe qui se perd un peu quand il s’agit de faire des ballades pas terribles. C’est baroque, donc vachement bien.

Phoenix – Fences

Et je continue à faire des redites! Mon dernier choix de l’album Wolfgang Amadeus était Liztomania, j’ai eu très très envie de mettre un extrait de 1901 mais s’eut été un choix encore moins original, même si ce refrain et cette multitudes de détails inhérentes au truc. Bref! Cette fois, au lieu de me contenter de Deezer, je me suis payé le vinyle et je vous le recommande : en plus d’avoir la galette géante et son son un poil plus fourni et « extensible » – vous aurez en cadeau une copie disque, comme pas mal de labels le font en ce moment. Rapide rappel : ils sont français, Versaillais, enregistrent comme les riches qu’ils sont et ont récemment conquis l’Amérique, ce qui leur a permis de se faire entendre chez nous, tu parles d’un détour! Les mêmes réflexes habitent tous les singles de cet album, cette volonté de produire un son relativement neuf – cet alliage de synthétique et de classicisme – ici, des ralentissements « chewing-gum » aussi sucrés qu’artificiels. Tout ça est fort cool et j’ai déjà évoqué l’esprit de ce groupe. Vive la France, aux armes, etc.

Winterpills – Shameful

Encore un groupe et un album-redite ; C’est bien la preuve que ce genre de post ne sert plus forcément à quelque chose, je commence à tourner en rond. En revanche, cela peut peut-être vous inciter à suivre ce groupe tout aussi local – sa culture du « folk émo » et ce mélange vocal, toujours très doux et chaleureux. Ils viennent de sortir un album et Metacritic nous assure que c’est le meilleur depuis un bail, on va supposer que c’est vrai. Donc? Ce n’est pas si différent de A Ransom – on y trouve cette superposition d’acoustique et d’électrique, dans les moments sensés être les « plus intenses ». Difficile d’employer un mot pareil avec ce qui pourrait être le pur négatif du hard rock mais les fondamentaux restent les mêmes : Une rythmique, décomposée en arpèges par dessus, on chante avec une touuuuuute petite voix et on a un single tout gentil, tout mignon. Pas suffisant? Peut être, mais potable. J’ai hésité à foutre du Owl City à la place donc vous avez échappé à pire, finalement.

The Fratellis – Flathead

HA. Voilà une de mes trouvailles récentes préférées. Ce nom, écossais, a peut être remonté quelques souvenirs dans votre esprit : cet album a subi le même sort que l’artéfact lambda d’un Paper Mario – dispersé aux quatre coins du monde, dans la pub, les séries, les ondes radios, etc. J’adore ce groupe et ce premier album, et j’ai furieusement hésité avec Creepin Up The Backstairs, espèce de polka un peu folle furieuse, que je recommande tout autant. Si vous aimez le dance rock, les machins anglophones énergiques qui ne véhiculent rien de négatif – juste du mouvement et des sueurs, vous aimerez forcément cette facette de l’album. On trouve de tout dans Costello Music et mon petit préféré est ce truc, tourné autour d’un très entêtant gimmick guitaristique, une sorte d’aller retour très enfantin qui va se développer pour donner cet espèce de « solo collectif » où tout le monde donne le meilleur de son même. Ca fonctionne par emphase, c’est donc rythmique et intelligent – et super fun à reproduire. Si vous êtes batteur, voilà une plan sympa à reproduire, très caractéristique. Le « PALA PALA LALALA » est toujours une valeur ajoutée. Vraiment, un bon kif estival, idéal sur les routes.

The Brian Jonestown Massacre – Straight Up And Down

Déjà, il est amusant d’essayer de deviner de quelle époque peut bien sortir cet extrait. Faites donc une petite vérification rapide sur Wikipédia. C’est fait? Si vous vous êtes trompés d’au moins 15 ans, rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Ces artistes ont parfaitement émulé le son et l’esprit d’antan. Il m’arrive souvent de faire l’apologie du « gros son » – cet extrait pourrait être un exemple du bon esprit inverse. Au final, il n’y a pas grand chose, c’est fantastiquement imprécis ; C’est une espèce de résurgence rock qui exploite les meilleurs ficelles du genre, quelques accords au son cristallin, une voix lointaine et mal mixée, presque caverneuse… je voulais mettre l’accent sur cette marque de fabrique qui m’a choqué, à la première écoute. L’écho est un des effets fondamentaux du gratteux… mais on l’applique rarement sur une voix! Passé cette figure de style, on remarque aussi ces dissonances, ces petites imperfections de jeu, on pourrait croire que ça sort du studio improvisé dès la première tentative, mais avec un porte-voix dans le micro. Et cette fin… un bête accord, asséné jusqu’à plus soif, c’est assez magistral de véhiculer tant de choses avec un seul mouvement de bras. Les gens de chez HBO l’ont bien compris et ont compressé l’ensemble pour en faire le générique de Boardwalk Empire. Ceci explique cela!

Maximo Park – Write This Down

Doudidou je me balade de manière très insouciante dans le Virgin des Champs avant que de la lingerie féminine ne remplace les étals. Oh la la! Un nouvel album de Maximo Park, il s’appelle The National Health et il est fushia! Achetons-le avec enthousiasme! … et effectivement, ce moment où tu confies une quinzaine d’Euros à un ensemble de paramètres (groupe que tu n’as pas en grippe + Metacritic enthousiaste) résulte dans une treizaine de pistes toutes très bien fichues. Il n’y a pas de single plus lent que le reste, tout ça est énergique, propre à tout ces machins (souvenez vous, les Kaisers Chiefs l’année dernière) qui pratiquent le rock Anglais avec plein de pianos et de claviers en plus. Là, je peux sortir ma collection de tartes à la crême : énergie/rythme/pêches/poires/choubidouwas. Écoutez cet album, tout simplement (pas de bol, la première piste est la moins bonne)

(D’incroyables bugs techniques m’empêchent d’uploader mon onzième extrait et je n’ai pas le courage de combattre aujourd’hui. Là, vous imaginez du Interpol, ses morceaux répétitifs, j’explique le contraste entre leurs lives et les masters, etc etc)

SKMT – Samouraï

Je vous redirige vers le JDJ pour un avis un peu plus soigné mais un certain Professeur Sakamoto, inconnu parmi les inconnus en France, était l’une des surprises de la scène musicale musicale de la Japan… et autant dire que ce n’est vraiment pas là-bas que je vais faire des trouvailles, hum. Surprise cependant : un mec se ramène avec une cape et une console sur la tête, y met un jeu et exécute la mélodie la plus connue sur son outil qui reproduit – à la perfection – des sons Nes et dérivés! C’est plutôt cool mais ce cher Monsieur était limité par les moyens du bord : peu mis en avant par la convention, presque obligé de se faire un public sur place (les autres le connaissent grâce à Nolife) et les effets de scène n’étaient pas vraiment au rendez-vous. Bref, on est là à kiffer ce mini concert mais on commencer à recevoir une certaine solitude. SOUDAIN. Avant de s’en aller, il nous livre une composition. C’est mieux que tout le reste. C’est toujours de la chiptune mais ça laisse plus de place à un son proche du véritable piano, ça galope dans tout les sens, un petit bonheur que je préfère même à Anamaguchi, tiens. Paf.

Ceci, cela. Encore deux!

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C’est la fin du monde comme prévu

Je suis très feignant mais j’aime être exhaustif, ça tombe bien, la moitié de mon post d’aujourd’hui est prémâchée! J’ai envoyé l’encadré à un grand quotidien dans le cadre de sa campagne de recrutement « Grandquotidien Académie » – nom qui doit, au passage, faire grincer quelques dents – alors on se retrouve juste après ce texte qui, dans le meilleur des cas, sera publié autre part. On se retrouve après ce paquet de signes…

L’univers The Walking Dead dispose d’un canon dont les ramifications sont relativement compliquées : d’abord le comic créé en 2003 par Robert Kirkman, puis la série télévisée adaptée par la chaîne AMC, enfin, le jeu vidéo créé par les studios Telltale. Si ces deux premiers supports ne partagent que quelques personnages en commun, tous développent un même postulat : un mal inconnu décime le sud-ouest des Etats-Unis et zombifie toute personne mordue ou, par extension, tuée par un mort vivant. Cet univers de fiction, au delà de son appartenance évident au genre initié par Georges Romero, a pour particularité de mettre l’emphase sur la survie de ses personnages et ainsi d’établir des mécaniques sérielles fondées sur les relations entre eux. En clair, les vivants priment sur les morts, la situation est toujours introduite in medias res, il n’est pas question d’explications rationnelles et la survie devient l’unique enjeu de cette univers… cette nouvelle mouture tord un peu plus la limite entre narration et interactivité.

Soigner le mal par le mal

Cependant, cette adaptation en jeu vidéo comporte plusieurs spécificités qui pourraient initier la prise de manettes aux parjures du genre – zombies ou jeux vidéo. Attention, il ne s’agit pas de mettre cela entre les mains du petit frère de six ans ou de sa grand-mère, d’une part parce que le jeu n’est disponible qu’en anglais sous-titré anglais, d’autre part parce que les situations auxquelles le joueur est confronté sont réellement glauques et savent littéralement prendre aux tripes : c’est là tout l’intérêt! Cette nouvelle version, disponible en version dématérialisée sur les plates-formes de téléchargement Steam, Xbox Live et Playstation Network, vous met dans la peau de Lee, jeune détenu prêt à passer à l’ombre pour une durée et un crime encore indéterminé. Sur le chemin du mitard, la discussion s’engage avec votre conducteur tout en vous laissant la liberté de divulguer plus ou moins d’informations sur vous et votre passé… mais une collision avec un mort-vivant vous libère et vous propulse dans un monde alternatif où autrui n’est plus qu’un danger potentiel, un ami d’infortune… bien ou mal intentionné. Vous serez ainsi contraint de recueillir Clémentine, une petite fille probablement orpheline avec qui vous allez former un lien solide, et subir les foudres d’inconnus peu ouverts aux partages des rations de secours. Ce n’est pas un vous personnage, mais bien un vous joueur : précipité dans ces situations d’urgences inconnues, le phénomène d’identification est fort. Balloté de groupes en groupes, de contraintes mortelles en choix cornéliens, ce jeu tend habilement vers le film interactif.

Un compromis entre jeu et film

L’absence même de « phase de jeu » classiques au détriment d’un soft en pilote automatique a récemment fait polémique dans un autre projet ambitieux, Heavy Rain (2010) de David Cage, parfois jugé non pas comme un jeu mais comme un (mauvais) film. Les joueurs lui reprochaient de n’asséner qu’une succession de cinématiques et, par extension, d’enlever au joueur toute opportunité d’implication, un comble pour un tel média! The Walking Dead par Telltale ne propose pourtant que le minimum syndical : se déplacer (lentement) dans quelques cadres prédéfinis – une cuisine, un jardin, une chambre froide – prendre un objet, le donner à quelqu’un ou en trouver une utilité dans des phases de puzzles à la difficulté minime, réagir à une urgence (exemple Alpha : se défendre et donner un coup à un zombie, tout ça en vue subjective) ou simplement dialoguer. C’est dans ces deux derniers contextes que ce jeu trouve sa spécificité : il fait partie de la catégorie qui clame que chacune des décisions prises par le joueur à des conséquences. Pour choisir une réponse à un dialogue, le temps est très limité, le récit s’engage perpétuellement dans des ramifications qui peuvent jusqu’à impliquer la survie ou la mort de tel ou tel personnage… quand vous n’avez pas un choix à faire entre deux vies. Lee devient le miroir du joueur : leader de facto d’un petit groupe, il est constamment jugé sur ses actions, ses dires, son passé de tueur n’arrange rien (mais après tout, pourquoi le crier sur les toits?) et le regard constant d’une petite fille n’encourage pas la violence verbale ou physique. Chacun est libre de joueur un personnage agressif, réfléchi, intelligent ou juste trop honnête mais certaines décisions auront toujours un impact à grandeur variable sur la suite de l’aventure. Cette dernière est épisodique dans le sens où elle est vendue par morceaux, cinq précisément, parus à rythme mensuel – le troisième sera publié en milieu de mois d’Aout pour l’équivalent de cinq euros – et chaque démarrage d’épisode se conforme à toutes vos actions précédentes. De la même manière, à chaque fois que vous en terminez un, vous êtes confronté à des statistiques qui évaluent votre comportement : dans un cas de figure où une personne désespérée vous demande une arme pour mettre fin à ses jours, faites-vous partie de la minorité qui aurait accédé à cette requête?

De La Nuit Des Morts-Vivants à Soylent Green

Le jeu est d’autant plus encourageant dans son approche narrative que dans sa courbe de progression : si le premier épisode est, malgré ses qualités indéniables, vaguement introductif, le deuxième pousse les personnages dans une ferme qui se révèlera bientôt être source de suspicions… et le joueur d’être atteint de paranoïa. A partir d’ici s’enchaîne une succession de situations magistralement bien rendues dans le sens où les émotions du joueur sont à fleur de peau et l’écran n’est plus qu’une vague limite vers un livre relativement dirigiste mais interactif. The Walking Dead est l’un des rares jeux à pratiquer une immersion efficace de par son emphase sur l’écriture, la narration et à réellement nous attacher à ces êtres bien éphémères devant cette invasion. Il vaut la peine d’être vécue pour ces moments de tension, d’urgence, cette capacité à nous mettre mal à l’aise, nous faire réagir ou bien prendre précautionneusement des options de dialogue. Il possède de rares défauts inhérents au moteur du développeur : quelques ralentissements apparaissent, systématiques dans des phases d’actions qui n’en appellent pas. Chaque épisode se termine en a peu près trois heures et le ramage est à la hauteur du plumage : en plus d’avoir une bande-son trouvant le bon équilibre entre efficace et discrète, les graphismes du jeu en « cell-shading » évoquent parfaitement le comic d’origine.

En bref, cette adaptation est non seulement une bonne introduction à l’univers The Walking Dead en général, mais prouve aussi qu’un jeu vidéo peut avoir une âme et impliquer son joueur comme n’importe quel autre medium, pour lui faire ressentir une palette de sensations qu’on ne trouve pas toujours devant un écran.

STOOOP. Ok, là je peux retourner en mode « blog » et quitter ce formalisme et ces intertitres – revoyons tout ça sans le ton un peu condescendant du « vous ne savez pas ce qu’est un bon jeu vidéo et je vais vous le faire comprendre – et parlons un instant de la série The Walking Dead. Deux saisons, six épisodes par saison, produit par la même chaîne que Mad Men et Breaking Bad. On ne peut pas dire que cette soupe sorte d’un pot moisi, et pourtant, c’est une série dont la qualité est franchement variable. Après des premiers épisodes bien réussis (car bien réalisés) la série s’embourbe dans des situations qui perdent de vue l’aspect survival, primordial, du postulat de base. J’ai bien évidemment en tête les évènements qui clôturent la première saison, relativement incongrus dans ce genre là. Je n’ai aucune idée de la fidélité du trait puisque le comic m’est complètement inconnu et je doute fort qu’il s’enferme dans des mécaniques qui n’ont rien à voir avec son synopsis… bref. C’est une série intéressante qui part dans des directions étranges et rien de plus. Elle est parfaite un samedi soir sur M6, voilà.

J’ai mis l’emphase sur le jeu de TellTales et ce n’est pas innocent : ce n’est pas parce que je m’adressait à des non-joueurs que ça change pour les spécialistes que vous êtes! Ce jeu est impeccable, ne serait-ce que dans son rapport qualité prix. Les plus chanceux d’entre vous peuvent même se procurer le précieux Season Pass (tout le monde sauf la 360) pour économiser, à terme, un épisode. C’est surtout une bonne nouvelle pour TT : eux et leur fétiche étrange pour les jeux en morceaux signent leur premier bon truc depuis un paquet de temps! Les inconditionnels reconnaîtront les bugs inhérents à ce nom – parce que quitte à être marié à un concept, ne jamais changer ses défauts semble être la norme – les ralentissements sont pénibles et sont envahissant en pleine baston. Je me souviens d’une unique séquence où la framerate devait avoisiner les deux images par seconde. Pénible.

Il n’empêche que c’est un indispensable. J’aurais aimé avoir la patience d’attendre les trois derniers épisodes – impossible. C’est un jeu alchimiste qui créé beaucoup de choses à partir de rien : comme je l’expliquais, niveau gameplay, c’est peau de zob. On enchaîne des environnements très serrés et il est davantage question de choix moraurx que de soucis de clarté quand il s’agit d’utiliser un objet… et non, les énigmes ne sont pas difficiles du tout, elle ne risquent vraiment pas de vous bloquer. Le jeu devient une bonne série très interactive, en somme (je n’étalais pas tous ces raccourcis pour rien) et il est tout à fait possible de s’enfiler un épisode en une session de trois heures.

Le seul jeu à ma connaissance qui se targue de réellement prendre en compte vos choix est Alpha Protocol – très apprécié par un membre de ma blogroll – hé bien, The Walking Dead applique ce concept à la lettre. Sous différents degrés, évidemment : ils ne peuvent pas se permettre des ramifications trop étendues sous peine de coder trois mille « épisode 5 » différents mais on sent que, malgré tout, ces fameux « choix de vie ou de mort » sont bien plus impactants que dans un cas de figure ou untel est modélisé ou pas. Comprenez que la présence d’un tel ou d’un tel conditionne votre partie dans les dialogues des uns et des autres et que ces choix de répliques, omniprésents, ont toujours un retour à un moment ou un autre, ne serait-ce que dans un autre dialogue. Certains sont cosmétiques, d’autre donneront le résultat inversé mais il n’y aura pas deux jeux semblables.

Bon sang, certains moments sont de sacrés trucs qu’on ne vit pas toujours dans un jeu vidéo. Le deuxième épisode est particulièrement bon quand il s’agit de vous mettre mal à l’aise – on regrettera cette propension à faire un peu semblant de nous donner le choix (on ne peut pas vraiment ignorer les énigmes et la situation dans laquelle on peut être enfermé, les initiés comprendront) mais il n’y a pas mieux pour se voir dresser les poils des bras. Vous verrez venir certains trucs gros comme une maison mais les surprises ne sont pas exclues… et l’empathie que le jeu arrive à puiser en nous est tout à fait réelle. On flippe avec les persos, on est en colère avec eux, on est soulagé, on se sent presque des ondes paternelles pousser envers la petite Clémentine, etc. La démentielle emphase sur la narration, le gameplay réduit, les sensations nouvelles éprouvées, tout ça est déjà dit.

La perspective de ne même pas en être à la moitié est super réjouissante… et je dois avouer que je suis super curieux de savoir comment la saga va se terminer, même si une saison 2 est déjà annoncée. Vous savez, les séries comme ça se TERMINENT RAREMENT DANS LA JOIE ET LA BONNE HUMEUR. COUCOU DEAD SET

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Mario Maso 4×11

C’est le dernier épisode, hé oui. Pour cette toute dernière heure de Masochisme vidéoludique (rager en vidéo sur un rom de Super Mario World au niveau surréaliste) j’ai avec moi le sieur Pipomantis, « hyperactif du lol » et tête pensante de Canard Console, la moitié salon du bien nommé Canard PC. Bon, je n’ai pas de tablette pour acheter ce premier mais le deuxième est rempli d’intertitres rigolos et d’easter eggs sur la maman de notre invité du jour alors je suppose qu’on y gagne, quoi qu’il arrive. Damn, il a fallu lui mettre la main dessus au bonhomme, je tenais à vous présenter une « pointure » du milieu pour faire vaguement influent et j’y ai mis les formes avec un peu de montage, histoire de ne pas dépasser le double épisode. Se coucher avec un franc soleil tout à l’heure fut assez perturbant. En gros : vous pouvez vous préparer un dernier plateau repas.

Quoi qu’il en soit, vous allez vous taper pour la dernière fois ce vrombissement constant de clavier – il faut dire que le grand finish est vraiment taillé sur mesure : scrolling horizontal, dauphins, chompers… et un truc à faire. Je ne dévoile pas la surprise, c’est une manœuvre dont j’avais oublié l’existence et j’ai vite compris pourquoi. FINISH HIM!


Mario Maso 4×11 « Va bosser, feignasse! » par Benji3ieme

Merci Traquenard pour tout ton boulot!

Depuis Octobre 2008, je fais des vidéos de type Let’s Play en remplaçant le jeu lambda par une version exagérément difficile de Super Mario World. Je récapitule les spécimens rencontrés jusque là :

– Mario Masochistic Mission : Je le recommande, coup de coeur. Très long, très bien construit, plein d’inventivité et toujours en construction, à peu près au même rythme que les dernières Enigmes d’Ouverture Facile… mais il y a de quoi faire avant d’arriver à la fin.

– Kaizo Mario 1 & 2 : Les Roms hackées qui ont lancé ce « sport » : relativement simples, de bonnes initiations aux différentes pièges qu’on peut rencontrer dans ces machins là. Une bonne manière de penser au delà du gameplay original.

– Concombre Mario Maso (+Unfinished Business) : Directement réalisées par Traquenard Désinvolte pour me donner du grain à moudre… et il n’a pas fait les choses à moitié : les niveaux sont courts mais d’une difficulté herculéenne. Ame sensibles s’abstenir. Tourner des sagas vidéo à partir de ces Roms est dangereux pour la santé mentale.

– Munchen Tower et N-Jamm : Un unique niveau et un boss impossible, je recommande plutot la deuxième… plutôt foutraque, plus didactique, pas mal d’humour, assez courte.

Et voilà… on me demande souvent « Qu’est ce que tu vas faire à la place? » … probablement rien de spécial, ce concept n’en appelle pas un autre. En revanche, essayez de vous retenir de le reprendre, merci! 😀

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