Ne laissez pas les enfants jouer avec la porte

 Version laconique : Kaiji Sayzondeux c’est comme Kaiji Toucourt, en encore plus barré et avec des extrêmes un peu plus poussés. Si vous avez aimé la première fois, c’est du tout bon.

… mais je suis certain que vous souhaitez un avis un poil plus poussé et je suis là pour ça. Je ne regarde pas des animes tout les jours (et quand je le fais, c’est pour tout m’avaler en un temps record) mais ça doit être la première fois que je m’enquille d’une deuxième saison dans son intégralité. Je ne sais même pas si « saison » fais partie d’une terminologie adéquate mais bref – dans ma logique purement sérielle et américaine, une nouvelle floppée d’épisodes signifie une continuité logique pouvant se permettre des changements de repères dans le canon. Là… il est davantage question de se caler sur le modèle pré-établi et de ne pas y bouger d’un micro-poil. Le modèle étant, de base, très bizarre!

Souvenez vous. Kaiji est un anime relatant la belle histoire d’un homme nommé … Kaiji, un vrai glandeur adulescent qui a hérité à la naissance du démon du jeu. Cette accumulation de dettes lui avait valu une place pour concourir dans divers épreuves malsaines au possible, sans jamais de réel résultat. Pour le téléspectateur, c’était surtout un incroyable ascenseur émotionnel… ça me rappelle la philosophie de Don Bluth – comme quoi on pouvait tout infliger à un gosse si on lui met un happy end à la fin. C’ETAIT MEME PAS LE CAS. Vous savez pourquoi? CAR KAIJI EST VRAIMENT TRES TRES CON. C’est un personnage à l’intelligence sinusoïdale, il est vraiment très malin mais dès qu’il s’agit de prendre une décision qui relève du bon sens, il atterrit toujours dans le piège tête la première. Je déconseille la lecture à ceux qui auraient envie de mater la première saison à partir de ce point.

Le but de cette première saison était de prouver qu’on peut toujours parier plus et se retrouver dans une plus grosse bouse, cette deuxième mouture commence donc par un Kaiji au fond du trou, kidnappé dans une espèce d’organisation secrète qui construit un métro souterrain secret dans une cave secrète pour des gens secrets. Ça n’a strictement aucun sens mais on est dans un monde à part où il n’existe ni lois ni femmes*, juste des DETTES, des jambes cassés et des casinos illégaux. En gros, je me demande si on est pas sur un espèce d’univers infernal uniquement construit pour torturer Kaiji. Je doute que ce soit dans le canon du manga… bref, cette saison tourne en deux temps. Pour le même nombre d’épisodes (vingt-six) Kaiji ne devra subir que deux (deux!) épreuves. Soit une moyenne de (treize) épisodes par épreuves? Hahaha, naïfs enfants.

Kaiji sayzondeü a tous les défauts et les trucs réjouissants de son grand frère, y compris ces énormes soucis stylistiques que j’expliquais la dernière fois. Ne vous méprenez pas, il ne faut pas confondre « style » et « esthétique ». Kaiji n’est pas un personnage moins moche, tout le monde est toujours difforme, affreux, les gentils ont de grands yeux kawaii et les méchants ont d’énormes nez. On pourrait insister sur cette dichotomie mais un vrai beau gosse intervient à un moment pour faire le sadique de service, je suppose que ce principe a dù se remarquer quelque part. En revanche, le « vieux pervers » – et tout est fait pour insister sur le mot, /pervers/ – est toujours de la partie, en simple spectateur, uniquement pour se fapper sur les tribulations de notre héros maudit. Normal. Après, nous ne regardons pas nécessairement ce genre d’anime pour juger de son réalisme… avouns-le, Kaiji carbure à la shadenfreude : nous aussi sommes là pour nous faire bousculer un peu, mais la seule perspective d’espoir qui nous fait mettre immédiatement l’épisode suivant, c’est celle de voir le méchant « perdre ». Si possible en hurlant et en se faisant piétiner. C’est un anime qui fait naître des sentiments pas très honnêtes en nous : faire monter la sauce, détester quelqu’un au possible, tout endurer pour le voir vaincu… et être vaincu, c’est faire « Noooon » en écarquillant les yeux et en ouvrant les écoutilles lacrymales.

Enfin, endurer… Kaiji n’est pas un anime super physique! Après tout, dans le deuxième « jeu », Kaiji se met devant une table de Pachinko. Ça va durer jusqu’à la fin de la série, et tout ce que nous voyons sont… des billes qui défilent. En gros, Kaiji est le premier héros de série dont l’action se résume à « tourner le poignet pour enclencher les balles ». Il y a même tout un plan complètement dingo à la Ocean’s Eleven qui est expliqué en filigranes mais tout ça se fait en flashbacks… bref. Je parlais de deux parties tout à l’heure, mais le tout reste quand même cimenté par une mini-intrigue : Si, la première fois, Kaiji s’enfonçait dans les dettes, il s’agit maintenant de simplement retourner à cette première situation. En bon gros mec incapable de raisonner, la première tentation venue va le faire crouler sous les dettes (en étant déjà au fond du trou de DettesLand, plus ou moins littéralement) et le pousser au jeu clandestin : un petit machin astucieux avec des dés, un bol et des Picarats. Oui, parfaitement, comme dans Prof. Layton. Passé cette première phase (pipée, comme toujours) c’est la quille et Kaiji rentre dans un casino clandestin pour tenter de conquérir son objectif de base : se rétablir définitivement et sauver ses quelques compagnons d’infortune. A partir de là s’amorce l’une des séries d’épisodes les plus dinguodingue de l’animation. La tourbière.

Je ne connaissais pas vraiment le concept du Pachinko. Vous savez, moi, je suis plutôt pousse-pièces, et je suis certain que ça ferait un excellent support infernal pour une troisième saison… mais visiblement, le Pachinko est une machine qui ne libère de l’argent que pour se vider. Notre héros part à la conquête d’un jackpot qui ne se déclenche que si une bille tombe dans un bête trou. Le problème c’est que ce même bête trou est le machin le plus ridiculement gardé depuis Fort Knox et que la maison n’hésite pas à user de tout les stratagèmes physiquement possibles! (On a pas vraiment envie d’aller dépenser ses pièces de deux Euros à la foire du trône après avoir vu tout ça) – cette deuxième partie représente la quintessence de ce qui fait la saga Kaiji : chaque épisode peut représenter cinq seconde de diégèse et on peut assister à des moments de singularité physique où des dés antigravitationnels peuvent rouler dans un bol plus de deux minutes. Véridique – de la même manière, le narrateur enthousiaste est toujours là pour nous rappeler les enjeux idiots du moment (toujours en hurlant, toujours avec une conviction millénaire) et on retrouve toute ces série de petits réflexes-clé : une foule qui acclame notre gladiateur de la française des jeux… et une série de métaphores un peu débiles qui ont pour constante le fait de franchir un obstacle ou de faire la guerre. Par exemple, cette fameuse machine est vue comme une forteresse impénétrable… et ça tourne rapidement en allégories guerrières. Bref, c’est n’importe quoi, c’est complètement grandiloquent mais c’est fuuuuuun. Inexplicablement fun…

… mais insupportable stylistiquement, toujours. Cette inégalité dans la narration peut être discriminatoire, il va falloir accepter de se coltiner cinq épisodes par « étape gagnée », surtout quand on est dans la perspective du « prochain truc », encore. Je parle un peu en codé mais vous aurez aisément compris de quoi je parle. C’est dommage, car ça donne à Kaiji un statut un peu … alimentaire, à la chaîne, on mate ces épisodes comme sur un tapis roulant, en oubliant presque immédiatement le contenu de l’avant-dernier. C’est pas ici qu’on va chercher à installer une mythologie… et pourtant, la formule pourrait marcher encore deux ou trois fois ; Il me semble que le manga original a déjà publié quatre ou cinq arcs de ce genre. J’espère que ça n’implique pas le fait que Kaiji contracte toujours plus de dettes car on va rapidement atteindre un stade où il va devoir à ses paris l’équivalent du PIB Européen!

D’ailleurs, ces hommes restent civilisés et règlent leurs différents de manière toujours très flamboyante mais quid de ces irrésistibles petits appareils de torture qui faisaient tout le sel de la première saison? C’est probablement une bonne chose, cette gageure « Saw » n’est plus présente. Presque plus : il y a une petite touche discrète qui va faire mal à vos phalanges. Cette logique « d’enjeux » n’est d’ailleurs plus si présente que ça : si, la première fois, Kaiji flirtait avec la mort ; les dettes c’est du sérieux hein - et manquait de se faire percer les tympans, puis le cervelet… avant de se faire couper les doigts ; le bazar est globalement moins tendu. Moins de gore, il n’y a pas ce suspense morbide qui rendait la première saison si singulière. En bref, et aussi incohérent que cela puisse paraître, cette deuxième saison est un poil plus saine. On ne reste que dans des sphères monétaires… ou, au pire, dans la perspective d’intégrer les galères à vie. Monde de chtarbés, va.

Puis tant qu’à faire de l’analyse et se focaliser sur les jeux en eux-même, cette deuxième saison n’a pas la même approche. Ce que je veux dire, c’est que les quatre jeux précédents étaient des épreuves… où on est pas aidés mais où un minimum d’espoir est laissé pour tout le monde, avec un peu d’analyse et d’expérience. Il y avait toujours ces moments sympas où Kaiji connectait ses trois neurones pour analyser la situation, pour ainsi conquérir le jeu à son avantage en exploitant les quelques failles qui lui étaient offertes : c’est là tout le point du tout dernier épisode, il avait une chance. Offerte. Dans cette saison, il est uniquement confronté à des jeux de hasard… qui sont, de toute manière, falsifiés à mort. On ne le voit alors que surmonter ces tricheries pour lui même provoquer les faveurs de Dame Chance. Fatalement, il n’est plus du tout question de réflexion mais de la manière la plus directe pour tricher à son tour. C’est dommage : la première fois, il comprenait, là, il ne fait qu’éclater la vitre à coups de cuillère.

… et enfin, cette manie de toujours revenir à zéro comme si de rien n’était est vraiment trop frustrante et pas méga respectueuse pour le téléspectateur. Bad end? Là encore, il s’agit d’une conséquence douce-amère qui n’a rien de surprenante, tout en posant les bases d’une hypothétique troisième saison. En attendant, il y a un drama live pour les perfectionnistes… mais je doute que vous en redemandiez : voir cinquante fois la même animation de bille tourner dans un plateau modélisé a quelque chose d’assez épuisant, mais l’addiction nous fais aller jusqu’au bout. Un épisode : un évènement/paramètre en plus. Uuurgh.

En résumé, il ne sert à rien de mater cette deuxième saison sans la première, et les deux sont intimement liés, tant au niveau de l’intrigue (encore heureux hé) que de son traitement. Encore une fois, on aurait très facilement synthétisé tout ça en treize épisodes. Cependant, je ne peux pas m’empêcher de vous la recommander, pour ces moments épiques, cette façon de bouleverser nos attentes toutes les dix minutes, de jouer avec notre fibre joueuse. Au final, on passe autant de temps à parier sur le futur de Kaiji… que l’intéressé. Si, comme moi, vous êtes fascinés par les billes, les trucs qui tombent et les machines à sous, c’est un peu pour vous.

*Ouais, je suis de mauvais foi, on en voix deux sur une vers le milieu, et y’en a une rapidement en arrière plan sur l’un des derniers plans. Comment tout se beau monde fait-il pour s’accoupler avec seulement trois filles sur toute la planète? Ca doit être horrible comme vie.

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One Response to Ne laissez pas les enfants jouer avec la porte

  1. Kaeso says:

    J’ai trouvé la deuxième saison extrêmement surprenante dans le sens où elle était surprenante. C’est surprenant de pouvoir encore se faire surprendre par un sujet aussi plat. MMmmmbref…
    Une saison de 3 serrait peut être de trop, mais si le génie est encore là c’est pas de refus.

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