Ce n’est pas une compétition (mais ils gagnent)

Le cinquième Mario Marathon est sur la fin. Toujours une truc sympa à mater en mangeant, en tâche de fond ou sur le trône… et c’est pour la bonne cause!

… il a changé, et il est généreux. Faites comme lui!

Hey, j’ai une super idée, totalement novatrice et intelligente. Je vais parler de jeu vidéo. Du jamais vu! … mais dans une forme un poil originale. Ceci est un post méta sur une production méta… du jeu vidéo. Oui, Métaception, p’tit malin.

Vous connaissez la plate-forme Steam, j’en suis sûr. Le cas échéant, vous serez peut être surpris d’y trouver autre chose que des jeux, indépendants ou pas – pour les gens qui découvriraient ce mot, il s’agit du principal vecteur d’amusement sur PC depuis déjà quelques années. Steam est la meilleure solution en ce qui concerne le jeu à la demande… donc du jeu indépendant. Je vais être fidèle à moi même et prendre des raccourcis : nous parlons d’un logiciel qui permet de se procurer des jeux qu’on ne trouve pas en matérialisé et en magasin. Des joyeuseries telles que Portal, Team Fortress 2… mais aussi Audiosurf, The Binding Of Isaac et autres machins du même calibre qui ne valent peut être pas le prix d’un jeu console… mais qui monopolisent le même nombre d’heures, voire plus. D’ailleurs, Steam est connu pour son nombre outrancier de soldes, toujours avec des taux sadiques qui vous empêchent de vous soucier d’autres choses vraiment importantes. Tenez, par exemple, ces fameux Humble Bundle, ces packs réguliers qui permettent de se procurer un tas de machins fabuleux… dont le prix, lui aussi est à la demande (et c’est d’autant plus dommage que le tout dernier, à la qualité stratosphérique, vient à peine de se terminer) – bref, une véritable petite main de Midas qui fonctionne sur le même mode du XBLA ou du Playstation Store… avec une petite gageure roots en plus.

Bref, maintenant vous connaissez, sachez humblement que c’est l’un des endroits où on peut se procurer Indie Game : The Movie. Ouaiiiiis, c’est là qu’on trouve la confluence des deux très douloureuses idées de cette introduction, IGTM est un film qu’on peut télécharger sur Steam pour une petite huitaine d’Euros. Ça reste un peu cher pour un film inconnu sorti de nulle part mais il se concentre sur un bagage qui nous intéresse : la création de jeux indépendants.

Alors attention, c’est une idée à moduler. Il ne s’agit pas du tout d’être encyclopédique et de jouer à « C’est pas Sorcier : Edition Vidéoludiste »… c’est en fait le suivi très précis de plusieurs têtes pensantes derrière des pépites telles que Braid, Super Meat Boy et Fez. Je dis ça au premier degré, on suit littéralement le parcours de ces trois jeux, sur une période qui couvre quelques temps avant la sortie des-dit jeux. D’ailleurs, la toute première scène nous montre un des créatifs derrière super Meat Boy tout flippé à l’idée de ne pas voir son oeuvre sur le dashboard 360 en temps voulu.

Pourquoi vous recommander IGTM, au delà de ce thème évidemment fédérateur? Je ne vais pas me gêner pour balancer des généralités : oui, il est passionant, oui il ne laisse pas vraiment le temps passer et on a à la fois l’impression d’avoir vu vingt minutes de film mais d’avoir enregistré le contenu de cinq heures blabla mais ce machin qui, honnêtement, fait jurisprudence (je ne me souviens pas avoir vu un tel insight autre part… Ce n’est pas un sujet super télégénique, quand bien même le jeu vidéo reste une industrie comme une autre) tant dans son approche que dans son fond. On peut en tirer plusieurs niveaux de lecture… mais commençons un peu par le positif, car c’est très honnêtement ce que j’en tire, globalement. D’ailleurs, merci à Inks pour le tuyau.

Voilà donc dix points qui caractérisent ce documentaire, en cherchant la petite bête.

A) C’est bien emballé. Aucune idée sur le budget, le matériel, le tournage et tout l’aspect salement matérialiste du document mais on ne peut pas dire que c’est moche et sans saveur. On ne peut pas aller chercher très loin, mais ces titres, ces petits extraits, ces écrans filmés qui ne « bandent » pas (je veux connaître la même magie) sont léchés, appropriés, c’est top.

B) On transperce un peu les boîtes crâniennes de ces grandes machines à idées. Boum, ils sont humains, mais pas trop. Ce n’est pas une réelle surprise : ils sont un peu nerds, un peu autistes, ont des goûts bizarres et… ce sont des gens exactement comme nous. Oui, nous. Mieux que les francs-maçons, nous, cette espèce de catégorie intangible de gens un peu barrés mais qui se débrouillent tout à fait socialement et professionnellement. Les masqués, quoi. Voilà un documentaire sur eux. Ils ont des femmes, flippent parce que rien ne va jamais comme prévu, ont pour premier réflexe d’allumer un appareil juste après le réveil. Nous, quoi.

C) Cette approche Social Network. Il y a dans ce film une grosse rivalité très ouverte entre deux personnes. Ce n’est pas si important, mais on se rend compte du coté totalement intrusif que peut avoir la création sur le reste de la vie. Le manque des priorités, certes, voire plus haut… mais les quelques petits dommages collatéraux que cela peut occasionner sont intéressants et ça n’a pas l’air aussi différent de la rivalité entre Saverin et Zuckerberg – de la même manière, il y a une mini emphase sur le processus créatif – pas en tant qu’acheminement mais en tant que douloureux calvaire. C’est assez marrant – Shadenfreude – de voir ces futurs bazillionnaires se ronger un peu les ongles face à autant de contraintes à surmonter.

D) La caméra est un gros objet de compassion. Et alors? Ça fait ressortir la personnalité de ces gens et elle est bien plus proéminente que des hypothétiques requins de l’industrie – ils sont obsédés par leur jeux, mais ils font de l’art pour l’art, à les écouter… et je trouve qu’il y a une certaine sincérité dans ce rendu égotique que peuvent avoir certains (Tommy can you hear me?) là encore, ce n’était pas la peine d’humaniser les créatifs, personne ne doutait de leur origine Terrienne, mais faire la part des choses permet de comprendre certaines choses inhérentes à de grands projets personnels comme cela.

E) Y’a deux trois scènes qui tuent. Voir ce cher barbu flippé en train de galérer en pleine Penny Arcade Expo parce que son jeu n’est jamais fonctionnel a quelque chose de délicieux et de flippant à la fois. Ce mec n’est pas particulièrement appréciable et un vrai phénomène d’empathie se déclenche pourtant. Ce n’est pas vraiment de la tranche de vie, juste un certain étalage de considération et de méta (beaucoup de méta, après tout, c’est le genre qui veut ça)

Bon, on peut aussi lui reprocher pas mal de trucs.

1) Ce n’est évidemment pas un truc qu’on va regarder pour la diversité de ses plans et ses paysages. Vous savez, j’aime beaucoup mater des documentaires français mais il y a toujours un petit problème d’habillage, aussi simpliste que récurrent. Vous savez, souvent un fauteuil-personnage et quelques notes au piano ou un air connu, ce genre de choses. Là… je ne serais pas être pas non plus pour ce goût prononcé du symbolisme. Du symbolisme étrange – vous savez, celle qui arrive à être subjective. Ces plans étranges de mec au fond de sa piscine est plus orienté qu’autre chose… je ne sais pas si c’est vraiment la peine de montrer que les développeurs ne sont pas des UberMensch si c’est pour les sacraliser, plus ou moins, avec ce genre de tableau. Bon, je pinaille, évidemment.

2) Oui, l’essentiel n’est pas d’être complet, c’est évident. Ce n’est pas pour autant qu’on peut se permettre des pistes aussi évidentes : l’un des grands axes de ce docu est la déception de M. Fez face à la séparation de son duo d’origine. L’autre est flouté, absent, donne un avis hors caméra, il est totalement hors du champ d’action. C’est… un peu con car tout le monde rêve d’avoir son point de vue, d’autant plus qu’il est évident que son ancien copain pouvait avoir « ses moments »

3) Heuuuu c’est un peu tire larmes. J’ai la franche impression d’être nazi en soulevant un argument aussi discutable mais de tristes anecdotes sont peut être un peu superflues. Là aussi, c’est une question d’équilibre : comment concilier profondeur et vie privée? Je parle d’un moment qu’on voit venir depuis Alpha du Centaure et qui, je dois l’avouer, m’a un peu forcé à faire une tête de canard. Je ne pense pas que ce soit utile pour tout le monde, cette emphase qui exagère les traits chez quelqu’un. C’est quand même crucial pour ce type de document qui prétend à l’authenticité. Ce n’est peut être pas du pathos mais c’est une manière de forcer le trait qui n’a pas sa place, à mon sens.

4) Ce n’est qu’une micro parcelle de la scène indépendante… et c’est celle qui réussit. Je serais curieux de voir un docu sur Notch qui traverserait les pires saloperies tout en sachant pertinemment qu’il finit millionnaire – les acteurs d’IGTM sont des courageux qui réussissent et je doute qu’ils représentent un panel cohérent. Je comprends qu’un documentaire sur des dépressifs ou des gens qui font des jeux nuls ne sont pas intéressant mais deux poids, deux mesures, et à malin, malin et demi, ce qui fait à peu près 75% de mesures pour un demi malin

5) Je ne sais pas vraiment si on peut parler de documentaire, donc de truc qui prétends à une certaine vérité. Détachons nous du coté philosophie de bas étage de cette phrase pour nous demande : si le film veut absolument nous montrer des « artistes » – reclus, perfectibles, vaguement émos sur les bords. Je ne sais pas si ce sont des valeurs qui peuvent cohabiter.

Mais je pinaille. Je fais exprès de ne pas franchement parler du fond pour que vous puissiez être un peu surpris par tout ça. C’est très sincèrement fascinant mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est à voir avec une certaine distance…

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2 Responses to Ce n’est pas une compétition (mais ils gagnent)

  1. Kaeso says:

    Mmmmm eh euh hem…
    Je suis curieux de voir ce que c’est que ce truc mais, euh comment de quoi qu’est-ce?
    En résumé c’est un genre de jeu vidéo plus ou moins « éducatif » mais avec une trame scénaristique ou bien quelque chose du genre autre chose? C’est pas très net perturbant et assez attirant.
    Disponible sur steam donc surement payant, j’irais jeter un oeuil au prix…

  2. Concombre Masqué says:

    Ouhla, j’ai peut être pas été clair. C’est un film. Rien de plus qu’un bête film documentaire. Seule son origine légale est perturbante : une plateforme de jeux vidéos indés, mais ce n’est rien d’autre qu’un fichier HD tout ce qu’il y a de plus sympa. :D

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