Analyse politique de la société en Equestria

Alors, que les choses soient bien claires. Ceci est un TROLL dont le premier destinataire est le taulier de ce blog.

Ce que vous allez lire, ou scroller avant de fermer la fenêtre dans un soupir aussi profond que justifié, est une analyse sociopolitique d’Equestria, le pays imaginaire et peuplé de petits poneys dans la série presque éponyme, My Little Pony : Friendship is Magic, avec auteurs, illustrations, notes infrapaginales et bibliographie à l’appui.

Le caractère assez inédit et méthodologiquement sérieux, du moins je l’espère, du texte ci-dessous va peut-être même faire de ce blog un nouveau lieu de pèlerinage pour les bronies francophones. Sachez que cet honneur relève davantage de la disgrâce pour quelqu’un qui a ouvertement dénigré l’engouement envers cette merveilleuse série animée ; d’où le troll. Si, en plus, les statistiques de ce blog montaient vraiment avec ce billet, je considérerais alors mon entreprise comme une franche réussite.

Aussi, veuillez considérer comme tout relatif le sérieux de l’analyse, en deux parties, trois sous parties, que vous allez lire ci-après. J’ai quand même été mû par l’envie de bien faire les choses, mais également retenu d’y passer un mois entier plutôt que d’avancer, à tout hasard, mon mémoire, impérieuse prérogative, méritant davantage mon temps.

Amitiés sincères et hashtag bisous,

Kocobé

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Analyse socio-politique de la société en Equestria

par Laurent Gobenin

Quiconque aura observé la société en Equestria pourra se rendre compte qu’il existe à la fois de grandes ressemblances et de notables différences avec la société des hommes et du monde que nous connaissons.

Parmi les analogies que l’on peut dénombrer, retenons principalement la caractéristique organique de la société. [1] En effet, chaque poney a un rôle à jouer dans la société. Ce rôle lui confère une place et, parfois même, un statut. Soulignons par ailleurs que la somme des tâches qui incombent aux habitants d’Equestria est bien plus grande que dans notre monde, puisque nombre de phénomènes naturels, ne requérant pas l’intervention humaine chez nous, nécessitent l’intervention des poneys pour se dérouler correctement : cycle jour/nuit, cycle des saisons, etc. Une autre grande différence vient de la nature hétérogène du genre poney qui est composé de trois races distinctes. La société Equestrienne, si une volonté d’équité peut y être revendiquée, ne peut prétendre à une complète et parfaite égalité des individus entre eux.

Sur la base des maigres informations que nous avons obtenues et dans un premier temps, nous allons tenter de décrire la situation sociale et politique d’Equestria par l’analyse des rôles de chacun des individus. Nous verrons que ce rôle est intimement lié à la race de chaque poney dont les attributs leur permettront d’effectuer des tâches qu’eux seuls pourront accomplir et réciproquement. Nous tenterons ensuite d’analyser la gouvernance d’Equestria qui semble à première vue profondément héréditaire et centralisée. Nous verrons que ce pouvoir se base sur l’utilisation d’une domination coercitive naturelle et d’une domination charismatique forte de la part du pouvoir en place. [2] Nous nous attarderons ensuite sur le mélange assez étonnant du pouvoir temporel et intemporel issu de la caractéristique quasi divine du pouvoir, et non pas, comme on a pu avoir dans nos monarchies européennes de droit divin, seulement représentative du divin.

Dans un second temps, nous essayerons de décrire les perspectives d’évolution de la situation de la société equestrienne en dégageant des tendances et des dynamiques sur plusieurs milliers d’années. On tentera ainsi de décrypter le système très analogue à l’ancien régime qui s’est établi durant la période qui a précédé le règne actuel. On verra par la suite que le pouvoir se centralisant a formé autour de la Princesse une société de cour, à l’instar de la cour versaillaise sous le règne de Louis XIV. Enfin, nous verrons que ce centralisme était certainement transitionnel et qu’une évolution lente mais réelle vers une séparation des pouvoirs et à une délégation au pouvoir local est belle et bien enclenchée.


Equestria : entre races et intemporalité

Une société organique rationalisée autour de la race

La société equestriene apporte une grande importance au caractère racial de chaque poney créant ainsi quatre castes et quatre statuts bien distinct.

Les earth ponies (ou poneys de trait) sont des poneys similaires aux spécimens que nous pouvons avoir dans notre monde, en mettant de côté les couleurs couvrant tout le spectre colorimétrique visible de leurs robes, de leurs yeux et de leurs crinières. Les earth ponies ont un rapport avec la nature plus fort que les autres types de poneys. Seul le pégase Fluttershy qui, par sa cutie mark symbolisant sa remarquable capacité de communication et d’empathie avec les animaux, représente une exception notable. Seuls capables de cultiver la terre, ils sont depuis très longtemps la caste nourricière d’Equestria. Ils sont également de constitution plus forte et sont les plus aptes aux travaux manuels.

Les pégases sont des poneys dotés d’ailes assez puissantes pour voler, mais également atteindre des vitesses impressionnantes pour des créatures de cette taille. Ils possèdent également la faculté étonnante de pouvoir tenir sur les nuages, là où les autres poneys passent irrémédiablement au travers (sauf dans les cas d’envoutement par une licorne d’un niveau magique avancé). [3] Les pégases sont responsables du temps sur Equestria. Ils ont l’apanage de la gestion des nuages, de leur production, de l’élaboration des flocons de neige, de la synthèse d’arcs-en-ciel et doivent même acheminer l’eau du sol vers Cloudsdale, la principale cité des pégases, d’où sont dirigées toutes les opérations. De nombreux pégases sont également enrôlés dans la garde royale.

Les licornes sont des poneys possédant une corne au milieu du front qui leur permet de pratiquer la magie. Allant de la simple télékinésie à la téléportation et même, dans les cas les plus impressionnants, au voyage dans le temps, [4] le champ des possibles est vaste pour cette race de poney. Les licornes ont ainsi de hauts postes dans le domaine de la recherche, mais aussi dans des corps de métiers variés, allant de l’artisanat à la gestion d’une bibliothèque. Ils forment également la grande majorité de la haute société d’Equestria principalement située à la capitale, Canterlot. La majeure partie de la garde royale est par ailleurs constituée de licornes.

Enfin, les alicornes (ou pégases ailés pour ceux qui réfutent cette appellation) sont moins une race de poney que de remarquables exceptions. Il n’y a que trois spécimens connus à ce jour : Princesse Celestia, principale autorité et souveraine diurne d’Equestria, Princesse Luna, souveraine nocturne et Princesse Cadance, la nièce de Celestia. Ils ont en commun une corne, une paire d’ailes, une plus grande stature que les autres poneys, une longévité exceptionnelle [5] et, surtout, du sang royal dans les veines. En effet, si tous les poneys au sang royal ne sont pas des alicornes, toutes les alicornes connues à ce jour sont issues de la famille royale. Le neveu de Celestia, Prince Blueblood, est une licorne alors que Cadance, sa nièce est une alicorne. On peut donc émettre l’hypothèse qu’il n’existe pas d’alicornes males. Cela ne serait guère étonnant dans une organisation sociale, qui se révèlera au fur et à mesure des observations, extrêmement gynocratique. [6] Le rôle de Celestia est le plus important puisqu’elle est responsable du lever et du coucher du soleil. On peut mesurer toute la puissance de Celestia qui effectue, à elle seule, ce devoir tous les matins quand on sait qu’une telle tâche nécessitait autrefois l’effort combiné de toutes les licornes du territoire. Le rôle de Luna est quant à lui similaire, mais pour la lune.

Celestia levant le soleil de manière ritualisée devant public

Le pouvoir royal comme événement ponctuel

Par leurs caractéristiques royales, les alicornes sont un bon exemple de la place que prend la race dans le statut des individus en Equestria. L’explication au fait que seule la famille royale comprenne des alicornes n’est pas connue, cependant, plusieurs hypothèses peuvent se dégager.

La première est la sélection génétique. En fonction de la descendance de la famille royale, il est possible que seuls les individus nés alicornes puissent espérer un jour exercer la fonction de souverain d’Equestria. Les textes historiques font état d’une période, il y a plus de mille ans, où il n’existait pas de pouvoir héréditaire (ou bien, s’il en existait un, il était très différent de la forme que nous connaissons aujourd’hui). Il y a donc eu un moment ponctuel dans l’histoire d’Equestria où le pouvoir royal est apparu. Il a pu s’agir d’une mutation génétique, invisible pendant des centaines d’années, et qui est survenue avec la naissance de Celestia et de Luna.

La seconde hypothèse serait que Celestia et Luna aient obtenu les pouvoirs qui sont les leurs aujourd’hui d’une autre manière. S’élevant ainsi, passant du statut de simple poney à celui d’alicorne souveraine, par le biais d’une force supérieure comme un artefact magique ou une créature mythologique, comme il en existe en Equestria. Cette hypothèse supposerait qu’une maîtrise totale sur le nombre d’alicornes au sein de la lignée est possible à la condition que la royauté ait encore le contrôle sur ce qui leur a accordé ce pouvoir. Cette hypothèse, qui est tout à fait viable avec la continuité génétique des alicornes, laisse également possible l’idée que ces dernières puissent ne pas être toutes issues de la même lignée.

L’amalgame entre pouvoir temporel et pouvoir intemporel

La représentation symbolique du pouvoir est cependant problématique en Equestria et ne peut pas être comparée directement avec le statut des rois dans les monarchies européennes. Le pouvoir royal est normalement issu du divin, le roi faisant ainsi office de représentant de dieu sur terre. Il y a donc une différentiation nette entre les deux corps du roi. Le corps mortel et le corps immortel. Le roi un jour mourrait, mais le roi dans sa représentation intemporelle ne mourrait pas et s’inscrivait dans une continuité. [7]

Illustration ancienne de la princesse Celestia prouvant son impressionnante longévité

En Equestria, il y a un amalgame entre les deux corps de la royauté. La caractéristique divine de Celestia est tellement forte qu’elle s’apparente elle-même à dieu et non pas simplement à son représentant sur terre. La longévité naturelle des alicornes brouille d’autant les pistes faisant de la princesse une continuité historique puisque son règne s’étend sur des milliers d’années sans que Celestia ne prenne une ride. Les impacts culturels sont ainsi inévitables. L’exemple le plus frappant est l’implantation profonde de Celestia dans les expressions populaires. Ainsi, comme ultime preuve d’un engagement solennel, les habitants d’Equestria s’exclameront « As Celestia is my witness », là où dans notre monde nous dirions « As god is my witness ».

Une lente évolution vers la décentralisation

L’ère pre-celestienne : une forme d’organisation proche de l’ancien régime

Les récits historiques font état d’une période, il y a des milliers d’années, d’une organisation bien différente de celle qui a cours aujourd’hui à Equestria. Les races étaient regroupées en clans et ne se mélangeaient pas comme aujourd’hui. Il s’agissait d’une société féodale, avec trois groupes distincts, aux frontières distinctes et aux rôles distincts. Le royaume d’Equestria en tant qu’entité étatique unifiée n’existait pas encore et chaque tribu avait un chef. Les earth ponies, dans les plaines, avaient un chancelier, les pégases, dans les cieux avaient un commandeur, les licornes dans les montagnes, avaient un roi. Les earth ponies étaient déjà les seuls capables de produire de la nourriture, mais dépendaient des pégases, peuple guerrier, qui prélevaient une part de leur production en échange d’un temps propice à la culture. Les licornes, peuple pieux, en prenaient également une part en échange du cycle des journées, tout aussi indispensable au bon déroulement de leur travail. [8]

Le lecteur attentif aura reconnu ici un système très proche de l’ancien régime. Les pégases sont analogues à la noblesse, les licornes au clergé et les earth ponies au tiers état. Les prélèvements sur les récoltes des licornes sont ainsi assimilables à la dîme cléricale et le prélèvement des pégases à l’impôt que doit l’agriculteur au seigneur.

Les analogies ne s’arrêtent pas là. Lors de la grande vague de froid qui a touché la fin de cette période et provoqué de grandes dissensions entre les trois groupes, une grande réunion a mis autour de la table des négociations les chefs des trois peuples pour tenter de régler les dissensions. On peut tout à fait comparer cet événement aux états généraux convoqués par le roi de France sous l’ancien régime et où les trois ordres, noblesse, clergé et tiers état, étaient représentés.

The meeting of all meetings : analogie equestrienne de nos états généraux

Notons toutefois quelques différences entre cette ère et l’ancien régime. Cette organisation relève davantage d’une relation d’interdépendance fragile entre trois tribus fermement délimitées que de la coexistence de trois ordres au sein d’un même système comme nous avons pu connaitre sous l’ancien régime. Cette différence est certainement liée aux différences raciales entre les poneys, les forçant à coexister pour la survie en se servant de leurs caractéristiques particulières inhérentes à chaque race. De plus, les capacités bien délimitées de chacune des trois races ne permettent à aucun groupe d’avoir d’ascendant décisif sur les deux autres, ce qui n’était pas vraiment le cas dans l’ancien régime.

Un pouvoir centralisé de transition

À la suite de la réunification des trois tribus, on a donc pu observer la formation d’une société mixte ou cohabitent dans des proportions diverses les trois races de poney. Contrairement à la période précédemment citée, il n’y a plus de délimitation territoriale ni de délimitation des pouvoirs claire. Les ressources historiques autour de cette période de transition sont malheureusement lacunaires. Il semble cependant assez certain qu’à la suite des événements qui ont eu lieu dans la grotte où le « Fire of Friendship » a été invoqué (qui dispersa les Windigos, responsables de la vague de froid, marquant ainsi la création d’Equestria telle que nous la connaissons), les licornes réussirent certainement à prendre le dessus dans une forme domination sociale au moins sur les earth ponies.

Rien ne permet d’affirmer cela de manière certaine, mais une analyse démographique de Canterlot, lieu de pouvoir par excellence d’Equestria, laisse penser que les licornes ont formé par la suite, au moins pendant un millier d’années, certainement plus, les hautes classes de la société equestrienne. Ces classes s’apparentant à une forme de haute bourgeoisie citadine et rentière et qui ne semble se trouver qu’à Canterlot. Il ne s’agit donc que d’un microcosme culturel et social urbain, qui n’est cependant pas représentatif de la société equestrienne dans son ensemble.

Cependant, il semble intéressant de faire la corrélation entre l’apparition de Celestia à un moment donné de l’histoire d’Equestria et le rassemblement autour d’elle d’une élite composée des poneys influents. Il pourrait être intéressant d’analyser cela à l’aulne de la société de cour observée par Norbert Elias en prenant l’exemple de la cour de Louis XIV en France. [9] Le souverain a rassemblé autour de lui les nobles de France et a appuyé sa domination sur eux en les faisant entrer dans un système complexe de règles, de rôles et d’étiquette qui ne leur laissait aucune chance de pouvoir s’émanciper. Toute tentative individuelle était observée, jugée et souvent sanctionnée. Le noble qui avait osé prendre plus d’importance que ne lui permettait son rôle au sein de cette société de cour était exclu. Ce système emprisonnait ainsi les nobles dans un engrenage, d’où ils ne pouvaient s’extirper sans en payer un prix très fort en terme d’influence auprès des autres représentants de cette société de cour.

En observant la façon dont les licornes se réunissent autour du pouvoir établi à Canterlot, on peut se poser la question de l’existence d’une telle cour et même de faire l’analogie avec Versailles sous le règne de Louis XIV. On peut également observer quelques événements caractéristiques de célébrations autour de Celestia comme la Canterlot Garden Party (même si elle n’y est pas être présente elle-même) et le Grand Galloping Gala, où la princesse accueille chacun des participants à leur arrivée au château. Ces célébrations réservées à l’élite de Canterlot sont soumises à des codes très stricts : invitations, codes vestimentaires, code autour des divertissements proposés, code autour du comportement à adopter, etc.

La Garden Party à Canterlot fait partie des célébrations de la haute société equestrienne

Cependant, Celestia elle-même ne semble pas particulièrement adepte de ce genre de protocoles et n’hésite pas parfois à encourager la zizanie. [10] Que peut-on en déduire ? Il est possible que Celestia s’adonne à un tel jeu de rôle par une volonté purement politique. Son pouvoir n’étant pas à démontrer, la princesse essaye peut-être d’empêcher toute domination des licornes, ayant un potentiel coercitif plus fort sur les autres poneys, d’asseoir une forme de domination sur les autres villes d’Equestria.

Ainsi, la procédure de centralisation du pouvoir en Equestria n’est peut-être destinée qu’à standardiser les relations de domination entre les trois races de poneys et éviter que les reliquats des tensions de l’ère pré-celestienne ne ressurgissent. Le fait qu’une alicorne soit au centre de ce processus n’est pas non plus étonnant, car il est impossible de faire rentrer la princesse dans un des trois groupes, la dédouanant de fait des suspicions de défendre les intérêts d’une race de poney en particulier.

Vers une délégation au pouvoir local

Le fait que Celestia ait choisi de ne pas garder le contrôle des Elements of Harmony, dont les pouvoirs coercitifs sont particulièrement forts puisque capables de bannir n’importe quelle alicorne dans la lune pendant 1 000 ans ou de sceller un dieu sous forme de statue de pierre, démontre une volonté de décentralisation du pouvoir. Seuls la réunification des deux licornes Twilight Sparkle et Rarity, des deux pégases Rainbow Dash et Fluttershy et des deux earth ponies Applejack et Pinkie Pie peuvent permettre l’utilisation de cette arme d’une grande puissance.

Il s’agit là d’une forme de délégation à une commission mixte empêchant une utilisation discrétionnaire par la princesse du pouvoir des Elements. Si on prend le contre-exemple français, État à forte tradition centralisatrice, l’utilisation de l’arme nucléaire fait partie du domaine réservé du président. Ainsi, la délégation de l’utilisation des Elements of Harmony à ces six individus, chacun reconnus pour des qualités distinctes, serait comparable en France à une délégation de l’utilisation l’arme nucléaire à une commission réunissant les hautes personnalités concernées de l’État, comme le premier ministre, le ministre de la Défense, le président du sénat, le président de l’Assemblée nationale, le président du Conseil constitutionnel ou le vice-président du Conseil d’État par exemple.

Toutefois, les Elements of Harmony sont conservés sous un sceau que seule la princesse peut briser, au sein du château, à Canterlot. [11] Les six poneys désignés, quant à eux, résident tous dans la ville de Ponyville. L’utilisation de ces derniers ne peut donc être faite qu’à l’initiative de Celestia.

Enfin, notons que Ponyville possède un maire et un système de justice propre. Il n’est même pas exclu que Ponyville possède, malgré sa petite taille, un pouvoir législatif local propre. La notion de séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) existe donc bel et bien, même si elle n’est qu’embryonnaire. On peut également remarquer une forme d’indépendance budgétaire des pouvoirs locaux, même si cela met l’administration de Ponyville dans une certaine situation de précarité. [12]

De gauche à droite, le pouvoir judiciaire, exécutif et législatif à Ponyville.


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Nous voyons donc qu’Equestria a subi pendant des milliers d’années de lents processus de transformation quant à son modèle social et politique. Toujours organiquement organisée autour de la race et des capacités de chacun, Equestria a doucement installé une forme de pouvoir patrimonial et centralisé. La longévité des tenants du pouvoir peut toutefois laisser entrevoir une volonté de décentralisation et une démarche de délégation à un pouvoir local et notamment aux autorités des villes aux alentours de Canterlot, qui peuvent ainsi faire davantage preuve d’autogestion. Cependant, ce processus semble très lent et semble intimement lié à la personne de Celestia. La question de la pérennité de cette évolution politique et sociale peut se poser en cas de passation de pouvoir à la tête du royaume.

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1 – Une notion de solidarité ou de société telle que décrite par Durkheim dans Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 1978

2 – Max Weber, Economy and Society, Berkeley, University of California Press, 1921

3 – Voir l’épisode « Sonic Rainboom » (S01E16) où Twilight Sparkle enchante l’ensemble des earth ponies et des licornes du Main 6 pour qu’ils puissent visiter Cloudsdale.

4 – Voir l’épisode « It’s about time » (S02E20) où Twilight Sparkle revient dans le temps pendant quelques secondes pour se prévenir elle-même d’un danger imminent.

5 – Même si cette longévité n’a pas encore été observée sur Cadance, elle est fortement suspectée.

6 – La démographie d’Equestria montre un nombre bien supérieur de poneys femelles. Les postes clés d’Equestria sont également occupés principalement par des femelles.

7 – Ernst Kantorowicz, Les Deux corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1989

8 – Voir l’épisode « Hearth’s Warming Eve » (S02E11) où cette période est racontée sous la forme d’une pièce de théâtre.

9 – ELIAS, Norbert, La Société de cour, Paris, Champs Flammarion, 1985 (rééd.)

10 – Invitant son élève Twilight Sparkle et ses ciq amies dont les manières sont bien moins sophistiquées que les poneys issus des hautes sphères de Canterlot, Celestia espérait secrètement qu’elles dévergonderaient le gala.

11 – Voir l’épisode « The Return of Harmony – Part 1 » (S02E01) où Celestia explique que les éléments sont conservés derrière une porte qu’elle seule peut ouvrir, à l’aide de sa corne.

12 – Voir l’épisode « The Last Roundup » (S02E14) où Applejack part participer à des rodéos pour obtenir des prix afin de retaper la mairie de Ponyville qui est dans un piètre état.

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5 Responses to Analyse politique de la société en Equestria

  1. Hackatosh says:

    Analyse très pertinente et intéressante ! Finalement le monde des poneys semble plutôt sympathique… Peut être une bonne occasion de s’y mettre …

  2. perfounet says:

    « Les poneys veulent l’égalité dans la liberté et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. »

    DE TOCQUEVILLE Alexis, 1856, L’Ancien Régime et la Révolution.

  3. YllwNgg says:

    Aucune mention de Dumézil dans la division tripartite des races de poneys (les alicornes ne faisant de fait pas partie du commun), je suis assez déçu. Alors que le parallèle est tentant et pertinent : licornes = fonction sacerdotale (la magie), pégases = fonction guerrière (les gardes royaux), poneys de trait = fonction productrice.

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