Monthly Archives: mai 2012

Quand Harry rencontre San

(Tous les fanarts présents dans cet article ont été récupéré sur ce topic, j’avoue avoir un peu la flemme de retrouver dans la centaine de pages le nom des deux artistes qui ont fait les fanarts ci-dessous… Désolé)

Hé, salut, c’est Meles Badger qui t’écrit en quasi-direct de devant son ordinateur. J’espère que tu vas bien et que tu es bonne condition physique pour lire ce petit billet de quartier libre. Je n’ai aucune raison particulière de te demander ça mais c’est le genre de petite pensée qui fait plaisir non ? J’veux dire, trop de blogueur ne pense jamais au confort de son lecteur, c’est un peu triste finalement…

Donc, nous arrivons peu à peu au bout de ce quartier libre et je me décide enfin à écrire un article, effort surhumain de ma part, il faut bien le reconnaître et qui condamne probablement mon blog à ne pas avoir un nouvel article avant deux ou trois mois. M’enfin, on se fout un peu totalement de ce mélange improbable d’égo- et de méta-blogging, n’est-ce pas ? Vous êtes plutôt là pour lire des articles de qualitay sur des sujets classieux écrits par des gens tout aussi talentueux.

De mon côté donc, même si je me sens jamais vraiment à l’aise avec la rédaction de critiques, j’ai décidé de vous parler d’un des meilleurs webcomics de tous les temps.

J’ai nommé HomestGunnerkrigg Court. (Suivre ce lien pour aller direct à la première page)

Gunnerkrigg Court est un webcomics écrit et dessiné par Tom Sidell, un anglais et donc par définition un mec avec un accent super classe. Rien que ça, ça devrait vous convaincre d’aller zieuter son œuvre mais j’imagine qu’il en faut un peu plus pour vous convaincre.

Soit.

Dans Gunnerkrigg, nous suivons les aventures d’Antimony Carver, une jeune fille ayant la particularité d’avoir un nom un peu pourri quand même (je sais pas moi, ce serait un peu équivalent à appeler sa fille Térébenthine… OH WAI-) mais aussi d’étudier à Gunnerkrigg Court, une étrange école où science et raison règnent en maîtres. La magie et le mystère sont le domaine de la forêt qui fait face à l’école, elles sont d’ailleurs séparées l’une de l’autre par un pont considéré comme infranchissable. Antimony vit donc sa vie d’orpheline paisiblement (sa mère est morte, son père est absent/a disparu), découvre la vie à Gunnerkrigg, se fait des amis et se retrouve au milieu d’affaires difficiles entre la cour et la forêt. Voilà pour le synopsis, volontairement décousu mais vu que Gunnerkrigg repose beaucoup sur le principe de pleins de chapitres racontant des histoires plus ou moins indépendantes des autres tout en relatant un scénario plus global, difficile de faire mieux.

D’ailleurs, on se rend vite compte de la façon dont ce webcomics est beaucoup pensé comme une série en fait puisqu’on y retrouve une structure narrative assez semblable sur certains points. Ainsi, les chapitres de l’histoire peuvent facilement se partager entre loners, chapitres mythologiques (vous savez, le genre d’épisode ayant principalement pour but d’expliciter les thèmes de l’univers) et épisodes qui font tout simplement avancer l’histoire en elle-même. (Oui bon ok, je m’y connais pas tant que ça en série donc je suis pas trop sûr de mes mots et je raconte peut-être des conneries mais je crois que vous avez saisi l’essentiel.)

Cette structure s’avère extrêmement efficace, puisque servie par une caractérisation des personnages tout simplement parfaite. Chaque personnage, principal ou secondaire, se voit développer de façon exquise et autant dire qu’il m’ait impossible de ne pas tous les apprécier tellement ils ont tous un petit quelque chose qui les rend unique. D’Antimony à Zimmy, en passant par Kat, Ms Jones, George et encore un tas d’autres personnages, aucun ne paraît ennuyeux, superficiel et voir chaque caractère se développer et se dévoiler à travers la progression de l’histoire est un véritable plaisir.

A cela s’ajoute une dynamique dans leurs relations extrêmement bien pensée, les dialogues étant d’une efficacité redoutable dans la façon d’installer les personnages et les rapports qu’ils entretiennent.

La relation entre Antimony et Kat est à ce titre extrêmement bien écrite, leur dynamique repose sur une amitié finalement extrêmement simple (les deux personnages se complètent dans leurs caractères, leurs forces et leurs faiblesses) mais c’est la somme de petits détails qui parsèment ce genre de récits secondaires qui rend ce rapport entre les deux personnages extrêmement plaisant à suivre. Les voir s’affronter à certains moments, tâtonner dans la recherche de compréhension de l’autre, le thème de l’amitié est vraiment bien exploité à travers ces deux personnages, surtout que Kat ne sert pas de simple faire-valoir à Antimony et se voit attribuer un fil narratif des plus intéressants.

Zimmy (à droite), ma waifu à epic cernes

Les personnages secondaires ne sont pas reste et ont tous droit à leur part de développement (que ce soit au détour d’une case ou par un chapitre qui leur est entièrement dédié). Une véritable complexité se crée dans Gunnerkrigg à travers les personnages, en fait, on en vient à avoir l’impression que tout coule de source et que l’auteur n’a fait que poser des personnages qui vivent désormais simplement leur vie. D’ailleurs, tous les évènements majeurs de l’histoire reposent sur une chaîne d’événements logiques qui prennent place dés le premier chapitre, ce qui fait d’ailleurs que même le méchant n’apparaît pas si mauvais que cela au fond (même si bon, il a quand même un sourire creepy et une certaine propension au sadisme).

L’univers, parlons-en aussi, est presque un personnage à part entière tellement il porte en lui une richesse insoupçonné. Alors que l’on pense au début faire face à un simple succédané d’Harry Potter avec cette école aux mystères insondables et aux sombres couloirs (même si serait plutôt du Poudlard dopé à l’environnement industriel), on découvre bien vite un monde plus original que cela, fourmillant de petits détails amusants (les vaches et les chevaux robots), d’un background qui attise la curiosité (qu’est-ce qui rattache l’histoire de Gunnerkrigg Court à la forêt ?). D’une certaine manière, on a l’impression d’avoir la rencontre improbable de l’univers d’Harry Potter avec celui de Princesse Mononoké (il y a un fort développement du rapport difficile entre les hommes et la Nature), deux références que je pense voulu par l’auteur (puisque que pour Mononoké, il y a carrément un court chapitre qui fait explicitement référence au film).

Au niveau graphique, soyons honnête, le début est assez… « vilain ». Je n’ai pas envie de dire moche parce que, perso, ce n’est pas si moche que ça… Mais disons qu’il y a un parti-pris artistique assez particulier au début (guh, le front d’Antimony sur certaines cases quoi, ce front…) mais le trait progresse au cours du temps pour atteindre un niveau des plus honnêtes au bout d’une dizaine de chapitres puis rentrer dans la catégorie « très bon » par la suite. Toutefois, en mettant de côté cette progression stylistique, la force du trait réside dans des images véritablement iconiques et fortes, y compris dans certain des premiers récits. Le découpage est à ce titre remarquable et il y a de quoi rester bluffer par la qualité de certaines cases (cette quasi-pleine page avec deux personnages secondaires dans les escaliers, d’une simplicité mais aussi d’une force à couper le souffle).

Certes, Gunnerkrigg ne révolutionne pas grand chose, que ce soit au niveau de la narration comme de l’usage du medium internet (à ce niveau-là, mieux vaut se tourner vers Homestuck). N’en reste pas moins un récit puissant et efficace, porté par des personnages hauts en couleur et une totale maîtrise de la narration, et même le dessin un peu (beaucoup) moche du début laisse place à un trait vraiment maîtrisé par la suite. Vraiment, ce webcomics mérite bien plus que le succès d’estime dont il jouit dans le web anglophone.

D’ailleurs, c’est peut-être là que se trouve le seul vrai défaut de cette œuvre : le webcomics est disponible uniquement en anglais. Pas de traduction française à l’horizon pour le moment, ce qui est bien dommage.

Je veux dire, ça fait tellement de personnes en moins qui ne pourront pas craquer devant le personnage de Zimmy quoi… <3<3<3

PS : Je crois que cet article reste l’un des plus courts que j’ai jamais écrit. J’ai un peu l’impression d’avoir perdu le concours de celui qui écrit le plus gros texte en ces terres de Débauche.

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Analyse politique de la société en Equestria

Alors, que les choses soient bien claires. Ceci est un TROLL dont le premier destinataire est le taulier de ce blog.

Ce que vous allez lire, ou scroller avant de fermer la fenêtre dans un soupir aussi profond que justifié, est une analyse sociopolitique d’Equestria, le pays imaginaire et peuplé de petits poneys dans la série presque éponyme, My Little Pony : Friendship is Magic, avec auteurs, illustrations, notes infrapaginales et bibliographie à l’appui.

Le caractère assez inédit et méthodologiquement sérieux, du moins je l’espère, du texte ci-dessous va peut-être même faire de ce blog un nouveau lieu de pèlerinage pour les bronies francophones. Sachez que cet honneur relève davantage de la disgrâce pour quelqu’un qui a ouvertement dénigré l’engouement envers cette merveilleuse série animée ; d’où le troll. Si, en plus, les statistiques de ce blog montaient vraiment avec ce billet, je considérerais alors mon entreprise comme une franche réussite.

Aussi, veuillez considérer comme tout relatif le sérieux de l’analyse, en deux parties, trois sous parties, que vous allez lire ci-après. J’ai quand même été mû par l’envie de bien faire les choses, mais également retenu d’y passer un mois entier plutôt que d’avancer, à tout hasard, mon mémoire, impérieuse prérogative, méritant davantage mon temps.

Amitiés sincères et hashtag bisous,

Kocobé

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Analyse socio-politique de la société en Equestria

par Laurent Gobenin

Quiconque aura observé la société en Equestria pourra se rendre compte qu’il existe à la fois de grandes ressemblances et de notables différences avec la société des hommes et du monde que nous connaissons.

Parmi les analogies que l’on peut dénombrer, retenons principalement la caractéristique organique de la société. [1] En effet, chaque poney a un rôle à jouer dans la société. Ce rôle lui confère une place et, parfois même, un statut. Soulignons par ailleurs que la somme des tâches qui incombent aux habitants d’Equestria est bien plus grande que dans notre monde, puisque nombre de phénomènes naturels, ne requérant pas l’intervention humaine chez nous, nécessitent l’intervention des poneys pour se dérouler correctement : cycle jour/nuit, cycle des saisons, etc. Une autre grande différence vient de la nature hétérogène du genre poney qui est composé de trois races distinctes. La société Equestrienne, si une volonté d’équité peut y être revendiquée, ne peut prétendre à une complète et parfaite égalité des individus entre eux.

Sur la base des maigres informations que nous avons obtenues et dans un premier temps, nous allons tenter de décrire la situation sociale et politique d’Equestria par l’analyse des rôles de chacun des individus. Nous verrons que ce rôle est intimement lié à la race de chaque poney dont les attributs leur permettront d’effectuer des tâches qu’eux seuls pourront accomplir et réciproquement. Nous tenterons ensuite d’analyser la gouvernance d’Equestria qui semble à première vue profondément héréditaire et centralisée. Nous verrons que ce pouvoir se base sur l’utilisation d’une domination coercitive naturelle et d’une domination charismatique forte de la part du pouvoir en place. [2] Nous nous attarderons ensuite sur le mélange assez étonnant du pouvoir temporel et intemporel issu de la caractéristique quasi divine du pouvoir, et non pas, comme on a pu avoir dans nos monarchies européennes de droit divin, seulement représentative du divin.

Dans un second temps, nous essayerons de décrire les perspectives d’évolution de la situation de la société equestrienne en dégageant des tendances et des dynamiques sur plusieurs milliers d’années. On tentera ainsi de décrypter le système très analogue à l’ancien régime qui s’est établi durant la période qui a précédé le règne actuel. On verra par la suite que le pouvoir se centralisant a formé autour de la Princesse une société de cour, à l’instar de la cour versaillaise sous le règne de Louis XIV. Enfin, nous verrons que ce centralisme était certainement transitionnel et qu’une évolution lente mais réelle vers une séparation des pouvoirs et à une délégation au pouvoir local est belle et bien enclenchée.


Equestria : entre races et intemporalité

Une société organique rationalisée autour de la race

La société equestriene apporte une grande importance au caractère racial de chaque poney créant ainsi quatre castes et quatre statuts bien distinct.

Les earth ponies (ou poneys de trait) sont des poneys similaires aux spécimens que nous pouvons avoir dans notre monde, en mettant de côté les couleurs couvrant tout le spectre colorimétrique visible de leurs robes, de leurs yeux et de leurs crinières. Les earth ponies ont un rapport avec la nature plus fort que les autres types de poneys. Seul le pégase Fluttershy qui, par sa cutie mark symbolisant sa remarquable capacité de communication et d’empathie avec les animaux, représente une exception notable. Seuls capables de cultiver la terre, ils sont depuis très longtemps la caste nourricière d’Equestria. Ils sont également de constitution plus forte et sont les plus aptes aux travaux manuels.

Les pégases sont des poneys dotés d’ailes assez puissantes pour voler, mais également atteindre des vitesses impressionnantes pour des créatures de cette taille. Ils possèdent également la faculté étonnante de pouvoir tenir sur les nuages, là où les autres poneys passent irrémédiablement au travers (sauf dans les cas d’envoutement par une licorne d’un niveau magique avancé). [3] Les pégases sont responsables du temps sur Equestria. Ils ont l’apanage de la gestion des nuages, de leur production, de l’élaboration des flocons de neige, de la synthèse d’arcs-en-ciel et doivent même acheminer l’eau du sol vers Cloudsdale, la principale cité des pégases, d’où sont dirigées toutes les opérations. De nombreux pégases sont également enrôlés dans la garde royale.

Les licornes sont des poneys possédant une corne au milieu du front qui leur permet de pratiquer la magie. Allant de la simple télékinésie à la téléportation et même, dans les cas les plus impressionnants, au voyage dans le temps, [4] le champ des possibles est vaste pour cette race de poney. Les licornes ont ainsi de hauts postes dans le domaine de la recherche, mais aussi dans des corps de métiers variés, allant de l’artisanat à la gestion d’une bibliothèque. Ils forment également la grande majorité de la haute société d’Equestria principalement située à la capitale, Canterlot. La majeure partie de la garde royale est par ailleurs constituée de licornes.

Enfin, les alicornes (ou pégases ailés pour ceux qui réfutent cette appellation) sont moins une race de poney que de remarquables exceptions. Il n’y a que trois spécimens connus à ce jour : Princesse Celestia, principale autorité et souveraine diurne d’Equestria, Princesse Luna, souveraine nocturne et Princesse Cadance, la nièce de Celestia. Ils ont en commun une corne, une paire d’ailes, une plus grande stature que les autres poneys, une longévité exceptionnelle [5] et, surtout, du sang royal dans les veines. En effet, si tous les poneys au sang royal ne sont pas des alicornes, toutes les alicornes connues à ce jour sont issues de la famille royale. Le neveu de Celestia, Prince Blueblood, est une licorne alors que Cadance, sa nièce est une alicorne. On peut donc émettre l’hypothèse qu’il n’existe pas d’alicornes males. Cela ne serait guère étonnant dans une organisation sociale, qui se révèlera au fur et à mesure des observations, extrêmement gynocratique. [6] Le rôle de Celestia est le plus important puisqu’elle est responsable du lever et du coucher du soleil. On peut mesurer toute la puissance de Celestia qui effectue, à elle seule, ce devoir tous les matins quand on sait qu’une telle tâche nécessitait autrefois l’effort combiné de toutes les licornes du territoire. Le rôle de Luna est quant à lui similaire, mais pour la lune.

Celestia levant le soleil de manière ritualisée devant public

Le pouvoir royal comme événement ponctuel

Par leurs caractéristiques royales, les alicornes sont un bon exemple de la place que prend la race dans le statut des individus en Equestria. L’explication au fait que seule la famille royale comprenne des alicornes n’est pas connue, cependant, plusieurs hypothèses peuvent se dégager.

La première est la sélection génétique. En fonction de la descendance de la famille royale, il est possible que seuls les individus nés alicornes puissent espérer un jour exercer la fonction de souverain d’Equestria. Les textes historiques font état d’une période, il y a plus de mille ans, où il n’existait pas de pouvoir héréditaire (ou bien, s’il en existait un, il était très différent de la forme que nous connaissons aujourd’hui). Il y a donc eu un moment ponctuel dans l’histoire d’Equestria où le pouvoir royal est apparu. Il a pu s’agir d’une mutation génétique, invisible pendant des centaines d’années, et qui est survenue avec la naissance de Celestia et de Luna.

La seconde hypothèse serait que Celestia et Luna aient obtenu les pouvoirs qui sont les leurs aujourd’hui d’une autre manière. S’élevant ainsi, passant du statut de simple poney à celui d’alicorne souveraine, par le biais d’une force supérieure comme un artefact magique ou une créature mythologique, comme il en existe en Equestria. Cette hypothèse supposerait qu’une maîtrise totale sur le nombre d’alicornes au sein de la lignée est possible à la condition que la royauté ait encore le contrôle sur ce qui leur a accordé ce pouvoir. Cette hypothèse, qui est tout à fait viable avec la continuité génétique des alicornes, laisse également possible l’idée que ces dernières puissent ne pas être toutes issues de la même lignée.

L’amalgame entre pouvoir temporel et pouvoir intemporel

La représentation symbolique du pouvoir est cependant problématique en Equestria et ne peut pas être comparée directement avec le statut des rois dans les monarchies européennes. Le pouvoir royal est normalement issu du divin, le roi faisant ainsi office de représentant de dieu sur terre. Il y a donc une différentiation nette entre les deux corps du roi. Le corps mortel et le corps immortel. Le roi un jour mourrait, mais le roi dans sa représentation intemporelle ne mourrait pas et s’inscrivait dans une continuité. [7]

Illustration ancienne de la princesse Celestia prouvant son impressionnante longévité

En Equestria, il y a un amalgame entre les deux corps de la royauté. La caractéristique divine de Celestia est tellement forte qu’elle s’apparente elle-même à dieu et non pas simplement à son représentant sur terre. La longévité naturelle des alicornes brouille d’autant les pistes faisant de la princesse une continuité historique puisque son règne s’étend sur des milliers d’années sans que Celestia ne prenne une ride. Les impacts culturels sont ainsi inévitables. L’exemple le plus frappant est l’implantation profonde de Celestia dans les expressions populaires. Ainsi, comme ultime preuve d’un engagement solennel, les habitants d’Equestria s’exclameront « As Celestia is my witness », là où dans notre monde nous dirions « As god is my witness ».

Une lente évolution vers la décentralisation

L’ère pre-celestienne : une forme d’organisation proche de l’ancien régime

Les récits historiques font état d’une période, il y a des milliers d’années, d’une organisation bien différente de celle qui a cours aujourd’hui à Equestria. Les races étaient regroupées en clans et ne se mélangeaient pas comme aujourd’hui. Il s’agissait d’une société féodale, avec trois groupes distincts, aux frontières distinctes et aux rôles distincts. Le royaume d’Equestria en tant qu’entité étatique unifiée n’existait pas encore et chaque tribu avait un chef. Les earth ponies, dans les plaines, avaient un chancelier, les pégases, dans les cieux avaient un commandeur, les licornes dans les montagnes, avaient un roi. Les earth ponies étaient déjà les seuls capables de produire de la nourriture, mais dépendaient des pégases, peuple guerrier, qui prélevaient une part de leur production en échange d’un temps propice à la culture. Les licornes, peuple pieux, en prenaient également une part en échange du cycle des journées, tout aussi indispensable au bon déroulement de leur travail. [8]

Le lecteur attentif aura reconnu ici un système très proche de l’ancien régime. Les pégases sont analogues à la noblesse, les licornes au clergé et les earth ponies au tiers état. Les prélèvements sur les récoltes des licornes sont ainsi assimilables à la dîme cléricale et le prélèvement des pégases à l’impôt que doit l’agriculteur au seigneur.

Les analogies ne s’arrêtent pas là. Lors de la grande vague de froid qui a touché la fin de cette période et provoqué de grandes dissensions entre les trois groupes, une grande réunion a mis autour de la table des négociations les chefs des trois peuples pour tenter de régler les dissensions. On peut tout à fait comparer cet événement aux états généraux convoqués par le roi de France sous l’ancien régime et où les trois ordres, noblesse, clergé et tiers état, étaient représentés.

The meeting of all meetings : analogie equestrienne de nos états généraux

Notons toutefois quelques différences entre cette ère et l’ancien régime. Cette organisation relève davantage d’une relation d’interdépendance fragile entre trois tribus fermement délimitées que de la coexistence de trois ordres au sein d’un même système comme nous avons pu connaitre sous l’ancien régime. Cette différence est certainement liée aux différences raciales entre les poneys, les forçant à coexister pour la survie en se servant de leurs caractéristiques particulières inhérentes à chaque race. De plus, les capacités bien délimitées de chacune des trois races ne permettent à aucun groupe d’avoir d’ascendant décisif sur les deux autres, ce qui n’était pas vraiment le cas dans l’ancien régime.

Un pouvoir centralisé de transition

À la suite de la réunification des trois tribus, on a donc pu observer la formation d’une société mixte ou cohabitent dans des proportions diverses les trois races de poney. Contrairement à la période précédemment citée, il n’y a plus de délimitation territoriale ni de délimitation des pouvoirs claire. Les ressources historiques autour de cette période de transition sont malheureusement lacunaires. Il semble cependant assez certain qu’à la suite des événements qui ont eu lieu dans la grotte où le « Fire of Friendship » a été invoqué (qui dispersa les Windigos, responsables de la vague de froid, marquant ainsi la création d’Equestria telle que nous la connaissons), les licornes réussirent certainement à prendre le dessus dans une forme domination sociale au moins sur les earth ponies.

Rien ne permet d’affirmer cela de manière certaine, mais une analyse démographique de Canterlot, lieu de pouvoir par excellence d’Equestria, laisse penser que les licornes ont formé par la suite, au moins pendant un millier d’années, certainement plus, les hautes classes de la société equestrienne. Ces classes s’apparentant à une forme de haute bourgeoisie citadine et rentière et qui ne semble se trouver qu’à Canterlot. Il ne s’agit donc que d’un microcosme culturel et social urbain, qui n’est cependant pas représentatif de la société equestrienne dans son ensemble.

Cependant, il semble intéressant de faire la corrélation entre l’apparition de Celestia à un moment donné de l’histoire d’Equestria et le rassemblement autour d’elle d’une élite composée des poneys influents. Il pourrait être intéressant d’analyser cela à l’aulne de la société de cour observée par Norbert Elias en prenant l’exemple de la cour de Louis XIV en France. [9] Le souverain a rassemblé autour de lui les nobles de France et a appuyé sa domination sur eux en les faisant entrer dans un système complexe de règles, de rôles et d’étiquette qui ne leur laissait aucune chance de pouvoir s’émanciper. Toute tentative individuelle était observée, jugée et souvent sanctionnée. Le noble qui avait osé prendre plus d’importance que ne lui permettait son rôle au sein de cette société de cour était exclu. Ce système emprisonnait ainsi les nobles dans un engrenage, d’où ils ne pouvaient s’extirper sans en payer un prix très fort en terme d’influence auprès des autres représentants de cette société de cour.

En observant la façon dont les licornes se réunissent autour du pouvoir établi à Canterlot, on peut se poser la question de l’existence d’une telle cour et même de faire l’analogie avec Versailles sous le règne de Louis XIV. On peut également observer quelques événements caractéristiques de célébrations autour de Celestia comme la Canterlot Garden Party (même si elle n’y est pas être présente elle-même) et le Grand Galloping Gala, où la princesse accueille chacun des participants à leur arrivée au château. Ces célébrations réservées à l’élite de Canterlot sont soumises à des codes très stricts : invitations, codes vestimentaires, code autour des divertissements proposés, code autour du comportement à adopter, etc.

La Garden Party à Canterlot fait partie des célébrations de la haute société equestrienne

Cependant, Celestia elle-même ne semble pas particulièrement adepte de ce genre de protocoles et n’hésite pas parfois à encourager la zizanie. [10] Que peut-on en déduire ? Il est possible que Celestia s’adonne à un tel jeu de rôle par une volonté purement politique. Son pouvoir n’étant pas à démontrer, la princesse essaye peut-être d’empêcher toute domination des licornes, ayant un potentiel coercitif plus fort sur les autres poneys, d’asseoir une forme de domination sur les autres villes d’Equestria.

Ainsi, la procédure de centralisation du pouvoir en Equestria n’est peut-être destinée qu’à standardiser les relations de domination entre les trois races de poneys et éviter que les reliquats des tensions de l’ère pré-celestienne ne ressurgissent. Le fait qu’une alicorne soit au centre de ce processus n’est pas non plus étonnant, car il est impossible de faire rentrer la princesse dans un des trois groupes, la dédouanant de fait des suspicions de défendre les intérêts d’une race de poney en particulier.

Vers une délégation au pouvoir local

Le fait que Celestia ait choisi de ne pas garder le contrôle des Elements of Harmony, dont les pouvoirs coercitifs sont particulièrement forts puisque capables de bannir n’importe quelle alicorne dans la lune pendant 1 000 ans ou de sceller un dieu sous forme de statue de pierre, démontre une volonté de décentralisation du pouvoir. Seuls la réunification des deux licornes Twilight Sparkle et Rarity, des deux pégases Rainbow Dash et Fluttershy et des deux earth ponies Applejack et Pinkie Pie peuvent permettre l’utilisation de cette arme d’une grande puissance.

Il s’agit là d’une forme de délégation à une commission mixte empêchant une utilisation discrétionnaire par la princesse du pouvoir des Elements. Si on prend le contre-exemple français, État à forte tradition centralisatrice, l’utilisation de l’arme nucléaire fait partie du domaine réservé du président. Ainsi, la délégation de l’utilisation des Elements of Harmony à ces six individus, chacun reconnus pour des qualités distinctes, serait comparable en France à une délégation de l’utilisation l’arme nucléaire à une commission réunissant les hautes personnalités concernées de l’État, comme le premier ministre, le ministre de la Défense, le président du sénat, le président de l’Assemblée nationale, le président du Conseil constitutionnel ou le vice-président du Conseil d’État par exemple.

Toutefois, les Elements of Harmony sont conservés sous un sceau que seule la princesse peut briser, au sein du château, à Canterlot. [11] Les six poneys désignés, quant à eux, résident tous dans la ville de Ponyville. L’utilisation de ces derniers ne peut donc être faite qu’à l’initiative de Celestia.

Enfin, notons que Ponyville possède un maire et un système de justice propre. Il n’est même pas exclu que Ponyville possède, malgré sa petite taille, un pouvoir législatif local propre. La notion de séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) existe donc bel et bien, même si elle n’est qu’embryonnaire. On peut également remarquer une forme d’indépendance budgétaire des pouvoirs locaux, même si cela met l’administration de Ponyville dans une certaine situation de précarité. [12]

De gauche à droite, le pouvoir judiciaire, exécutif et législatif à Ponyville.


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Nous voyons donc qu’Equestria a subi pendant des milliers d’années de lents processus de transformation quant à son modèle social et politique. Toujours organiquement organisée autour de la race et des capacités de chacun, Equestria a doucement installé une forme de pouvoir patrimonial et centralisé. La longévité des tenants du pouvoir peut toutefois laisser entrevoir une volonté de décentralisation et une démarche de délégation à un pouvoir local et notamment aux autorités des villes aux alentours de Canterlot, qui peuvent ainsi faire davantage preuve d’autogestion. Cependant, ce processus semble très lent et semble intimement lié à la personne de Celestia. La question de la pérennité de cette évolution politique et sociale peut se poser en cas de passation de pouvoir à la tête du royaume.

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1 – Une notion de solidarité ou de société telle que décrite par Durkheim dans Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 1978

2 – Max Weber, Economy and Society, Berkeley, University of California Press, 1921

3 – Voir l’épisode « Sonic Rainboom » (S01E16) où Twilight Sparkle enchante l’ensemble des earth ponies et des licornes du Main 6 pour qu’ils puissent visiter Cloudsdale.

4 – Voir l’épisode « It’s about time » (S02E20) où Twilight Sparkle revient dans le temps pendant quelques secondes pour se prévenir elle-même d’un danger imminent.

5 – Même si cette longévité n’a pas encore été observée sur Cadance, elle est fortement suspectée.

6 – La démographie d’Equestria montre un nombre bien supérieur de poneys femelles. Les postes clés d’Equestria sont également occupés principalement par des femelles.

7 – Ernst Kantorowicz, Les Deux corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1989

8 – Voir l’épisode « Hearth’s Warming Eve » (S02E11) où cette période est racontée sous la forme d’une pièce de théâtre.

9 – ELIAS, Norbert, La Société de cour, Paris, Champs Flammarion, 1985 (rééd.)

10 – Invitant son élève Twilight Sparkle et ses ciq amies dont les manières sont bien moins sophistiquées que les poneys issus des hautes sphères de Canterlot, Celestia espérait secrètement qu’elles dévergonderaient le gala.

11 – Voir l’épisode « The Return of Harmony – Part 1 » (S02E01) où Celestia explique que les éléments sont conservés derrière une porte qu’elle seule peut ouvrir, à l’aide de sa corne.

12 – Voir l’épisode « The Last Roundup » (S02E14) où Applejack part participer à des rodéos pour obtenir des prix afin de retaper la mairie de Ponyville qui est dans un piètre état.

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Les mathématiques c’est fantastique

(Par @AlexisYj)

Au départ je voulais vous écrire un truc sur la dernière saison de Survivor, mais vu que dans sa globalité elle a été aussi chiante qu’un Koh Lanta (bon OK y a eu du serious biglol move, genre viens on va au tribal council à la place de l’autre tribe, ça c’est de la stratégie de haut niveau, digne d’un Erik Reichenbach) je vais plutôt parler de maths.

Alors là vous vous dites peut-être que c’est pas vraiment le meilleur endroit pour parler sciences, encore que, mais attendez ! Vous savez sûrement que chez nos amis japonais, n’importe quel sujet peut se prêter au manga (sorte de Rule 34’ ; if it exists there is a manga of it). Des combats de toupies, un manga ; un club de musique, un manga ; de la GRS, un manga ; des boulangers, un manga ; un jeu de carte avec des poèmes, un manga.

Du coup, alors que chez nous certains ont la phobie des maths, rejettent la faute à l’inconscient et en font un super reportage pour le passer dans le journal de 20h de la première chaîne publique ; Hisaka Mika, elle, en a dessiné un manga (enfin c’est tiré d’un roman de Yuki Hiroshi, mais on en parlera plus tard parce que je l’ai pas lu).

Mathematical Girls (Sûgaku Girl en VO), c’est l’histoire d’un lycéen (qui n’est jamais nommé mais vu que c’est à la fois le héros et le narrateur on va pas lui en vouloir) qui rencontre une fille, Miruka, lui parlant en suites mathématiques. Alors comme c’est pas super pratique il trouve la solution et deviens plus ou moins amis avec elle. Vu qu’il aime bien les maths et qu’il est plutôt bon dans ce qu’il fait, il donne aussi des cours à une kohai, Tetra, qui elle est du genre bidon en math par contre, au début en tout cas.

Une photo de Math Girls sur ma liseuse histoire de faire un peu meta.

Le manga nous raconte donc les problèmes mathématiques que Miruka propose à notre héros ou bien les sessions de tutorat qu’il a avec Tetra. On passe de suites mathématiques aux définitions ou à de simple équations pour aller jusqu’à la trigonométrie. Le tout avec un niveau plutôt lycée que collège parce qu’on a pas de trucs genre CASOTOA (non ce n’est pas le début d’une réplique d’un ancien président, mais un super moyen mnémotechnique qu’on t’apprends au collège pour te souvenir que le Cosinus c’est le côté Adjacent sur l’hypoténuse, le Sinus le côté Opposé sur l’hypoténuse et la Tangente le côté Opposé sur le côté Adjacent) mais des identités avec des lettres grecques dedans.

Serious business, avec des lettres grecques and shit.

Pensez pas non plus que vous allez devenir une tête en math après avoir lu Math Girls, c’est pas le but de la chose, de toute façon la majorité sautera les passages trop matheux pour se concentrer sur la romance lycéenne.
La romance, parlons-en, Tetra en pince évidemment pour son senpai alors qu’on voit bien qu’il y a une certaine tension entre lui et l’impénétrable Miruka. Mais comme Miruka parle que de maths c’est pas gagné pour notre héros. Bienvenu dans un triangle amoureux dont je vous laisse découvrir la (non-)fin.

Jealousy chair kick!

Pour en finir avec le manga, on passe un agréable moment, les chapitres composant les deux tomes n’ayant pas réellement de suite logique on découvre, ou redécouvre, à chacun d’eux un problème mathématique sous un autre angle. Si vous voulez vous remémorer, ou au contraire oublier vos cours de math du lycée, je vous invite à vous procurer Math Girls-

OBJECTION

Alors ouais je vous entend déjà, mais détrompez-vous, si vous voulez lire Math Girls, le manga, en papier, dans une langue compréhensible (bon ça sera l’anglais hein, faut pas trop en demander), c’est (peut-être) possible avec Bento Books et Kickstarter !

XKCD en parle, ça doit être bien alors

Comme je suis sûr que certains connaissent pas encore Kickstarter, en gros c’est un site qui propose du financement collaboratif de projet (du crowdfunding comme ils disent). Chacun décide de donner $X pour le projet, il peut recevoir une contrepartie en échange de sa promesse (bah ouais, les gens font pas des dons comme ça) et si le total des dons dépasse le seuil, le projet se réalise !

Appliqué au sujet qui nous intéresse, si vous avez décidé de donner $35 (pour le pledge à 25 et les 10 supplémentaires de frais de port internationaux) et que le projet atteint les $9,000 au final (ce qui est pas trop mal parti au moment où j’écris ces lignes), vous serez l’heureux propriétaire du premier tome de ce manga ! (Ouais ça reviens cher pour un manga on est d’accord, mais quand on aime les maths on ne compte pas.)

Revenons maintenant aux racines. Comme indiqué précédemment, le manga est tiré d’une série de romans de Hiroshi Yuki. M. Yuki c’est un chic type, il écrit des livres sur le refactoring en Java, des introductions à la cryptographie ou aux wikis et même des quizz sur Perl. Il aime bien les maths aussi, si bien qu’en janvier 2004 il posta sur son site une petite histoire nous présentant Miruka qui montre au narrateur comment trouver les formules de l’angle double à partir de rotations vectorielles.
Bizarrement le succès est au rendez-vous, alors M. Yuki va continuer à sortir ces petites histoires avec nos deux personnages, y introduisant plus tard Tetra.

En 2007, toutes ces histoires sont combinées en un roman publié chez Softbank Creative. Et bim, best-seller ! Du coup on a le droit à des suites qui parlent du dernier théorème de Fermat (en 2008), des théorèmes d’incomplétude de Gödel (en 2009), des algorithme probabilistes (en 2011) et de la théorie de Galois (qui devrait être publié ce mois-ci, et ça commence à faire beaucoup de mathématiciens français dans des romans japonais) avec à chaque nouveau roman, de nouvelles math girls.

Une somme de cœurs en couverture, comme c'est choupinou.

Ça vous intéresse ? Alors bonne nouvelle (si vous lisez l’anglais, encore une fois), nos amis de Bento Books (toujours eux) proposent une version traduite du premier volume et travaillent probablement sur la suite (ou en tout cas s’y remetront quand ils auront fini avec le manga).

Pour résumer Mathematical girls est l’adaptation manga du premier volume de la série atypique de Hiroshi Yuki, les volumes 2 et 3 ayant eu, eux aussi, droit à une version manga en deux tomes mais par d’autres artistes. Si vous êtes encore au lycée, lisez-le ça peut vous être utile, sinon bah lisez-le aussi parce que c’est sympatoche et qu’au pire vous pouvez sauter les explications mathématiques si ça vous intéresse pas.

Awww <3

Allez hop, on va finir par une super blague de matheux ; alors c’est l’histoire de deux fonctions qui vont au resto : exponentielle et logarithme (faut dire que ça doit être fun de manger avec sa réciproque), arrive le moment de l’addition (ouais c’est pas maintenant qu’il faut rire même si parler d’addition dans un dîner entre fonctions mathématiques ça reste cocasse) et l’une des deux paye la totalité de la note. Mais qui est-ce ?
Bah c’est l’exponentielle pardi, parce que le logarithme népérien.

*Ba Dum Tss*

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FakerThanLight 0×01 (hommage à Mario Maso)

(Par Alvin et InkS)

Allez venez ! Milord,
Vous asseoir à ma table,
Il fait si froid dehors,
Ici, c’est confortable,

– Y’a quelqu’un ? OHÉÉÉÉÉ ! On a vu de la lumière, on est entrés…

Laissez-vous faire, Milord,
Et prenez bien vos aises,
Vos peines sur mon coeœur,
Et vos pieds sur une chaise,
Je vous connais, Milord,

– On peut s’assoir ici ? Ils sont branchés, les micros ?
– Alvin, tu vois quelqu’un au fond de la pièce ?

Allez venez ! Milord,
Vous avez l’air d’un môme,
Laissez-vous faire, Milord,
Venez dans mon royaume,

– Nan. Nan nan nan. Nada, y’a personne ici, il a juste laissé la porte ouverte.
– …oh, c’est marrant ça ! T’as vu, InkS ? Y’a son PC avec un émulateur d’ouvert !

Je soigne les remords,
Je chante la romance,
Je chante les milords,
Qui n’ont pas eu de chance.

– Bon bah, hein… c’est parti, on se lance !

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The game

(Par @Jedesuis)

Hey, vous vous rappelez de Kaiji ? Vous savez, ce type jouant sa vie sur des jeux « de hasard ». Et bien il n’est pas le seul à exploiter cette idée puisque, chez votre mangassier, vous pouvez aussi trouver Liar game. La comparaison était obligatoire mais le traitement du thème est assez différent sur ce dernier, se focalisant moins sur la pression de son protagoniste et la narration. Regardons ça de plus près, voulez-vous ? Pardon ? Ah oui, enchanté, Jedesuis pour vous servir.

Liar game nous raconte l’histoire de Nao Kanzaki, étudiante au caractère naïf et au père mourant (ce dont le manga se fout complètement). Cette fille reçoit un jour une lettre étrange, lui demandant d’extorquer 100 millions à un autre participant tout en évitant de se faire extorquer les 100 qui lui sont confiés. Elle se fait facilement avoir et décide donc d’appeler un ex-taulard à la rescousse pour éviter de s’endetter. Ainsi, ils se lancent dans la série d’épreuves où beaucoup de yens (environ beaucoup/120 d’euros) seront mis en jeu. Derrière ces jeux, les mystérieux membres masqués du LGT aux buts incertains mais certainement mauvais (Désigner un Liar king ? Arnaquer le plus de personnes possibles ? Tuer des bébés baleines ?) et aux moyens conséquents, comme toute compagnie maléfique qui se respecte. On retrouve ces hommes dans la présentation des différentes épreuves et en train de se popcorner devant les épreuves en question (tout est subtil chez ces gars, même leur mise en abyme).

La trame globale est donc placée et ne vous attendez pas à de grosses surprises de ce côté-là. Si le but est plus ou moins de lutter contre ce véritable ennemi qu’est le LGT, cela ne se fait pas de manière très brutale et consiste plutôt à continuer de gagner les épreuves pour pouvoir leur faire « Bisque bisque rage ». De manière plus générale, le scénario en-dehors des jeux n’est pas le point fort de Jeu de menteurs. Vous reconnaîtrez assez vite un schéma commun dans le déroulement des épreuves et quelques procédés narratifs un peu trop évidents. Par exemple, devinez ce qui se passe quand on s’intéresse soudainement à un adversaire plutôt qu’aux héros et qu’on voit ce dernier effectuer un stratagème « inévitable » ? Vous donner la réponse s’apparenterait à du spoil mais vous avez l’idée.

De même, si les personnages deviennent après quelques tomes plus sympathiques qu’on aurait cru, quand l’auteur veut les développer en leur rajoutant un peu de background, c’est assez maladroit et cliché. Ils auraient vraiment gagné à avoir leur passé sous-entendu plutôt que balancé par bloc mais cela n’arrive pas très souvent.

Et puis tiens, tant que j’ai le couteau en main, un autre défaut a du vous frapper si vous avez déjà ouvert un des premiers tomes ; c’est laid. Les personnages ne sont pas très beaux et on a des proportions parfois complètement surréalistes. Mais de ce côté, je peux vous rassurer tout de suite en vous disant que le dessin s’améliore progressivement au long du manga, et qu’il devient par la suite beaucoup plus agréable.                                                               Le même personnage à quelques tomes d’écart.

Cela mis de côté, nous pouvons maintenant regarder le cœur de l’œuvre ; les jeux. Première bonne nouvelle, le manga est très précis. On passe plusieurs chapitres pour l’explication de chaque jeu et on donne des exemples. De même, les stratégies employées sont très explicitées, schémas à l’appui, ce qui peut être très utile. C’est toujours rassurant de savoir qu’on ne risque pas de tomber sur un quelconque deus ex machina ou une résolution frustrante. Après, si j’étais légèrement mauvaise langue, je dirais qu’il donne parfois trop de précisions inutiles et si je l’étais franchement, j’en déduirai que c’est pour laisser des ouvertures à un auteur qui ne connaît pas la fin de ses arcs à leurs débuts. Mais je ne le suis pas et tout va donc pour le mieux.

Comme je le disais, être guidé est parfois nécessaire puisque les jeux sont de complexité et de longueur variables. Un jeu peut durer d’un demi tome à trois (pour le moment) et peut aussi bien être aussi simple qu’une roulette russe (à blanc) qu’aussi complexe que… et bien, c’est assez dur à résumer donc pensez à quelque chose de très complexe. Merci. Parfois, le but n’est pas de gagner mais repose plutôt sur une gestion très poussée de l’argent mis en jeu. Très poussée. Si vous ne faites pas confiance au manga pour les chiffres, vous pouvez préparer votre calculatrice puisque enchaîner les suppositions sur les mouvements adverses ou alliés peut être parfois très statistique. Le jeu peut s’organiser en équipe ou être individuel et les méthodes employées sont parfois à la limite des règles imposées. Oui, je pense beaucoup à un arc dans ce paragraphe mais ce que je veux vous dire est qu’il y a une vraie diversité dans les épreuves et que, évidemment mais parfois de manière très originale, les jeux ne sont jamais dus (uniquement) au hasard.

Dit comme ça, on dirait que Liar game est un immense problème de maths mais vu le titre, vous vous doutez bien que ce n’est pas le cas. S’il y a bien un élément commun à toutes les épreuves, c’est l’aspect psychologique. Nous parlons de jeux où former une alliance peut doubler ses chances de victoire et où la trahir peut les quadrupler. Le but de convaincre les autres pour des intentions plus ou moins sympathiques est donc bien là, quand le jeu ne se base pas quasi uniquement sur cet aspect. Je ne sais pas si les termes de psychologie évoqués sont exactes mais le fait est qu’il y en a et qu’ils sonnent assez vrai pour qu’on se pose la question. Bon, pour être parfaitement honnête, il faudrait dire que les participants sont de manière générale assez facile à duper, ce qui pourrait rendre le côté psychologique un peu automatique. Mais dans la plupart des cas, il faudra bel et bien gagner la confiance des autres pour former une équipe. Eh mais, attendez une minute. Equipe ? Confiance ? Des valeurs positives ?                                                                                     Promis, dernière image du premier tome.

Je vais ici commencer un compliment un peu tordu, suivez-moi bien. On a un peu l’impression, au début, que le manga nous dit de Nao : « Ah ah ! Regardez ! Elle est pleine d’espoir en l’humanité. Quelle conne ! » mais cela s’estompera de manière assez radicale par la suite. Ce que je veux dire, c’est que l’héroïne est foncièrement gentille et elle s’en sort. Son but est de sauver le maximum de personnes et elle le fait. Pour elle, le jeu est un gigantesque test de confiance et elle continue. Ce que ce spammage aléatoire d’écriture italique veut vous dire, c’est que le tout n’est pas pessimiste et tend même vers le contraire. Oui, oui, c’est une qualité pour moi. En ouvrant ce genre de lectures, on peut s’attendre à une vue assez sombre de la société, montrant tous les humains comme des ordures avides qui s’en sortent dans le jeu parce qu’ils sont des connards finis ou friqués (je m’efforce de ne pas citer Kaiji en exemple et j’ échoue) mais ici les perdants sont sauvés et les méchants repentis. Et avant qu’on me le cite dans les commentaires, oui à l’exception du gars au fond qui bute des souris et des autres contre-exemples qui apparaissent dans des tomes pas encore parus en France.

Que dire d’autre ? Je n’ai pas dit que le mangaka était Shinobu Kaitani parce que je suis un sale amateur et que je connais rien de son autre manga, One Outs. Je n’ai pas parlé du premier spin-off, Roots of A, qui n’en est pas complètement un puisqu’il ne consacre qu’un chapitre à notre héros, le reste étant différentes petites histoires assez sympa pour des scénarios d’un chapitre. Je n’ai pas non plus dit que l’édition française était assuré par Tonkam et en est actuellement à 11 tomes, mais nous en sommes au point où la parution ralentit fortement en prévision du rattrapage de celle japonaise. Ne prévoyez pas de relectures régulières du manga. Après, c’est vous qui voyez mais si vous aimez ce concept de jeux et les stratagèmes complexes mélangeant psychologie et statistiques, Liar game fait très bien le boulot tout en évitant de vous rappeler toutes les trente secondes que votre société est pourrie. Cela peut s’avérer une lecture très attachante, en parti grâce à la dose de suspense omniprésente qui va avec ce types d’histoire.

Oui.

Oh, et aussi, je remercie Traquenard-sensei pour le conseil. Si vous voulez des infos sur la série live issue, c’est lui qu’il faudra harceler.

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