Sur mon cadavre

« Woooo! Avant de remettre ce classique de Dean Martin pour la quinzième fois de la journée, je me devais de préciser une chose : on me demande souvent si il y a une madame New Vegas. Bien sûr que non. Ca n’a aucun sens. »

Je suis super embêté parce que ce post aurait été parfait en mode « jeu de rôle » mais j’ai déjà grillé cette carte pour Skyrim, début Février. Dommage, mais c’est pas grave, Yathzee s’est déjà prêté à cet exercice précis… sur le même jeu! Le double objectif pour moi va donc d’être original pour ne pas vous faire perdre trop de temps et de ne pas faire de redites pour être un minimum honnête. Je dois faire quoi du coup, une comédie musicale? Personne n’échappera au bon vieux pavé critique!

Oui, oui, Fallout : New Vegas est sorti il y a presque deux ans mais que voulez-vous, je ne réponds seulement maintenant à mon moi de début 2011, ce moi qui se promet de découvrir rapidement les sagas Fallout et Bioshock. C’est fait, et c’est seulement maintenant que je peux réellement conceptualiser le « jeu de rôle à l’américaine ». Évidemment, en si peu de lignes on pourrait penser que j’ai déjà réussi à étaler une énorme contradiction puisque j’ai déjà joué, évoqué et écrit sur Skyrim mais New Vegas va tellement plus loin dans cette approche « Dont vous êtes le héros »… et il partage avec Bioshock cette touche rétro tout en se situant dans le futur, et non, ce n’est pas paradoxal, il se trouve juste qu’en 2250 nous retournerons tous aux minitels, QU’EST-CE QUE J’Y PEUX.

Bref, c’est fait, j’ai joué à Fallout New Vegas et c’est, sans surprises, excellent. Je suis enfin un minimum familiarisé à cet univers post-apocalyptique, à ses radiations et son fameux « Vault Boy », petit blondinet rigolard faisant à lui tout seul l’identité graphique du jeu. Car, oui, un peu de contexte : même pour un soft récent, c’est un jeu assez moche, il faut l’avouer. Les textures nous rappellent les meilleures heures de Tomb Raider 3 – toutes apposées sur un filtre brun façon Prof. Layton, brr – et tiens, quel hasard! Il est aussi buggé qu’une aventure de Lara Croft. Au moins, cette dernière ne freezait pas… et le taux de freeze augmente au fil des heures de jeu! Sur les trois dernières heures, j’ai été contraint à redémarrer ma console toutes les vingt minutes ce qui est juste intoléraaaaable as fuck et me donne envie de me rouler par terre pour faire comme dans ma prime jeunesse. Après tout, c’est Bethesda, ce sont des habitués du genre, on accepte leurs bugs comme on accepte tous les gens de 60 ans qui prennent des cours à la fac en contrôle continu.

« Il n’y a jamais eu un homme comme mon Johnnyyyyyy…. » Radio New Vegas : cinq chansons et trois actus

Que dire du coup? Le gameplay – et beaucoup de choses – ressemblent coup pour coup à Skyrim… excepté le cadre et le scénario, un simili Nevada (capitale : Carlson City, pas Vegas) rempli de foutues fourmis géante, un univers où la monnaie refuge serait devenue la capsule. Non, pas de Pétibulle. Sortez de votre enfance, un peu. Combattre des saloperies mutantes au lance-flamme est un bon moyen d’y arriver. Bref, cette sorte de super-extension à Fallout 3 est-elle à Skyrim ce que Red Dead Redemption est à GTA? Oui, en quelques sorte, puisque les deux jeux se reposent sur des mécaniques qui n’attendent qu’une infinie variation de synopsis. Je suis certain qu’une console « Bethesda » pourrait tout à fait se vendre, avec des jeux tels que « Grèce antique » « Pirates » ou surtout « Space Opera » que je serais le premier à acheter parce que oui, je vis dans une dimension où Mass Effect manque de sex appeal.  … ce qui nous ramène à notre sujet, puisque c’est clairement ce qui a failli couter à ce jeu un drop prématuré : il m’a fallu quatre mois pour m’y mettre sérieusement… clair que rétrospectivement, le choix d’univers a été fait! Ce n’est pas comme si le scénario était naze ou quoi que ce soit : dans un postulat tout à fait indépendant aux autres Fallouts (donc dans un cadre relativement compréhensible ou, plus précisément, qui donne le choix d’être expliqué) on incarne un courrier amoché dans les fourrés, poil au nez. Ce petit boulot chez Fedex tourne très mal et on vous colle une balle entre les deux yeux… pas de soucis, vous vous réveillez à Goodsprings, petite bourgade du sud de New Vegas, où l’objectif va être de récupérer le fameux colis et de donner une bonne correction à ces sacripants qui plombes les cervelles au hasard. La particularité de l’aventure, c’est qu’elle sera constamment matinée par le fantasme de New Vegas, ville lumière qu’on aperçoit toujours à l’horizon, qui se rappelle constamment à notre souvenir. Au début du jeu, on est surtout lâché dans le désert, dans la plèbe et encore une fois, on est complètement laissé à nous-même. Plusieurs remarques :

La toute première mission du jeu établit un très solide pan de gameplay qu’on retrouve bien moins construit dans Skyrim : l’établissement d’un personnage. Ne prenez pas ça comme un critère physique, au contraire, Fallout s’y fait démolir – mais bien sur l’avalanche de chiffres qui fait de vous quelqu’un qui évolue d’une manière et pas d’une autre. Comprenez des chiffres de base, uniques et dans un ensemble limité, comme dans les Sims : Force, Intelligence, Perception, Charisme, Chance…  puis s’ensuit une série de questions servant à déterminer une autre série de chiffres – allant cette fois de 1 à 100 – ceux-là sont, à contrario, sujet à évolution. Discours, armes à feu, explosifs, Troc, une tripotée de chiffres qu’on peut agrémenter à chaque gain de niveau – expérience cette fois acquise par monstres tués et par quêtes remplies. Pour être honnête, je préfère ce système « inversé ». Ces chiffres font votre personnage via une double fonction : concrète, comme déterminer vos points de vie, de dégâts, de précision, etc. MAIS! Surtout! C’est dans les dialogues que la magie s’opère : parler à quelqu’un, c’est souvent s’engager dans un arbre de possibilités où avoir tel chiffre dans telle compétence est une brèche, un raccourci dans une quête ou un objectif simple. Par exemple, j’ai mis la priorité sur le « Discours » ce qui m’a très souvent permis de me faufiler et de persuader magiquement les gens à faire tout et n’importe quoi – comprenez moi bien, passé 75, vous avez un Geass illimité. Le boss final est même retourné chez sa mère fissa, grand moment. Accomplir une quête, c’est d’abord découvrir le terrain et faire des aller-retours, mais aussi se plier à une contrainte. Vous devez chercher un gros diamant de l’autre coté d’une porte en acier. Cette porte, vous allez la survoler, la dynamiter, la crocheter ou la draguer?

Cela s’applique à toutes les stats, même les armes à feu, explosifs, réparation… il y a toujours un contexte où ça peut être utile. Beaucoup de sciences? En avant pour ce mini-jeu de hacking qui propose une copie de MasterMind pour s’incruster dans des terminaux récalcitrants. Crochetage? Même punition qu’en Bordeciel, Etc. Ces « réussites » de dialogues évoquées précédemment ont toujours une justification, un contexte précis, et chaque « jet de dé » possède une réplique en cas de défaite, ce qui souligne un boulot d’écriture et de doublage phénoménal. En revanche, ne prenez pas ma phrase à l’envers, pour « réussir » un dialogue, il faut juste avoir le chiffre requis, il ne s’agit pas de tenter sa chance. Énorme emphase sur ce pan de gameplay et petit émerveillement sur la diversité des situations que cela peut apporter.

Héwi car dans Skyrim je m’étais coltiné un Argonien-Voleur-Légolas, autant accueillir ici des armes à feu est un intense soulagement… qui ne paye pas du tout au début. M’étant fait un perso de  petit malin faiblard, le début de mon aventure consistait surtout à me faire dévorer par des trucs faisant le dixième de ma taille et à recharger bis repetita une sauvegarde datant d’une demi-heure. Frustrant. Ce début de jeu, cette « learning curve » où le système de lock automatisé est quasi-indispensable est pénible et frustrant, il faut donc la surmonter… ce qui donnera à terme un personnage au gameplay bien défini : bourrin, beau-parleur, sournois, on nous donne l’occasion d’adopter toutes les palettes d’attitudes, pas toujours avec des conséquences. Tel évènement peut se faire d’une montagne de façon. Deux exemples : vous aidez des goules de Cheminades-likes à aller rejoindre la lune pour y rejoindre le grand tout. Après une chaîne de quêtes très laborieuse, vous vous apprêtez à appuyer sur le bouton de lancement… et à droit, il y a cette console que vous pouvez  trifouiller pour faire complètement rater le lancement. De la même manière, vous pouvez faire rencontrer deux amoureux éperdus… en omettant volontairement de dire que la nana va se prendre une ogive en chemin. Ce genre de chose. Tout à l’heure, je parlais des moyens, vous pouvez juste le faire avec le sourire ou avec un doigt d’honneur. Ca ne s’applique pas à l’extrême façon Alpha Protocol (supposément, hein) mais tout ça est lié à un système de faction un poil injuste qui fait qu’on se fait dépecer par la légion à chaque tournant de pampa. Gênant.

Après, ce gameplay est connu, obéit aux lois du FPS mais s’inscrit réellement dans cette démarche de jeu de rôle, là où Bioshock fait semblant. Ce gameplay, il faut le comprendre, l’adopter, l’apprivoiser… j’étais dans le même panier que mon personnage puisqu’il m’a fallu tout comprendre sur le tas – ce n’est qu’après avoir fini le jeu que je me suis rendu compte que toutes les informations nécessaires étaient dans le menu. Super… il y a aussi ce fameux mode hardcore qui demande de Boire, Manger, Dormir régulièrement, plus une tripotées d’autres contraintes réalistes. Tant qu’à être RP jusqu’au bout… mais cette sensation de non-pédagogie totale est un peu fatiguante. Allez quoi, il doit y avoir un compromis entre exposer un gameplay et lâcher le joueur face à son destin! Même si ça doit prendre la moitié du scénario!

Justement, la structure du jeu est assez rigolote. Le « fantasme New Vegas » agit bien et la montée vers le Nord est comme une montée de tension, un acheminement vers le combat final… le temps de découvrir des villes, y faire des trucs, rencontrer des gens – on se rends compte qu’on exploite uniquement la façade est du terrain, enfin on arrive en ville, en Banlieue et… poum! Fin du disque un, ce n’est pas fini. Ça, c’est assez malin. L’Arlésienne du jeu n’en est pas l’aboutissement, mais sa porte. Pas mal! Même si New Vegas se résume à deux places et trois casinos, on peut y faire un nombre assez ahurissants de trucs – dont fabriquer un robot-pute et LE TESTER – avant de définitivement s’engager dans une « faction » ou une allégeance qui donnera un point de vue à la bataille finale. Et là, c’est comme Sonic Heroes : il faudra le refaire trois fois, pénible. En plus, l’immense majorité des PNJ sont mortels et beaucoup de quêtes peuvent être bêtement perdues, ratées… ou tout simplement peu claires : les zones d’ombres sur les objectifs à faire ou les connivences entre plusieurs quêtes sont assez nombreuses et regrettables.

This ain’t a sceeeeene, it’s a god-damn raaaace!

Au delà de ça, New Vegas n’est qu’un checkpoint avant le retour au désert et ses milles trucs à découvrir. Petit florilège : un abri abandonné dont l’histoire fait froid dans le dos, une communauté ermite explosant à vue le moindre « barbare », une ville de mutants enclavée dans la montagne, un casino où on pratique le cannibalisme, autant d’histoires, de gens, de trucs à découvrir et qui permettent une forte interaction. Moins long que Skyrim : moitié moins de terrain (ce qui reste franchement très honorable) et une vingtaine d’heures en moins pour les complétionnistes. Ca n’empêche pas New Vegas d’être tout aussi vivant : une fois, un gonze est venu m’aborder au sujet des fameuses « capsules étoilées », ces pièces spéciales qui menaient tout droit à un trésor inconnu. J’aurais pu avoir le réflexe de le suivre, puis de le zigouiller pour lui piquer les siennes et m’éviter un très laborieux travail de recherche. Je n’y ai juste pas pensé, et ce n’était pas mon truc de m’attaquer aux civils… de toute manière, voler ouvertement le moindre chewing-gum provoque la haine de ton prochain et c’est pas facile de raisonner quelqu’un qui vous lancer un mini-nuke à la figure, même avec 100 de Discours. N’allez pas non plus croire que le Mojave est sujet à la redondance : les cadres sont relativement variés, tout comme les quêtes et certains trucs un peu dingues – le trait « Wild Mojave » est conseillé par la maison, mais chuuut – tout ça est fait avec brio, passion, intelligence, un véritable univers extrêmement immersif et rempli de surprises. Il a ses phases frustrantres, ces bugs pénibles et ces passages trop sombres et insupportables mais bon sang, je comprends enfin pourquoi on me l’a conseillé et pourquoi on ne m’en disait pas grand chose. Procurez vous-le, il ne coute plus rien, c’est une tuerie. Est-ce que je le préfère à Skyrim? Peut être pas mais on joue dans la cour des grands. Tu joues dans la cour des grands, maintnaaaaaant.

[DISCOURS 85] Maintenant Internet, sois sympa, va me chercher un Maxi Best Off Wrap au poulet, s’il te plaît. Comment ça, tu n’es pas d’accord? [MEDECINE 20] Mais va donc te faire empaler par le fondement!

… et oui, la double coïncidence est troublante.

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