Rabat-joie

Mon enfance/adolescence résumée en 5 minutes de musique!

Oui alors l’enfance tiens, parlons-en. Cette époque dont on avait hâte d’échapper, rétrospectivement, et qu’on regrette avec du recul. Ce bonheur de se lever à huit heures du matin un Dimanche pour jouer à Ocarina Of Time, par exemple – et je sais pertinemment que c’est un souvenir qui concerne le tiers brut des jeunes adultes d’aujourd’hui. Je pourrais me lancer dans un de ces grands discours vaguement plats façon Meredith Grey et dire qu’il faut la laisser s’en aller, qu’il y a plein de nouvelles choses du monde adultes qui la remplacent etc etc etc mais personne ne touchera à Mario Party, non mais. Petites bribes de mémoire à la sortie du neuvième volet, attendu après cinq ans de hiatus…

Il est de mon devoir d’éclairer les gens à qui cette saga ne dit rien, mais ça ne peut arriver qu’à des catégories de populations bien définies. Soit vous êtes là par hasard et je vous invite à aller sur un site bien plus culturel (Wikipédia ou Melonparty, au choix) soit vous êtes tombés sur ce site car j’ai bêtement oublié de le retirer de mon CV et je peux donc vous assurer que je suis un élément de qualité, avec un grand Q. Vous voyez, cet humour glacé et sophistiqué, c’est formidable! Mario Party est – surprise – une série de jeux vidéos qui s’inscrit dans l’immense nimbo-stratus de « jeux méta » du plombier qui, pour le coup, ne fait pas que sauver des princesses. Ses week-ends sont aussi composés de kart, de tennis, un panel impressionnant de sports, de dance… et le summum du jeu dérivé étrange revient à cette saga qui, très simplement, peut se résumer en un « jeu de société dans un jeu vidéo ». Il faut nuancer à l’extrême cette idée reçue : littéralement, ça, c’est Scene It. Mario Party, c’est jusqu’à quatre joueurs, on prends un plateau, on tire un dé, on chope des pièces selon les effets des cases sur lesquelles on atterrit… et on s’adonne à un mini-jeu à la fin de chaque tour. Les-dites pièces permettent d’acheter des étoiles, celui qui en a le plus après X tours gagne et se fait immédiatement mal voir par les trois perdants. Chacun pour soi, un contre trois, deux contre deux, tout le monde met une mise, prix fixe, les modalités sont multiples mais c’est peut être le jeu qui a codifié sa version « mini » : de petites pépites de trois minutes, version longue du « micro-jeu », instauré par Wario Ware. Bref, avec le jeu vidéo, les différentes dimensions de fun ont toutes déjà été trouvées, je pense… cette série est fantastique, mais elle est aussi d’une putasserie mémorable.

Mario Party est un divertissement qui fonctionne en deux temps. Pour peu qu’on soit un habitué de la saga, on défonce tout le monde. Demandez à n’importe lequel de mes amis, je l’aurais forcément saoulé/fait jouer à un tournoi local fait maison… mais les derniers jeux mettent l’accent sur une (grosse) part de hasard – tout le monde est sensé s’amuser, les tranches d’âges doivent être larges – ce qui peut amener à des situations où un grobill (un exemple au hasard : moi) pouvait se faire allégrement violer par ses congénères car le sort ne lui est pas favorable. L’important étant ensuite de faire semblant d’être beau joueur et de ne pas marmonner trop fort! Heureusement, les Mario Party sont des jeux relaxants : dans la plus pure tradition Nintendo + plombier rouge, les environnements de ce jeu sont gentils. Papillons souriants, arc en ciels, environnements doucereux, on se croirait dans le Toonland de Roger Rabbit, l’angoisse latente en moins. D’ailleurs, tout y est gentil. Les personnages, les musiques, tout. Quand vous vous prenez une bombe sur le groin, vous n’explosez pas, vous faites juste un petit bond avant de voir des étoiles défiler. Mario Party n’était peut être pas une saga très mature ou adulte, mais je suis certain qu’elle avait son public… Public qui lui même avait son panier d’amis à piocher pour faire du jeu à plusieurs – inutile de préciser que l’emphase n’est pas mise sur le jeu solo, toujours formidablement lent et sans intérêt… Cet imparfait d’il y a deux lignes vous est offert par un énorme fanboy qui marche à reculons vers la toute nouvelle mouture, on y arrive…

Ce jeu. Me fait écrire des phrases syntaxiquement barrées. Avec un peu de chance, je ne suis pas le seul à avoir une si grosse madeleine de Proust sur une saga de neuf opus. Chaque année, de 2000 à 2007, apportait son nouveau cru – attendu avec une excitation extrême, avec la curiosité de savoir quels allaient pouvoir être les nouveautés, les mini-jeux, les musiques et foultitudes de petits détails du genre. Je pourrais faire une ligne un pue hystérique en disant que, plus ou moins, je pourrais définir chacune de mes années de collège/lycée via un épisode, mais je m’abstiendrais. En revanche, c’est en jouant au tout premier qu’il m’a été donné l’occasion de voir la vierge dans un concept qui a alors fédéré pas mal de copies (dont le très bon Sonic Shuffle, très injustement ignoré de tous, qui avait l’avantage de faire de très intelligentes modifications de gameplay) alors amusons nous à revenir sur les différents opus de cette saga, en oubliant volontairement les moutures portables, sans intérêt.

Mario Party, 1999. Nous sommes sur Nintendo 64, quatre ports manettes, six personnages jouables, autant de plateaux. Une constante dans la série : un scénario bien débile, des étoiles à récupérer… tout les fondamentaux sont posés ici. Les graphismes n’étaient peut être pas très précis (voir la tronche de Yoshi ou de Bowser fait un peu peur en 2012) et les idées n’étaient pas toujours très bonnes – ce premier jeu avait l’audace de nous proposer de tournoyer le joystick le plus vite que possible pour nous faire gagner certains mini-jeux. Nous avons tous fait ça avec la paume et toutes les mains n’ont pas survécu! Les mini jeux étaient simplissimes, beaucoup s’inspirent déjà de jeux connus ou de mécanismes archi récurrents du jeu vidéo (course à contraintes, séquences plate forme, jeux de casino) mais on a ici un truc archi novateur et rodé, parfait pour animer les longues Schtroumpf Party et autres boums de notre enfance.

On pourrait se demander « mais à quoi ressembleraient les mini-jeux de Mario Party dans la vraie vie? » C’est simple, je crois que vous n’avez jamais vu un jeu télévisé japonais!

A la Toussaint en 2000, le 2 sort et c’est peut être la meilleure vitrine de la série, si ce n’est la meilleure. Cette fois, les plateaux sont thématisés : Pirate/Western/Espace/Horreur Land permettent aux joueurs d’enfiler des costumes bigarrés. Les mini jeux sont mieux pensés, plus variés, les objets et les étoiles attribuées sur des critères définis en fin de partie viennent mettre un peu de piment à l’ensemble. Certains jeux sont hilarants à se vider dessus (celui où un joueur seul contrôle une turbine nucléaire où les trois restants doivent survivre est formidable, mais pas aussi tendu que celui où on doit ne pas activer une bombe dans notre dos en appuyant sur le mauvais piston) et les musiques sont, surprise, assez excellentes pour un jeu où elles sont sensées faire office de bête fond. Ce jeu incarne au mieux l’esprit de la série : festif, coloré, fantastiquement mémorable et ayant, comme tout les autres, une bonne replay value ; Même dix ans plus tard! Il vient de ressortir sur le WiiWare. Vous pourrez revivre la naissance du skill indispensable à maîtriser dans la série : tapoter son bouton A comme s’il n’y avait pas de lendemain.

En 2001, la sortie du troisième engage définitivement le bouzin dans une logique sérielle : le support est alors en toute fin de vie. La N64 rends l’âme et la Gamecube – dix ans déjà, grand moment de flippe dans la salle – est déjà sur les étals. MP3 signe le chant du cygne de la belle console grise : cette fois, on nous sort la même sauce avec quelques petites featurettes (machins inutiles, des gadgets) planquées là et là sur certains plateaux : des actions contextuelles, un mode Duel qui, vous l’aurez compris, se joue à deux – sympa, bien pensé mais pas mémorable. Ce jeu est un poil plus « naïf » que les autres : ambiance livres d’enfants et graphismes particulièrement « triangulaires »… légère innovation : ces mini jeux de hasard qui pouvaient multiplier vos pièces par 32, comme vous ruiner – et vous asséner un coup de marteau sur le crâne, le tout sous les huées du public. Vous avez perdu, vos relations se moquent de vous, pas de soucis, vous aurez votre revanche… un épisode un peu plus discret, dans le creux de la vague, comprenant malgré tout quelques moments de bravoure.

Fin 2002, Mario Party 4 sort donc sur Gamecube! Le changement aurait pu mieux se passer : ce jeu, bien que très correct, se classe facilement dans les trois pires de la série. Il a un énooorme défaut : il est particulièrement lent. Comprenez moi : généralement, on se fait une partie de 20 tours, soit un peu plus d’une heure. Là, chaque mouvement, chaque affichage de texte, chaque manipulation est étirée à l’infini et ça peut endormir les joueurs… qui doivent se contenter d’environnements qui manquent un peu de fraîcheur. Ce quatrième opus n’est pas très beau, un poil terne… dommage, ce qui ne l’empêche pas d’avoir toutes les caractéristiques réjouissantes habituelles.

Tout va bien! Encore un an plus tard, Mario Party 5 est dans toutes les bonnes crèmeries. Rien de particulier à signaler, alors comment, me direz vous, se fait-il qu’il soit aimé à un tel stade de dérivations? Le fondamental est là : les mini jeux sont excellents. Comme d’habitude, il y a un truc exclusif ici : la construction de tanks, truc un peu trop inutilement élaboré, difficile de s’y impliquer sérieusement quand le seul moyen d’avoir les pièces restantes est de tomber sur des types rares de mini-jeux nécessitant des configurations dignes d’un Ticket gagnant à l’Euromillions. En 2004, le 6 sort et s’inscrit dans ce que j’aimerais appeler une « continuité de gagnance » – assurément le deuxième meilleur opus de la série, si ce n’est le meilleur. Sa featurette attitrée était plus exploitable que la moyenne : un micro, utilisable pour deux jeux et demi (là aussi, une grande tradition du jeu vidéo qui n’est pas imputable qu’à Nintendo) était alors le point de voute d’un mode utilisant – assez bien, il faut le dire – des commandes vocales. Le « mode micro » s’associait à une suite d’épreuves amusantes dont un jeu de mémoire assez hilarant, mais une batterie de mini-jeux « normaux » utilisaient aussi ce micro. Le reste du jeu est, quand à lui, tout à fait encourageant puisqu’il entretient un début de progressisme dans la série : chaque plateau à des règles qui lui sont propres, emphase sur ce cercle où chacun dispose de cinq étoiles et d’un temps défini pour piquer celles de ses adversaires… des amitiés se brisent dans ce genre de situations. Excellent jeu qui baigne dans un souci du détail très honorable, puisque là encore les musiques, idées et modes de jeux additionnels sont au top. Il faut voir ça comme un jeu qui, au fur et à mesure des chiffres, garde toujours l’intégralité des idées précédentes tout en incorporant des nouvelles à chaque fois! Chaque jeu avait cependant son identité, reconnaissable entre les autres.

La descente commence à partir de là! C’est quelques temps après le timing additionnel, fin Février 2006, que sort notre numéro 7. Lucky Seven? Que nenni, on sent un très gros relâchement de la part d’Hudson Soft qui nous fait là une bête ressussée sans âme. Le micro est encore là mais la sauce ne prends plus – ce n’est pas cette tentative très étrange de nous faire jouer des parties à huit où deux joueurs se partagent la manette, le gameplay des jeux correspondants étant réduits à un unique bouton – qui va hausser les sourcils des joeurs suffisamment haut pour rappeler l’âge d’or de la saga qui commence, par opposition, à se définir. Le jeu est un poil feignant, très étrangement traduit (un truc impensable pour une production Nintendo) et les mini-jeux en soit sont extrêmement peu originaux et pompés des galettes et cartouches précédentes. On tombe dans le domaine du correct. Peut-on encore aller plus bas?

Ouiiiii! Mario Party 8 est assez mauvais, doux euphémisme pour ne pas dire très décevant. Le passage sur Wii de la franchise mi 2007 met les fans dans un état de transe avancée : le gameplay à la wiimote donne, fatalement, lieu à des mini-jeux tout pourris et sans intérêt. En matière de grand apôtre de la fête Mario, j’ai dû y jouer deux ou trois fois et définitivement abandonner le bousin. Le truc avait même l’offense de nous mettre d’atroces rideaux sur les cotés de l’écran si on ne jouait pas en 4:3 – c’est à ce stade qu’on sentait ces quelques derniers rire d’enfants s’échapper par nos oreilles… la très franche baisse de série à du se voir en amont – dommage qu’ils ne s’en soient pas rendus compte avant la sortie du jeu, non mais – et il y a donc eu une pause de cinq ans, lapse de temps où nous avons quand même eu le très conventionnel Mii Party qui reprenait les bases de la série initiale sans pour autant insuffler une âme bien à lui. Nous sommes début 2012, Mario Party 9 vient de sortir et il divise les fans : le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il prends des risques. Les transformations du gameplay sont vastes ; Maintenant, tout le monde est sur la même case, seul le personnage qui fait avancer la « voiture » change… et débarras total du système de pièces et étoiles… la notion de « tours » n’existe plus… rien de bien réjouissant. Un jour, peut être…

Au revoir, Shoshanna! *Bang*

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5 Responses to Rabat-joie

  1. Gemini says:

    Rien que de repenser à Mario Party premier du nom, j’en ai mal à la paume de la main droite. Je me souviens qu’à l’époque, nous étions assez circonspect avant la sortie du jeu. Un jeu de plateau en jeu vidéo ? Des doutes balayés dès la première partie, car c’est un pur bonheur. Enfin, cela dépend avec qui on joue ! Un de mes potes étaient extrêmement mauvais perdant, et n’hésitait pas – par exemple – à nous envoyer ses chaussures à la figure dès que nous demandions à Big Boo de lui voler étoile et argent ; et il ne le faisait pas sur le ton de la plaisanterie.

    Néanmoins, j’ai eu plus en plus de mal avec ces jeux, tandis que le temps passait. Trop de hasard, moins de stratégie, trop de « tout public » alors que j’y ai toujours joué qu’avec d’autres adeptes, c’est devenu frustrant et moins intéressant. Je me suis arrêté à Mario Party 4, et je n’ose même pas imaginé le niveau des versions wii, console connue pour ses jeux multi-joueurs « familiaux-kikoo ».

    Bon, tu m’as donné envie de ressortir ma N64. Tant pis si je n’ai personne sous la main à affronter.

  2. Gemini says:

    Je ressors ma N64, je la branche, je l’allume, et… rien. Aucune réponse. Je vais aller pleurer dans un coin, là…

  3. Mario Party est exactement le genre de jeux où le moment de découverte de la saga va influencer le point de vue de chacun.
    Pour ma part j’ai découvert la série avec le quatrième épisode, et comme tu le dis ce Mario Party a le défaut d’être leeeeeeeeeeeeent, ce qui est dommage vu que les mini-jeux sont plutôt excellents et vifs ! Le cinquième et le sixième sont déjà plus dynamiques, surtout grâce à l’introduction du très bon système de capsules, avant de retomber dans une mollesse infinie avec le 7 puis le 8.
    Wii Party (et non pas Mii Party) a d’excellents mini-jeux, mais manque cruellement de plateaux, de challenge un peu plus méta quoi. Et puis un Mario Party sans l’univers Mario…
    Si le 9ème est si différent, c’est aussi parce qu’il n’est pas fait par Hudson Soft… en gros le consensus de la presse semble être « des plateaux moins intéressants mais de très bons mini-jeux ». J’espère que la Wii U sera capable de nous livrer un BON dixième épisode…

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