Gong

Je vais parler d’un film qui n’est pas encore sorti ni, à priori, projeté à la presse, il n’existe donc pas de screenshots potables. Je vais donc illustrer ce texte avec des trucs sans aucun rapport

Jeudi dernier, il y avait une avant première du film Hunger Games dans le cinéma Gaumont sur les champs Elysées. Malgré tout ce que je vais pouvoir dire ici, j’avais dévoré en trois jours le bouquin, l’été dernier, sur les quelques petits moments de vide Islandais. Je ne me doutais pas vraiment que le public du livre était aussi adolescent. Tout les petits réflexes du genre étaient là : fangirls en furie, heureux possesseurs de magazines bien nazes façon One, Petit Journal qui vient nicher de la réaction hystérique… je me sentais un peu con, vieux et aigri dans tout ça. Puis, quand les quelques acteurs invités commencent leurs interviews respectives, une journaliste pose la très étrange question suivante « Quel est le message du film? » je peux pas trop m’empêcher de penser très fort « Copier les recettes japonaises? » … parce que j’aurais mal vu l’un d’entre eux répondre « Ben, dans le doute, si tu participes à un jeu mortel, évite de manger toutes les baies que tu trouves. »

C’est terrible car juste impossible à ignorer. Hunger Games c’est Battle Royale. Si ces deux noms ne vous disent rien, Battle Royale est un roman, puis un manga, puis un film au pitch suivant : Dans une réalité alternative où le Japon à gagné la seconde guerre mondiale et s’assoit désormais sur un régime bien plus qu’autoritaire, ce même Japon envoie, chaque année, une classe de collégiens aller s’entre tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Je disais ici, il y a déjà presque trois ans, que c’était un manga super laid aux personnages affreux et que si la volonté de démontrer que la recherche de violence dans ce genre de scénario devait nécessairement inspirer le malaise – façon Haneke quoi, mais en manga – le principe était alors bigrement efficace. Mais non, c’est simplement un manga qui te met sous le nez un peu de sexe cauchemardesque sorti de nulle part et une description méga graphique des différentes morts de protagonistes. En gros, tu veux du morbide, tu en auras, dans ta face. Je n’ai pas vraiment enterré mon passager noir en ce qui concerne les scénarios perturbé et j’étais donc relativement intéressé en commençant la saga de livres Hunger Games mais impossible d’ignorer que c’est strictement la même chose. L’intrigue est la même, le postulat, les personnages, l’issue se ressemblent tous. Copier, c’est très mal – plusieurs journalistes, auteurs, cinéastes se font régulièrement taper sur les doigts sur le sujet et rendre une copie pompée de Wikipédia est un acte un poil suicidaire…

Pendant ce temps… la Reine d’Angleterre envoie les protestants jouer les gladiateurs, elle aussi. Quelle canaille!

MAIS!
Mais.
Hunger Games est bien meilleur. Je ne sais pas si c’est fondamentalement difficile et ça donne un résultat encore assez moyen mais il est indéniable qu’il y a pas mal d’améliorations dans cet incroyable repompage qui va donner des millions à Suzanne Collins, chose probablement déjà avérée. Parlons d’abord du livre.

Nous sommes cette fois dans une Amérique post-apocalyptique où une sorte de Yalta inconnue à décrétée, on ne sait quand, que les States seraient désormais divisés en districts autour de la « métropole », Panem. Douze districts sur treize, le dernier étant à l’origine de l’insurrection qui a valu l’éradication pure et simple de ce dernier. Tout le monde vit désormais dans une paix plus froide que décontractée et, pour le bon souvenir de cette terreur latente, l’autorité du pays oblige tout les districts, chaque année, de tirer au sort un jeune homme et une jeune fille pour aller se battre à mort dans une arène plus ou moins naturelle et déterminée à l’avance. Vous voyez le topo : 24 jeunes, il-n’en-restera-qu’un. Katniss Everdeen est donc une habitante du District 12 qui va se retrouver embarquée comme tribut et, vous vous en doutez, le premier tome est le récit de son combat dans l’arène. Je pourrais dire de « sa victoire » puis-qu’honnêtement, y’a-t-il véritablement le moindre doute sur la question?

Voilà le souci qui se pose dès l’achat du livre : c’est un foutu roman pour ados. Ce n’est pas la finalité du fait qui est un problème, mais le cahier des charges de ce genre – ça se voit. Terriblement. Basiquement, il n’y a pas la même violence détaillée de Battle Royale (mais ça, je ne vais pas m’en plaindre, même si on reste dans un topos où des jeunes s’entretuent, parfois dans la joie, la bonne humeur et le rictus sadique aux lèvres, tout va bien) mais on ne peut pas échapper à une romance. Une romance-cancer, comme on dit. Elle est là, elle progresse de temps en temps, elle donne ces moments archi mièvres, maladroits, patauds… et donne lieu à des twists qui n’en sont pas vraiment, d’où un petit malaise entre rire étouffé et sarcasme à pas mal de fins de chapitres. En revanche, cette histoire à l’avantage de subir un assez gros bouleversement dans son traitement, il y a une grosse subversion que l’intégralité des fans hystéros n’ont pas du comprendre et je doute remettre en question ma propre vision du sujet – il n’empêche qu’on est tout à fait au courant du public visé par le roman. Du coup, celui ci n’est pas d’une littérarité démentielle. Au moins, il n’est pas prétentieux, il n’a pas vocation à être étudié dans les lycées des générations futures mais il est évident qu’il n’est pas difficile à lire, sinon moins. Ce n’est pas grave, le fautif c’est moi – il ne faut pas lire un Tchoupi à vingt piges et se plaindre que ça manque de maturité – mais soyez prévenus de ça.

Pendant ce temps… Panty et Stocking sont tombées sur la vidéo porno du Violongay

C’est un peu l’évidence même mais j’ai été surpris donc voilà hé. En revanche, si il fallait trouver un joli point à ce premier tome (pas encore lu les deux autres mais ça ne saurait tarder, d’ici une ou deux décennies) ce serait la volonté très affichée de Collins à installer un univers bien précis et codifié – ouais, comme d’habitude… C’est aussi un passage obligatoire du cahier des charges jeunesse ; Peut être que vous vous souvenez de Peggy Sue et les fantômes, cool saga de Serge Brussolo, qui mettait une emphase mécanique dans l’explication des phénomènes de son monde bien à lui. C’est la même chose ici : nous avons souvent droit à « l’insight » des jeux de la faim, comment fonctionne le système de sélection des tributs, en quoi on peut forcer les chances, des phrases, gestes, gimmicks-clés (très important pour le genre ça) une mentalité urbaine, une autre rurale, quelques considérations sur l’ordre établi, une réelle dichotomie entre les personnage du bon coté de l’Etat et ceux qui doivent subir… puis cette description du Capitole reste un bon compromis entre pause narrative et passages captivants : tout ces gonzes archi-maniérés qui regardent ce spectacle comme si c’était un divertissement de luxe façon Césars est une mise en abyme toute sauf subtile mais elle est là, évidente. Après, on revient dans ce très gros souci de prévisibilité. Il n’y a pas un auteur qui reprendra cette forme de scénario en abandonnant le réflexe homodiégétique? Moins techniquement : pourquoi se focaliser sur une personne? Tant qu’à reprendre un synopsis vu et recyclé à longueur de temps, autant y installer un peu de suspense pour qu’on puisse se mettre dans la peau du spectateur et avoir un gagnant dont on ne devine pas l’identité dès le quatrième de couverture : si on passait d’un personnage à un autre, si on avait droit à un peu plus d’objectivité, on pourrait tout à fait avoir droit à un roman neuf. Pas la peine d’occulter le vilain Etat maboule qui impose ça à tous, ça donnerait un peu de valeur ajoutée au récit. Là, il n’y aura pas de révolte (pour le moment, faut croire) ni surprise ni quoi que ce soit, c’est dommage. La question n’est pas le pourquoi, mais le comment, et Hunger Games aurait très bien pu être les deux.

Passons maintenant au film. Il sortira mercredi prochain et il est tout à fait fidèle au roman, ce qui en fait… un film plutôt moyen. Il va très probablement se prendre une réception critique très mitigée qui va se formaliser sur l’aspect « romance pour ados » de l’ensemble… et c’est bien normal! Cependant, il faut avouer que cette adaptation est impeccable et ne trahit pas un instant l’esprit du livre, deux heures vingt qui n’occultent presque rien et ne rajoutent pas grand chose pour autant. Je vais quand même me permettre de chercher la petite bête : c’est en voyant concrètement tout ça qu’on se demande comment on peux aimer ce genre de scénarios. Pas de sang mais voir un gamin se faire briser la nuque ou voir une bande d’ados chasser l’héroïne comme si c’était une partie de plaisir à quelque chose de vachement perturbant. Bon. En revanche, si j’avais un véritable reproche à lui adresser, ce serait de ne pas aller jusqu’au bout de ses idées. Le tout premier plan est au dessus de la réalité de l’univers, il s’agit d’une discussions de producteurs sur le show. Ca fait un peu semblant d’agir en fil rouge sur le film, comme si, au final, il était à la troisième personne – mais ce n’est pas réellement le cas… Il manque beaucoup de matières dans cette vision « par dessus » et on peut croire que pas mal d’idées ont été oubliées en chemin. De la même manière – et ça, c’est encore plus grave – il manquera pas mal d’éléments de compréhension à ceux qui n’ont pas lu le premier livre (le film s’arrêtant à ce dernier, dans l’espoir de devenir une trilogie, j’imagine) – les personnages évoquent souvent des concepts qu’ils n’expliquent pas et qui laisseront dans le flou pas mal de gens.

La romance est évidemment toujours de la partie… mais là il n’est plus question de « subversion », ici, la chose est un poil plus prise au premier degré. Je parle en codifié mais vous devinerez probablement mon idée : une fille, deux mecs, la mécanique de pensée de l’hypoténuse est un peu plus floue dans le film… dont on ne connaît pas vraiment les aboutissants. Sa fin est extrêmement abrupte et elle a le désavantage de se dérouler après une conclusion extrêmement décevante et anti clima… climacti… toi même tu sais. La conclusion des jeux n’est vraiment pas terrible et on ne peut pas réellement parler de grand final qui vient un peu manquer… bon, il y a quand même le plaisir de l’adaptation, accumulation de pleins de petits détails. L’effet sonore du décompte des jeux est mémorable comme jamais, voire la corne d’abondance – cette fabuleuse trouvaille… et piège à cons – en vrai est assez jouissif, etc. Il y a un bon équilibre entre exposition des choses et action dans l’arène, exactement comme dans le livre, encore une fois. Les trucs propre au cinéma ne sont en revanche pas particulièrement réjouissants : je n’ai rien retenu de la bande-originale, les acteurs sont un peu plan-plan MAIS le travail du son est assez épatant.

Pendant ce temps… Denis (candidat un peu débilos de Péquin Express) nous rappelle qu’on ne peut pas être brillant et flamboyant à la fois

Une chose est certaine : l’ensemble est prenant. Peut être un peu long mais il n’y a pas de passage inutile, que de la matière et même l’éviction de pans de technologie absurde (pas d’hovercrafts pour faire léviter les corps, les chiens n’ont pas la même provenance, etc) et et et une scène archi ridicule du bouquin a ici un traitement largement mélioratif, tout va bien, hé! Pas de malaise comique, pas de cheesy, peut être quelques moments d’allusions un peu ridicules qui ne font rire qu’un salle de fanboys à l’enthousiasme communicatif. En gros, allez voir ce film si le genre émergent du « sport de survie » vous plaît, on a ici l’un des meilleurs exemples mais c’est pas comme si ça volait extrêmement haut pour le moment. Allez-y de ma part, ignorez les bouquins car vous avez probablement mieux à faire, passez un bon moment à voir des ados s’étriper et may the odds be ever in your favor. Bien à vous!

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