Daily Archives: 30 mars 2012

Tout va bien

Slurp slurp le bon tea, j’en bois à mon aise.

Bon les enfants, niveau bonnes séries nous sommes définitivement en fin de cycle. Je ne doute pas qu’il existe encore plein de bonnes productions mais elles ne sont plus mises en avant comme cela était le cas il y a déjà quelques années, pas besoin d’entrer dans la sphère cynique pour constater que les bonnes choses sont désormais réservées à des chaînes cryptiques, elles-même réservées aux abonnés d’un opérateur bien connu. Comprenez : impossible d’échapper au format Experts/Rediffusions d’autres trucs/fin des séries d’antan. En effet, le « papy boom » sériel est bel et bien en train de clamser! Ce que je veux dire, c’est que ce quatuor si emblématique sorti de CBS pour la saison 2004/05 (A savoir Grey’s A, Lost, Desperate Housewives et House) est aujourd’hui complètement décimé – plus qu’une série est encore sur pattes. Ça peut sembler réducteur mais c’est bien ceux là qui ont le plus contribué à amorcé ce fameux cycle qui a alors trouvé son pic du midi.

A part nicher les bonnes dernières productions HBO sur le câble, que peut-on faire? Peut être ouvrir un peu la focale et élargir tout ça jusqu’en perfide albion, tout prés de chez nous. Vous verrez peut être là où je veux en venir : les anglais sont aussi très bons en la matière! Je pourrais mettre un point d’orgue sur leur talent d’écriture quand il s’agit de science-fiction – et je ne parlerais pas de Doctor Who mais il existe ici un point commun très simple – mais j’aimerais aujourd’hui parler d’une série de la BBC qui vaut son temps de visionnage et qui, au contraire de la série sus-citée qui partage le même scénariste, n’est pas si connue que ça! Heureusement que cela vous donne une occasion de mater France 4 qui à pris la bonne initiative de programmer quelques épisodes de temps en temps… aujourd’hui, causons Sherlock.

Si vous pensez que je vais évoquer le joli minois de Downey Junior ou la calvitie de Jude Lue c’est que vous êtes vraiment super inattentifs, on parle ici d’une série télé subissant un format téléfilm : à l’heure actuelle, deux saisons de trois épisodes. Six épisodes. Ça n’a pas énormément d’avantages mais j’y reviendrais – c’est donc anglais, c’est extrêmement récent (2010/2011) et c’est assez surprenant. Dans le spectre qualitatif Concombresque, ça se situerait quelque part entre « encourageant » et « réjouissant ». Dans le spectre Top Chef, ce serait davantage entre « malin » et « du terroir ». A vous de choisir vos sources.

… et pour tout vous dire, je ne sais pas grand chose de la saga. N’ayant pas eu la curiosité d’ouvrir un des romans de Conan Doyle, pas eu la chance de tomber sur un des films, je suis complètement extérieur à ce canon. Quelle ne fut ma surprise que j’ai, dès les premiers plans du premier épisode, constaté que… Sherlock est une adaptation moderne – donc 2010 – de l’univers du détective! Exemple simple : ce cher Watson débarque toujours d’Afghanistan… mais bien évidemment, il s’agit cette fois du conflit de la dernière décennie! Une multitude de détails importants sont ainsi distillés dans cette narration : biographie des persos, évènements cruciaux des bouquins, psychologie des personnages, tout est radicalement pensé pour coller à une ambiance de notre temps même si, il faut bien l’avouer, Benedict Cumberbatch incarne un Sherlock fortement old-school. Évidemment, je n’attendais pas de lui une attitude steampunk avec masque à gaz et zeppelin à moteur mais il reste un personnage vraiment figé dans son époque et sa psychopathologie. Ce n’est pas comme si il ne savait pas se servir d’Internet ou quelque chose du genre mais le perso est fait pour être tellement mécanique, froid, robotique… n’oublions pas qu’avant d’être un grand génie, l’homme est surtout un beau sociopathe et ce caractère est rendu par une carte presque oubliée de nos jours : l’espèce d’ambivalence entre autisme et génie. Les plus cartésiens évoqueront Asperger : totalement incapable de saisir le second degré et de capter le mode de pensée d’autrui (quoique, c’est franchement discutable sur ce deuxième point) ce serait surtout une concentration surréaliste et un attachement démentiel aux détails qui pourraient nous faire penser à ça. Quoi qu’il en soit, on a ici une parfaite représentation d’un personnage qui pourrait nous péter entre les doigts à tout moment – et les fans de la saga savent d’avance ce qu’il en est – mais le choix de la série est, en amont, génial. Par exemple, je me demandais fortement si il allaient montré le coté cocaïnomane d’un personnage où le contexte ne rends plus la poudreuse si… légale! La réponse est non et, curieusement, ça me semble cohérent. Amusant de retrouver ce petit malaise du spectateur quand un policier explique à Watson que leur principale crainte et son hypothétique « ennui ». Hu.

Watson, parlons-en. Il incarne de son coté, est une espèce de beau gosse en pleine crise de la trentaine, un tombeur malgré lui, le parfait sidekick et ressort comique dans toute sa splendeur. Ca ne fait pas de lui quelqu’un de niais mais il rentre dans ce costard mille fois taillé du mec devant toujours subir les lubies, contraintes et situations maboules imposées par les pérégrinations de sa moitié. (Ce n’est pas gay) un pseudo couple entre un autiste et un mec un peu paumé, c’est déjà vu mais ça fait fantasmer les fujoshis qui aiment bien « quand Watson se fait embêter par Sherlock ». Je m’imaginais ce dernier chatouiller le premier, je n’ai jamais vu ça, j’étais très déçu, damn you!

Cependant, ce dernier a une libido un poil plus normale que son comparse d’infortune et il y aura quelques pistes de love story disséminées là et là. Comment ne pas résister à cette bouille sympathique? Je suis sûr que vous reconnaîtrez le héros de H2G2 ou Tim, personnage de la version britannique de The Office. En tout cas, les deux forment un duo – attention tarte à la crème ultime – … complémentaire. On ne sait pas trop comment, mais les deux se rencontrent plus ou moins par hasard, s’apprécient mutuellement, s’échangent des dialogues cryptiques et se touchent mutuellement sur leur puissance de déduction et leurs dons respectifs de télépathie. Pas gay, j’ai dit!

Bien bien bien, mais que peut-on sortir de spécial de cet ensemble? Peut être rien de bien surprenant mais tout est traité de manière efficace et, allez osons-le, franchement intelligente. Mécanique sérielle oblige, chaque épisode se concentre sur un mic mac d’adaptations des intrigues originales (trois scénaristes dont Moffat tournent pour écrire les épisodes) se déroulant autour d’un très très vague scénario de fond. Vous connaissez bien la différence entre les deux et, de toute manière, toutes les bases sont posées dès le premier épisode : le vieil appartement de Baker Street (dont la « véritable » occurrence à Londres ne montre pas grand intérêt, dommage ça) sa femme de ménage un peu gâteuse/maman poule, le nom de Moriarty est lâché pour la première fois, etc. Ce qui caractérise les épisodes de Sherlock sont donc la durée peu habituelle qu’affichent les épisodes : une heure trente. On peut en tirer pas mal de choses. Oui, malheureusement, ça fait un peu téléfilm. Ce n’est ni un film d’action à gros budget, ni un épisode de série conventionnel, juste un travail de fiction tourné à Londres avec des moyens corrects, sans artifices particuliers ou emballages du même acabit (le générique est à la fois cool et cheap ce qui procure une sensation étrange, disons qu’il est correct, voire sympa) … mais reste la grosse connotation du mot, téléfilm. Téléfilm quoi. Comme Joséphine Ange Gardien ou Camping Paradis. Hargh, analogie, sors de ma tête.

Là encore, les habitués de l’univers ne seront pas spécialement bousculés dans leurs doudous scénaristiques : les épisodes sont basés, la plupart du temps (mais parler de diversité est un concept compliqué avec si peu d’épisodes… et encore, je n’ai vu que la première saison) sur des intrigues de meurtres en série et, pour ajouter un peu de piment (d’espelette) à toutes ces tueries exsangues, il y a toujours une part de dinguerie ou de mystère dans l’esprit du serial killer. Un épisode se présente à peu de choses près comme un Columbo mais, pour le coup, nous ne savons pas réellement qui est le coupable et on peut rarement le deviner, ce n’est pas un épisode de Détective Conan. (Série où, de toute manière, avoir pile le bon raisonnement est déjà impossible) tout l’intérêt de la série débarque alors dans ces séquences ultra épiques où les sens de Sherlock s’éveillent, quand il rentre en mode « full déduction ». Petites astuces typographiques, plans serrés, champ contre champ, fantastique discours à vitesse flash : quand Holmes déduit un truc, il lui faut deux secondes pour déduire un discours de cinq minutes. Ces séquences sont aussi fascinantes qu’hypnotiques : bien plus présentes dans le premier épisode – syndrome du pilote qui se la pète un peu – on aimerais retrouver ces « indices », ces petits mots qui volettent à l’écran, plus souvent. C’est une astuce esthétique et stylistique indéniable, surtout quand il s’agit d’un truc qu’on devine en même temps. Même chose, ces « phases déductives » font preuve d’un véritable travail d’image, mais aussi de son, tout les sens sont mobilisés pour traduire cet espèce de génie de la synesthésie. Inutile de croire que ces séquences font partie intégrante de la moitié du truc comme si c’était les séquences de procès d’un Ace Attorney, elles sont plutôt rares, mais ces instants « dans la tête du génie » sont d’une fraîcheur et d’une qualité d’écriture épatante.

… et justement, la qualité d’écriture est l’argument ultime de cette série. Moffat n’est peut être pas un nom saint pour vous mais on sent effectivement un esprit qui arrive à rapidement nous captiver, à dérouler les scènes sans jamais ennuyer… mon impression était un peu paniquée à l’issue du premier épisode ; Basiquement, je ne pouvais pas croire que cela faisait déjà une heure trente! C’était passé comme si le temps passait deux fois plus vite, sensation rare. Ce n’est pas une constante mais c’est un bon signe : dans une série qui n’a pas vraiment tout pour elle – peu de diversité des lieux, couleurs toujours très cracra et peu agréables, pas de musique inoubliable – une maîtrise narrative, un tel sens du rythme se salue bien bas. Je ne crie pas au génie, loin de là mais on atteint un rang très honorable sur l’échelle Alan Ball. Bon compromis entre exposition, background du duo, mini scènes du quotidien… oui, peut être que Sherlock – la série – manque un peu d’humour mais il faut se souvenir qu’elle se base sur un duo qui, lui, sera éternellement daté. La relecture ne fait pas tout mais on se laisse quand même entraîner dans ces épisodes qui, heureusement, convoquent des cadres différents. Par exemple, on a pas à dépasser le deuxième pour voir des ninjas, hé ouais. C’est paradoxal mais ces longs épisodes empêchent de facto la routine de s’installer. Pas le temps de vraiment devenir une série, en vocabulaire anime, on parlerait davantage d’OAVs!

Puis impossible de ne pas parler de cet esprit British. C’est obvious as hell mais on a ici une pluie d’accents sophistiqués et de jurons retenus, c’est mignon tout plein… même les méchants sont complètement affables, trop sophistiqués pour se révéler menaçants. Non, vraiment, le haut de la fiction télé UK est probablement par là, où par les mêmes scénaristes (qui se sont également occupés de Jekyll, pour mémoire) – du coup, la prochaine fois que vous irez faire signer vos posters, n’oubliez pas que l’homme ronchon et fatigué que vous aurez devant vous est aussi l’auteur de ces bons épisodes et de cette bonne relecture. Oh dear.

Et à la fin, nos valeureux héros s’en vont vers la caméra, le sourire aux lêvres, plan fixe et crédits finaux. En fait, Sherlock c’est un peu comme une réalité alternative où Zodiaque était en fait une bonne saga de l’été.

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