Daily Archives: 27 mars 2012

Le complexe du scaphandrier

Oh la la, idée de génie. Au lieu de me plaindre d’un truc pour la quinzième fois d’affilée, je vais clairement approfondir le sujet et faire un post plus ou moins détaillé. Bien évidemment, je ne prétends pas à l’exhaustivité mais cela fait un certain temps que je recueille des données, sait-on jamais, je vais peut être réveiller des vocations ou motiver des lycéens. Ouais, j’adore me mettre en position christique, c’est comme ça, la modestie fait partie des mes talents innés.

OYEZ OYEZ, PARLONS JOURNALISME.

Ce métier ingrat.

Je suis encore très loin d’y être et ça sentais le métier foireux depuis le collège. C’est terrible, parce que la profession est tsundere. Il va falloir en caguer des meubles pointus pour accéder à un métier à priori assez mal payé, instable, fantastiquement peu ouvert. Le problème est inhérent à n’importe quelle passion plus ou moins interdite : je kiffe ça et je le sais depuis longtemps. Inutile d’en faire une deuxième sexualité mais si il y a bien deux choses qu’un journaliste vous dira, ce serait 1) « Tu sais, en fait je suis timide » et 2) « J’ai toujours voulu faire ça ». A ce stade, impossible d’y arriver par hasard.

Ci dessus une racaille journaliste travaillant pour Arbres-en-fleurs Mag

Permettez moi de poser quelques limites. Pour moi, il n’y a pas de journaliste sans carte de presse, ce fantastique sésame qui s’obtient selon des conditions bien précises : exercer la profession depuis un minimum de mois ET, basiquement, en vivre. Il faut donc prouver que plus de la moitié des revenus viennent de vos publications et… montrer un casier judiciaire récent mais ça ne devrais pas poser de problèmes. A partir de là, faut savoir ce qu’est un journaliste – confondre avec un présentateur ou un chroniqueur serait une erreur facile mais je ne vais pas vous prendre pour des débiles. Non, j’aimerais poser une limite sur une idée qui est en fait à la source de ce post :

Le journalisme et les jeux vidéo sont ils compatibles? Heeeeurgh. Question fort touchy. Disons que pour rejoindre la secte, il faut d’abord s’y imprégner et s’y croire un minimum, quitte à faire péter le mot sur votre première carte pro. En revanche, je suis franchement persuadé que ces deux notions sont incompatibles – vous savez pourquoi? Je crois qu’on parle davantage d’un métier de rédaction. Il est évident que le jeu – médium culturel comme un autre, nous sommes bien d’accords – offre les mêmes opportunités : interviewer des gens, établir des relations, rédiger des pavasses et même fonder des périodiques pour ceux qui auraient passé un pacte faustien. Honnêtement, si j’ai un jour l’opportunité d’avoir un emploi régulier sur un magazine atteignant le niveau d’Edge en France, je n’aurais aucun scrupule à accepter. Mais…

… il faut peut être tuer dans l’œuf des vocations un peu… adolescentes. Raisonnement un poil manichéen que voilà mais représentatif de ce que je constate : il y a la haute, les investis, travailleurs… et les autres qui pensent faire carrière en pondant quelques textes sur des sites spécialisés. Ce que je veux dire, c’est que tous ne distinguent pas hobby et boulot. Ce site est un hobby. Faire un test serait Press Start Button serait aussi un hobby. Nolife? On tourne davantage vers le boulot : plannings serrés, fatigue du gamer, dégout du jeu au final, ce serait dommage, non? Demandez à un pro : il vous dira que ça atomise la passion. Enfin, une dernière idée un peu péteuse mais néanmoins personnelle : c’est pas super ambitieux.

Ca n’empêche pas le concept de journalisme et celui de loisirs d’être compatibles : le métier peut englober un certain nombre d’acceptions, de spécialités ; Actualité, Politique, Sports, Loisirs… les grandes écoles vous demanderont une globalité de connaissances un poil effrayante mais cela prouve que du moment que vous vous vous intéressez à un domaine précis, vous êtes de facto capables de bosser en amont dessus, sous peine de faire preuve d’ouverture sur d’autres domaines. Le journalisme culturel reste un truc peu nécessairement très peu ouvert : il faut généralement s’inscrire dans un mix entre Hunger Games et Tout le Monde Veut Prendre Sa Place et détrôner à l’usure le méga spécialiste de votre papier qui bosse seul depuis vingt ans. Au pire, on peut toujours faire comme dans Le Couperet et mettre du polonium dans le café de votre cible. Hmm?

Bon, c’est là que les problèmes commencent. Profession fermée? Inutile de vous faire un topo sur la diversité des médias aujourd’hui, de vous faire un speech sur le dématérialisé et sur le coté « échelon façon Sims » du bazar. Faire des études. Etre diplômé. Faire un stage, faire un bon boulot, intégrer une équipe. Mourir heureux et avoir la certitude de faire un métier fondamentalement intéressant. Parcours tous sauf calibré!

ET VOILA LE PROBLEME : le cercle d’initiés se réduit peut à peut et la demande réclame du jeune « opérationnel ». Ca veut dire quoi? Etre formé par une grande école. Ces dernières évitent le coté un poil trop théorique des filières Infocom, par exemple, notamment en imposant un stage entre la première et la deuxième année. En gros, les diplômés arrivent généralement vers leurs 23-24 ans et repartent deux ans plus tard, diplômés et parfaitement formés à leurs branches, réseau en plus.

De l’importance du réseau : Dites vous qu’il y trois modes d’interactions sociales dans ce contexte.             1) Copiner.  2) Se faire un réseau. 3) Faire des gâteries à gauche à droite. Sont compatibles : 1 et 2, 1 et 3 dans les cas extrêmes, 1, 2 et 3 pour les plus libertins, mais certainement pas 2 et 3. Pourquoi vouloir faire un métier de communication si on ne s’inscrit pas de base dans une démarche où on va vers l’autre? On veut s’orienter dans un métier où, de base, on rencontre des gens pour en tirer quelque chose… il est donc important de savoir aller vers autrui et, parfois, se vendre un peu. Argh. Il y a deux poids deux mesures, mais on peut montrer ses compétences sans pour autant s’agenouiller.

LE PROBLEME, EPISODE DEUX : Il y a donc une fabuleuse dichotomie entre les écoles « reconnues par la profession/l’état » et « les autres ». Il faut lire « les autres » de manière nonchalante, presque vacharde, imaginez une bulle qui coule dans une BD avec ces deux mots dedans. Non pas qu’elles offrent de mauvaises formations mais les « vraies », en oppositions, sont des portes ouvertes quasi-automatiques… c’est statistique! Ces mêmes écoles sont également de parfaits lieux de rencontres avec des journalistes connus et reconnus! Pensez réseaux!

C’est là que les emmerdent commencent. Supposé que vous en intégriez une, il faut y mettre le prix : le coût d’une formation peut atteindre les cinq chiffres. Deuxièmement, il y en a neuf, elles sont toutes très centralisées… et nous ne sommes pas tous Parisiens par définition. Enfin, et c’est limite le plus facile, il faut être de niveau Bac +3. Ce n’est qu’une malheureuse donnée : on y trouve autant de possesseurs de Masters que de scientifiques en Hypokhâgne – bien plus qu’on ne pourrait le penser, parfois la majorité! Être « formaté » n’est pas une donnée nécessaire non plus, être atypique et sérieux n’est pas interdit! … et enfin, il y a fantastiquement peu d’élus, énormément d’appelés – tout en sachant que la marge de manœuvre est interdite aux plus de 25 ans. En gros, cette année, coup de filet sur ceux nés avant mi 1986. Vous êtes dans mon cas et êtes nés mi-90? Vous avez encore trois rounds pour tenter votre chance. Okay, voilà donc les neufs voies possibles pour intégrer une grande école de journalisme.

Moi en épreuve de culture générale

Le Centre de Formation des Jouralistes (CFJ), école parisienne, inscriptions jusqu’en Mai, concours un mois plus tard. Sérieux à en mourir, cette formation nécessite une batterie fantastique d’examens. Comme dans toutes les écoles, il faut passer le cap de l’admissibilité puis celui de l’admission. C’est parfois l’écrit, puis l’oral, ce n’est en l’occurrence pas le cas. Les écrits : Maîtrise de la Langue Française, Rédaction d’un Synopsis d’Article, Actualité, Culture Générale, Créativité, Sujet d’Actualité. 6 épreuves.

Vous y êtes arrivés? Putain, respect… mais il faut encore passer par l’épreuve reine, la « journée marathon » – réaliser un reportage sur un sujet tiré au sort le matin même. Vous revenez à l’école le soir et rédigez ce qui fera votre destin. Ajoutez bien évidemment à cela un oral de motivation et d’anglais, hé, ce serait bien trop simple.

L’institut pratique du journalisme fait preuve des mêmes modalités. C’est peut être de là que vient son nom, c’est super pratique, non? Passer les concours en parallèle avec le CFJ et… l’Ecole Superieure de Journalisme de Lille (exemple numéro 1 en dehors de la Capitale) permet non seulement d’avoir des tarifs dégressifs mais aussi d’avoir un centre d’examens proche de chez soi. Les épreuves font partie du même paquet collectif. EN GROS, HEIN.

Pour le CELSEA, institut public, c’est un tout petit peu trop tard… les épreuves viennent de se dérouler, elles comprenaient : une synthèse d’articles, une épreuve de créativité, le fameux couple Culture Générale et Connaissance de l’Actualité (dont le niveau est un micro poil moins élevé qu’au CFJ) et une épreuve d’Anglais qui ne réclame pas vraiment un niveau minimal.

Science Po Paris a également ouvert un master pro. C’est également trop tard puisque les procédures se terminent fin Janvier, le concours se limite à une « bête » synthèse de dossier en quatre heures. Cette année, il était question de démographie et de propriété intellectuelle… mais pour faire partie de la trentaine d’élus, il faut aussi se souvenir que le dossier, probablement le truc le plus laborieux à monter de tout les temps, est épique : demi douzaines de textes à fournir, recommandations professionnelles, recommandations académiques, notes intégrales, mémoires et expérience pro à fournir, niveau d’anglais attesté B2 obligatoire : voilà voilà. Deuxième étape : passer l’oral qui, malgré son jeune âge, est déjà connu pour être nazi. Cela ne va pas dire que vous allez être évalué par J. Mengele mais bien que la proportion du coup de filet est égale : les deux se préparent de manière équivalente.

L’IFP clôture ses téléchargements de dossiers demain. Il vous sera peut être difficile de réunir toute la paperasse nécessaire mais cette école, toujours parisienne, est un mix amusant entre la trinité et Science Po : il vous faudra attester d’un mois de stage – éventuellement entre l’inscription et la rentrée – en plus d’un autoportrait et des notes fournies. Épreuves façon tri-concours.

Je connais si peu de choses sur les trois dernières, situées respectivement à Bordeaux, Marseille et Grenoble que je vais laisser cette fabuleuse synthèse de L’Etudiant faire le sale boulot. Han!

Au delà de ça, la préparation de ces concours reste un marathon formidablement exigent : si le niveau d’Anglais est normalement plus ou moins acquis à se stade, que la créativité est (et doit) être votre truc et que l’esprit de synthèse vous habite comme l’esprit des feuilles mortes habite Pocahontas, les épreuves d’Actualité et de Culture sont VOTRE PIRE ENNEMI. Il faut travailler cela en amont comme vous faites votre réseau pro : exploiter n’importe quelle faille, penser tentaculaire, that’s what she said. La méthode Puf est la meilleure : lire un quotidien chaque jour, le consigner, exploiter n’importe quelle piste, n’importe quel creux de connaissance. C’est épuisant, totalement incompatible avec toute autre forme d’étude ou activité professionnelle, je m’y met après ma première branlée sur le sujet mais suck it up, c’est juste nécessaire. La pluralité des sujets abordés dans ces questionnaires (et ce ne sont PAS des QCM, non mais) sont à l’image du niveau de précision qu’on va vous demander. Bref, il faut chercher partout, tout le temps, comprendre tout ce qu’on ne maîtrise pas, connaître ses chiffres, ses noms, ses faits, ses enjeux. Se transformer en champion de jeu télé… à vingt piges et quelques.

Mais au final, l’instinct de l’étudiant reprendra toujours le dessus.

Par exemple, je suis en plein processus, tout en pondant ceci (7-8 heures par semaine) et terminant ma Licence 3 (25 heures) et en exerçant mes petits débuts là et là pour quitter au mieux la catégorie hobby (5 autres heures) … il faut donc ajouter la préparation quotidienne (10 heures) Il n’y a pas de piège, c’est épuisant. Un peu impossible. Cela nécessitera probablement plusieurs tentatives, les Masters Adaptés, les prépas, en attendant, existent pour parfaire ses connaissances en attendant le prochain Round. Bon, ces Masters sont sélectifs aussi.

Et n’oubliez pas qu’une fois que vous aurez vaincu tous ces obstacles, vous serez traités comme du caca pour un salaire de misère. Se sortir de la pige sera un obstacle. Je peux vous assurer qu’en étant à peine sur le tout début du processus et l’enfer est palpable, sa durée palpable… mais belle valorisation à la clé.  Le tribut à payer pour faire un métier cool et se faire insulter par Mélenchon est là. Gloire aux vaincus, que la Force soit avec vous.

Maintenant, une question dans la catégorie « ego ».

Le 500è post approche à grands pas. … on fait quoi?

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