Daily Archives: 3 mars 2012

Défonçages d’ambulances

J’en vois qui râlent là. Je serais vous, je ferais la même chose, je suis moi-même cinquième dan de râlerie, mais je garde ces grands moments pour les occasions adéquates – les gens qui ne te laissent pas sortir dans le métro, par exemple. Ça, ça mérite un hashtag #lesgens – ce qui ne le mérite pas, c’est l’acharnement des médias à parler de The Artist. D’une, si vous êtes gênés par l’omniprésence de Jean Dujardin à la télé, éteignez là ou changez de chaîne, tout simplement. Je peux comprendre que voir Canal, chaîne intimement liée à la production du film, passer littéralement en boucle l’image de la remise puisse hérisser des poils – Enfin, pardon, je peux comprendre que ça énerve, c’est tout à fait normal, ça rendrais dingue le plus zen des moines ascètes. En revanche, non seulement le symbole derrière tout ça reste très fort – premier film étranger à remporter l’Oscar du meilleur film et tutti quantti – The Artist reste un film fantastiquement inspirant. Son sujet, son traitement, il rappelle pas mal de choses que même nos parents n’ont probablement pas vécus et tout ça peut avoir vocation à en inspirer – des vocations. Bref, ami internaute, baisse un peu ton bouclier et laisse-moi te parler de ce film. Enfin… des deux films que j’ai vu ce Dimanche 26 Avril. Le second étant… La Vengeance, de Morsay. Bon. Difficile de faire un plus joli grand écart, entre un très joli film assez audacieux et le plus grand nanard de l’année qui se pose niveau crétinerie involontaire. Aujourd’hui, c’est le match le plus boiteux qui soit, le cinéma, terre de contrastes.

The Artist – Parce que porter la moustache n’est pas nécessairement surlaid

Pas facile d’être un artiste quand on a pas de bras

Il faut bien sûr situer un peu les choses : ce film plaît car c’est un fantastique outsider. Produit par Thomas Langmann (et oui, tout l’internet a déjà fait la vanne mais c’est aussi l’homme derrière le très nécrosé Astérix aux Jeux Olympiques), issu de ce qu’on pourrait supposer être une bête discussion de comptoir, The Artist est avant tout l’œuvre d’un micro-fantasme qui aurait dérivé en Oscar du Meilleur Film. Inutile de vous rappeler l’acheminement awardesque de Dujardin et du film dans sa globalité, vous en avez déjà soupé des litres, mais peut-on dire que ce film mérite les récompenses qui lui sont attribuées? Ben… prenons d’abord un point de vue purement Français. Pas un instant on ne sent le moindre poncif « national » dans cette bande. Pour le spectateur ne reconnaissant pas Dujardin ou James Cromwell, le truc pourrait bien être Corse, Tibétain ou Zoulou, que sais-je, il imite démentiellement bien un style bien ancien. Concrètement, il y avait La Guerre et Déclarée, Polisse, Pater etc dans une grande parenthèse et au dessus de cet ensemble, The Artist flottait gentiment, l’air de rien. Il n’y a pourtant pas de fortunes honteuses dépensées derrière de film – 65 Millions, ça reste relatif – mais ce truc est tellement différent de n’importe quelle production française où tout est parisien, lent, tourné autour de l’amour et ses contraintes, souvent avec des gens qui sont des acteurs masqués avant de réellement incarner des rôles, etc. Là, Dujardin fait du Dujardin, mais la miss Béjo fait une performance d’une sincérité touchante, elle en devient même gracieuse et assez désirable. C’est pas une sensation qui rentre dans le sens commun, alors je l’écris, paf!

Assez de faux chauvinisme contrarié pour le moment, trop de contradictions – The Artist est un film en noir et blanc, muet, projeté en 4:3 et il respecte les codes du film typique de la fin des années 20, les petits sauts de vitesse en moins. C’est une histoire qu’on a déjà vu pas mal de fois mais son traitement a le mérite d’être original… nous parlons donc de la vie de George Valentin, acteur populaire de films muets (hola mise en abyme, c’est folie) et de sa déchéance précipitée par l’émergence du genre parlant. Au delà de ça, il y a ce parallèle avec la montée en puissance de la petite Peppy Miller, femme dont la vocation de comédienne est surtout issue d’un coup du sort et d’une propension gênante à stalker son idole – le premier, donc – qui a la joie de vivre le phénomène inverse. Il n’y a évidemment pas grand chose à spoiler, alors voilà quelques petites impressions flash.

Merde, ce film est prenant. Son silence n’est pas une constante (et tant qu’à jouer avec ça, on aurait pu espérer une pirouette allant un peu plus loin dans le délire – un héros muet dans un environnement qui commence à parler) mais le travail musical est fabuleux. Il est évident qu’il se cantonne à un genre et à une époque mais voilà une belle preuve qu’on peut faire une OST tout à fait planante sans mobiliser le dernier groupe postrock écouté par le monteur. Il y a la une véritable démarche synesthète, un long morceau d’une heure quarante sensé correspondre à l’image, à accompagner le ressenti imposé par les acteurs. On va pas faire péter l’argument de l’art total mais ça reste un truc proche de la définition de base, tout ça pour dire que ça swingue et ça fait un bien fou. D’autre part, c’est une bulle temporelle tout à fait crédible, celle des films qui doivent se baser sur un ensemble de mimiques avant de verbaliser l’action. De là à dire que c’est un film « corporel », il n’y a qu’un pas un poil facile mais il y a évidemment un jeu d’acteurs absolument délicieux, appuyé par ce fichu chien que la France entière pleurera, un jour prochain, façon Paul le Poulpe ou Klout l’Ours. D’ailleurs, le gimmick est conservé jusqu’à l’utilisation de ces petites vignettes affichant une douzaine de répliques-clés. Répliques contribuant à pas mal de traits d’humours simples et efficaces, à l’ancienne, sans blagues.

Bref, il est extrêmement difficile de s’étaler des années pour parler de quelque chose d’excellent. Pas évident de s’enfoncer dans des considérations généralistes et bas-de-gamme pour un film qui ne l’est pas du tout, au sujet bien connu mais au traitement réellement nouveau. C’est plein de bonnes choses, ça colle un franc sourire et c’est foutrement bien sonorisé, allez-y donc si ce n’est pas déjà fait, ce n’est pas comme si la moitié des salles françaises surfaient sur le succès critique du film!

La Vengeance – Tranche de vie wesh

Pas envie d’illustrer tout ça avec un screenshot de ce truc, alors prenez donc à la place cette représentation exhaustive du Terter dans l’univers de Touhou. Wesh wesh gros ~

HAHAHA HO WOW
Encore une fois, je ne devrais pas écrire ce paragraphe, car parler de ce film, c’est donner envie de regarder un truc qui fournira de l’égo à quelqu’un que ça va probablement tuer, d’une manière ou d’une autre. La Vengeance est l’accouchement douloureux d’un film… intimiste produit par un rappeur complétement teubé dont la principale activité est de faire des vidéos Youtube où il veut poucave les chattes à nos grands mères (en français dans le texte), cible favorite des JvTard et du 15-18 éponyme (je prends un très gros raccourci, il faut le signaler) ce mec est typiquement une personnalité internet qu’il serait bien plus sage d’ignorer. Là, il est juste impossible de tourner le dos à un tel monument, profitons une dernière fois de ce fantastique machin pour nous moquer entre amis… et quel machin! Sa sortie est une véritable victoire pyrrhique, après moult censures d’hautes instances de l’Etat! Le même Morsay (dont l’orthographe est, elle aussi, vraiment très nécrosée) a visiblement rassemblé quelques deniers, mobilisé une équipe et a tourné un fantastique nanard, totalement premier degré. « … est un plat qui se mange froid, moi je le mange cru parce qu’avant j’en avais pas », c’est le slogan. Le résultat est au dessus de tout ce qui est concevable, et il est difficile à trouver sur le web. Je vous interdit formellement de claquer 20 Euros par curiosité, sinon je viens personellement vous frotter le crâne avec le dos des phalanges, c’est long et pénible, sisi?

Bon, ce machin, c’est quoi? Pas évident de résumer ce film d’une longueur inattendue (deux heures!) complètement submergé par les scènes inutiles. La Vengeance, c’est l’histoire du ter-ter, de Clignancourt, du dur labeur de nos jeunes de banlieue, de la rédemption et la vitrine d’un savoir-vivre patriote. Bon, ça, c’est dans l’esprit malade de ses concepteurs. Concrètement, c’est l’histoire un peu débile de Morsay et de Zéhef, fratrie sortant à peine de prison à la suite d’une sombre histoire de vol de saucisses – l’un va gagner honnêtement sa vie en vendant des T-Shirts Truand2LaGalère… Pause! Ce film est probablement une vaste opération de personal branding puisque le nom ci dessous représente son groupe, sa crew ou que-sais-je, on s’en tamponne le coquillard mais plus le film avance, plus le pourcentage de l’humanité à porter cette marque augmente et c’est hilarant. L’autre, donc, choisit une vie de gangster en piquant des bonbons chez Monoprix et en mangeant impunément des Pépitos sur le trottoir de Clicli. Pour un mec aussi mégalo, s’octroyer le rôle d’anti-héros a quelque chose de courageux… mais la réponse à cette équation énigmatique arrive bientôt puisque Morsay est en fait le sauveur contre les idées préconçues, l’intolérance et le racisme, ici représenté par le nazisme rampant qui infiltre la police locale. Hé ouais, c’est une fantastique plus-value, il y a des nazis dans La Vengeance, il passent leur temps à faire des saluts torse poil, à montrer leur raie des fesses ou à exhiber le dernier tatouage fraîchement appliqué au feutre dans le dos, bref. Il y a ce scénario complètement improbable, ces acteurs et ces dialogues à la mord moi le nœud qui feraient frémir d’horreur Bernard Pivot, mais il y a surtout cet ensemble de petits détails, ces machins qui ne trompent pas.

Techniquement, c’est juste lamentable. L’image a beau être, on va dire, potable avec ses rushes élégamment fait au portable, le son est à caguer par terre avec ses bruits ambiants qui couvrent les dialogues dada. Pour entendre le bruit du périph, on peut aussi sortir de chez soi, hein. Les faux raccords sont partout, on dirait presque qu’ils sont étudiés pour être remarqués… et puis ces sous titres écrits avec le chibre, très souvent en blanc sur fond blanc… je ne sais pas comment décrire l’hallucination générale que propose La Vengeance sinon en esquissant quelques scènes. D’abord, il y a la phrase finale et les crédits, remplis de détails croustillants et de machins absurdes. Il y a ce moment où les gens ont vraiment appelé le Samu pour tourner une scène. Il y a ce passage super extra-croustillant dans le TGI de Nanterre où officie le public le plus select et la juge la moins autoritaire de tout les temps. Il y a ce passage dans la forêt et tout ce qu’il implique, il y a ces personnages sortis de nulle part, il y a cette philosophie… simpliste, cette ambiance urbaine tout sauf réaliste, à part peut être pour trois timbrés qui disent fuck à Bush parce qu’il est toujours président du monde, ou quelque chose du genre. De cet univers alternatif, toutes les bourgeoises sont des grognasses sur-maquillées en puissance, les héros du Terter sont les sauveurs du monde, les autres sont d’infâmes aryens pourrissant l’ordre établi… et quels délices, ces restaurants où on te facture 700 Euros pour des oeufs mimosa (servis par un mec en costard, on fait pas dans la dentelle à Clicli), ces scènes d’amitié homo-érotico-virilo freudiennes en pyjama party où les personnages se plaignent des odeurs de pieds de leurs compères… et, évidemment, comment ne pas parler de cette courtoisie ambiante, de cette grammaire tout à fait avant guardiste où les « bandes de fils de putes » se conjuguent au « chattes à ta mère », tant dans la forme que dans le fond, où Morsay fait un speech interminable et émouvant où il explique à quel point il est fier d’être dans cette belle patrie, avant de directement préciser qu’il est content de profiter du système « qu’il encule ». Merdum, l’ensemble est actuellement disponible sur le tube. Franchement, allez-y. Le plaisir de la découverte doit être intact. Ce film, c’est un peu l’enfant bâtard de RRRrrrr et de The Room, quelque part entre génie du naze et intelligence du naze. J’aurais aimé vous faire partager plus de détails, ils sont trop nombreux pour être tous retenus, ce qui donne à ce film une replay value évidente, et oui. Hfr, Nanardland et Mad Movies se déchaînent, l’Internet s’est payé une bonne tranche de rire avant d’assister à la cérémonie des Oscars. Grand ascenseur qualitatif que ce Dimanche.

En gros, c’est de la merde et ce n’est absolument pas une surprise, mais ça dépasse encore le stade du « c’est tellement naze que ça en devient bien » – ce n’est même pas un cas d’école, c’est un Ovni. Je n’aime pas utiliser le mot « merde », tout sauf élégant, mais le bidule est tellement mal fichu que ça en devient un peu crade. Un truc sorti d’un cerveau hors de toute réalité. Il a l’avantage d’être très mémétique et de créer bon nombre d’expression et de vidéos rigolotes… Morsay, tu as gagné, j’ai prêté attention à ton film et je viens d’en parler. L’humanité a officiellement perdu. Enfin bon pff hein voilà j’ai le cerveau qui grille, demain je passe un concours pour entrer dans un Master ultra select et je fais un texte sur un film pareil, je sens mes facultés mentales me sortir par les oreilslfmlvkmsvb

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