Monthly Archives: mars 2012

Tout va bien

Slurp slurp le bon tea, j’en bois à mon aise.

Bon les enfants, niveau bonnes séries nous sommes définitivement en fin de cycle. Je ne doute pas qu’il existe encore plein de bonnes productions mais elles ne sont plus mises en avant comme cela était le cas il y a déjà quelques années, pas besoin d’entrer dans la sphère cynique pour constater que les bonnes choses sont désormais réservées à des chaînes cryptiques, elles-même réservées aux abonnés d’un opérateur bien connu. Comprenez : impossible d’échapper au format Experts/Rediffusions d’autres trucs/fin des séries d’antan. En effet, le « papy boom » sériel est bel et bien en train de clamser! Ce que je veux dire, c’est que ce quatuor si emblématique sorti de CBS pour la saison 2004/05 (A savoir Grey’s A, Lost, Desperate Housewives et House) est aujourd’hui complètement décimé – plus qu’une série est encore sur pattes. Ça peut sembler réducteur mais c’est bien ceux là qui ont le plus contribué à amorcé ce fameux cycle qui a alors trouvé son pic du midi.

A part nicher les bonnes dernières productions HBO sur le câble, que peut-on faire? Peut être ouvrir un peu la focale et élargir tout ça jusqu’en perfide albion, tout prés de chez nous. Vous verrez peut être là où je veux en venir : les anglais sont aussi très bons en la matière! Je pourrais mettre un point d’orgue sur leur talent d’écriture quand il s’agit de science-fiction – et je ne parlerais pas de Doctor Who mais il existe ici un point commun très simple – mais j’aimerais aujourd’hui parler d’une série de la BBC qui vaut son temps de visionnage et qui, au contraire de la série sus-citée qui partage le même scénariste, n’est pas si connue que ça! Heureusement que cela vous donne une occasion de mater France 4 qui à pris la bonne initiative de programmer quelques épisodes de temps en temps… aujourd’hui, causons Sherlock.

Si vous pensez que je vais évoquer le joli minois de Downey Junior ou la calvitie de Jude Lue c’est que vous êtes vraiment super inattentifs, on parle ici d’une série télé subissant un format téléfilm : à l’heure actuelle, deux saisons de trois épisodes. Six épisodes. Ça n’a pas énormément d’avantages mais j’y reviendrais – c’est donc anglais, c’est extrêmement récent (2010/2011) et c’est assez surprenant. Dans le spectre qualitatif Concombresque, ça se situerait quelque part entre « encourageant » et « réjouissant ». Dans le spectre Top Chef, ce serait davantage entre « malin » et « du terroir ». A vous de choisir vos sources.

… et pour tout vous dire, je ne sais pas grand chose de la saga. N’ayant pas eu la curiosité d’ouvrir un des romans de Conan Doyle, pas eu la chance de tomber sur un des films, je suis complètement extérieur à ce canon. Quelle ne fut ma surprise que j’ai, dès les premiers plans du premier épisode, constaté que… Sherlock est une adaptation moderne – donc 2010 – de l’univers du détective! Exemple simple : ce cher Watson débarque toujours d’Afghanistan… mais bien évidemment, il s’agit cette fois du conflit de la dernière décennie! Une multitude de détails importants sont ainsi distillés dans cette narration : biographie des persos, évènements cruciaux des bouquins, psychologie des personnages, tout est radicalement pensé pour coller à une ambiance de notre temps même si, il faut bien l’avouer, Benedict Cumberbatch incarne un Sherlock fortement old-school. Évidemment, je n’attendais pas de lui une attitude steampunk avec masque à gaz et zeppelin à moteur mais il reste un personnage vraiment figé dans son époque et sa psychopathologie. Ce n’est pas comme si il ne savait pas se servir d’Internet ou quelque chose du genre mais le perso est fait pour être tellement mécanique, froid, robotique… n’oublions pas qu’avant d’être un grand génie, l’homme est surtout un beau sociopathe et ce caractère est rendu par une carte presque oubliée de nos jours : l’espèce d’ambivalence entre autisme et génie. Les plus cartésiens évoqueront Asperger : totalement incapable de saisir le second degré et de capter le mode de pensée d’autrui (quoique, c’est franchement discutable sur ce deuxième point) ce serait surtout une concentration surréaliste et un attachement démentiel aux détails qui pourraient nous faire penser à ça. Quoi qu’il en soit, on a ici une parfaite représentation d’un personnage qui pourrait nous péter entre les doigts à tout moment – et les fans de la saga savent d’avance ce qu’il en est – mais le choix de la série est, en amont, génial. Par exemple, je me demandais fortement si il allaient montré le coté cocaïnomane d’un personnage où le contexte ne rends plus la poudreuse si… légale! La réponse est non et, curieusement, ça me semble cohérent. Amusant de retrouver ce petit malaise du spectateur quand un policier explique à Watson que leur principale crainte et son hypothétique « ennui ». Hu.

Watson, parlons-en. Il incarne de son coté, est une espèce de beau gosse en pleine crise de la trentaine, un tombeur malgré lui, le parfait sidekick et ressort comique dans toute sa splendeur. Ca ne fait pas de lui quelqu’un de niais mais il rentre dans ce costard mille fois taillé du mec devant toujours subir les lubies, contraintes et situations maboules imposées par les pérégrinations de sa moitié. (Ce n’est pas gay) un pseudo couple entre un autiste et un mec un peu paumé, c’est déjà vu mais ça fait fantasmer les fujoshis qui aiment bien « quand Watson se fait embêter par Sherlock ». Je m’imaginais ce dernier chatouiller le premier, je n’ai jamais vu ça, j’étais très déçu, damn you!

Cependant, ce dernier a une libido un poil plus normale que son comparse d’infortune et il y aura quelques pistes de love story disséminées là et là. Comment ne pas résister à cette bouille sympathique? Je suis sûr que vous reconnaîtrez le héros de H2G2 ou Tim, personnage de la version britannique de The Office. En tout cas, les deux forment un duo – attention tarte à la crème ultime – … complémentaire. On ne sait pas trop comment, mais les deux se rencontrent plus ou moins par hasard, s’apprécient mutuellement, s’échangent des dialogues cryptiques et se touchent mutuellement sur leur puissance de déduction et leurs dons respectifs de télépathie. Pas gay, j’ai dit!

Bien bien bien, mais que peut-on sortir de spécial de cet ensemble? Peut être rien de bien surprenant mais tout est traité de manière efficace et, allez osons-le, franchement intelligente. Mécanique sérielle oblige, chaque épisode se concentre sur un mic mac d’adaptations des intrigues originales (trois scénaristes dont Moffat tournent pour écrire les épisodes) se déroulant autour d’un très très vague scénario de fond. Vous connaissez bien la différence entre les deux et, de toute manière, toutes les bases sont posées dès le premier épisode : le vieil appartement de Baker Street (dont la « véritable » occurrence à Londres ne montre pas grand intérêt, dommage ça) sa femme de ménage un peu gâteuse/maman poule, le nom de Moriarty est lâché pour la première fois, etc. Ce qui caractérise les épisodes de Sherlock sont donc la durée peu habituelle qu’affichent les épisodes : une heure trente. On peut en tirer pas mal de choses. Oui, malheureusement, ça fait un peu téléfilm. Ce n’est ni un film d’action à gros budget, ni un épisode de série conventionnel, juste un travail de fiction tourné à Londres avec des moyens corrects, sans artifices particuliers ou emballages du même acabit (le générique est à la fois cool et cheap ce qui procure une sensation étrange, disons qu’il est correct, voire sympa) … mais reste la grosse connotation du mot, téléfilm. Téléfilm quoi. Comme Joséphine Ange Gardien ou Camping Paradis. Hargh, analogie, sors de ma tête.

Là encore, les habitués de l’univers ne seront pas spécialement bousculés dans leurs doudous scénaristiques : les épisodes sont basés, la plupart du temps (mais parler de diversité est un concept compliqué avec si peu d’épisodes… et encore, je n’ai vu que la première saison) sur des intrigues de meurtres en série et, pour ajouter un peu de piment (d’espelette) à toutes ces tueries exsangues, il y a toujours une part de dinguerie ou de mystère dans l’esprit du serial killer. Un épisode se présente à peu de choses près comme un Columbo mais, pour le coup, nous ne savons pas réellement qui est le coupable et on peut rarement le deviner, ce n’est pas un épisode de Détective Conan. (Série où, de toute manière, avoir pile le bon raisonnement est déjà impossible) tout l’intérêt de la série débarque alors dans ces séquences ultra épiques où les sens de Sherlock s’éveillent, quand il rentre en mode « full déduction ». Petites astuces typographiques, plans serrés, champ contre champ, fantastique discours à vitesse flash : quand Holmes déduit un truc, il lui faut deux secondes pour déduire un discours de cinq minutes. Ces séquences sont aussi fascinantes qu’hypnotiques : bien plus présentes dans le premier épisode – syndrome du pilote qui se la pète un peu – on aimerais retrouver ces « indices », ces petits mots qui volettent à l’écran, plus souvent. C’est une astuce esthétique et stylistique indéniable, surtout quand il s’agit d’un truc qu’on devine en même temps. Même chose, ces « phases déductives » font preuve d’un véritable travail d’image, mais aussi de son, tout les sens sont mobilisés pour traduire cet espèce de génie de la synesthésie. Inutile de croire que ces séquences font partie intégrante de la moitié du truc comme si c’était les séquences de procès d’un Ace Attorney, elles sont plutôt rares, mais ces instants « dans la tête du génie » sont d’une fraîcheur et d’une qualité d’écriture épatante.

… et justement, la qualité d’écriture est l’argument ultime de cette série. Moffat n’est peut être pas un nom saint pour vous mais on sent effectivement un esprit qui arrive à rapidement nous captiver, à dérouler les scènes sans jamais ennuyer… mon impression était un peu paniquée à l’issue du premier épisode ; Basiquement, je ne pouvais pas croire que cela faisait déjà une heure trente! C’était passé comme si le temps passait deux fois plus vite, sensation rare. Ce n’est pas une constante mais c’est un bon signe : dans une série qui n’a pas vraiment tout pour elle – peu de diversité des lieux, couleurs toujours très cracra et peu agréables, pas de musique inoubliable – une maîtrise narrative, un tel sens du rythme se salue bien bas. Je ne crie pas au génie, loin de là mais on atteint un rang très honorable sur l’échelle Alan Ball. Bon compromis entre exposition, background du duo, mini scènes du quotidien… oui, peut être que Sherlock – la série – manque un peu d’humour mais il faut se souvenir qu’elle se base sur un duo qui, lui, sera éternellement daté. La relecture ne fait pas tout mais on se laisse quand même entraîner dans ces épisodes qui, heureusement, convoquent des cadres différents. Par exemple, on a pas à dépasser le deuxième pour voir des ninjas, hé ouais. C’est paradoxal mais ces longs épisodes empêchent de facto la routine de s’installer. Pas le temps de vraiment devenir une série, en vocabulaire anime, on parlerait davantage d’OAVs!

Puis impossible de ne pas parler de cet esprit British. C’est obvious as hell mais on a ici une pluie d’accents sophistiqués et de jurons retenus, c’est mignon tout plein… même les méchants sont complètement affables, trop sophistiqués pour se révéler menaçants. Non, vraiment, le haut de la fiction télé UK est probablement par là, où par les mêmes scénaristes (qui se sont également occupés de Jekyll, pour mémoire) – du coup, la prochaine fois que vous irez faire signer vos posters, n’oubliez pas que l’homme ronchon et fatigué que vous aurez devant vous est aussi l’auteur de ces bons épisodes et de cette bonne relecture. Oh dear.

Et à la fin, nos valeureux héros s’en vont vers la caméra, le sourire aux lêvres, plan fixe et crédits finaux. En fait, Sherlock c’est un peu comme une réalité alternative où Zodiaque était en fait une bonne saga de l’été.

Posted in Télédérision | Tagged , | 3 Comments

Le complexe du scaphandrier

Oh la la, idée de génie. Au lieu de me plaindre d’un truc pour la quinzième fois d’affilée, je vais clairement approfondir le sujet et faire un post plus ou moins détaillé. Bien évidemment, je ne prétends pas à l’exhaustivité mais cela fait un certain temps que je recueille des données, sait-on jamais, je vais peut être réveiller des vocations ou motiver des lycéens. Ouais, j’adore me mettre en position christique, c’est comme ça, la modestie fait partie des mes talents innés.

OYEZ OYEZ, PARLONS JOURNALISME.

Ce métier ingrat.

Je suis encore très loin d’y être et ça sentais le métier foireux depuis le collège. C’est terrible, parce que la profession est tsundere. Il va falloir en caguer des meubles pointus pour accéder à un métier à priori assez mal payé, instable, fantastiquement peu ouvert. Le problème est inhérent à n’importe quelle passion plus ou moins interdite : je kiffe ça et je le sais depuis longtemps. Inutile d’en faire une deuxième sexualité mais si il y a bien deux choses qu’un journaliste vous dira, ce serait 1) « Tu sais, en fait je suis timide » et 2) « J’ai toujours voulu faire ça ». A ce stade, impossible d’y arriver par hasard.

Ci dessus une racaille journaliste travaillant pour Arbres-en-fleurs Mag

Permettez moi de poser quelques limites. Pour moi, il n’y a pas de journaliste sans carte de presse, ce fantastique sésame qui s’obtient selon des conditions bien précises : exercer la profession depuis un minimum de mois ET, basiquement, en vivre. Il faut donc prouver que plus de la moitié des revenus viennent de vos publications et… montrer un casier judiciaire récent mais ça ne devrais pas poser de problèmes. A partir de là, faut savoir ce qu’est un journaliste – confondre avec un présentateur ou un chroniqueur serait une erreur facile mais je ne vais pas vous prendre pour des débiles. Non, j’aimerais poser une limite sur une idée qui est en fait à la source de ce post :

Le journalisme et les jeux vidéo sont ils compatibles? Heeeeurgh. Question fort touchy. Disons que pour rejoindre la secte, il faut d’abord s’y imprégner et s’y croire un minimum, quitte à faire péter le mot sur votre première carte pro. En revanche, je suis franchement persuadé que ces deux notions sont incompatibles – vous savez pourquoi? Je crois qu’on parle davantage d’un métier de rédaction. Il est évident que le jeu – médium culturel comme un autre, nous sommes bien d’accords – offre les mêmes opportunités : interviewer des gens, établir des relations, rédiger des pavasses et même fonder des périodiques pour ceux qui auraient passé un pacte faustien. Honnêtement, si j’ai un jour l’opportunité d’avoir un emploi régulier sur un magazine atteignant le niveau d’Edge en France, je n’aurais aucun scrupule à accepter. Mais…

… il faut peut être tuer dans l’œuf des vocations un peu… adolescentes. Raisonnement un poil manichéen que voilà mais représentatif de ce que je constate : il y a la haute, les investis, travailleurs… et les autres qui pensent faire carrière en pondant quelques textes sur des sites spécialisés. Ce que je veux dire, c’est que tous ne distinguent pas hobby et boulot. Ce site est un hobby. Faire un test serait Press Start Button serait aussi un hobby. Nolife? On tourne davantage vers le boulot : plannings serrés, fatigue du gamer, dégout du jeu au final, ce serait dommage, non? Demandez à un pro : il vous dira que ça atomise la passion. Enfin, une dernière idée un peu péteuse mais néanmoins personnelle : c’est pas super ambitieux.

Ca n’empêche pas le concept de journalisme et celui de loisirs d’être compatibles : le métier peut englober un certain nombre d’acceptions, de spécialités ; Actualité, Politique, Sports, Loisirs… les grandes écoles vous demanderont une globalité de connaissances un poil effrayante mais cela prouve que du moment que vous vous vous intéressez à un domaine précis, vous êtes de facto capables de bosser en amont dessus, sous peine de faire preuve d’ouverture sur d’autres domaines. Le journalisme culturel reste un truc peu nécessairement très peu ouvert : il faut généralement s’inscrire dans un mix entre Hunger Games et Tout le Monde Veut Prendre Sa Place et détrôner à l’usure le méga spécialiste de votre papier qui bosse seul depuis vingt ans. Au pire, on peut toujours faire comme dans Le Couperet et mettre du polonium dans le café de votre cible. Hmm?

Bon, c’est là que les problèmes commencent. Profession fermée? Inutile de vous faire un topo sur la diversité des médias aujourd’hui, de vous faire un speech sur le dématérialisé et sur le coté « échelon façon Sims » du bazar. Faire des études. Etre diplômé. Faire un stage, faire un bon boulot, intégrer une équipe. Mourir heureux et avoir la certitude de faire un métier fondamentalement intéressant. Parcours tous sauf calibré!

ET VOILA LE PROBLEME : le cercle d’initiés se réduit peut à peut et la demande réclame du jeune « opérationnel ». Ca veut dire quoi? Etre formé par une grande école. Ces dernières évitent le coté un poil trop théorique des filières Infocom, par exemple, notamment en imposant un stage entre la première et la deuxième année. En gros, les diplômés arrivent généralement vers leurs 23-24 ans et repartent deux ans plus tard, diplômés et parfaitement formés à leurs branches, réseau en plus.

De l’importance du réseau : Dites vous qu’il y trois modes d’interactions sociales dans ce contexte.             1) Copiner.  2) Se faire un réseau. 3) Faire des gâteries à gauche à droite. Sont compatibles : 1 et 2, 1 et 3 dans les cas extrêmes, 1, 2 et 3 pour les plus libertins, mais certainement pas 2 et 3. Pourquoi vouloir faire un métier de communication si on ne s’inscrit pas de base dans une démarche où on va vers l’autre? On veut s’orienter dans un métier où, de base, on rencontre des gens pour en tirer quelque chose… il est donc important de savoir aller vers autrui et, parfois, se vendre un peu. Argh. Il y a deux poids deux mesures, mais on peut montrer ses compétences sans pour autant s’agenouiller.

LE PROBLEME, EPISODE DEUX : Il y a donc une fabuleuse dichotomie entre les écoles « reconnues par la profession/l’état » et « les autres ». Il faut lire « les autres » de manière nonchalante, presque vacharde, imaginez une bulle qui coule dans une BD avec ces deux mots dedans. Non pas qu’elles offrent de mauvaises formations mais les « vraies », en oppositions, sont des portes ouvertes quasi-automatiques… c’est statistique! Ces mêmes écoles sont également de parfaits lieux de rencontres avec des journalistes connus et reconnus! Pensez réseaux!

C’est là que les emmerdent commencent. Supposé que vous en intégriez une, il faut y mettre le prix : le coût d’une formation peut atteindre les cinq chiffres. Deuxièmement, il y en a neuf, elles sont toutes très centralisées… et nous ne sommes pas tous Parisiens par définition. Enfin, et c’est limite le plus facile, il faut être de niveau Bac +3. Ce n’est qu’une malheureuse donnée : on y trouve autant de possesseurs de Masters que de scientifiques en Hypokhâgne – bien plus qu’on ne pourrait le penser, parfois la majorité! Être « formaté » n’est pas une donnée nécessaire non plus, être atypique et sérieux n’est pas interdit! … et enfin, il y a fantastiquement peu d’élus, énormément d’appelés – tout en sachant que la marge de manœuvre est interdite aux plus de 25 ans. En gros, cette année, coup de filet sur ceux nés avant mi 1986. Vous êtes dans mon cas et êtes nés mi-90? Vous avez encore trois rounds pour tenter votre chance. Okay, voilà donc les neufs voies possibles pour intégrer une grande école de journalisme.

Moi en épreuve de culture générale

Le Centre de Formation des Jouralistes (CFJ), école parisienne, inscriptions jusqu’en Mai, concours un mois plus tard. Sérieux à en mourir, cette formation nécessite une batterie fantastique d’examens. Comme dans toutes les écoles, il faut passer le cap de l’admissibilité puis celui de l’admission. C’est parfois l’écrit, puis l’oral, ce n’est en l’occurrence pas le cas. Les écrits : Maîtrise de la Langue Française, Rédaction d’un Synopsis d’Article, Actualité, Culture Générale, Créativité, Sujet d’Actualité. 6 épreuves.

Vous y êtes arrivés? Putain, respect… mais il faut encore passer par l’épreuve reine, la « journée marathon » – réaliser un reportage sur un sujet tiré au sort le matin même. Vous revenez à l’école le soir et rédigez ce qui fera votre destin. Ajoutez bien évidemment à cela un oral de motivation et d’anglais, hé, ce serait bien trop simple.

L’institut pratique du journalisme fait preuve des mêmes modalités. C’est peut être de là que vient son nom, c’est super pratique, non? Passer les concours en parallèle avec le CFJ et… l’Ecole Superieure de Journalisme de Lille (exemple numéro 1 en dehors de la Capitale) permet non seulement d’avoir des tarifs dégressifs mais aussi d’avoir un centre d’examens proche de chez soi. Les épreuves font partie du même paquet collectif. EN GROS, HEIN.

Pour le CELSEA, institut public, c’est un tout petit peu trop tard… les épreuves viennent de se dérouler, elles comprenaient : une synthèse d’articles, une épreuve de créativité, le fameux couple Culture Générale et Connaissance de l’Actualité (dont le niveau est un micro poil moins élevé qu’au CFJ) et une épreuve d’Anglais qui ne réclame pas vraiment un niveau minimal.

Science Po Paris a également ouvert un master pro. C’est également trop tard puisque les procédures se terminent fin Janvier, le concours se limite à une « bête » synthèse de dossier en quatre heures. Cette année, il était question de démographie et de propriété intellectuelle… mais pour faire partie de la trentaine d’élus, il faut aussi se souvenir que le dossier, probablement le truc le plus laborieux à monter de tout les temps, est épique : demi douzaines de textes à fournir, recommandations professionnelles, recommandations académiques, notes intégrales, mémoires et expérience pro à fournir, niveau d’anglais attesté B2 obligatoire : voilà voilà. Deuxième étape : passer l’oral qui, malgré son jeune âge, est déjà connu pour être nazi. Cela ne va pas dire que vous allez être évalué par J. Mengele mais bien que la proportion du coup de filet est égale : les deux se préparent de manière équivalente.

L’IFP clôture ses téléchargements de dossiers demain. Il vous sera peut être difficile de réunir toute la paperasse nécessaire mais cette école, toujours parisienne, est un mix amusant entre la trinité et Science Po : il vous faudra attester d’un mois de stage – éventuellement entre l’inscription et la rentrée – en plus d’un autoportrait et des notes fournies. Épreuves façon tri-concours.

Je connais si peu de choses sur les trois dernières, situées respectivement à Bordeaux, Marseille et Grenoble que je vais laisser cette fabuleuse synthèse de L’Etudiant faire le sale boulot. Han!

Au delà de ça, la préparation de ces concours reste un marathon formidablement exigent : si le niveau d’Anglais est normalement plus ou moins acquis à se stade, que la créativité est (et doit) être votre truc et que l’esprit de synthèse vous habite comme l’esprit des feuilles mortes habite Pocahontas, les épreuves d’Actualité et de Culture sont VOTRE PIRE ENNEMI. Il faut travailler cela en amont comme vous faites votre réseau pro : exploiter n’importe quelle faille, penser tentaculaire, that’s what she said. La méthode Puf est la meilleure : lire un quotidien chaque jour, le consigner, exploiter n’importe quelle piste, n’importe quel creux de connaissance. C’est épuisant, totalement incompatible avec toute autre forme d’étude ou activité professionnelle, je m’y met après ma première branlée sur le sujet mais suck it up, c’est juste nécessaire. La pluralité des sujets abordés dans ces questionnaires (et ce ne sont PAS des QCM, non mais) sont à l’image du niveau de précision qu’on va vous demander. Bref, il faut chercher partout, tout le temps, comprendre tout ce qu’on ne maîtrise pas, connaître ses chiffres, ses noms, ses faits, ses enjeux. Se transformer en champion de jeu télé… à vingt piges et quelques.

Mais au final, l’instinct de l’étudiant reprendra toujours le dessus.

Par exemple, je suis en plein processus, tout en pondant ceci (7-8 heures par semaine) et terminant ma Licence 3 (25 heures) et en exerçant mes petits débuts là et là pour quitter au mieux la catégorie hobby (5 autres heures) … il faut donc ajouter la préparation quotidienne (10 heures) Il n’y a pas de piège, c’est épuisant. Un peu impossible. Cela nécessitera probablement plusieurs tentatives, les Masters Adaptés, les prépas, en attendant, existent pour parfaire ses connaissances en attendant le prochain Round. Bon, ces Masters sont sélectifs aussi.

Et n’oubliez pas qu’une fois que vous aurez vaincu tous ces obstacles, vous serez traités comme du caca pour un salaire de misère. Se sortir de la pige sera un obstacle. Je peux vous assurer qu’en étant à peine sur le tout début du processus et l’enfer est palpable, sa durée palpable… mais belle valorisation à la clé.  Le tribut à payer pour faire un métier cool et se faire insulter par Mélenchon est là. Gloire aux vaincus, que la Force soit avec vous.

Maintenant, une question dans la catégorie « ego ».

Le 500è post approche à grands pas. … on fait quoi?

Posted in Le bouzin | Tagged , , | 23 Comments

Clip show

Je me suis rendu compte que cela faisait déjà deux ans que je tournais autour d’un concept sans réellement l’expliquer, voilà donc pour ceux qui auraient chopé le train en retard! Petit post n’ayant vocation qu’à faire un bête acheminement vers sa conclusion, et de vous apporter quelques petits bonus, en attendant que je puisse sortir du mode « sous marin » Les concours, c’est génial, non? Regarde tout ce qu’on peut faire. Bon dieu, tuez moi.

J’aimerais donc faire un petit résumé sur les AMV HELLs. Sous ses airs de franchise un peu hystérique avec ces majuscules sorties de nulle part, on tient ici un fabuleux mix entre les AMV et le Zapping. Vous connaissez le deuxième : un récapitulatif-choc de tout ce qui a été marquant la veille à la télévision, souvent orienté, cette impression venant des perches que peuvent lancer une vidéo à leurs voisines. Jusque là, pas de souci – un AMV, c’est un Anime Music Video, aka un clip déroulant un montage plus ou moins réussi derrière un montage (plus ou moins réussi d’anime) – il existe toute une échelle de gradation dans la réussite de ce petit art tout sauf émergeant, du truc naze fait en deux secondes avec Movie Maker aux petites pépites qui réinventent l’anime en question.

En mixant les deux, on obtient le genre de vidéo sus-citée où deux consignes subsistent : une vidéo Amv Hell doit être en fait une succession plus ou moins longue d’Amvs, toutes enchaînées via une petite transition astucieuse (en l’occurrence, un zoom/dézoom sur une télé qui zappe) – les spécificités du genre sont les suivantes : chaque vidéo doit obligatoirement faire moins de 30 secondes, et elles doivent toutes comporter un gag, un rapport à établir avec l’univers de l’anime, un truc à comprendre ou qui parle de lui même. Ca ne se limite pas nécessairement au son : ça peut être un extrait sonore de série, d’un discours, une bande originale, la voix de l’auteur derrière le montage, tout est possible. L’Amv Hell doit avant tout rester une vidéo musicale et permettre de découvrir des trucs, c’est d’autant plus facile quand il y a une bonne image derrière! Bien sûr, la visée humoristique n’est pas obligatoire et on peut toujours garder la visée « clippesque » des Amv originaux… mais l’ensemble marchera bien mieux si on enchaîne les bonnes vannes et références à feu rapide, si on se marre toujours pour la vidéo précédente alors qu’on regarde l’actuelle… c’est tout un concept, un pot pourri géant et archi jouissif, qui encourage la créativité et le partage. Pardonnez le discours neuneu et faussement fédérateur mais je peux vous assurer que ça galvanise des cercles planquées… dont le « mien », mais ça, c’était il y a deux ans! Alors pourquoi remettre tout ça sur le tapis?

Et bien, je rappelle qu’après avoir moi-même organisé la réponse française au concept (onglet en haut de page, film d’une heure sept, plus de 200 sketches) la suite est dans les tuyaux depuis une petite huitaine de mois. Ca se passe sur le forum Asylum – et ça manque toujours de momentum, de masse critique. Comprenez qu’il y a déjà plein de bonnes vidéos proposées mais ça manque un poil de vitesse – et ouais, plus difficile de fédérer quelque chose quand on ne perds pas le quart de sa vie à écrire des pavasses! L’Amv Enfer 2 (nom provisoire) est toujours un projet à la concrétisation plus ou moins tangible et il n’appartient qu’à vous de faire preuve de créativité et de donner une suite à cette vidéo qui occupait mon esprit non-stop il y a déjà un an. Pour vous aiguiller dans la méthode de création de bonnes vidéos, je me suis permis de faire des commentaires audios, exactement comme je l’avais déjà fait avec l’Amv Enfer. Petit récapitulatif…

>> Tout les téléchargements sont disponibles sur cette page, section AMV Hell.

La série Hell a donc une petite histoire derrière hell (hon hon hon) après la création du site, la formation un peu hasardeuse des premières vidéos, la standardisation du genre… puis les films, longueur type long-métrage, apparaissent…

Par exemple, l’AMV Hell 1 et 2 ne valent pas vraiment la peine. Ils sont plutôt cools mais ont valeur d’essais, ils contiennent surtout les pistes pour les running-gags des opus suivants. Les transitions empiètent un peu sur le reste, tout n’est pas nécessairement compréhensible, bref on est encore au stade de balbutiement du genre. La comparaison à faire est simple, j’ai moi même fait une première vidéo de la même qualité et de la même longueur, avec votre aide. Mais si, souvenez vous, en Juillet 2010…

L’AMV Hell 3 (2005) est le premier grand tour de force de la « franchise ». Cette fois, une petite communauté est présente autour des premiers essais et ils ont mis tout leur cœur dans la création d’une vidéo d’une heure. C’est le premier long métrage estampillé « HELL » et c’est une bonne manière de découvrir le concept. Cependant, il faut un bon niveau en anglais et avoir un minimum de vécu en animes pour piger ce qu’il peut se passer à l’écran. Minime. Au deça, cela deviendra une vague succession d’images pas toujours compréhensible, ça se regarde mais c’est un poil dangeureux… probablement la moins bonne de la trilogie qui s’amorce mais ça reste une vidéo de très bon acabit où existent quelques répétitions, notamment un surabus d’Azumanga Daioh… une très bonne introduction au genre. >Commentaire audio de l’AMV HELL 3

L’AMV Hell 0 (2005) a été créé en même temps que son grand frère. C’est le Yang de son Yin – le petit frangin est un sale gosse cracra et potache, avant de carrément virer dégueulasse sur la fin. Hé oui, le 0 est la version porno de l’AMV Hell. 40 minutes sensées faire de l’humour sur des images qu’il n’est pas bon de regarder avant 18 ans sous peine d’aller croupir en prison, enfin, surtout après au vu des agréables projets de lois qui passent parfois sous les yeux du législatif. Quoi qu’il en soit, je ne recommanderais peut être pas cette vidéo pour ses vertues « de montage » mais pour son humour très… noir, jaune, blanc et… malheureusement un peu marron sur la fin, et exclusivement sur la fin (attention, très mauvaise surprise pour les deux dernières secondes) après Faggot où on amorce la dernière ligne droite qui commence à sévèrement nous faire demander ce qu’on regarde. Donc bon heu pff vous êtes prévenus hein, éventuellement en fin de soirée où les choses commencent à devenir un peu floues, ça se tente, mais vous êtes prévenus. Bonne musiques, malgré tout.

Enfin, voilà probablement le meilleur film jamais fait à ce jour dans ce contexte : l’Amv Hell 4 (2007) est la barre à atteindre! Nous sommes de retour dans un contenu normal – cette fois, les petits logos des créateurs disparaissent en incrustation, la qualité d’image est bien plus rigoureuse, il y a davantage de diversité à tout les niveaux… on assiste ici à plusieurs séries de vidéos à la qualité inégalable. Comment expliquer un tel bond? Facile, les deux années suivant le 3 ont donné un processus créatif bien plus étendu, donnant lui-même lui à une grosse sélection. A priori, une très forte minorité a été retenue pour figurer dans le montage final, ce qui donne 240 sketches impeccables. Bien montés, aux incrustations épatantes, un réel bonheur qui vous fera forcément découvrir pléthore d’animes, de musiques et de séries… la recommandation du chef. >Commentaire audio de l’AMV HELL 4

Fin du monde! L’opus 0 a encore plus inspiré les esprits pervers de cette communauté et c’est en 2008 qu’est venu au monde ce qui est probablement la vidéo la plus dérangeante que j’ai eu la chance de voir jusqu’à présent : l’AMV Hell Divided By 0. On a ici une vidéo très exhaustive sur le pire du porno animé au Japon… et vous n’avez probablement pas idée de ce qu’on peut y trouver. C’est embêtant parce qu’il y a toujours moyen de rigoler un peu (entre deux grincements de dents) mais il va falloir faire gaffe à pas mal de clips qui vont vous faire saigner les globes oculaires. J’ai la chance d’encore être très sensible face à toutes ces images maboules et je ne recommanderais pas spécialement cette vidéo dont le seul but est la recherche totale et assumée du gore/glauque/miam miam les bons fluides corporels. A vos risques, on a ici la version porno de la version porno, c’est dire l’aspect atomique du truc. Damn, les clips sensés nous faire respirer sont des vidéos violentes ou historiquement sensibles. Si vous avez le cœur bien accroché, quoi.

A priori, nous sommes définitivement débarrassés des versions hard du concept, mais il aura fallu trois ans pour que l’AMV Hell 5 point le bout de son nez. Cela fait déjà trois fois que la vidéo précédente est sensée être la dernière… et le sixième est dans les tuyaux! Je vous redirige vers mon post de l’époque pour une review détaillée. En résumé, bonne vidéo qui laisse transparaître une fanbase bien plus étendue. Hé oui, on sent que la série est devenue nettement plus connue entre temps, les créateurs sont plus laxistes, les vidéos de moins bonnes qualité… cela n’empêche pas un certain nombre de bonnes idées mais c’est un poil moins bien que le 4. Beaucoup trop de clips parlés, de références un poil obscur, un attachement un peu trop présent à la télé, une valeur ajoutée musicale un peu plus faible et une faible part d’animes parus entre temps… des petits détails qui dévalorisent une – tout de même – excellente vidéo qui à l’originalité de s’ancrer dans le temps avec certains de ses gags (les vuvuzelas…) > Commentaire audio de l’AMV HELL 5

Bien bien bien. A vous d’écrire la suite! Je n’ai pas automatiquement posé d’options sur la création d’un hypothétique AMV Enfer 2 car je savais bien en avance que le temps manquerait – croyez moi quand je vous dis que c’est un véritable petit marathon… course de fond dont la conclusion serait un sprint, imaginez l’horreur – mais nous avons, sur le site d’à coté, une bonne base de vidéos qui peuvent donner une autre création française. Inspirez vous de ce que vous avez déjà, matez des animes, écoutez de la musique… vous trouverez sur Asylum des conseils pour monter vos vidéos, pour y ajuster la qualité, le format, etc.

Voilà! J’en ai définitivement fait la promo, la suite selon le bon alignement des astres.

Posted in Otakeries | Tagged , | 8 Comments

Joyeuseries musicales – Bachannales 12

Et de neuf! Voilà l’avant dernier (sauf miracle cosmique) post de ce genre. Je vais me permettre de rappeler le principe : trois ou quatre fois par an, je vous étale une douzaine de singles qui, par leur efficacité, exposent à un style, une époque, un album… bref une ouverture vers un univers encore plus grand. A chaque fois, je me permet un paragraphe vaguement descriptif ou quelques anecdotes sur le groupe en question – n’oubliez pas qu’il n’y a aucune démarche informative derrière, ce n’est qu’une question de découvertes au hasard, de coup de cœur ou de vieilleries qui ressurgissent. Enjoy!

The Edgar Winter Group – Frankenstein

De retour dans ma prime jeunesse, nous sommes dans un cours d’Hypokhâgne, deux heures de géographie chiantes comme la mort. A coté de moi, un mec charismatique trompe l’ennui en reproduisant la tablature Basse de ce morceau. Trop content de copiner, je lui fait remarquer et lui d’être étonné que je connaisse ce long instrumental venu du fond des âges. Évidemment, je me suis bien gardé de dire d’où je le sortais mais hé, sans la même origine, je ne connaîtrais probablement toujours pas les Queens Of The Stone Age aujourd’hui, voilà. Bref, voilà un morceau dont la qualité est fortement débauchée C’est la variété qui fait le bon jus de ces six minutes : des solos de batteries, des cuivres (qui, comme chacun sait, ont des vertus aphrodisiaques quand ils sont bien utilisés) et des passages un poil plus rock dans un ensemble extrêmement… hybride. Tiens, pourquoi invoquer le fameux « monstre » de fiction? Peut être parce que le riff de base, celui qu’on entends dès le début, sonne comme un gros truc balourd qui marcherait inéluctablement derrière vous. Batterie et clavier démentes, voilà un vrai petit morceau de bonheur qui me fait souvent penser à ces cinq minutes dont je vous parlais en début de paragraphe. Un véritable bijou musical, extrait de « They Only Come Out At Night », où on peut trouver un autre morceau que vous connaissez bien, « Free Ride ».

Blink 182 – The Rock Show

Qu’est-ce que je sais sur le PUNK? C’est un mouvement anglais démarré par des gens jouant comme des patates, avec des rythmes binaires et des paroles à la mord-moi le noeud qui parlent de sauver la Reine d’Angleterre, slurp slurp le bon tea. Au delà de ces considérations généralistes la version Américaine (et par extension : californienne) me passait un peu dessus jusque là… et j’ai eu l’occasion de me refaire les quelques tubes qui ont bercé mes années 90, entre autres. Ce qui est formidable avec les groupes de punk ricains, c’est qu’ont peut les classer par ordre qualitatif en correspondance avec les chiffres qu’ils arborent! Regardez, par exemple, Blink 182 > Sum 41. Magique! Blague à part, ce morceau – relativement méconnu si on sort de tout les What’s My Age Again, Dammit et autres tubes sortis d’Alien Exists – est… pas bien recherché, mais c’est ce qu’on aime chez eux, cette naïveté. Il est toujours assez dingue de constater qu’un genre aussi prostiputes&farine non légale se transforme soudainement en chansons d’amours niaises mais ultra-rapides quand on travers un océan et une vingtaine d’années. Bref, le punk n’a de nom que celui qu’on lui prête et The Rock Show est une chanson tout à fait sympathique qui pourrait être le résumé de Scott Pilgrim, plus ou moins, de l’esprit du comic. Énergique, reprenant les indispensables gimmicks du genre, aucun génie derrière et hop, c’est parti pour la zique que faisait Blink quand ils étaient encore jeunes. Ouais, ils viennent de sortir un album. Les Cranberries aussi.

The Black Keys – I Got Mine

PWAAAAAW PWAW PWAW PWAW, PWAW PWAW PWAW. PWAW. PWAAAAAAW. L’intro d’I Got Mine déchire. Pourtant, elle est simplissime à faire : accord barré sur la septième et on descends jusqu’au bout du manche, en vibrant comme jamais. N’oubliez pas de le lustrer avant quand même. En ce qui concerne les Black Keys, la sortie récente d’El Camino, leur future participation à Rock En Seine cet été et le surabus de leurs pistes dans les pubs automobiles nous rappellent à tous leur bon souvenir… si on ne connait pas ce groupe, on pourrait tout à fait lui donner vingt piges de plus, mais non, il s’agit bien d’une formation qui officie à son meilleur dans la fin des années 2000. Là nous avons un peu de bluuuuues ~ bien tremblant et aléatoire, équilibré avec les pieds, le type de musique qui feraient sortir les tartes à la crême de type « roc » « minéral » ou « solaire » aux publications spécialisées. C’est très certainement répétitif – riff/solo/riff/solo – mais tout réside dans ce son de guitare sans artifices, ou si peu… un peu de bordel sonore et c’est reparti avec l’intro avant le grand finish. On pourrait dire que c’est « symétrique », de ma part, je trouve ça juste structuré. Et vachement cool. De la musique de gros barbus, quoi.

REO Speedwagon – Roll With The Changes

Oui alors là je pourrais faire mon Phiphi Manoeuvre et vous expliquer avec enthousiasme l’origine et l’histoire de ce groupe culte mais… il se trouve que j’ai totalement découvert ce nom il y a quelques mois. Daté de 1969, plus d’ex-membres que les Polyphonics Sprees, cet acronyme mystérieux a signé ce morceau qui se mêle bien avec les productions de Kansas, Journey ou Boston, les groupes ricains aux noms ricains qui ont tous défini un rock fondamental. Impossible d’y échapper : piano en support, guitariste qui se la pété, refrain vocal et accrocheur… et ça ne dure pas des heures, finalement. Y’a pas grand chose à en dire, c’est « juste » un groupe qui s’inscrit dans le haut du panier d’une époque, d’un lieu et d’un contexte, celui des chansons « à stades » qui galvanisent les foules et sont fait pour être hurlés à pleins poumons. Nous, pendant ce temps, on avait Claude François, c’est génial non?

School Of Seven Bells – Windstorm

Hola je commence à devenir sévèrement maniaque avec ce groupe. Déjà, je dois remercier Pso pour un code Itunes qui m’a valu l’album Disconnect From Desire, dont je connaissais déjà par coeur The Wait, morceau final et on ne peux plus atmosphérique. Derrière ce nom bizarre ce trouve un trio new-yorkais – dont deux jumelles, mais l’une des deux s’est barrée avant la sortie du tout récent troisième album – qui font de la musique… pas électronique, pas réellement technoïde, on appelle ça de la Dream Pop. C’est très fourni, proche de shoegazing (style à effets gouleyants) et on peut s’endormir dessus pour faire de beaux rêves. Après avoir écouté ces trois albums, je peux vous dire que je regrette énormément d’avoir snobbé ce groupe pour autre chose, dans deux festivals. Cette musique est un florilège d’éléments : cette tournerie de « vent » entêtante, un simple accord de gratte métronomiquement exécuté en fond sonore, plein de petits bruits relaxants et une fabuleuses dualité de voix. Wow, oubliez moi cette Lana Del Rey et son Video Games plan plan parce qu’on a là quelque chose de bien plus puissant, entraînant… et poétique, évidemment. Cette structure en canon, cette superposition de très belles paroles, Windstorm est joué sur sa planète bien à lui et c’est avec plaisir qu’on y reste le temps de quelques écoutes. C’est très probablement mon morceau favori de cette sélection… je vous conseille le clip, simple et cohérent. Un peu pompeux, peut être? Seulement pour ceux qui trouveront ce non-sens et ce symbolisme un peu exagérés. Si vous voulez mon avis, le meilleur de la musique 2012 se trouve quelque part par là.

Rush – 2112

Rush est donc le tout premier groupe à faire une troisième apparition dans cette catégorie de posts. Il faut dire que leur discographie est longue comme le bras, et au vu de la longévité des membres, il y a de quoi exprimer des trucs personnels en chanson. Je ne sais pas trop ce qu’exprime 2112 qui est l’intégralité de la face A de l’album éponyme : cette piste… dure plus de 20 minutes! Comme souvent dans ce cas de figure, on dénote facilement plusieurs mouvements – ici, sept – qui se démarquent ou se répondent plus ou moins bien. Il est ici question d’une histoire à coucher dehors mais qu’importe, un épisode entier de série comique consacré à du rock progressif, comment ne peut-on pas aimer ça? Dans ces vingt minutes, il y a des moments de vide (un bête… accordage. Oui, c’est du gain de temps, mais il y a ce moment où un type découvre une guitare puis apprends des accords de plus en plus complexes, etc) et d’autres moments bien plus épiques : son introduction, sa conclusion, quelques solos… là aussi, il y a relativement peu d’artifices et c’est étonnant pour Rush. Peut être une approche un peu cinématographique avec des effets sonores sensés poser une ambiance. Je connais ma propre redondance avec l’expression « Raconter une histoire » mais difficile d’ignorer que c’est le but de la chanson. Ah, c’est très dur à jouer aussi. Les batteurs vont se casser les dents sur certaines rythmiques, Neil Peart était, fidèle à lui même, en forme. Difficile de choisir un extrait qui témoigne de l’intégralité du morceau… et pourtant, c’est à partir de là que Rush s’est assagit pour les deux décennies suivantes. Addendum : j’allais finir ce paragraphe et Matt Pokora fait son énième apparition à la TV, difficile pour moi de ne pas faire le vieux con élitiste.

A ne pas confondre!

 Foster The People – Houdini

Attention emphase discrète : Torches est l’un des albums pop les plus solides qui soit depuis Congratulations (MGMT), il y a deux ans. Je vous recommande très vivement de vous l’engloutir sur Deezer et autres et, de toutes manière, la télé a flairé le filon tubesque et spamme vivement quelques titres ça et là (par exemple, vous connaissez Don’t Stop grâce au groupe Canal qui n’en manque pas une) cela fait déjà un an que cette galette et sortie et une actualité fabuleuse – leur présence en trio de tête à Rock En Seine 2012 – me force, mais quel plaisir! … A en parler aujourd’hui. Ce groupe pue la classe et la qualité sur scène, j’en suis convaincu. Tiens, je viens d’apprendre également que cette piste est trouvable sur SSX… ce qui d’une part me donne encore plus envie de me procurer le jeu, mais qui, d’autre part, me donne envie de faire des crasses absurdes façon Jackass en écoutant ce refrain à fond. Fabuleuse pop qui nous est offerte par ce premier album : chaque, chaque morceau dispose d’un univers, d’une démarche bien définie. Une seule constante : l’énergie, l’enthousiasme, une fabuleuse accumulation de sentiments ultra-positifs servis par une musique archi variée, parfois bruitiste, entre clappement de mains et mut mut étranges… mais bon sang, quel pied. Impossible de ne pas penser à MGMT encore une fois, mais là voix est plus variée sur la longueur, plus langoureuse, chaude, moins éthérée… et mince, inutile de comparer ce qui est incomparable. En attendant, bouffez-en, c’est pour votre bien. On se revoit cet été!

Blur – There’s No Other Way

Hoho, il n’est pas impossible que ce morceau vous dise quelque chose. C’est étonnant mais je ne suis pas très fan de ce groupe… et c’est bien contradictoire avec tout l’amour que j’ai pour la britpop! Un séjour en perfide Albion et une significative actualité du groupe (les Brit Awards, notamment) m’ont fait écouter le best-off du bouzin et ça m’a permis d’enfin découvrir des morceaux qui me parlent. Le saviez vous? Je n’ai jamais saqué Song 2! Et oui! There’s No Other Way est donc un extrait de Leisure, toute première galette du groupe, datant déjà de treize ans… et Damon Albarn devait avoir à peu près le même âge. Toujours une question de fondamentaux, ou de construction de fondamentaux : comment ne pas être amoureux de ce morceau qui, même s’il est archi-classique dans son approche, fait péter une guitare aussi dynamique et une batterie aussi agréable, un peu folle et souple façon Cream? Peut-on dire à Damon de retirer les cinq hamburgers qu’il a dans la bouche? Il paraît que la première phrase du morceau est « You’re taking the fun » mais ça reste à démontrer… et enfin un morceau qui cultive le fétiche de la sortie cool et unique tout en restant cohérent, c’est génial. Bref, vive les années 90.

Harvey Danger – Cream And Bastards Rise

Encore un morceau jusque là inconnu au bataillon… et soudainement, le mindfuck. Si il y a UNE connerie par manque de recherche que j’ai pu écrire par manque de recherche (PAR MANQUE DE RECHERCHE T’ENTENDS!), c’est peut être la suivante. En découvrant Harvey Danger, je découvre aussi que leur single le plus connu est « Flagpole Sitta ». Qu’à cela ne tienne, c’est parti pour Youtube ou je lance le morceau et démarre… ce que j’ai déjà chroniqué sous le nom « d’I’M Note Sick But I’m Not Well »… pour Lit. Ok. Pourquoi pas. Visiblement, j’ai réussi à me tromper de nom ET de groupe.

Bon, en attendant, je reposte donc ce morceau bien cool qui s’incrit dans le genre du « College » – terme qui désigne souvent l’origine des morceaux, plus que le grade scolaire de ceux qui la font… enfin, j’adore ce morceau. Un peu trop « grandiloquent » vers la fin, peut être, mais j’aime beaucoup la voix de ce monsieur, ça façon d’enchaîner avec un « It Helps TooooOO » haut comme jamais… et cette superposition agréable de couches, dont ce clavier très bondissant. Ca restera à jamais inconnu dans nos contrées, et l’album d’où cet extrait est tiré, Little By Little… est gratuit sur le site du groupe. Voilàààà!

The White Stripes – Fell In Love With A Girl

Tout le monde connaît les White Stripes, mais tout le monde ne sait pas nécessairement que Jack et Meg… étaient un couple divorcé. Pas mal de leurs chansons (dont celle là) sont des anti-love song au cynisme tranquille mais existant, la cohérence du propos n’étant alors pas très difficile à trouver. De toute manière, la question ne se pose plus, ils sont séparés (en tant que groupe) depuis l’année dernière. Autre chose, les fans se déchirent depuis une question ô combien importante : j’explique – il n’y a pas longtemps, on m’a dit « Moui, je pense que tu as le niveau de batterie de Meg White » et j’ai eu soudainement envie de me jeter par la fenêtre en hurlant et en brisant la fenêtre. Pourquoi? Le contraste entre la réputation des deux est énorme : Jack White, idole du rock, qui officie aussi dans les Raconteurs, les Dead Weathers et un autre groupe qui m’est sorti de l’esprit… contre Meg, la boîte à rythmes. On lui reproche une simplicité extrême… bah oui, c’est vrai. Pratiquement tout ce qui sort d’Elephant et de White Blood Cells est teinté de simplifications, de formules qui chaque débutant peut reproduire. Fell In Love With A Gril est une version assez poussée de cette mentalité – une rythmique de batterie à pleurer de rire, trois accords de gratte et vous avez le morceau parfait à reprendre quand vous montez sur scène. En plus, il dure moins de deux minutes et la basse est absente : on peut le refaire à deux! Tout ça pour dire que la période White Stripes est passée par là, que c’est un son est une démarche minimaliste, mais caractéristique et agréable.

C. Heral et B. Martin – Lum King

Scandale! Une OST de jeu vidéo! Rayman Origins est un jeu plein de qualités mais il a l’avantage de se démarquer avec sa bande son. Cette saga se démarque par son « animisme » – acception qui tient davantage du néologisme pour dire que la BO de Rayman se trouve sur planète Rayman! Voix modifiées, Yukululélé à fond les bananes, on entends ces petites séquences dans le jeu quand on chope un lums couronné (d’où le nom) – s’en suivent dix secondes de grand kiff’. Toute la bande originale fait son meilleur pour rester dans ce cahier des charges très barré, basé sur les modifications de voix superposées, dans cet esprit très Loco Roco… petit cour de cœur sur l’accompagnement des niveaux aquatiques, à base de « Glou glouuuus ~ » langoureux.

This Will Destroy You – The Mighty Rio Grande


Pour finir, voilà un truc très singulier sorti de la bande originale de Moneyball. Si le concept de postrock ne vous dit rien, disons que ça reste extrêmement généraliste et que ça englobe une bonne quantité de styles, dont celui embrassé par Le Grand Rio Grande. 13 minutes, trois notes de gratte répétées à l’infini, pas de voix… ce groupe est particulièrement connu pour ce genre de pistes, très planantes et toujours instrumentales, où une progression s’établit à pas de velours. Je vais limiter les évidences, ici il est question de trois notes qui sont de plus en plus fournies, lourdes, appuyées par cette grosse caisse bien crade et lourde, on monte le volume de plus en plus fort… ça explose un peu et on prends cinq minutes pour récupérer, inutile de vous faire des métaphores salaces, elles viennent d’elles même. Profitez donc de ce truc pour pimenter votre quotidien : c’est parfaitement écoutable dans un long trajet de métro, avant de s’endormir…

Dormir, alias le truc que je vais faire pendant dix ans après être resté sur ce post pendant trois jours. Ah non, je peux pas, j’ai concours.

Posted in Kulture moderne | 3 Comments

Gong

Je vais parler d’un film qui n’est pas encore sorti ni, à priori, projeté à la presse, il n’existe donc pas de screenshots potables. Je vais donc illustrer ce texte avec des trucs sans aucun rapport

Jeudi dernier, il y avait une avant première du film Hunger Games dans le cinéma Gaumont sur les champs Elysées. Malgré tout ce que je vais pouvoir dire ici, j’avais dévoré en trois jours le bouquin, l’été dernier, sur les quelques petits moments de vide Islandais. Je ne me doutais pas vraiment que le public du livre était aussi adolescent. Tout les petits réflexes du genre étaient là : fangirls en furie, heureux possesseurs de magazines bien nazes façon One, Petit Journal qui vient nicher de la réaction hystérique… je me sentais un peu con, vieux et aigri dans tout ça. Puis, quand les quelques acteurs invités commencent leurs interviews respectives, une journaliste pose la très étrange question suivante « Quel est le message du film? » je peux pas trop m’empêcher de penser très fort « Copier les recettes japonaises? » … parce que j’aurais mal vu l’un d’entre eux répondre « Ben, dans le doute, si tu participes à un jeu mortel, évite de manger toutes les baies que tu trouves. »

C’est terrible car juste impossible à ignorer. Hunger Games c’est Battle Royale. Si ces deux noms ne vous disent rien, Battle Royale est un roman, puis un manga, puis un film au pitch suivant : Dans une réalité alternative où le Japon à gagné la seconde guerre mondiale et s’assoit désormais sur un régime bien plus qu’autoritaire, ce même Japon envoie, chaque année, une classe de collégiens aller s’entre tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Je disais ici, il y a déjà presque trois ans, que c’était un manga super laid aux personnages affreux et que si la volonté de démontrer que la recherche de violence dans ce genre de scénario devait nécessairement inspirer le malaise – façon Haneke quoi, mais en manga – le principe était alors bigrement efficace. Mais non, c’est simplement un manga qui te met sous le nez un peu de sexe cauchemardesque sorti de nulle part et une description méga graphique des différentes morts de protagonistes. En gros, tu veux du morbide, tu en auras, dans ta face. Je n’ai pas vraiment enterré mon passager noir en ce qui concerne les scénarios perturbé et j’étais donc relativement intéressé en commençant la saga de livres Hunger Games mais impossible d’ignorer que c’est strictement la même chose. L’intrigue est la même, le postulat, les personnages, l’issue se ressemblent tous. Copier, c’est très mal – plusieurs journalistes, auteurs, cinéastes se font régulièrement taper sur les doigts sur le sujet et rendre une copie pompée de Wikipédia est un acte un poil suicidaire…

Pendant ce temps… la Reine d’Angleterre envoie les protestants jouer les gladiateurs, elle aussi. Quelle canaille!

MAIS!
Mais.
Hunger Games est bien meilleur. Je ne sais pas si c’est fondamentalement difficile et ça donne un résultat encore assez moyen mais il est indéniable qu’il y a pas mal d’améliorations dans cet incroyable repompage qui va donner des millions à Suzanne Collins, chose probablement déjà avérée. Parlons d’abord du livre.

Nous sommes cette fois dans une Amérique post-apocalyptique où une sorte de Yalta inconnue à décrétée, on ne sait quand, que les States seraient désormais divisés en districts autour de la « métropole », Panem. Douze districts sur treize, le dernier étant à l’origine de l’insurrection qui a valu l’éradication pure et simple de ce dernier. Tout le monde vit désormais dans une paix plus froide que décontractée et, pour le bon souvenir de cette terreur latente, l’autorité du pays oblige tout les districts, chaque année, de tirer au sort un jeune homme et une jeune fille pour aller se battre à mort dans une arène plus ou moins naturelle et déterminée à l’avance. Vous voyez le topo : 24 jeunes, il-n’en-restera-qu’un. Katniss Everdeen est donc une habitante du District 12 qui va se retrouver embarquée comme tribut et, vous vous en doutez, le premier tome est le récit de son combat dans l’arène. Je pourrais dire de « sa victoire » puis-qu’honnêtement, y’a-t-il véritablement le moindre doute sur la question?

Voilà le souci qui se pose dès l’achat du livre : c’est un foutu roman pour ados. Ce n’est pas la finalité du fait qui est un problème, mais le cahier des charges de ce genre – ça se voit. Terriblement. Basiquement, il n’y a pas la même violence détaillée de Battle Royale (mais ça, je ne vais pas m’en plaindre, même si on reste dans un topos où des jeunes s’entretuent, parfois dans la joie, la bonne humeur et le rictus sadique aux lèvres, tout va bien) mais on ne peut pas échapper à une romance. Une romance-cancer, comme on dit. Elle est là, elle progresse de temps en temps, elle donne ces moments archi mièvres, maladroits, patauds… et donne lieu à des twists qui n’en sont pas vraiment, d’où un petit malaise entre rire étouffé et sarcasme à pas mal de fins de chapitres. En revanche, cette histoire à l’avantage de subir un assez gros bouleversement dans son traitement, il y a une grosse subversion que l’intégralité des fans hystéros n’ont pas du comprendre et je doute remettre en question ma propre vision du sujet – il n’empêche qu’on est tout à fait au courant du public visé par le roman. Du coup, celui ci n’est pas d’une littérarité démentielle. Au moins, il n’est pas prétentieux, il n’a pas vocation à être étudié dans les lycées des générations futures mais il est évident qu’il n’est pas difficile à lire, sinon moins. Ce n’est pas grave, le fautif c’est moi – il ne faut pas lire un Tchoupi à vingt piges et se plaindre que ça manque de maturité – mais soyez prévenus de ça.

Pendant ce temps… Panty et Stocking sont tombées sur la vidéo porno du Violongay

C’est un peu l’évidence même mais j’ai été surpris donc voilà hé. En revanche, si il fallait trouver un joli point à ce premier tome (pas encore lu les deux autres mais ça ne saurait tarder, d’ici une ou deux décennies) ce serait la volonté très affichée de Collins à installer un univers bien précis et codifié – ouais, comme d’habitude… C’est aussi un passage obligatoire du cahier des charges jeunesse ; Peut être que vous vous souvenez de Peggy Sue et les fantômes, cool saga de Serge Brussolo, qui mettait une emphase mécanique dans l’explication des phénomènes de son monde bien à lui. C’est la même chose ici : nous avons souvent droit à « l’insight » des jeux de la faim, comment fonctionne le système de sélection des tributs, en quoi on peut forcer les chances, des phrases, gestes, gimmicks-clés (très important pour le genre ça) une mentalité urbaine, une autre rurale, quelques considérations sur l’ordre établi, une réelle dichotomie entre les personnage du bon coté de l’Etat et ceux qui doivent subir… puis cette description du Capitole reste un bon compromis entre pause narrative et passages captivants : tout ces gonzes archi-maniérés qui regardent ce spectacle comme si c’était un divertissement de luxe façon Césars est une mise en abyme toute sauf subtile mais elle est là, évidente. Après, on revient dans ce très gros souci de prévisibilité. Il n’y a pas un auteur qui reprendra cette forme de scénario en abandonnant le réflexe homodiégétique? Moins techniquement : pourquoi se focaliser sur une personne? Tant qu’à reprendre un synopsis vu et recyclé à longueur de temps, autant y installer un peu de suspense pour qu’on puisse se mettre dans la peau du spectateur et avoir un gagnant dont on ne devine pas l’identité dès le quatrième de couverture : si on passait d’un personnage à un autre, si on avait droit à un peu plus d’objectivité, on pourrait tout à fait avoir droit à un roman neuf. Pas la peine d’occulter le vilain Etat maboule qui impose ça à tous, ça donnerait un peu de valeur ajoutée au récit. Là, il n’y aura pas de révolte (pour le moment, faut croire) ni surprise ni quoi que ce soit, c’est dommage. La question n’est pas le pourquoi, mais le comment, et Hunger Games aurait très bien pu être les deux.

Passons maintenant au film. Il sortira mercredi prochain et il est tout à fait fidèle au roman, ce qui en fait… un film plutôt moyen. Il va très probablement se prendre une réception critique très mitigée qui va se formaliser sur l’aspect « romance pour ados » de l’ensemble… et c’est bien normal! Cependant, il faut avouer que cette adaptation est impeccable et ne trahit pas un instant l’esprit du livre, deux heures vingt qui n’occultent presque rien et ne rajoutent pas grand chose pour autant. Je vais quand même me permettre de chercher la petite bête : c’est en voyant concrètement tout ça qu’on se demande comment on peux aimer ce genre de scénarios. Pas de sang mais voir un gamin se faire briser la nuque ou voir une bande d’ados chasser l’héroïne comme si c’était une partie de plaisir à quelque chose de vachement perturbant. Bon. En revanche, si j’avais un véritable reproche à lui adresser, ce serait de ne pas aller jusqu’au bout de ses idées. Le tout premier plan est au dessus de la réalité de l’univers, il s’agit d’une discussions de producteurs sur le show. Ca fait un peu semblant d’agir en fil rouge sur le film, comme si, au final, il était à la troisième personne – mais ce n’est pas réellement le cas… Il manque beaucoup de matières dans cette vision « par dessus » et on peut croire que pas mal d’idées ont été oubliées en chemin. De la même manière – et ça, c’est encore plus grave – il manquera pas mal d’éléments de compréhension à ceux qui n’ont pas lu le premier livre (le film s’arrêtant à ce dernier, dans l’espoir de devenir une trilogie, j’imagine) – les personnages évoquent souvent des concepts qu’ils n’expliquent pas et qui laisseront dans le flou pas mal de gens.

La romance est évidemment toujours de la partie… mais là il n’est plus question de « subversion », ici, la chose est un poil plus prise au premier degré. Je parle en codifié mais vous devinerez probablement mon idée : une fille, deux mecs, la mécanique de pensée de l’hypoténuse est un peu plus floue dans le film… dont on ne connaît pas vraiment les aboutissants. Sa fin est extrêmement abrupte et elle a le désavantage de se dérouler après une conclusion extrêmement décevante et anti clima… climacti… toi même tu sais. La conclusion des jeux n’est vraiment pas terrible et on ne peut pas réellement parler de grand final qui vient un peu manquer… bon, il y a quand même le plaisir de l’adaptation, accumulation de pleins de petits détails. L’effet sonore du décompte des jeux est mémorable comme jamais, voire la corne d’abondance – cette fabuleuse trouvaille… et piège à cons – en vrai est assez jouissif, etc. Il y a un bon équilibre entre exposition des choses et action dans l’arène, exactement comme dans le livre, encore une fois. Les trucs propre au cinéma ne sont en revanche pas particulièrement réjouissants : je n’ai rien retenu de la bande-originale, les acteurs sont un peu plan-plan MAIS le travail du son est assez épatant.

Pendant ce temps… Denis (candidat un peu débilos de Péquin Express) nous rappelle qu’on ne peut pas être brillant et flamboyant à la fois

Une chose est certaine : l’ensemble est prenant. Peut être un peu long mais il n’y a pas de passage inutile, que de la matière et même l’éviction de pans de technologie absurde (pas d’hovercrafts pour faire léviter les corps, les chiens n’ont pas la même provenance, etc) et et et une scène archi ridicule du bouquin a ici un traitement largement mélioratif, tout va bien, hé! Pas de malaise comique, pas de cheesy, peut être quelques moments d’allusions un peu ridicules qui ne font rire qu’un salle de fanboys à l’enthousiasme communicatif. En gros, allez voir ce film si le genre émergent du « sport de survie » vous plaît, on a ici l’un des meilleurs exemples mais c’est pas comme si ça volait extrêmement haut pour le moment. Allez-y de ma part, ignorez les bouquins car vous avez probablement mieux à faire, passez un bon moment à voir des ados s’étriper et may the odds be ever in your favor. Bien à vous!

Posted in Kulture moderne | Tagged | Leave a comment