Plan cubes

Catherine, jeu un peu dingue, attendu depuis des lustres, l’histoire d’une (petite) déception.

« Dans le monde trépidant d’aujourd’hui, les toilettes sont parfois l’unique endroit où l’on peut vraiment se retrouver seul » … oui, pourquoi pas. Cette illustre citation issue du manuel est un peu à l’image du jeu : rigolote, alambiquée mais un micro-poil anecdotique, dans le fond. Je suis déçu, les enfants. Le fait est que ce jeu est sorti il y a un an au Japon, que sa sortie américaine date de l’été dernier et qu’il a à peine deux semaines de vie dans nos contrées. Un an de maturation et de teasing sauvage pour nous. Ce jeu est aussi l’histoire d’une promotion déceptive pour pas mal de gens. Atlus, des gens mariés à un concept – avoir une vie ordinaire le jour, combattre des trucs la nuit – a basé sa com’ japonaise sur les seins de son personnage éponyme. A ce stade, on ne peut s’attendre qu’à un jeu de fesses – et c’est de l’autre coté du spectre que se trouve ce soft. C’est en fait un puzzle game. Romantique. Wow, c’est là qu’on se rend compte que les combinaisons de Game Dev Story ne sont pas si farfelues!

Je suis très peu familiarisé avec les jeux Atlus. J’ai juste un bon souvenir de Trauma Center, de sa difficulté un poil punitive, de ses petits moments de bravoure, de l’adrénaline qu’il procurait. Beaucoup d’entre vous connaissent la saga Persona, des RPG à l’ancienne – Catherine est le « nouveau » jeu de cette boîte dont la réputation n’est plus à faire. Un an de retours, c’est très long, et je me vois me projeter écrire ce post huit mois en arrière comme si c’était hier. Problème : c’est pas mal, mais pas à la hauteur qu’une telle masse de fantasmes accumulés peut entraîner. Tout d’abord, laissez moi vous expliquer en quoi consiste ce jeu très hybride… et très japonais. Février, mois du rose et de l’amour, toujours…

Le truc, c’est que Catherine fascine les foules avec sa propension non pas à bouleverser les codes du genre… mais à les créer. Honnêtement, je serais incapable de citer des jeux vidéos se basant sur les difficultés que peuvent apporter une relation à long terme, le topos habituel étant la création de cette dernière. Là, dans un jeu réservé aux adultes mais ne dépassant pas le niveau « Teens » (Interdit aux moins de 15 ans) il est question de Vincent Brooks, jeune adulescent de… 32 ans – hé oui – mec un peu paumé, au boulot pas génial mais stable, à la vie pas géniale mais stable, notre héros et avenir à tous quoi. Enfin! Il a tout de même la chance de sortir avec Katherine – oui, avec un K – fille un peu pète-sec mais tout aussi stable que l’ensemble. Problème ; Cela fait une demi décennie que les deux sont en couple et les petits soucis vont bientôt arriver pour la partie mâle du duo : la bella Katherina tchic tchic commence à sévèrement montrer des envies d’engagement. Des petits signes, des mots glissés en faveur du mariage… et un polichinelle surprise dans le tiroir? Vincent est mis au pied du mur et l’état des lieux empire quand débarque Catherine – jeune péripatétiprostipute assez canon, dix ans en moins, qui lui saute dessus et ayant une propension assez incroyable de se téléporter dans son pieu chaque matin. Dilemme : Catherine, c’est un jeu qui va vous forcer à faire un choix progressif, celui de la stabilité et de l’amûûûûr inconditionnel contre le chaos et les jolis nénés de son homonyme à la coiffure improbable (mais tellement symbolique)

N’allez pas croire non plus que c’est un visual novel vendu pour 70 Euros – en fait, il est vrai, une grosse partie du jeu se fait en mode « pop corn », en se larvant devant des cinématiques animées ou utilisant le moteur du jeu. Beaucoup de cinématiques. Je me suis surpris à rester sans toucher à la manette devant bien plus d’une demi heure à un certain stade, ce qui m’a procuré un sentiment mixé entre fascination et exaspération – oui, Catherine est l’histoire d’un triangle amoureux. Plus précisément, c’est un show télé présenté par une grande bajasse d’un mètre quatre-vingt (dont la coupe afro fait le même diamètre) mais l’idée est là… et le pitch principal du jeu, c’est qu’il se divise en deux séquences. Le jour, vous picolez et vous whinez avec vos amis, et la nuit vous poussez des blocs en caleçon pour échapper à un cul géant. Hein, pardon?

Je m’explique. Il se trouve que Vincent a aussi été maudit, ce qui le force à subir des cauchemars – des rêves horrifiques qui le feront mourir en vrai s’il se gourre dans ses propres errances, symbolisées par le fait de gravir des murs dans des environnements Dantesques. C’est le cas de la majorité des hommes de ce patelin qui, visiblement, décèdent tous au lever du jour… et c’est là qu’on peut dire que Catherine est un jeu vraiment particulier, et c’est très bien. Beaucoup d’idées, un scénario trompeur dans le bon sens, énormément de symbolisme judéo chrétien… mais développons un peu. Ces fameux cauchemars, c’est en fait gravir des blocs ayant pour propriété de tenir en place dans le vide si il sont au moins reliés à un autre par une arête. Vous, vous devez monter jusqu’à l’objectif et faire usage d’un sang froid à tout rompre pour ainsi braver les problèmes d’espace, de manque d’espace, de place… et ces fameux blocs sont déclinables à l’infini : piégés, glissants, polymorphes, etc. Ce concept est addictif comme jamais et m’a rappellé Pokémon Puzzle League, pour la simple et bonne raison qu’il donne lieu à un certain nombre de techniques, de raisonnements à avoir, de modes de pensée d’urgence à adopter. Ça s’écroule au fur et à mesure et seul votre instinct de survie peut vous tirer de là. La première partie sera un amas de morts inutiles et la deuxième sera totalement « Bitch Please »! Certains militent même pour avoir ce jeu dans une grande compétition de jeux de combat, et ce n’est qu’en y jouant que j’ai pu comprendre ce raisonnement. Après, et c’est la caractéristique numéro 1 qui émane du jeu, ces séquences sont dures. Pas dures/infernales mais quelque part entre le frustrant et le niveau qui nous fait recommencer immédiatement en serrant les dents – on se ballade un peu et subitement, dans le dernier tiers, on rentre plus dans une logique de « casse tête » où des cas particuliers nécessitent un mode de pensée bien précis. Bref, si vous ne le faites pas en Easy, il va falloir subir quelques frustrations… mais pas de souci, les vies ne sont qu’une chimère (elles sont littéralement distribuées) et on peut sauvegarder entre chaque sous-niveau. Entre chaque stage, des moutons (c’est aussi votre cas mais vous êtes le seul à vous voir en humain) et un confessionnal où vous répondez à une question concernant votre propre vie sentimentale, résultats des joueurs précédents à l’appui. Je parlais d’imagerie religieuse tout à l’heure, le jeu met le doigt dessus à fond sans jamais le souligner, c’est assez formidable.

Le jour? Vous picolez au Stray Sheep (tiens tiens tiens) avec vos copains, vous passez votre temps, vous répondez aux sms des deux nanas de votre vie, vous allez aux chiottes regarder honteusement les photos aguichantes que vous réclamez, ce genre de choses. Le temps ne passe que si vous ne parlez aux autres clients qu’il va falloir encourager sur une base quotidienne, sous peine de les voir faire les gros titres le lendemain. Un amas de petits choix, de petits dialogues qui vous font faire connaissance avec des gens ayant leurs propres soucis, etc avant de retourner dans un autre cauchemar et de faire la queue où des moutons marchent vers le prochain niveau comme moi je marchais vers le grand bain quand j’étais en primaire. Ça peut sembler cyclique, voire redondant, c’est parce que ça l’est et ce n’est pas vraiment une mauvaise chose.

Cyclique, Catherine l’est, sans aucun doute (à ce stade, se priver d’une blague fort facile fait rage mais ma propre femme veille) mais on a hâte de voir la prochaine étape, le prochain puzzle, le prochain SMS qu’on va recevoir pour y envoyer une réponse aux choix multiples bien trouvés. Ces choix feront balancer une petite jauge de karma, une flèche qui balancera vers le bleu ou le rouge derrière un effet sonore délicieusement flippant, une jauge qui, à terme, vous donnera l’un des 8 endings possibles du jeu. Seulement voilà, le jeu est très très peu substantiel. Il est rempli de petits détails : des anecdotes sur les alcools dont vous finissez le verre, un jeu d’arcade vous permettant de vous entraîner à la logique des cauchemars, deux trois modes de jeux autour de cette variation, dont un à deux joueurs… bah oui, mais tout se base sur ce gameplay, du coup ça reste mince même si toutes les idées exploitables sont là. Difficile de reprocher un truc qui tient plus de la fatalité que de la paresse MAIS je m’attendais à un véritable développement de triangle amoureux! C’est ce qu’on a, oui, mais je pensais à une logique plus « chaque action a ses conséquences » qui ne varient que via certaines lignes de dialogues qu’on ne voit de toute manière pas la deuxième fois. On est difficilement prêt à gratuitement se mater la même ère glaciaire de cinématiques!

Non, Catherine aura toujours le même déroulement, les embranchements n’existent que dans sa finalité, l’histoire est toujours tissée d’avance avant de subitement s’embarquer dans un ending sensé refléter votre propre logique amoureuse. Ce jeu aime bien briser le quatrième mur et il va le faire d’une manière encore jamais vue, mais pour piger de quoi je parle il faudra finir le dernier niveau du mode Babel et ça, les enfants, il sera peut être plus facile d’aller sur Tv Tropes.

Le quatrième mur, justement, c’est l’un des argument de vente du jeu : on me l’a beaucoup présenté comme un miroir cathartique, un reflet de notre propre vie sentimentale, un jeu à vivre quand tu as seen some shit. La mienne n’est pas super étoffée sans être inexistante et je me suis retrouvé dans quelques situations, comme tout le monde… mais tu vois, cher ami, ignore bien le spoiler qui arrivera dans quelques lignes et ne commence qu’à la prochaine phrase en gras, il y a un méga non sens dans ce genre de raisonnement. L’adultère dans le jeu vidéo, c’est une chose, mettre le joueur en face de son propre vécu et de ses propres vices via un personnage-horoscope qui nous dira tous quelque chose, c’en est une autre, mais bon sang de bon soir comment veux-tu me faire croire (surligner) QUE JE PUISSE M’IDENTIFIER A L’HISTOIRE D’UN MEC QUI SORT DANS SA TETE AVEC UNE SUCCUBE? CA N’A AUCUN SENS TROLOLO ON VIRE DANS LA SCIENCE FICTION PAYE TON RÉALISME LACRYMAL. ENFIN JE N’AI PEUT ÊTRE PAS ASSEZ D’EXPÉRIENCE HEIN.

Enfin, rien de bien grave mais je me devais de souligner ce petit bug. Je ne crois pas que Catherine soit réellement la peinture d’une relation, il est évident qu’il s’agit davantage d’un univers gravitant autour d’un gameplay bien spécifique. Après, je pourrais parler de la vision un peu couillue des genres dans ce jeu, mais les personnages sont tellement… montrés sous un mauvais jour! Katherine est une kastratrice alpha, Catherine une maboule prête à t’arracher la carotide et Vincent n’est qu’une plante vivante, totalement dénuée de bon sens, dont la seule fonction vitale se résume à la transpiration. Je suis désolé mais ça fait très dessin animé comme gender politics là. Bien sûr, je ne râle pas sur ce que le jeu est mais bien sur l’image que j’avais du jeu, ce sont deux concepts bien différents. L’histoire est toute bête mais je n’y trouve pas une grande profondeur et pas plus de réalisme. Oui, il y a beaucoup d’éléments réalistes et crédibles dans cette histoire mais ça reste quand même assez loin d’un épisode lambda de Six Feet Under. Pour moi, ça reste un bel emballage, une coque luxueuse mais pas franchement plus.

Bon, le jeu a quand même plein de qualités, je tilte sur UN gros point noir qui m’a sauté aux yeux. Le jeu à cette formidable propension à poser une ambiance : visuellement, c’est top, ajoutez à l’imagerie constante du soft cette ambiance horrifique assez malsaine, cette difficulté encore plus exacerbée lors des boss (dont un cul géant, c’était pas une blague) qui te font savourer chaque bloc gravi comme autant d’images de la blonde trouvés sur Gelbooru. Il est important de souligner que la bande son est constitués de morceaux classiques remixées par Shoji Meguro, tous franchement cools et accrocheurs, normal, c’est du classique. Le souci du détail y est très fort, le concept assez épatant, le challenge présent et l’histoire inédite, il est certainement très bien comme jeu mais raaah.

Notez bien qu’on peut facilement se cosplayer en Vincent puisque l’édition collector américaine contient une réplique de son caleçon et l’européenne, son T-Shirt. Quelle bande de petits malins!

En bref, Catherine est un jeu assez cool, complètement adulte, traitant de sujets originaux et franchement bienvenus dans le jeu vidéo, il possède même une cohérence d’ensemble assez épatante un gameplay plus que bien foutu mais je peux pas m’empêcher de le voir comme un « super jeu XBLA » qui aurait pu être vendu au double du prix maximum, dans les trente euros. Et au delà du point de vue d’un mec qui s’est payé l’édition collector avec les goodies sympathiques, je peux pas m’empêcher de penser que c’est un mini-gâchis. Deux en un, comme les Nutella Snack & Drink, qu’on ne trouve plus de nos jours. Un gâchis. Mais jouez-y, c’est une jeu fascinant et je me garde le droit d’être schizophrène dans mes avis.

Sinon, Yannick Zicot est mort, et ça, si vous me permettez l’expression, c’est un peu naze.

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4 Responses to Plan cubes

  1. DilanNoKaze says:

    Critique vraiment intéressante, c’est vrai que les premières images du jeu qu’on a vu sur la toile y’a quelques mois sont uber trompeuses. Au final le jeu terminé n’est « que » un puzzle game erotique (mention spécial aux mélanges sur Game Dev Story comme tu le souligne).

    Je pense me le prendre quand même, au moins pour avoir un avis perso sur le soft, c’est pas évident de lire une critique qui correspond à ma pensée, et je pense bizarrement ! Merci pour ta critique 🙂

  2. Amo says:

    C’est pas érotique du tout :P.

    Après voilà, moi j’adore le puzzle, toi moins, donc du coup tu kiffes moins. Mais comme d’habitude: fais toujours trèèès attention à tes attentes. C’est pas la première fois ou tu es deçu un peu « pour rien » parce que tu t’es fais un film pas possible sur le jeu en question.

    Moi j’ai pas ce problème trololo. (^_^)/

  3. Jennica says:

    Lol at that anon comment and your reply ^^The boots and the sheer top are faatsntic! I always loved your long hair but you definitely rock this style too!

  4. http://www./ says:

    Hej VibeMange tak for din kommentar, dejligt du har haft succes med vores opskrifter.Desværre har oplever vi pt lidt bøvl med opskriftindekset, vi er opmærksomme pÃ¥ problemet og prøver at fixe det.Pebernøddelinket burde virke nu – God fornøjelse 🙂

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