Daily Archives: 17 février 2012

Comme dans du beurre

(Non, je n’ai pas échangé les titres avec le post précédent)

Attention, article insight. J’ai dû commencer une quinzaine d’articles avec pour accroche quelque chose du genre « Les Japonais me font peur » ou « Les Japonais sont des gens effrayants. » Je dois avouer que j’ai du commencer une autre dizaine d’articles par « J’ai du commencer une quinzaine d’articles » mais toujours est-il que le Japon n’est pas un grand fantasme en ce qui me concerne… C’est même celui de peu de gens, même parmi les plus fiers otakus : les autochtones font un peu peur. Ils parlent une langue incompréhensible, ne se touchent jamais (se tenir la main, c’est déjà faire du sexe en public) et cultivent un formalisme un peu flippant. Tenez, le week-ender dernier, il m’est arrivé un ensemble de trucs rigolos, et on peut en tirer pas mal de conclusions simples. Mon acheminement va être un peu diffus pour arriver à mon sujet « principal » mais je vais vous réclamer un peu de clémence pour cette fois.

Bref, le journalisme total, c’est mon dada, ma vocation, mon fils ma bataille. Probablement mon futur métier. Quelque part entre une chance sur deux et une sur trois, sans compter les fluctuations du marché et les bus qui peuvent vous passer dessus sans prévenir. C’est idiot, puisque la voie royale pour intégrer ce corps de métier réputé impénétrable, c’est d’intégrer une grande école au préalable, donc d’avoir un beau dossier, auquel j’aurais pu ajouter une expérience pro et une recommandation pro à une pauvre semaine de différence, mais ça ne fait rien, j’irais quand même aux cours sans avoir été reçu, ils finiront pas s’y habituer. Ce que je veux dire, c’est que j’ai eu la chance d’effectuer ma première pige et qu’il y a pas mal de trucs à en tirer, ne serait-ce qu’après deux jours de boulot, rien de plus.

Ma mission était d’aller interviewer le groupe Buono!, aller à leurs concerts du lendemain et en tirer deux posts qui seront bientôt – je croise les doigts parce que ça coince niveau papotis papotas avec le soleil levant – publiés sur Journal du Japon. Deux grosses choses. C’est une grosse pige, mais c’est évidemment bénévole. Je tue pour de l’expérience à ce stade alors ne vous enfermez pas vous même dans la précarité parce que vous auriez pris mon cas comme étant universel – pour un étudiant, faire un vrai texte peut rapporter pas mal fonctionner à la tâche comporte nombre d’inconvénient. Enfin, je vous reparlerais de ça quand je saurais vraiment de quoi je parle.

Par contre, je ne sais pas si une idole qui tient et JOUE d’un instrument sur scène est seulement concevable

Deuxièmement, je ne connais rien de Buono. Enfin, jusqu’à cet instant, le monde des idols m’était complètement inconnu et je n’avais aucune fichtre idée de la popularité de ces trois filles… comme je me suis amusé à le répéter partout, balancez un groupe comme Oasis quelque part en Corée, tout le monde s’en fichera, sauf la niche de 40 fans qui attendaient ça depuis la nuit des temps. Pour votre gouverne, c’est un groupe issu de deux autres formations, mobilisé pour un travail précis (les openings de Shugo Chara) qu’on a gardé ; visiblement, ça plaisait et ça continue à plaire. Je dois vous avouer que mes préjugés sur ce type de musique étaient assez forts : je vois ça comme des matriochkas qu’on exploite jusqu’à la mort – enfin, plus précisément, jusqu’au porno – ne servant à débiter qu’une musique archi industrielle et mécanique. Ca rentre quand même en contradiction avec l’enthousiasme des fans, jamais là par hasard. Vous pourrez me dire « ouais mais hé LMFAO et Justin Bieber ont des millions de fans » mais n’oubliez pas que la tranche d’âge n’est pas la même. Buono!, c’est des fans adolescents, de jeunes adultes, des adultes et quelques enfants perdus. En gros, le mystère était entier et je ne suis pas vraiment sûr d’être débarrassé de ces clichés après coup. La musique en tant que tel, j’y reviendrais, mais l’intégralité du service de presse donne l’impression de surprotéger trois idoles (là, j’emploie le terme plus religieux, qui s’oppose au profane) intouchables et sans vies privées. Que dire que dire?

Notre entrevue se passe donc dans les locaux de Nolife. Diantre, Nolife. Je met cette rédaction sur un piédestal et y poser les pieds était rigolo, entre le Seb qui bosse sans rien dire, le Alex qui joue sur la borne d’arcade, la Suzuka qui te regarde d’un air interrogateur mais que tu snobes royalement parce que tu relis tes notes, le Cyril qui te fraye un chemin dans les tooooout petits locaux pendant que tu penses très fort à tout ces moments où Compil te faisait peur, plein de bonnes choses. Les filles sont envoyées en shooting, une heure et demie se passe, le temps de papoter avec untel et untel de tout et de rien, de fantasmer sur la petite salle presse où trônent machine à gaufres, pot géant de Nutella, capsules expressos et tout le tremblement. Voilà l’heure… d’échanger les cartes et c’est là que mon paragraphe sur le formalisme sert à quelque chose. L’échange de carte au japon, c’est un rituel. Tu n’as pas ton nom sur un bout de papier? Tu n’es rien. Il y a une manière de donner, de la recevoir, de la contempler comme si on venait de te confier la clé de la mallette nucléaire, etc. De toute manières, à force de se formaliser sur les préliminaires japonais, ce n’est jamais arrivé et nous nous sommes contentés de faire ça entre gens dépêchés pour l’occasion. Bref, avant de découvrir la musique des idoles, l’objectif était de ne pas déclencher un conflit diplomatique sino-français. Objectif rempli de mon coté, je les ai même épatées avec mon honto ni arigato coincoin, le superlatif du merci, petite astuce qu’on m’a très sagement glissé.

Airi, Momoko, Miyabi, dans un style pas super beau

Comment ça se passe? Après les gars de Coyote, les filles se relaxent (comprenez : elles glandent pour le fun) et nous les recevons, toutes les trois, hyper propres sur elles dans leurs tailleurs roses respectifs, quelques badges façon Beatles joliment épinglés. Je crois que je venais de comprendre ce que l’autre voulait dire en chantant « poupée de cire, poupée de son » – on a l’impression de voir trois automates à la peau la plus lisse jamais vue répondre aux questions en faisant de grands « haaaan » « hiiiiiii » et autres injonctions rigolotes. L’interprète est une crème, chacun une question, on revient au premier, tout se passe bien, comment ça il faut écourter les choses après seulement un quart d’heure, rendez moi mon interview, elle se passait tellement bien… claquages de mains, débriefing et en avant vers de nouvelles aventures. Moralité : les stars n’ont pas beaucoup de temps pour vous. Enfin, si, leur staff daigne peut être vous accorder la moitié d’une demi heure initialement impartie, mais que voulez-vous, une heure de shooting et une demi heure de glande, c’est dur quoi. Buono, au naturel, ce sont trois filles tout à fait charmantes qui répondent des trucs jamais idiots, rarement avec un ton du même acabit. Oh, bien sûr, on repère qu’elles sont un peu programmées. Par exemple, quand Airi-bot dit à qui veut l’entendre que sa musique distribue de la bonne humeur et de l’énergie, ou que Momoko-bot arrive à nous sortir modestement qu’elle est la fille la plus mignonne du Japon, il faut bien rire extérieurement et froncer des sourcils intérieurement – essayez chez vous, c’est pas évident – mais il y a de quoi établir un certain compromis entre communication et décontraction. Les idoles n’ont pas trop l’air d’être des poupées lâchées au service de la mafia, de la musique d’ascenseur et du pognon au détriment de leur propre avenir. Enfin, si, peut être un peu. Je ne sais pas, je suis confus. N’hésitez pas à partager votre expérience si vous êtes idole de J-Pop.

Ca ne fait rien, gardons le moral

Car après cette première expérience rigolo venait le concert, à la Machine du moulin Rouge, salle huppée, rose, à l’ancienne, avec bar, balcons et escaliers où on peut tenter de se frayer un chemin parmi la horde de fans. Ouaip, ça confirmait que les fans existaient bel et bien et qu’ils étaient nombreux au rendez-vous. Un fan de J-Pop en concert, ça fait quoi? Ca ne pogote pas, ça ne danse pas, ça fait une espèce de mouvement sur pogo-stick statique en baladant son truc fluorescent… pas très rock and roll tout ça, mais au moins, il est certain qu’il se dégage du public une très grande sincérité, une réelle envie d’être là. Tant mieux. Les filles, elles, apparaissent sur scène pile à l’heure après un petit show vidéo mettant l’emphase sur le coté « grande première du concert ». Un show extrêmement calibré : très court, un peu moins d’une heure et demie, sachant qu’il y a eu une trèèèès longue intervention du staff qui n’a jamais servi à rien, qui ne faisait pas le show, qui passait (et perdait) le temps, dommage. Une chanson, deux autres, un peu de « Bonjour Paris Desuuuuu ~ » et voilà, on se retrouve déjà à réclamer un rappel qui ne viendras jamais. Il s’agit de distinguer deux trucs bien différents dans ce genre de concert : la musique et les artistes ne font pas bon ménage. Comprenez que les trois filles dansent seules sur scène, le micro à la main – pas le moindre instrument, elles chantent sur une piste à part… non pas que ce soit moins bien mais il est plus facile de véhiculer de l’énergie une gratte dans les mains.

Si les filles définissent elles-même leur musique en tant que « musique de soutien », sensée redonner du Peps aux étudiants désœuvrés et autres amateurs de power rock très (très) (trèèès) gentil, quid de la musique en live? Le problème est énorme : ça s’oublie très vite. Non pas que ce soit réellement formaté – Buono brasse quelques genres, on a même frôlé les ambiances technoïdes le temps d’une intro – mais le groupe véhicule tellement les valeurs du sucre, des licornes et de l’amour que l’ensemble manque de profondeur. C’est de la pop, énergique certes, creuse, certainement. Pas mal de morceaux seraient parfaits dans tels ou tels jeux vidéo mais trois lolitas sur scène n’arrivent pas nécessairement à en faire quelque chose de passionant. Le problème vient surtout des filles : extrêmement statiques, leurs mouvements sont très saccadés, presque fatigués, je me suis demandé à une ou deux reprises si je n’avais pas des mamies en face de moi, embêtant quand même. L’interaction avec le public est vraiment faible, les effets de scène inexistants, elles sont juste là pour balancer la sauce le temps d’une heure… et si c’est bon techniquement (le larsen est là pour ne rappeler que ce n’est pas du playback) la musique ne rentre pas dans le domaine de l’immémoriel. La pop japonaise, c’est une tout autre vue de l’esprit : ce sont plus des mélodies que des riffs, plus des voix calées les unes sur les autres que des harmonies (inexistantes) plus l’énergie des fans que l’énergie des vedettes. Là encore, j’avais vraiment l’impression qu’on donnait ce que le public réclamait, pas ce que le groupe pouvait créer. J’en ai donc profiter pour m’installer quelque part, prendre des notes et manger une délicieuse viennoise au chocolat.

Après, je suis un peu injuste, les filles savaient quand même faire un minimum de don de soi. Dommage que l’approche aie été un peu littérale, puisque le temps des quatre dernières chansons, on les voit se changer et adopter des poses un poil aguicheuses… hé, calmons nous, elles ne sont pas toutes légales et ça reste contradictoire avec l’image qu’elle essaient de se donner d’elle même – inaccessible, de passage-éclair. Tiens, je suis du même avis que la plupart des gens qui hurlaient son prénom, j’ai un petit mini-faible pour Miyabi mais bien parce que c’était la plus pro des trois. Sinon, ce n’était pas aujourd’hui que mes à-priori sur le genre allaient être chamboulés. Peut être que c’est un genre à textes si ça se trouve, je ne le saurais jamais. Elles sont retournées dans leur pays, peut être qu’elles sont exploitées, peut être qu’elles sont vouées à faire du porno et à jouer les miss Japon pendant quinze ans, ce n’est pas mon problème, mais musicalement, ce n’était pas vraiment ça. Si il y a des fans pour elles, tant mieux.

En conclusion, on peut dire que la J-Pop n’est pas mon truc et ne le sera probablement jamais. Merci à Thomas pour m’avoir rencardé et m’avoir permis de mettre le premier doigt dans l’engrenage, et merci à Céline d’avoir fait appel à moi. Scrutez mon flux Twitter pour les deux posts correspondants!

Cette fois encore, je participe à Respawn en live sur Radio01.net, ce samedi soir à 21h. Avec Azmar et… Amo. Ca risque d’être intéressant… et je parlerais Real Tv ricaines dans le café Synops du Samedi suivant. Le Samedi d’après, je serais à Londres, Trololo.

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