Daily Archives: 10 février 2012

Ce moment étrange où

Grand moment de détresse sensorielle quand TF1 a diffusé, hier soir, l’épisode de Grey’s Anatomy où cette grosse dondon de Callie se prends un arbre dans le bout du groin ; pourtant, elle savait probablement que détacher sa ceinture dans une série, c’est automatiquement provoquer un accident. Résultat, tout un épisode sur son délire neurologique où elle voit les gens chanter… et c’est non seulement gênant pour les scénaristes qui se tapent le micro-fantasme le moins bien amené du moment – les voir entonner How To Save A Life n’avait rien d’émouvant, juste super maladroit – et… c’est tout simpelement déjà fait. Bien mieux fait.

C’est le moment de lancer une thématique qui fait déjà chouiner les trois-quart de l’Internet (mais ça, je peux le comprendre, j’ai moi même déjà chouiné très fort) – nous sommes en Février et je me permet de lancer une petite thématique rose et insupportable de bonheur simple : quoi de mieux que l’Hôpital du Sacré Coeur pour entamer un arc sur la Saint Valentin? Coeur? Amour? C’est bon, je peux m’en aller maintenant?

Scrubs est donc une série où, dans le même strict procédé scénaristique, un patient est amené à l’hôpital au centre de l’action, a un petaucaske neurologique et voit tout le monde danser et chanter, ce qui donne un de ces fameux épisodes muscaux-figure-de-style. En l’occurrence, il y avait une justification un poil plus logique derrière, jamais l’épisode ne se prenait vraiment au sérieux et les chansons étaient originales en plus d’être drôles. … la série reprends sur M6 le Vendredi soir à des horaires honteux et je me suis rendu compte que je n’ai jamais parlé frontalement de cette super série qui vient à peine de se terminer. Si Scrubs ne vous dit rien, sachez que c’est une série qui n’existait pour personne en France avant 2004 et des poussières – alors qu’elle cumulait déjà trois saisons. Une série hospitalière, encore? Oui et non. D’abord, elle s’inscrit effectivement dans cet espèce de cycle du genre, elle occupait un créneau bien connu, quelque part entre Urgences et l’autre série un peu coupable de maladresses, là… mais en mixant le lieu avec un paramètre semblant un peu incompatible, un peu comme si vous auriez fait un jeu de Romance avec des Pirates sur Game Dev Story… une SITCOM! Avec l’approche « années 2000 » du genre, amorcée par Malcolm qui abordait un peu les mêmes mécanismes à la même période. Pas de canapé, pas de rires pré-enregistrées, seule l’unité de lieu prévaut sur le reste. C’est toujours nécessaire quand il est difficile de soutirer autre chose que « How I Met Your Mother » aux fans de comédies qui ignorent Curb Your Enthusiasm et autres Arrested Development. Il paraît peu probable que Scrubs ne vous dise rien mais si je peux vous encourager à y jeter un coup d’œil, ce serait bien bien bien bien bien.

La série a une histoire un peu… compliquée envers ses producteurs et ses fans. Durant de 2001 à 2010 (neuf saisons) elle vit sa vie de format comique – vingt fois vint minutes fois X années – elle fait ses premières armes, convainc son public et suit son cours pendant de nombreuses années. Viennent les emmerdes, les pourparlers entre grosses légumes et du balbutiement exécutif – on écrit un Series Finale (un épisode ultime) pour la série qui… se voit reconduite pour une année de plus. Ca fait désordre. Le scénario se reproduit encore l’année d’après. A ce stade là, c’est un gros bazar. La série se termine sur un scénario un peu alternatif avec un casting complètement changé. On arrive à un point qui se situe quelque part entre ma chambre et les ruelles de Naples. Même si les fans ont su pardonner le fait que Scrubs soit comme un appareil électroménager qu’on allume et éteint à loisir, cette dernière saison est simplement reniée par l’intégralité de l’Internet! On ignore tout ça, on diffuse de temps en temps entre Nip Tuck et de la call tv et paf, une fanbase française prends forme pour n’importe quelle bonne série.

Scrubs n’a pas plus de scénario que n’importe quelle sitcom : l’action se déroule dans un hôpital lambda dans un lieu inconnu des Etats-Unis – des patients arrivent, ont souvent des symptômes étranges annonçant toutes ces maladies télévisuellement transmissibles et, série comique oblige, tout ça est pris de manière délirante et, la plupart du temps, légère. Le grand mufti de l’humour de Scrubs, c’est John Dorian, alias JD – et JD, c’est Zach Braff. Zach Braff, c’est Garden State et New Slang des Shins, c’est aussi un rôle dans Arrested Development, mais c’est surtout Alexis Tomassian dont la voix mêne l’un des rares trucs que beaucoup de monde vous recommandera en VF avant tout. John Dorian incarne le héros typique de sitcom moderne : mec à l’apparence ultra-sympathique, un peu (voir carrément) connard quand il le faut, il préside la planète JD – ce mec est l’un des personnages les plus dans la lune qu’il est possible d’écrire ; la moitié de l’humour de la série se base dans ses « petits moments », ses rêveries, ses fantasmes, de petites pastilles débiles qu’il est impossible de ne pas adorer. Évidemment, il n’est pas le seul perso à évoluer devant la caméra. Si ce premier entame le tout premier épisode comme interne débutant au Sacré-Coeur, on y découvre Turk, son meilleur pote (le mec le plus noir et fier de l’être de sa génération – il carbure aux clichés) – Carla, la copine de ce dernier… mais aussi Eliott, la bonne copine totalement névrotique de JD et copine de lit régulière, leur romance est évidemment un point central de la série. Pas facile de sortir avec une nana connue pour avoir des fétiches barrés, dont celui du fameux voleur de pommes mexicain – après, il y a cette batterie de personnages plus ou moins secondaires, comme le fabuleux docteur Cox, mentor-tsundere connu pour ses interminables tirades et son caractère de cochon ; mais aussi Bob (deuxième prénom : Belzébuth) Kelso, le méchant chef de service, le tout puissant balayeur au nom inconnu, etc. Plein de gens extrêmement mémorables qui quittent rarement le champ d’action.

Comment ça marche? Comme souvent, des petites storylines (toujours dictées par les monologues intérieurs de John Dorian – le réalisateur dit que chaque épisode est comme une page de journal intime mais faut pas trop se formaliser sur ça parce que ça ne se voit pas une seconde) sont égrenées sur un épisode qui se superposent à des intrigues de fond. Des arcs apparaissent de temps en temps, un nombre indéfinissable de runnings-gags apparaissent, les personnages évoluent, très peu disparaissent… la routine. Une bonne routine – Scrubs possède deux qualités qui font d’elle une série AAA. Une bonne écriture…

… et de bons personnages. C’est trop rare pour être signalé. Souvent, la sitcom est davantage drôle que réellement écrite pour émouvoir où se soucier des têtes de pipe qui s’agitent dans l’écran – Scrubs trouve, d’un bout à l’autre, un équilibre fin – ses personnages sont appréciables. Même les pathétiques, même les connards, même ceux qui sont faits pour être détestés – sans me lancer sur une diatribe sur la cohérence des persos (tous n’évoluent pas dans le bon sens – JD, en bon perso principal, ne se bonifie pas tant que ça avec le temps) il est évident que ces gens sont tous très exagérés à leur manière mais humains. Il existe probablement des séries comiques avec un casting plus sclérosé mais la barre est quand même très haute, pour le coup. Heureusement, pour une longue série qui a vu défiler une centaine de visage différents dans sa toile de fond! Un « cercle principal », ses interactions, plein de nouvelles têtes qui s’en iront bientôt, et voilà. D’autre part, il est assez difficile d’expliquer en quoi l’écriture de Scrubs est relativement novatrice mais voilà ma tentative.

Il est très rare que la série essaie d’être drôle, elle n’a jamais à vraiment passer par cette étape. L’humour dans ce contexte, c’est rarement autre chose que de l’absurde bien mené ou un bête talent d’écriture, des petites phrases qui volent et qui font mouche ou une multitude de scènes juste cultes… qui se reposent sur une plus grosse multitude de scènes juste bien trouvées. Vous vous souvenez du « Je me seeens tellement bien ce matiiiiin~ »? C’est un exemple comme un autre, parmi une vingtaine dans un épisode donné. En gros, c’est surtout une question de rythme, rapide sans être épileptique, juste efficace et sans trucs inutiles (souvent, une intrigue partant d’une grosse connerie part de quelque chose plus réfléchie) avec plein d’effets sonores rigolos, de bonnes musiques qui se déclenchent au bon moment – le fameux effet clip qu’on retrouve plus ou moins maladroitement dans ces séries, c’est par exemple dans Scrubs que tout le monde a entendu How To Save A Life pour la première fois, la boucle est bouclée – et tutti quanti dans cet esprit de « bon emballage ». Pas excellent, juste bon et efficace, c’est tout ce qu’il faut. On passe pas son temps devant avec un sourire aux lèvres, on rit, parfois même bien plus. L’imagination de JD est une source intarissable de débilités à se faire dessus et le tout est souligné par certaines répliques, cultes as f-.

… et la série passe facilement de l’autre coté du spectre. On a facilement la larme à l’oeil devant tout ça et la source de tragédie est facile à trouver dans un hôpital – certains patients sont plus attachants que d’autres et sachez qu’on va tout faire pour vous tromper si vous vous amusez au jeu des pronostics. Il s’avère juste que les moments émouvants sont plus nombreux qu’on pourrait s’y attendre de prime abord et qu’ils sont toujours bien amenés, pas maladroits, juste logiques et acceptables. Le contraste est rare : aussi hilarant que grave sur certains moments, sans tomber dans la schizophrénie crasse… on pourrait dire qu’elle aborde des thèmes très adultes et blah blah blah mais je doute que Scrubs soit fondamentalement une série pour têtes blondes. Ne serait-ce qu’en puissance scénaristique et en littérarité, les auteurs nous ont plus d’une fois montré qu’ils savaient garder une carte pendant très longtemps pour nous la ressortir au moment optimal. Je ne sais pas si c’est du talent ou de l’opportunisme, mais dans tout les cas, ça marche.

En plus, c’est une série qui a ses période de vide (sur la longueur, ça s’explique) mais qui n’était pas « condamnée » dès un certain point – la dernière saison, la huit donc hein, est universellement qualifiée de plus mature. Un changement de chaîne façon Futurama n’a en rien affecté l’esprit – parce que oui, on peut réellement parler de ça – de la série qui a gardé un niveau assez top tout du long, avec un ratio d’épisode « normaux » acceptables pour accepter des figures de style de temps en temps, que ce soit changements de focales, bizarreries stylistiques ou… comédies musicales. On dit souvent de Scrubs que c’est une série « visuelle » et c’est pas bien dur à expliquer. On se rend compte que les épisodes sont très peu « hachés », souvent composée de gros plans séquences, de gags visuels et autres petits raccourcis sympas. Je me permet d’insister, si vous ne connaissez pas Scrubs, je ne vais pas vous mettre le couteau sous la gorge pour que vous téléchargiez un torrent intégral mais c’est à tout les coups un gros plaisir hebdomadaire que de se réfugier devant deux trois passages dans la vie du Sacré Coeur. L’écriture derrière est indéniable, les personnages sont en acier trempé et on y trouve toujours de la bonne ziq, à commencer par « Superman », le fameux petit truc au banjo qu’on entends dix secondes par épisodes. Ouais, si il y a bien un truc qui manque à cette série, c’est surement un bon générique.

Bon, je me lance quand même : au delà de cette tonne de détails géniaux impossible à lister dans cette série, il y a quand même un traitement relativement astucieux de divers romances vécues entre les personnages. Ca me semble être le strict minimum mais identification du spectateur probable, etc, réalisme des situations, coin coin. Originale, vraiment, et tellement bien équilibrée entre comédie (de fond) et drame (tangible) – globalement, c’est quand même mieux que l’autre série là, qui est tout aussi bien.

Enfin, Sarah Chalke.

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