Daily Archives: 6 février 2012

Dur d’être populaire

Il y a ce moment assez emblématique de Genshiken où l’antihéro otaku émacié explique à une nana sensée segmenter la jeunesse « normale » que depuis toujours, l’humanité fantasme sur la représentation au delà de l’objet de ces mêmes représentations. En gros, nous serions programmés génétiquement pour regarder la 2D et la mettre au même niveau que les bonnes vieilles rondeurs de la vraie vie, vous voyez où ça nous amène? C’est très certainement vrai et que le premier qui n’est pas allé faire de l’investigation sur Gelbooru me jette le premier fap mais au delà de la visée « érotique » de la théorie de ce cher Madarame, il est vrai que – je vais simplifier à mort une phrase bien trop alambiquée – le dessin, c’est notre dada. Vous lisez ce post chez vous, sur le ventre en pliant/dépliant les jambes? Lâchez votre téléphone à fourrure rose et matez donc cette belle bibliothèque sur le coté qui foisonne de bédés et de mangas… ou peut être même de comics – parce que vous cultivez la diversité et sachez dénicher le bon sur tout les continents et vous avez raison.

D’ailleurs, c’est un mec complètement incapable de dessiner et, en amont, de « visualiser » n’importe quel truc qui vous parle… mais le fait de jalouser les dessinateurs talentueux (ces salauds qui peuvent, virtuellement, dessiner leurs fantasmes les plus tordus) permet aussi de rester dans la barrière des amateurs de beaux dessins, donc de ne pas tomber dans les affres du métier blah blah ce contre-argument ne veux pas dire grand chose ; bref, j’aime le dessin, tu aimes le dessin, nous aimons tous le dessin. Après, il est prouvé que « nous » sommes faits pour être bien plus attirés par des représentations humanoïdes aux yeux énormes qui parlent via de grandes bulles rondes. Figurez vous que – tenez vous bien – il y a des tas de gens qui font de la bédé sur internet!

Je ne parle pas, par exemple, de ces auteurs – au hasard – Soleil qui publient leurs planches sur la toile en avance pour faire du teasing mais un genre bien pointu qui est là pour nous parler et j’entends par là les webcomics. Ce mot est formidable puisqu’il explique son contenu dès le nom : ces « comics » (bd américaines, français et culture françaises exclues) sur le web, donc… mais vous connaissez mon désamour des blogs bd qui sont, la plupart du temps, une espèce de sublimation de l’auteur qui en profite pour montrer son popotin et en faire des planches acclamées par des hordes de fans gagnées dès le deuxième strip. Si si, c’est exactement comme ça! Les webcomics n’ont rien à voir avec ces poncifs, et ils n’ont pas cette connotation de « localisation », on peut tout à faire dire qu’il existe des webcomics français, c’est juste pour le plaisir de cracher sur les blogueuses mode/girly/cancer. Après il s’agit de diviser deux types de webcomics anglophones (car mon approche du jour ne concerne que cette langue) ; certains sont de vraies bandes dessinées racontant une histoire cohérente, avec des personnages, une intrigue et tout le tremblement mais j’en connais si peu pour faire un post (et je ne demande qu’à en découvrir, je suis certain qu’il existe toute une culture, une actualité et des incontournables), mais je parle bien sûr du webcomic traitant du jeu vidéo, ou si on veut se permettre une plus grande ouverture, du webcomic geek.

(Ce cher monsieur Croshaw avait une approche intéressante quand à la meilleure façon de développer ses statistiques en tant qu’auteur de bédé du web : faire du drama. Pas des drama littéraires façon storylines et esprits torturés, non, faire du drama en tant que personne dans l’Internet et dans la vraie vie pour ainsi attirer l’attention de toute manière. C’est… une manière de voir les choses)

Par contre il est intéressant de constater qu’il… n’est pas nécessaire de savoir dessiner pour avoir un site connu. J’en tiens pour référence xkcd, l’exemple alpha des Internets qui envoie un certain nombre de « bons clichés du genre » : une triade de personnage vieille comme le monde (le héros/la fille/l’élément comique/à peu de choses près) et une inébranlable publication quotidienne! L’auteur est typiquement l’homme qui nous a tous prouvé qu’on pouvait se démarquer en ne dessinant que des stickmens et des bulles sans quelconque expression ou émotion affichée (en français, le concept de non-dessin était poussé à l’extrême avec la bande pas dessinée) et le succès local et international du comic n’est plus à démontrer, avec plus d’un millier de bandes au compteur. Xkcd peut même se targuer d’aborder une certaine diversité de sujets puisque les relations, le sexe et autre trucs parfois un peu inaccessibles à nous autres geeks sont des thèmes récurrents, pas toujours avec humour, pas toujours dans le but de faire sourire. Par contre, on trouve une très très grosse pertinence des… maths et de la physique. Je n’ai pas compris un nombre significatifs de strips parce que je n’avait tout simplement pas la bonne connaissance nécessaire à la compréhension du gag, de quoi se sentir comme un néophyte de l’internet devant 9gag… et justement, le mémétique est aussi un gros morceau du site, parfois lui même créateur de mèmes, petits et grands. Ce n’est pas d’une littérarité folle mais c’est franchement connu, ça peut éventuellement vous toucher.

Un peu plus loin dans le spectre du dessin pas super recherché, il y a bien Cyanide And Hapiness qui reste dans cette catégorie des « liens quotidiens ». Humour geek? Ben… peut être pas, c’est plutôt un « humour de geek », une divergence syntaxique qui a son importance puisque ce comic, comme son nom l’indique, cultive un humour noir assez délectable. Agrémenté par quatre auteurs au style distinct qui font une planche à tour de rôle, CaH est le champion de l’humour subtil, non-sensique, toujours assez sombre, bref glacé et sophistiqué – le site se permet même d’être SUPER DARK le temps d’une « semaine de la dépression » où le gentil humour barré se transforme en humour carrément noir 99% cacao, froid et très amer. Le signe distinctif d’un webcomic qui marche? Il vends des goodies! Non seulement il existe deux best-offs publiés qui comportent quelques inédits, ça peut faire un cadeau originial ; mais quand un site se permet de t’expédier de (beaux) posters et des peluches, tu sais qui est le patron. En l’occurrence, Cyanide and Hapiness est un site au trait et à l’humour aussi caractéristiques que plaisants, parce qu’il ne se contente pas de faire du gag référentiel que personne ne comprendra dans cinq ou six ans, on a juste l’impression que chaque situation non-sensique possible a été trouvée par ces quatre cavaliers de l’apocalypse, bravo à eux!

Maintenant, passons à ce qui nous concerne un petit peu plus directement : le web comic gamer. Croyez moi; il existe tout un genre qui a subit une sorte de prolifération un peu étouffante où chaque nouvelle création tourne autour d’un élément récurrent de fiction, à savoir le canapé. Ça vous rappelle une demi douzaine de sitcoms? C’est normal, les plus flemmards se contentaient tous d’appliquer soigneusement le schéma suivant : deux personnages sont sur le fameux meuble, jouent au jeu du moment et paraphrasent sur la différence de réalité entre la notre et celle des jeux vidéos, point bonus si on envoie les blagues de « cake is a lie », etc. Si on a pu distinguer tout un genre qui obéit à ces codes, c’est avant tout parce qu’il y a des exemples extrêmement … prospères. Penny Arcade est l’exemple type! Complètement inratable, ce webcomic obéit à tout ces petits réflexes qu’il a lui même lancé, et si on peut lui reprocher un dessin… pas nécessairement très fouillé (mais comment faire autre chose pour pondre neuf gags par semaine?) il suffit de comprendre qu’il a tellement duré que revenir sur les premiers strips équivaut à ajouter du texte à des dessins d’enfance. Le méta autour de PA est tel que le site à fait jurisprudence en créant une convention à son nom. A part la création d’un Etat, je ne vois pas quelle peut être l’étape suivante dans la vie d’un site à succès…

Après, il faut avouer que le comic en lui même à quelques limites : il n’est pas toujours drôle et sa longévité fait que la diversité de sujets… s’impose. Comprenez : il n’y a pas lieu d’y avoir de diversité, en amont – il n’est pas toujours évident de tenir un vrai gag de gamer par jour en parallèle avec une actualité un peu sinusoïdale, on se tape parfois des gags sur la vie de parent des personnages (qui ont l’air d’avoir 18 ans, ce qui est toujours un poil perturbant) MAIS, parce qu’il y en a un et c’est un bon, Penny Arcade est aussi celui qui a su parler d’un jeu… et zigzaguer un peu dans le paratexte. Ce que je veux dire, c’est que ses planches peuvent tout à fait faire de l’humour sur le jeu en temps que tel ou sur les impressions qu’on peut en tirer, mais aussi sur l’univers du jeu, son développement, l’industrie dans sa globalité… c’est un très gros pile pour la face « personnelle » de certains jours ; en plus d’être toujours assez subtil dans son approche, Penny Arcade est une manière simple de suivre l’actualité du jeu vidéo, si on accepte, bien sûr, de ne se rattacher qu’à une unique source, ce que tout le monde devrait proscrire par définition. En plus d’avoir acquis une réputation et une légitimité monstre, PA fait partie des happy fews qui peuvent vivre aisément de ce qui a été un hobby bien entretenu. Bon niveau d’anglais requis, le niveau de langue y est parfois un peu absurde.

Je le linke parce que je le connais et que j’ai eu ma période, Vg Catz peut aussi s’installer ici le temps d’un petit paragraphe. Lien qui plaira à tout les grands enfants et amateurs de furry car ce webcomic au style sympa (et au contenu, on va dire, moins poussé, je suppose que ceci balance cela) est tout aussi généraliste dans son approche critique – il partage même avec Penny Arcade cette propriété d’avoir tenu si longtemps qu’on peut taper un jeu vidéo dans le champ de recherche dédié et trouver une page à l’humour spécialisé du-dit jeu. Après, le rythme n’est pas du tout le même et chaque nouvelle planche du comic principal ou de chacun de ses petits side-projets – dont un remake de la première génération de Pokémon qui se lit d’une traine – est accueillie d’une manière très messianique, une mise à jour par mois relève déjà du miracle. Qu’importe, personne n’est obligé de tenir ça pendant des décennies et ça prouve qu’on peut prendre ce « schéma canapé » et le modifier un poil (hi hi) – en revanche, non, pas de réelle romance à prévoir entre les deux protagonistes. Par contre, si vous tapez « VG Butts » sur Google… 😀

Enfin, on peut encore plus ouvrir la focale pour généraliser sur le fait qu’il y aura toujours un bon webcomic sur un sujet spécialisé… ou un jeu vidéo bien précis. Tenez, complètement au hasard, Black Adventures. Dessiné dans ce style que n’importe quelle personne un tant soit peu calée peut imiter, c’est bien évidemment un comic parodiant la dernière génération de Pokémon. Là, on quitte l’humour sage et consensuel pour quelque chose de complètement référentiel! Il est évident que les aventures – alors au début dictées par les lecteurs, façon 4chan – sont toujours influencées par les kiffs récents de la dessinatrice, c’est pourquoi on y verra tout une période Panty & Stocking, etc. Tout y est fétichisé dans des limites morales délicieusement ténues – l’intégralité de l’humour de cette page réside dans l’hétérosexualité très discutable de ses personnages – mais ce que je veux dire, c’est que pour n’importe quel bon jeu, il y aura un bon webcomic. Considérez ça comme un penchant de la règle 36… ce n’est qu’un tout petit panel de base mais si vous avez d’autres exemples addictifs, partagez donc, j’en serais ravi.

Si tout se goupille bien, je pourrais interviewer les minettes de Buono pour le Journal du Japon avant leur concert de ce Dimanche. On s’y croisera peut être! En attendant, je vais jouer à Catherine et peut être respirer, ou manger, éventuellement.

Posted in Pépites du web | Tagged , , , , | 3 Comments