Daily Archives: 29 janvier 2012

Roleplay/Longtime

Oyez, amis des internets, entendez donc mon histoire – celle d’un Argonien qui, en soixante heures, est devenu le maître absolu du royaume de Tamriel. Pour ce post, je me transforme en Concombre de Masqué, fier étudiant à l’académie de Paridis, futur chevalier et rédacteur de manuscrits sophistiqués. Avant toute chose, un petit préambule pour la populace.

Je n’avais jamais ouï quoi que ce soit sur la grande série The Elder Scrolls. Cette histoire de parchemins anciens s’étale en fait sur cinq grands épisodes : Arena, Daggerfall, Morrowind, Oblivion et fatalament, Skyrim. En bon amateur de distractions simples mais efficaces, se lancer dans une telle épopée semblait bien trop chronophage… et voilà-t-y pas que le grand conseil Famitsu, bande de troubadours à la renommée mondiale, lui met un 40/40, la note maximale. Une première – pendant ce temps, à l’académie, on commence à sentir une addiction latente, les chevaliers partent à l’aventure plusieurs fois par jour, on le sent sur leurs visages, le concours de cernes fait rage – ce n’est pas comme si je me débrouillais bien par définition dans le domaine – mais je dois avouer que j’ai fini par succomber à cette envie pressante de faire comme tout le monde et de découvrir ce qui s’annonçait être quelque chose d’assez unique.

Après un faible coût d’entrée dans la région de Ixboxe (préfecture : Troisisszéro) je me suis tout de même renseigné sur quelques us et coutumes de ma prochaine destination : la plupart des parchemins évoquaient un « RPG à l’Américaine » conçu par le monarque « Bethesda » – ce même monarque qui « a toujours les mêmes bugs », probablement un souci dermatologique – bref des tas de mots compliqués qui ne me disaient pas grand chose. Il est vrai que dans une autre vie j’étais parti bien loin dans le futur, vers 1950 dans une ville engloutie combattre du zombie mais ces fameux éléments de « roleplay » étaient plutôt faibles. Dans ma vue d’esprit, une aventure c’est surtout du combat au tour par tour et un amas de chiffres, une conception des choses qui appartient à une péninsule lointaine peuplée de gens aux us et coutumes inconnus… quoi qu’il en soit, j’étais prêt, j’ai fait mon baluchon et je suis parti en Bordeciel.

Bon, les choses ont très mal commencé, je me suis fait capturer sans aucune raison apparente et, en chemin vers mon exécution (j’ai connu plus acceuillant, il va sans dire) j’ai pu papoter un peu avec Ulfric Sombrage, qui m’apprends que le royaume est déchiré dans une guerre opposant l’Empire et le contre-pouvoir qu’il représente. Je n’ai pas eu le temps de faire le petit malin en lui disant que j’avais déjà vu ça un milliard de fois qu’on était sur le point de me trancher les cervicales pour avoir été là au mauvais moment. Visiblement, mon compagnon avait tué le dernier Haut-Roi, je me suis senti comme la compagne de Mesrine lors de son exécution sauvage. MAIS! Alors que j’avais les dents sur le bois de la mort, un Dragon est venu mettre le dawa dans le village d’Helgen. Un DRAGON. On en avait pas vu depuis des siècles! J’ai pu profiter de la confusion pour m’échapper. J’ai même pu faire le choix de suivre mon bourreau ou le fameux Ulfric, je n’ai rien compris, j’ai juste appris quelques trucs basiques : me déplacer, sauter (mes facultés mentales étaient très réduites après toutes ces émotions) – lancer un sort, équiper un truc et le mettre sur le nez d’un monstre avec plus ou moins de conviction, crocheter des serrures et marcher sur la pointe des pieds. J’ai fait tout ça avec une efficacité relative, je m’emmêlais un peu les pinceaux et j’étais fasciné par le fait que n’importe quel objet était transportable… mais ça, c’est la même chose dans chaque strict donjon du royaume – toujours plus meublé qu’un hall d’exposition d’Ikéa. Pensant à toute cette prospective de recel, c’est avec quinze assiettes et trente balais en poche que nous sortâmes de cette grotte, mon compagnon me laissant seul à mon sort. J’avais bien un objectif en tête mais strictement rien de m’obligeait à y aller directement, j’étais juste laissé à moi-même dans l’immensité de Bordeciel. Et ça les amis, si il y a bien un précepte local, c’est qu’on ne vous prends pas par la main.

Ho, j’oubliais de préciser que pour cette nouvelle aventure, j’ai opté pour le pseudonyme de Rango (super spirituel quand on est un lézard géant) et qu’avant de me faire exécuter, on m’a proposé un lifting assez complet. Paradoxal quand on est sur le point de se faire trancher le cerveau mais passons – je me rendais nonchalamment vers Blancherive, ma première destination, quand j’ai rencontré des lapins et des renards qui ont fait les frais de mes premières tentatives de magie. J’avais du feu qui sortait des paumes, c’était cool, je me disais que j’allais baser toute ma survie sur ça. Arrivé à Blancherive, on m’a donné une autre quête, puis encore une autre, puis encore une autre… tout ça s’est acheminé dans une histoire assez fabuleuse où j’ai appris que j’étais l’Enfant Du Dragon, une âme capable d’assimiler celle de mes congénères reptiliens et géants. Bien sûr, cette épopée n’était pas en soit extrêmement longue si je n’avais décidé de faire que cela : peut être une quinzaine d’heure pour combattre de grands monstres, monter les 5000 marches de la plus haute montagne, apprendre les « cris » de la langue draconienne, infiltrer une réception… nombre d’aventures surréalistes disséminées aux quatre coins du pays. Hé oui, il est possible de se téléporter à un endroit mais il faut l’avoir visité une fois au préalable! C’est pour cela que j’ai acheté un cheval – ces bêtes là sont faites en titanium, on ne peut pas subir de dégâts sur leur dos et elles ne laissent pas la paix à un ennemi avant de l’avoir piétiné. Bref, je partais d’aventure en aventure et je m’enfermais dans un schéma classique : aller dans un donjon pour y chercher un objet et/ou y tuer quelqu’un, faire de la place et voler les échoppes en plaçant des paniers sur la tête des tenanciers.

Une problématique est très rapidement apparue : mes poches n’ont rien à voir avec celles de Mary Poppins et j’ai passé le reste de mon épopée à avoir des trucs en trop. Le fait est que vendre n’est pas chose aisée, tout le monde ne dispose que peu d’argent renouvelé à titre quotidien et on accumule les broutilles qui ne serviront sur que le long terme, aussi, je n’ai jamais vraiment décidé si je préférais embrocher mes ennemis avec mon arc, leur donner un bon coup d’épée ou les crâmer avec des sorts de Destruction. Dans le doute, j’ai pris les trois – et c’est là que « construire un personnage » prends tout son sens. Chacune de mes actions -prendre un coup, décocher une flêche, crocheter quelque chose ou convaincre une personne- déclenchait chez moi un acquis de compétence, chacun de ses acquis occasionnant rapidement un « gain de niveau » pouvant augmenter ma forme physique, ma magie ou mon endurance. C’est à force de tâtonnements que j’ai appris ce dans quoi j’étais bon : massacrer un gonze à quarante mètres avec une flèche bien placée puis lui cramer les roustons ensuite. Mieux : je m’encanaillais sévèrement à force de persuasions et de vols à la tire – en gros, je jouais ma vie comme je jouais mes notes à l’académie. Ces deux aspects de jeu ont dicté ma vie en Bordeciel, j’ai donc plus ou moins ignoré l’alchimie, la forge et les sorts de conjuration/illusion et le port d’armes à deux mains mais hé, on ne peut pas être bon partout. D’ailleurs, j’avais reçu une sorte d’arbre de compétences (le jargon du royaume est un peu cryptique) qui déterminait des avantages variés sur tel ou tel domaine. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre tout ça mais avec un peu d’entraînement, j’étais capable de relever le slip de l’Empereur sans qu’il ne moufte ma présence et chacun de mes flêches tuaient trois grizzly d’un coup, j’étais content. Enfin… je suis rapidement passé dans une dimension parallèle, celle du « Facile ». J’ai rapidement été banni du « Normal » car je combattais en prenant une potion de soin toutes les deux secondes, je me sentais drogué et ce n’était pas valorisant.

J’ai donc vécu moult exploits improbables, mon premier dragon tué fut le début d’une longue lignée de grands moments. Le fait est que rien ne me forçait à avancer dans cette quête principale, non seulement chaque habitant du royaume à sa propre histoire, son petit problème à résoudre… mais je suis devenu la Régine locale en devant le maître de chacun des petits clubs de la région. Vous n’avez pas idée des trucs qui me sont arrivés – je suis, devenu entre autres, un loup-garou, archimage, j’ai assassiné l’Empereur, je me suis marié à un humain mâle (j’ai entendu l’intégralité du royaume se mettre un doigt dans la bouche) et j’ai même tenu une réunion des plus hautes instances du pays – je me suis même permis de foutre en l’air tout ce qu’il y avait sur la table mais personne ne bougeait le petit doigt, c’est ça être Enfant du Dragon. Rapidement, je naviguais d’auberge en auberge, en essayant de ne pas assassiner les Bardes qui me chantait mes louanges. J’ai même vécu un truc très glauque quand j’ai assassiné la tenancière d’un orphelinat à la demande d’un de ses pensionnaires… la nuit d’après, je me suis fait enlever et la suite est historique. J’ai passé mon temps à (…) Garder le Silence (…) et à rétablir la gloire de la Guilde des Voleurs J’ai même vécu la parodie d’un certain nombre de films qui n’étaient pas encore faits, ce qui, vous l’avouerez, est assez cosmique – bref, j’ai strictement TOUT fait, quelque part entre Münchhausen, Bernard Lavilliers et le Pape, c’était moi. Je suis loin d’avoir vécu le milliard de petites situations qui sont dressées sur mon chemin mais le peu que j’ai vu m’a prouvé que les lieux et contenus de mes aventures pouvaient se targuer d’être variés. Pas de répétition, pas de redondance, peut être que deux grands « archétypes » d’architecture mais les situations étaient étonnamment variées.

Bordeciel est un endroit sublime. L’avantage de cette province, au delà de la diversité de ses monts, plaines enneigées et autres marais, c’est que ses trajets à pied sont toujours dynamiques – non seulement l’impression de voyager n’a jamais été aussi grande mais des tas de trucs me sont arrivés en chemin. Un Orc m’a demandé de l’achever, un brigand m’a remis ses armes avant que je dénonce ce dernier aux autorités qui l’ont abattu sous mes yeux, hihihi. Le temps passe vite, j’ai du, pour l’instant, y vivre trois ou quatre bons mois. Il faut dire que devenir le mec le plus puissant et respectable du coin demande un peu d’investissement et de neurones mais honnêtement, je n’ai jamais vraiment réfléchi. J’ai passé une cinquantaine de donjons à résoudre des casse-têtes simplissimes à base de dauphins, d’aigles et de serpents… mais ça, c’est quand les choses marchent. Laissez moi vous dire que le royaume de Bordeciel est TOUT CASSE. Heureusement qu’on m’avait lancé un sort magique qui me permettait de reprendre jusqu’à trois… réincarnations automatiques car les bizarreries locales étaient légions : gens qui ne veulent pas me parler pour finir des quêtes, dragons qui volent à l’envers, mon moment préféré était sans aucun doute quand je me suis pris un coup de massue de géant ce qui m’a valu un aller simple pour la stratosphère, chouette. Autant dire que les réincarnations forcées étaient un poil abusives, je le mettrais dans ma fiche d’évaluation du guide. Je n’ai jamais vu un royaume si profond et si imparfait, c’est archi frustrant, surtout quand un temps de charg… un black-out intervient à chaque changement de porte/entrée sortie/téléportation, on a peut être pas que ça à faire. Qu’importe, ma quête était très largement lancée et je me suis lancé aux trousses du perfide Alduin qui n’a, au final, pas opposé beaucoup de résistance.

Ca, ce n’était qu’à la fin d’une longue courbe de progression parce que mes débuts ont été difficiles, abusément difficiles. Cette sensation de liberté est telle qu’il a fallu apprendre moi même beaucoup de codes et de mécaniques de comportement, comment enchanter mes objets, faire moi même mes potions, etc. J’actionnais même certaines choses contre mon gré : souvent, une fausse manipulation m’emmenait directement en prison – quand je ne m’y échappais pas – mais je n’ai pas demandé à être victime d’un complot et de me retrouver dans une mine de sel à jouer le forçat, hé. Après tout ces désagréments, j’ai servi toutes les divinités locales et été responsables des pires félonneries pour acquérir les meilleurs objets : j’ai même sacrifié mon mari sur l’autel de la décadence… au moins, j’ai pu récupérer l’intimité de mon domaine à Blancherive. Truc étrange : l’intégralité des gardes de Bordeciel ont tous pris des flèches dans le genou mais ça, je crois que vous le saviez déjà. Choix ultime : j’ai rejoint la Rébellion et conquis plusieurs villes… sans aucune difficulté, mon armure d’ébonite et mes objets daédriques ont complètement décimé ces petites frappes de la Légion.

Je peux affirmer que j’ai développé une réelle addiction à mes crapahutades dans ces contrées. Pouvant respirer sous l’eau et étant peu sensible aux maladies, j’ai pu traverser les donjons en ignorant les pièges et certaines phases trop difficiles : merci les cours d’eau! Dommage que ces mêmes donjons aient la capacité un peu improbable de tous avoir des mobs trop faciles et un boss trop difficile en opposition… mais il faut savoir que dans Bordeciel, beaucoup de choses évoluent avec vous, je suppose que c’est un bon compromis. En ce qui me concerne, tant qu’il me restait des flêches, il me suffisant de me mettre dans le bon angle mort et de persévérer pour arriver à n’importe laquelle de mes fins.

Bon sang, Bordeciel est un royaume complet. Chaque ville, chaque chatellerie possède son histoire, son mystère à résoudre, sa propre ambiance. Même si ses habitants n’ont pas l’air très concernés par leur propre dires, la masse de dialogues qu’ils peuvent sortir est hallucinante. Le fameux Dieu Bethesda a bien créé son petit univers, enfin, il l’a bien « écrit », paradoxal avec une contrée si eschatologique. J’ai lu une masse épatante de livres, certains m’ont fourni des connaissances utiles, d’autres ont fait la joie du bibliothécaire de l’Académie de Fortdhiver… dont le fameux Parchemin des Anciens, qui est passé par mes propres mimines!

Oh la la et qu’est ce que cette aventure manquait de pratique. Il était si frustrant de passer ma vie à ranger mon épée, choisir soigneusement un sort, faire l’inverse, j’étais comme menotté par une espèce de lenteur et un système de port assez mal fichu. Ca me mettait facilement en rogne mais j’ai été récompensé par ces douces musiques qui parsemaient mes exploits – en excluant ces foutus bardes, encore – qui contribuaient à une immersion déjà totale. Villages, donjons, quêtes, je n’avais jamais une seconde à moi pour reluquer les parchemins interdits exhibants les douces Argoniennes (hmm, l’amour humide des marécages) que le moindre péquin venait me proposait une quête supplémentaire, signifiant toujours gain d’argent, de compétence et de réputation. Après avoir vaincu le grand méchant, j’avais toujours l’opportunité de vivre ma vie, de faire les poches des Jarls, de récolter les 24 Pierres de Barenziah disséminées partout, de voler à la tire et d’avoir des contrats sur ma tronche, etc. J’étais déjà devenu un fier guerrier pété de thunes, à l’armure impénétrable et au mental d’acier. Bientôt, ces crétins de bardes apprendront quelques nouveaux accords pour chanter mes exploits futurs car je suis bien loin d’avoir fait tout ce qu’il était possible de faire ici.

En bref, la réputation de Skyrim n’est pas infondée, c’est une foutue drogue et c’est un mec à priori très hermétique au genre qui vous dit ça. Si il n’était pas si buggé et perfectible, il aurait mérité des qualificatifs un peu grossiers façon « le jeu de la décennie » ou « le meilleur RPG de tout les temps », etc. Il n’empêche qu’il est sacrément immersif, incroyablement complet et fait preuve d’un jusqu’au boutisme à tout rompre. Vous hésitiez? Vous aviez tort. J’ai aimé pour la toute première fois un jeu qui est tout sauf dirigiste – ce truc personnifie « l’épique. » Bonne chasse, petits chasseurs de dragons, n’oubliez pas que vous avez un maître à penser!

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